retour à la page d'accueil               Retour à la page de présentation

Utiliser ses fautes pour s'humilier par la connaissance de sa misère

Ne pas nous décourager, ne pas nous étonner même après nos chutes, ce sont là des dispositions indispensables, et en même temps grandement salutaires. Toutefois, ce n'est que la partie négative de l'art d'utiliser ses fautes. Il est temps d'en aborder le côté positif, et d'apprendre, à l'école de saint François de Sales, comment nos péchés, sans rien perdre de leur laideur et de leur malice, peuvent, si nous le voulons, tourner à notre avantage spirituel.
Evidemment cet avantage ne viendra pas des péchés eux-mêmes, mais de la miséricorde de Dieu et de la grâce du Christ qui sait faire servir nos iniquités à sa bonté et nos faiblesses à notre salut. Le fumier n'est qu'une corruption et une pourriture, et cependant, comme le remarque saint Bernard, « un laboureur et un jardinier s'en servent pour faire porter à la terre des fruits plus beaux et abondants. De même Dieu se sert de nos fautes pour faire produire en notre âme de nombreux fruits de vertus, et sa bonté, qui sait toujours se servir pour la beauté de l'ordre divin, de nos volontés et de nos actions désordonnées, daigne souvent aussi les employer à notre avantage. »
Ce profit sera d'autant plus considérable que, d'une part, nous poursuivrons nos fautes d'une haine plus vive et d'une guerre plus implacable, et que, d'autre part, nous nous associerons plus activement aux desseins de Dieu qui les a permises en vue de notre bien.

Il nous faut entrer dans les plans du Rédempteur, tels que nous les dévoile l'Eglise, combattre Satan avec ses propres armes, retourner contre lui ses artifices, et trouver un remède dans les blessures mêmes qu'il nous inflige. Ainsi nous vérifierons, par une heureuse expérience, le mot de saint Jean Chrysostome : « Souvent le diable lui-même nous est d'une grande utilité ; il faut seulement le faire servir à notre avantage. Le gain qu'il nous procurera sera inappréciable. »
Ce gain, saint Augustin le résume en trois mots : « Omnia in bonum (Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu), dit-il, en répétant les paroles de saint Paul ; oui tout, même les chutes, parce que l'on peut se relever plus humble, plus vigilant, et plus fervent. » C'est la pensée de saint François de Sales : « Chères imperfections, s'écrie-t-il, qui nous font reconnaître notre misère, nous exercent en l'humilité, le mépris de nous-mêmes, la patience et la diligence. »

Parlons d'abord du premier de ces avantages, l'humilité ; car c'est le premier que, après saint Augustin, signale le bienheureux évêque de Genève.
« Plaise au Saint-Esprit de m'inspirer ce que j'ai à vous écrire, Madame. Il n'est besoin, pour vivre constamment en dévotion, que d'établir de fortes et excellentes maximes en son esprit.
« La première que je souhaite au vôtre, c'est celle de saint Paul : Tout revient au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom 8, 28). Et, à la vérité, puisque Dieu peut et sait tirer le bien du mal, pour qui fera-t-il cela sinon pour ceux qui sans réserve se sont donnés à Lui ? Oui, même les péchés (dont Dieu, par sa bonté, nous préserve) sont réduits par la divine Providence au bien de ceux qui sont à lui. Jamais David n'eût été si comblé d'humilité, s'il n'eût péché. »
« Il faut haïr nos défauts, mais d'une haine tranquille et calme, non point d'une haine dépiteuse et troublée ; et il faut avoir la patience de les voir et en tirer le profit d'un saint mépris de nous-mêmes. A défaut de cela, vos imperfections, que vous voyez subtilement, et par ce moyen se maintiennent, n'y ayant rien qui conserve plus nos tares que l'inquiétude et l'empressement de les ôter. »

S'il est un tourment ici-bas pour les coeurs saintement ambitieux de leur perfection, c'est bien le double sentiment de la nécessité de l'humilité et de ses difficultés. D'une part, « cette vertu nécessaire à l'homme en cette vie mortelle, base et fondement de toutes les vertus », « est la mère, la racine, la nourrice et le noeud de tous les autres biens »; et, d'autre part, quand elle semblerait devoir germer et fleurir spontanément dans le sol corrompu de notre misérable fond, elle y trouve, autrement mieux enraciné qu'elle, l'orgueil, principe de tout péché, qui veut sans cesse l'étouffer.
Rien ne peut mieux exprimer a force, l'astuce du démon que la superbe, l'ingéniosité et la diversité de ses industries. Véritable serpent né avec nous, et grandissant plus vite que nous, il voudrait enlacer dans ses replis et infecter de son venin nos actions les plus saintes comme les plus indifférentes, nos pensées les plus secrètes et nos meilleures intentions. « Il se nourrit souvent de nos vertus elles-mêmes, et cherche à confisquer à son profit, pour s'en engraisser, les dons de Dieu les plus exquis. » S'il paraît s'assoupir, c'est pour dérouler mieux à son aise ses anneaux dans notre âme illusionnée ; s'il se montre, sil se laisse frapper, c'est pour triompher par les coups mêmes que nous lui portons. Enfin, selon saint François de Sales, «'orgueil est un mal si commun entre les hommes, qu'on ne peut jamais assez leur prêcher et inculquer la nécessité qu'ils ont de persévérer en la pratique de la très sainte et très aimable vertu de l'humilité. »
Contre un tel ennemi d'une vertu si indispensable, nul ne saurait être assez armé, et puisqu'il ne nous est pas donné de le tuer en cette vie, au moins devons-nous exploiter avidement tous les moyens de l'affaiblir et de neutraliser ses attaques. Or, parmi ces moyens, un des plus efficaces nous est précisément fourni par nos fautes. Comme la mâchoire desséchée d'un animal devint, entre les mains de Samson, un engin meurtrier contre les Philistins, nos péchés, si hideux soient-ils, peuvent se transformer en une masse toute-puissante contre l'orgueil et devenir ainsi l'occasion de notre salut et de notre perfection. En effet, si' l'orgueil est une estime et un amour désordonné de notre prétendue excellence, l'humilité, dit notre aimable saint, est "la reconnaissance et volontaire reconnaissance de notre misère". Or, quoi de plus propre à produire en nous cette véritable reconnaissance , que la vue de nos fautes ?

retour à la page d'accueil               Retour à la page de présentation