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Utiliser ses fautes par la pratique de la satisfaction...
L'amour ne peut rester inactif.
« Son témoignage, dit saint Grégoire, ce sont les oeuvres », et c'est à les faire éclore qu'il faut utiliser le souvenir de nos chutes. La ferveur qu'il engendre ne doit pas rester dans le sentiment, elle doit régner sur notre volonté, et féconder notre conduite.
« La tristesse de la vraie pénitence, dit notre aimable saint, ne doit pas tant être nommée tristesse que déplaisir, ou sentiment de détestation du mal ; tristesse qui n'est jamais ennuyeuse ni chagrine ; tristesse qui n'engourdit point l'esprit, mais qui le rend actif, prompt et diligent ; tristesse qui n'abat point le coeur, mais le relève par la prière et l'espérance, et lui fait faire les élans de la ferveur de dévotion Tristesse attentive et affection née à détester, rejeter et empêcher le mal pour le passé et pour l'avenir. » « Nos imperfections sont un grand sujet d'humilité et l'humilité produit la générosité et la confiance. »
Ce résultat de la vraie pénitence a son principal levier dans le devoir de la satisfaction.
Satisfaire, selon saint Anselme, c'est restituer à Dieu l'honneur qu'on lui a ravi ; selon saint Augustin, c'est détruire les occasions du péché et fermer la porte du consentement à ses suggestions. Saint Thomas justifie ces définitions et les concilie admirablement entre elles ; mais quelle que soit celle que nous adoptions, elle nous indiquera parfaitement le profit à tirer de nos fautes.
Si nous pensons à la malice en quelque sorte infinie de l'injure faite à Dieu par le moindre péché, quelle somme de ferveur nous semblera jamais suffisante pour compenser les larcins dont nous avons été coupables envers la gloire de la divine Majesté !
Nos fautes, ne nous obligent-elles pas à une fidélité d'autant plus généreuse, que leur gravité et leur nombre auront été plus considérables, selon la parole du Prophète : Que la profondeur de votre malice soit la mesure de votre conversion (Is 30, 6).
Chacune des créatures qui nous ont servi pour le mal n'empruntera-t-elle pas une voix aux péchés qu'elles nous ont fait commettre, pour nous crier : Arrière, ne me touchez pas (Thren, IV, 15) ; ou, du moins, ne m'utilisez désormais que pour réparer votre passé criminel ! Et ne sentirons-nous pas, comme on l'a dit, le besoin de « faire doubles et triples les heures que Dieu nous accorde encore » , afin de réparer le temps perdu ?
De là la patience à supporter les conséquences humiliantes ou crucifiantes de nos péchés, de là les saintes industries pour venger en nous, par la mortification, les droits de Dieu violés, de là l'empressement jaloux à lui consacrer toutes nos facultés et tous nos instants. C'est ce que va nous dire et recommander saint François de Sales : « Ma très chère fille, demeurez tout à fait en paix ; vos confessions ont été bonnes jusqu'à l'excès. Pensez désormais à votre progrès dans la vertu, et ne pensez plus aux péchés passés, sinon pour vous humilier doucement devant Dieu, et bénir sa miséricorde qui vous les a pardonnés par l'application des divins sacrements. »
« Vous savez que votre retard sur le chemin de la vertu provient de votre faute. Eh bien, humiliez-vous devant Dieu, implorez sa miséricorde, prosternez-vous devant la face de sa bonté, et demandez-lui en pardon, confessez votre faute et criez-lui merci, à l'oreille même de votre confesseur ; pour en recevoir l'absolution.
Mais cela fait, demeurez en paix, et ayant détesté l'offense embrassez avec amour votre déplaisir à cause de la lenteur de votre progrès dans le bien.
Hélas ! mon Théotime, les âmes qui sont au purgatoire y sont sans doute pour leurs péchés, péchés qu'elles ont détestés et détestent souverainement ; mais, pour ce qui est des regrets et de la peine qui leur en reste, d'être arrêtées en ce lieu, privées pour un temps de la jouissance de l'amour des bienheureux du Paradis, elles le souffrent amoureusement, et prononcent dévotement le cantique de la justice divine : Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement est équitable (Ps 118, 137).