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Utiliser ses fautes pour s'affermir dans la persévérance...
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Le sujet de ce chapitre a été implicitement traité dans les pages précédentes, et n'est, à vrai dire, que la conséquence des deux derniers chapitres.
En nous procurant une connaissance plus exacte de notre faiblesse, en nous donnant des droits plus grands à la divine miséricorde, nos chutes doivent nous porter naturellement à nous tenir mieux sur nos gardes, et à recourir avec une humilité plus confiante à Celui sans qui nous ne pouvons rien, et avec qui nous pouvons tout. Or, l'on sait que la méfiance de nous-même et la confiance en Dieu sont deux gages de la victoire dans le combat spirituel.
Nos fautes cependant, dans les desseins de Dieu, sont appelées à rendre à notre persévérance, sous différents points de vue, des services non moins signalés. Et d'abord, il est clair qu'elles doivent nous rendre plus vigilants. C'est l'un des sens que les interprètes assignent à l'oracle sacré : Une grave infirmité rend l'âme sobre (Ecclé 31, 2).
« Sans doute, dit saint Jean Chrysostome, il devrait nous suffire de voir que des hommes, bien supérieurs en sainteté, n'ont pas été à l'abri des défaillances, pour devenir circonspects, pour marcher avec plus de précautions, et pour observer une prudence plus sévère. »  « Mais nos malheurs personnels réussissent mieux encore à nous instruire. Notre nature est ainsi faite, qu'elle a besoin de se heurter elle-même aux écueils pour en constater la funeste réalité. » 
Cette vérité est confirmée par l'Esprit-Saint, aussi bien que par l'expérience. Celui qui n'a pas été tenté, que sait-il ? (Ecclé 34, 6).
Et un Père en expliquant ce texte, continue ainsi : « Une félicité tranquille est bien dangereuse ; mais la crainte de retomber dans les pièges où il a déjà donné rend l'homme plus vigilant. Ainsi le navigateur qui a connu le danger se tient mieux sur ses gardes, et le souvenir d'un seul naufrage essuyé par son imprudence l'éloigne parfois à jamais des ports inhospitaliers. » 
Telle est la première leçon que notre vigilance doit retenir de nos chutes : en reconnaître et combattre les causes, éviter l'imprévoyance, la légèreté, et, avant tout, fuir les occasions volontaires, le démon des démons, comme on les a appelées, qui engloutissent tant d'âmes.
Les navigateurs ont leur carte marine où ils marquent soigneusement les récifs qu'ils ont constatés ; à la lumière de nos fautes passées, faisons nous aussi notre carte de navigation spirituelle, où seront décrites les causes de nos défections antérieures, les courants, les illusions, les défauts de précaution qui ont amené nos égarements, et, instruits par notre triste expérience, nous éviterons désormais les écueils signalés par nos naufrages.
Saint François de Sales n'omet point de nous donner des conseils : « J'ai vu par vos lettres vos petites chutes et imperfections, dont ni vous ni moi ne devons aucunement nous étonner. Car ce ne sont que des petits avertissements de nous tenir bas et humbles devant nos yeux, et pour rester éveillés comme sentinelles de nous-mêmes. » -
« Les fièvres spirituelles, aussi bien que les corporelles, sont ordinairement suivies de plusieurs ressentiments qui sont utiles à celui qui guérit, pour plusieurs raisons ; mais particulièrement parce qu'elles consument les restes des humeurs malignes qui avaient causé la maladie, afin qu'il n'en demeure pas un brin ; et parce que cela nous remet en mémoire le mal passé, pour faire craindre la rechute, à laquelle, bien souvent, nous nous porterions, par trop de licence et de liberté, si l'arrière-goût, comme menaces, ne nous retenait en bride, pour nous faire prendre garde à nous, jusqu'à ce que notre santé soit bien confirmée. » 
« Il ne faut jamais oublier ce que nous avons été, afin que nous ne devenions pires. » 
De ce premier profit tiré de nos fautes en résultera naturellement un second : la fidélité aux moyens pour persévérer.
Chacune de nos chutes deviendra un prédicateur irrésistible sur la nécessité de la grâce et du devoir de l'attirer par la prière et la fréquente réception des sacrements. Ces humiliants souvenirs secoueront notre somnolence, et stimuleront notre ardeur au service de Dieu et à la poursuite de la vertu. « Il n'y a pas de coursier plus rapide,  dit le Père Pinamonti,  que le cheval échappé des griffes d'un loup.  Il croit toujours avoir cet ennemi à ses flancs : il ne court pas, il vole. Tel est l'effet que produisent les chutes chez les saints : elles les rendent plus ardents pour le bien. » 
Saint Jean Chrysostome constatait cet heureux résultat chez Théodore : « De même, lui écrivait-il, que le chasseur, en effleurant la peau d'un lion, ne fait que le rendre plus furieux et plus invincible, de même l'ennemi du genre humain, en s'efforçant de vous faire une profonde blessure, a redoublé votre générosité et votre dévouement aux bonnes oeuvres. » -
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