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DAVID contre GOLIATH,
AUJOURD'HUILe site SERVIAM met en ligne quelques belles pages du " David contre Goliath aujourd'hui " de Mgr Elchinger.
On peut se procurer le texte intégral en librairie ( Editions Fayard ,1 volume 13x21, 333 pages, F 98.00 + port et emballage ).
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Serviam remercie vivement les Editions Fayard pour leur aimable accord de reproduction en ligne des extraits qui suivent.
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Dans nos pays industrialisés, la majorité des habitants sont obsédés par les soucis matériels, submergés par des requêtes et des projets qui concernent avant tout l'augmentation du bien-être.
Ils sont nombreux à se laisser robotiser, à se contenter de vivre à un niveau très terre à terre, avec des réactions presque animales. Par là, je ne sousentends rien de pervers, mais seulement une terrible régression des besoins spirituels et des sentiments supérieurs de l'homme.
L'omniprésence des mass media, et leur pouvoir envoûtant, banalisent les domaines les plus nobles, paralysent tout jugement personnel chez les téléspectateurs ou auditeurs de la radio. Notre société se trouve asservie à la commercialisation et à un conformisme médiocre.
Nous sommes réduits à ce qui est chiffrable. C'est vivre aux antipodes d'une recherche de la vérité du cur et de l'esprit. En nous préoccupant surtout de ce que nous pouvons mesurer et compter, nous étouffons en nous ce qui représente l'essentiel de la personne humaine. Car ses expressions majeures sont la pensée, l'amitié, l'art et la religion.Autrefois, les hommes se sentaient encore soutenus par l'ambiance spirituelle et morale d'une société bien encadrée et solide. Dans l'environnement actuel, beaucoup se trouvent désorientés. Ils sont comme des orphelins, déroutés par des vents contraires et d'interminables contestations.
L'hallucinante escalade des sciences et des techniques a permis des progrès matériels inouïs. L'homme moderne a réussi à s'affranchir en peu de temps d'un grand nombre de servitudes qui pesaient sur lui depuis des millénaires. Il est parvenu à diminuer la souffrance des humains, à protéger leur santé, à prolonger leur vie. C'est incontestable. Cependant, affirmer cela, n'est-ce pas regarder dans une seule direction ?
Un survivant des camps d'extermination, un savant de réputation mondiale, a bousculé par son témoignage les discours trop rassurants : " Au xx e siècle, écrit-il, la maîtrise de l'homme sur les catastrophes naturelles est devenue plus efficace que jamais. Mais, en même temps, l'homme est devenu la victime malheureuse de cataclysmes dus à sa propre main. Les progrès des sciences et l'organisation rationnelle de la société, sur lesquels nous avons compté pour nous défendre contre l'angoisse et la peur et pour donner un sens à la vie, procurent les outils d'une destruction radicale que l'on n'aurait jamais cru possible. " ( 1. Bruno Bettelheim, Survivre, R. Laffont, 1979, p. 21 ).
Dénoncer ainsi, diront certains, le potentiel destructif de la science et cette manière d'organiser la cruauté de l'homme contre l'homme, n'est-ce pas trop souligner un déraillement absolument exceptionnel ?
Mais il y eut Staline depuis, et Mao. Et le Cambodge et l'Éthiopie. Et maintenant le Liban. Et bien d'autres massacres ont lieu aujourd'hui en Asie et en Afrique.
Le jeu des structures économiques est à notre époque tellement contraignant qu'il risque de nous préparer à un nouveau monde concentrationnaire. Au lieu d'être les maîtres de nos machines, nous en devenons les esclaves.
Lorsqu'un marchand fausse les poids de la balance dont il se sert, il sait qu'il triche et, approximativement, de combien il triche. Lorsque la balance dont nous nous servons a été préalablement déréglée et faussée, elle ne peut plus faire de pesées justes. Dans ce cas, nous ne savons même pas que nous trompons les autres et quelle en sera la conséquence.
La même mésaventure nous arrive lorsque nous commettons des erreurs de jugement. Si notre jugement se trouve déréglé, nos appréciations sur les hommes et les événements ne peuvent plus correspondre à la réalité objective. Et si nous fondons nos projets d'avenir uniquement sur de telles appréciations, nous construisons sur des bases dangereuses, manquant de solidité et de cohérence.
Nos erreurs de jugement peuvent provenir d'une infirmité de notre capacité de percevoir, mais, la plupart du temps, elles sont dues au pilonnage d'une propagande politique ou commerciale. L'action des mass media et leur force d'envoûtement diminuent beaucoup notre liberté d'appréciation. Nombreux sont ceux qui ne parviennent pas à résister au viol de la pensée et à son aliénation.Un monde nouveau surgit où, paradoxalement, le progrès technologique écrase peu à peu l'être humain.
Dans les projets envisagés, la machine occupe une place prioritaire. Elle semble appelée à éliminer sans cesse un plus grand nombre de travailleurs. Dès le commencement du déploiement industriel, on n'a pas su tenir suffisamment compte de la hiérarchie des valeurs et de ses exigences.
Nous serions-nous insensiblement engagés dans, un redoutable dépérissement spirituel?Il y a quelques années, j'avais invité à Strasbourg le philosophe-paysan Gustave Thibon pour un large échange de vues sur les risques de déshumanisation qu'entraîne notre civilisation technique. Voici quelques-unes de ses réflexions: " Ma confiance en l'homme ne va pas jusqu'à croire qu'il puisse se permettre, sans risques mortels, de violer indéfiniment sa nature. Soigner un malade, c'est faire crédit aux réserves de santé qu'il porte en lui. Mais c'est aussi lutter contre les causes de sa maladie... En face de la cité technologique et administrative qui s'est construite sous nos yeux, les meilleurs doivent réagir, non en se réfugiant dans leur coquille, mais en employant leur énergie pour persuader l'homme de ne pas toumer le dos aux vraies sources et pour bâtir un univers où la vie intérieure et la vie de relation se répondent. Telle est la grande tâche de notre époque: après la révolution technique, la contre-révolution humaine. Non pour effacer I'uvre de la première, mais pour la cor-riger, la surélever, l'intégrer dans un système dont l'homme sera le centre... Seule une nouvelle spiritualité peut exorciser la technique, la remettre à sa place et lui communiquer un surcroît d'altitude et de pureté. "
La séduction du socialisme
Le socialisme, avec ses subtils dérivés du marxisme, est devenu la grande utopie des générations les plus récentes. Ses propagandistes se sont surtout recrutés parmi les intellectuels, mécontents de voir leurs talents sous-estimés par les " hommes d'affaires ", qui font de plus belles carrières qu'eux. Les intellectuels, et en particulier le monde de l'enseignement, furent ainsi les plus faciles à mobiliser pour la lutte contre le libéralisme économique. Les moyens rhétoriques ne leur manquaient pas pour accuser le capitalisme d'être le grand affameur du tiers monde et des classes sociales défavorisées.
Les différents courants socialistes, dont se réclament aujourd'hui les gouvernements de la majeure partie de l'humanité, ont des racines lointaines. Mais c'est Karl Marx qui leur a longtemps servi d'appui, à travers son élaboration du matérialisme historique. Les structures collectivistes de l'État constituaient selon lui le chemin indispensable pour remédier à la prolétarisation croissante des masses laborieuses.
Marx a présenté leur paupérisation comme la conséquence du terrible appétit de richesse et de puissance du capitalisme, lequel était devenu la cible à détruire. Il fallait donc mettre en route un mouvement révolutionnaire visant à instaurer la dictature du prolétariat.Actuellement, on trouve dans les gouvernements d'inspiration socialo-marxiste des situations de compromis où l'organisation économique du pays se situe à mi-chemin entre la rigueur socialiste et le régime libéral.
Ce n'est pas le résultat d'une bataille idéologique, mais d'une banale constatation des faits. Les socialistes ont été obligés d'enregistrer l'échec de l'État-providence, les impasses et les nocivités des excès du dirigisme socialo-marxiste.
On a fini par comprendre que le socialisme démocratique n'est viable que s'il renonce à l'essentiel de la stratégie socialo-marxiste. Mais, même dans ces cas de " socialisme libéral ", une gauche littéraire, avec la fidélité d'un rite religieux, continue à vanter les " couleurs séraphiques du marxisme "!De toute façon, dans l'esprit des masses, le socialocommunisme résiste obstinément à toutes les expériences négatives et à toutes les critiques objectives et scientifiques.
En cette fin du xx' siècle, l'influence " socialiste " continue à représenter une tendance dominante dans le monde, même si les " dogmes marxistes " ont beaucoup perdu de leur autorité.
Diverses catégories de population - en particulier les jeunes et les professionnels des médias - se sentent attirées vers le socialisme. A leurs yeux, la " gauche " symbolise la volonté de changement, l'audace de la nouveauté et, en même temps, un grand souci d'équité, de solidarité, de moralisation du climat social.
La " droite ", au contraire, tout en cherchant le progrès, veut conserver des positions dont l'expérience a prouvé la solidité et l'efficacité. Même si l'on doit reconnaître aux " hommes de droite " des réussites économiques incontestables, on ne peut occulter leurs réflexes de prudence et de rigueur. Ils se méfient des sentiments généreux qui ne seraient pas en même temps solidement réalistes. Les tendances " conservatrices " répondent à des exigences de pragmatisme et d'âpreté dans les calculs, qui sont forcément à l'opposé des rêves de fraternité et d'égalité qui animent les " hommes de gauche ".L'attrait du socialisme a ainsi gagné de nombreux chrétiens à travers les continents. Comment s'en étonner ?
Les courants socialo-marxistes ont inscrit à leur programme de lutter contre la misère du monde, qu'ils imputent à des structures politiques. Modifier celles-ci, disent-ils, c'est obtenir la libération des opprimés.
Comment des chrétiens, soucieux d'un meilleur partage des richesses, pourraient-ils rester indifférents à cet aspect des promesses socialistes, puissant élément d'espérance populaire ?Si, de par le monde, tant de baptisés participent à la lutte des classes, c'est avec l'espoir d'une réorganisation profonde de la vie économique. Ils pensent que seule la pression d'un régime socialiste peut aboutir à plus d'équité et de justice sociale parmi les hommes.
Il m'est arrivé de parler à des prêtres-ouvriers qui, par fidélité à l'Évangile, avaient trouvé logique de remplir des fonctions de " permanents " dans des organisations marxistes. L'un d'eux me dit: " Si vous vous installiez pendant une journée dans ma salle d'attente, vous pourriez voir qui vient à mon bureau. Ce sont des immigrés turcs et algériens cherchant conseil, aide et protection. Un homme marié n y aurait pas la liberté de leur sacrifier tout son temps comme un prêtre peut le faire. " Il poursuivit : " Montrez-moi comment le dévouement que j'ai témoigné à des immigrés en désarroi, cherchant directives et réconfort, pourrait être en contradiction avec la mission spirituelle que vous m'avez confiée le jour de mon ordination sacerdotale. Le Seigneur n'a-t-il pas demandé que la priorité soit donnée aux pauvres ? C'est ce que je fais... "
Devant le progrès de la sensibilité socialiste, il ne faut jamais oublier que le socialo-marxisme ne repose plus sur une science.
Il est une mystique. Même contredit par les faits, il garde une puissance de contagion incomparable. Il la doit à l'espoir qu'i'l suscite en la valeur unifiante du travail. Il la doit surtout à sa promesse de libérer les pauvres et de les arracher à la domination des riches.Beaucoup de ceux qui cherchent à réfuter le socialisme oublient qu'on ne combat une mystique que par une autre mystique.
L'étouffement silencieux de la dimension religieuse de l'homme
Aux environs de 1960, nous avons assisté à l'éclatement et à une mutation profonde de l'atmosphère culturelle de nos pays d'Occident.
D'autres tournants avaient précédé. Aux XVIIè et XVIIIe siècles, une grande partie des milieux cultivés s'étaient détachés de toute référence religieuse, pour se contenter d'une explication purement rationnelle de la vie et du monde. Au XIXè siècle, la révolution industrielle et la naissance du prolétariat ont progressivement éliminé toute préoccupation religieuse dans les milieux populaires.Au début de ce siècle, l'Église catholique, très attachée au passé, ressemblait à une forteresse, assiégée par les défis de la science et par les attaques de divers mouvements revendiquant plus de justice et de compréhension pour les masses populaires. Elle fut ainsi menacée non seulement du dehors, mais aussi du dedans.
Hier, l'Église offrait aux hommes des cadres fixes pour la pensée, en même temps qu'elle occupait une position dominante; aujourd'hui, elle se trouve face à un pluralisme de mondes spirituels. Hier, elle se croyait seule à proposer un sens à la vie et à donner une réponse aux questions fondamentales de l'existence; aujourd'hui, elle paraît à beaucoup dépassée dans ses affirmations doctrinales et ses orientations éthiques.
L'irrésistible progrès de la science et des technologies a substitué à un monde défini selon un ordre fixe la vision d'un univers livré aux multiples possibilités de l'homme et à ses choix préférentiels. De nos jours, la primauté n'appartient plus au passé et à son héritage, mais à son avenir et à ses audaces. Dans un monde résolument toumé vers ce qui est devant nous, la grande masse de nos contemporains se désintéresse d'une Église dont le statut est de " conserver " un patrimoine de principes immuables et qui se sert d'un vocabulaire et d'un langage symboliques qui passent pour désuets.
On ne nie pas Dieu, mais Il est Quelqu'un de tellement mystérieux et d'incommensurable qu'on ne veut pas entreprendre d'y réfléchir.
On ne refuse pas Jésus-Christ, du moins théoriquement, mais on ne veut plus de l'Église que certains assimilent à un ghetto culturel et d'autres à une institution devenue inutile. Ils éprouvent des besoins nouveaux et préfèrent le grand large à des traditions qui leur semblent archaïques.
Cette attitude se montre de plus en plus contagieuse. Pour beaucoup de fils de baptisés, la page est tournée. Ils habitent un autre univers.
Cette fin du xx' siècle se trouve caractérisée par l'étouffement silencieux de la dimension religieuse de l'homme.
A qui la faute?
Ayons le courage de reconnaître que l'Église est, elle aussi, responsable de la montée de l'indifférence religieuse et de l'incroyance.Elle n'a pas su être, à temps, suffisamment présente dans les combats culturels qui se livraient. Parfois même, elle semblait ne pas vouloir entendre ni comprendre l'importance des appels qu'au début de ce siècle lui adressaient des penseurs comme ceux qu'on nommait les " modernistes ". Elle s'était contentée d'en avoir peur et de les condamner. Elle avait préféré relever les ponts-levis de sa forteresse. Elle s'était trop fermée aux vents et aux voix de l'espace et du temps. Elle n'a cependant pu empêcher ces voix de retentir partout dans l'air ambiant, tandis que le Magistère ecclésial se retranchait derrière ses barricades. Les problèmes posés n'étaient pas réglés pour autant.
Les thèses de certains théologiens ou biblistes, au départ critiquées et condamnées par le Magistère, sont maintenant officiellement admises par les instances responsables de l'Église. Mais, entre-temps, que d'esprits égarés et découragés par de telles méthodes! Quelle perte de crédit pour les instances ecclésiales!
Des pasteurs ont manifesté une étroitesse d'esprit, une paresse intellectuelle et même une lâcheté qui, à une telle époque-charnière pour l'histoire de la pensée, ont - hélas! - privé l'Église de son influence culturelle. Présente dans les affrontements dès leur début, elle aurait pu accompagner de sa sagesse et de son expérience cet immense bond en avant de la recherche intellectuelle et des conquêtes scientifiques.Après la guerre, bon nombre de " serviteurs de I'Église " ont pris l'habitude de s'intéresser surtout à la modernisation de l'" appareil ecclésial ", plutôt que de promouvoir la portée spirituelle du Message évangélique, sa percée dans le monde et sa puissance de conversion. Il est certain qu'une telle situation a gravement nui au crédit de l'Église et qu'elle a contribué à la rendre, dans certains pays, de plus en plus insignifiante.
Des efforts de redressement et de renouveau spirituel ont pourtant été entrepris un peu partout. Mais ils se heurtent à d'impressionnants obstacles. Dans de nombreuses régions de tradition chrétienne se font sentir l'invasion croissante et la force d'un nouveau paganisme. Celui-ci se propage librement et joyeusement grâce à l'abêtissement culturel que sécrète notre riche société de consommation.
Que seront les " temps nouveaux " qui se préparent ?