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Utiliser ses fautes pour devenir plus fervent...
Il est temps de finir. Aussi bien ce chapitre doit nous conduire au terme final de l'Art d'utiliser nos fautes, et au sommet de toute perfection : la ferveur de l'amour divin.
Nous renvoyons aux derniers chapitres du second livre du Traité de l'amour de Dieu les lecteurs désireux de connaître la mystérieuse genèse de l'amour par la pénitence. Qu'il nous suffise de rappeler ici que la matière de cette dernière vertu, ce sont nos péchés, et l'on comprendra aisément le profit que, sous ce rapport, ils doivent nous procurer.
La pénitence a divers actes. Nous l'envisagerons dans ceux qui précisément, dans le langage théologique et dans le langage populaire, portent le nom d'Actes du pénitent : la confession, la contrition et la satisfaction, qui sont la matière, ou au moins les parties essentielles du sacrement de la réconciliation.
Notre aimable docteur a des enseignements sublimes sur chacun de ces trois points, et nous découvrirons, à la lumière de sa parole, les trésors que nous apportent nos fautes, en fournissant un aliment à ces opérations de nos âmes qui cherchent à se repentir.
L'accusation nous paraît d'abord, avec le cortège des efforts qu'elle exige, et des bénédictions qu'elle attire, comme un moyen puissant de transformer nos chutes en sources de mérites.
« Ce cur amoureux de notre Rédempteur mesure et ajuste tous les événements de ce monde à l'avantage des esprits qui, sans réserve, veulent répondre à son divin amour Il est vrai, ma fille, que nos fautes, qui, tandis qu'elles sont dans nos âmes sont des épines, sortant par l'accusation volontaire sont converties en roses et parfums ; d'autant que, comme notre malice les attire dans nos curs, c'est la bonté du Saint-Esprit qui les pousse dehors. »
« Le scorpion qui nous a piqués est venimeux en nous piquant ; mais converti en huile, c'est un grand médicament contre sa propre piqûre. Le péché n'est honteux que quand nous le faisons ; mais converti en confession et pénitence, il est honorable et salutaire.
« La contrition et la confession sont si belles et de si bonne odeur qu'elles effacent la laideur et dissipent la puanteur du péché. Simon le lépreux disait que Madeleine était pécheresse ; mais Notre-Seigneur dit que non, et ne parle plus que des parfums qu'elle répandit, et de la grandeur de sa charité. Si nous sommes bien humbles, notre péché nous déplaira infiniment, parce que Dieu en est offensé, mais l'accusation de notre péché nous sera douce et agréable parce que Dieu en est honoré. Cela nous est une sorte d'allégement de bien dire au médecin le mal qui nous tourmente. Quand vous serez arrivée devant votre père spirituel, imaginez-vous être en la montagne du Calvaire, sous les pieds de Jésus-Christ crucifié, dont le sang précieux distille de toutes parts pour vous laver de vos iniquités. Car, bien que ce ne soit pas le propre sang du Sauveur, c'est néanmoins le mérite de ce sang répandu qui arrose abondamment les pénitents autour des confessionnaux. Ouvrez donc bien votre cur pour en faire sortir les péchés par la confession ; car, à mesure qu'ils en sortiront, le précieux mérite de la Passion divine y entrera . »
« Vous pratiquez (par la confession) la vertu de l'humilité, de l'obéissance, de la simplicité et de la charité, et en cette seule action de confession, vous exercerez plus de vertus qu'en nulle autre. »
« La confession et la pénitence rendent infiniment plus honorable l'homme que le péché ne l'avait rendu blâmable. »
« ô Dieu ! quel contentement au cur d'un père très aimant d'entendre celui de sa fille avouer qu'elle a été envieuse et maligne ! elle est bienheureuse cette envie, puisqu'elle est suivie d'une si naïve confession ! Votre main écrivant votre lettre faisait un trait plus vaillant que ne fit jamais celle d'Alexandre. »
Le Père du Pont a sur le même sujet des considérations frappantes. Il fait ressortir les actes vertueux qui se multiplient dans l'aveu de nos fautes, et il n'hésite pas à l'appeler une uvre de vertu surhumaine. C'est, dit-il, ce que semble insinuer Job, quand, devant Dieu, il se rend le témoignage de n'avoir jamais comme un homme, tenu son péché secret, ni caché son iniquité (Job 31, 33).
Saint Grégoire affirme qu'il faut souvent plus de courage pour confesser un péché, qu'il n'en eût fallu pour l'éviter ; et l'on connaît le mot de saint Augustin : Dieu accuse vos fautes ; si vous les accusez vous-mêmes, vous voilà unis à lui.--