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DAVID contre GOLIATH,
AUJOURD'HUILe site SERVIAM met en ligne quelques belles pages du " David contre Goliath aujourd'hui " de Mgr Elchinger.
On peut se procurer le texte intégral en librairie ( Editions Fayard ,1 volume 13x21, 333 pages, F 98.00 + port et emballage ).
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Serviam remercie vivement les Editions Fayard pour leur aimable accord de reproduction en ligne des extraits qui suivent.
----------------------------------------------------------------------------Comment résister à Goliath aujourd'hui ?
Goliath se révèle de nos jours sous de multiples visages. Nous n'en évoquerons que quelques-uns, pour nous obliger à mieux entrevoir l'urgence et la possibilité de nouvelles forces de résistance.
Lutter pour la promotion de l'homme
Si nous voulons éviter que l'hallucinante escalade des sciences et de la technique n'aboutisse à ravaler l'homme au rang d'esclave de la matière, si nous tenons à empêcher qu'une quantité toujours plus grande de nos contemporains ne se voient en surnombre dans l'espace économique actuel et ne perdent ainsi leurs chances d'avenir et l'estime qu'on leur doit, que faire ?
Quelle est au juste la dimension véritable de l'homme, de tout homme, sa signification au coeur du monde ? Quelle place concrète lui est réservée dans nos projets d'avenir ? Est-il un but ou un simple moyen, un objet à exploiter selon les besoins du moment ? Ou bien porte-t-il en lui quelque chose d'irréductible que personne n'a le droit de réduire à l'insignifiance ? Et, dans ce cas, comment le traiter ?
Reprendre conscience de l'étonnant mystère de l'homme
Lorsqu'un enfant vient au monde, il porte déjà en lui la part la plus déterminante de ses capacités futures ; l'ensemble de ses ressources physiques et morales sont déjà en lui en miniature. L'enfant l'ignore. Il ne connaît pas encore ses possibilités d'avenir. Ceux qui regardent et admirent le nouveau-né devinent comment, peu à peu, ses organes vont se développer.
Mais ils ne peuvent savoir tout ce qu'il recèle en lui. Ces forces de vie, si diverses et si étonnantes, se trouvent cependant déjà à l'état de bourgeon dans ce petit être, à condition qu'on ne les détruise pas en cours de route. Ainsi, chaque petit d'homme porte en lui un mystère. Sa vie lui a été transmise par ses parents et la longue suite de ses ancêtres. Mais, au-delà de cette chaîne interminable de relais humains, d'où vient cette vie ?
De nombreux chercheurs, biologistes, chimistes et sociologues ont analysé tous les aspects de l'homme. Ils savent nous dire comment ses diverses parties fonctionnent. Cependant, ils sont incapables d'expliquer quelle est l'origine de la vie et où elle va aboutir .
On ne peut pas réduire l'homme à un super-ordinateur biologique. Il est plus que l'animal le plus évolué, le plus perfectionné. Non seulement l'homme pense, mais il sait qu'il pense. Et il est capable de porter un jugement sur la valeur de ce qu'il pense. Il découvre qu'il y a une ligne de partage entre le bien et le mal.
Il est capable d'admiration et d'émerveillement devant l'univers. Il lui arrive d'aimer ou de haïr ses semblables. La pensée n'est pas une sécrétion du cerveau, pas plus que le fil téléphonique ne suffit à rendre compte du message qu'il transmet.
A la différence de l'animal, l'homme possède le don de la liberté. Il peut diriger ses choix et prendre des initiatives. Il a la possibilité de consentir ou de refuser intérieurement lorsqu'il en est réduit à accomplir ce qu'on lui impose. Il se sent responsable de sa vie et même de celle des autres. Il constate combien il a besoin de ses semblables pour pouvoir donner toute sa mesure. Il fait l'expérience de ce que la communauté humaine lui apporte et de ce qu'il peut lui-même apporter à la communauté, à condition qu'il ne se laisse pas absorber ou étouffer par elle.
Ainsi, l'homme est une réalité plus riche que l'addition de ses composantes. Tout en participant au règne animal, il a atteint un niveau d'évolution qui lui confère un statut unique parmi tous les êtres vivants. Comment l'expliquer, sinon par une situation de complicité avec le monde transcendant ? En y réfléchissant impartialement, on se sent amené à pressentir qu'il y a là un projet qui dépasse l'homme.
Qui saurait démontrer le contraire ?Il y a en tout homme un instinct qui semble venir d'un Au-Delà de nous-mêmes et qui veut nous entraîner au-dessus de nous. Après tant de recherches scientifiques et d'études, les savants ne parviennent toujours pas à accéder à une vision d'ensemble de ce qu'est l'être humain. Chacun est unique par la structure même de ses cellules. Et par là, il devient comme irremplaçable. On pourrait dire qu'il est "irrépétable".
Alors, comment découvrir, même partiellement, les causes et le sens de la vie humaine et de son aboutissement final ? Il nous faudrait pour cela des informations qui dépassent les possibilités d'investigation de la science.
Même pour les plus grands savants - dont beaucoup reconnaissent désormais l'existence d'un Au-Delà -, il n'y a rien d'humiliant à se laisser éclairer en ce domaine par l'unique source de connaissances capable de nous dévoiler quelque chose des intentions de Celui qui, en dernier ressort, est l'Auteur des réalités d'ici-bas et de celles de l'Au-Delà.
Quelle chance de pouvoir alors recourir à une source surréelle, la " Révélation divine " !. Les informations qui nous parviennent par les récits bibliques méritent d'autant plus notre confiance qu'elles apparaissent aujourd'hui complémentaires des hypothèses scientifiques les plus sérieuses et les plus récentes.
Selon la Bible, le monde dans lequel nous vivons n'est pas définitivement achevé. Dieu a convié l'homme - sa créature préférée - à être son intendant, et même son partenaire, chargé d'organiser la terre et de la faire fructifier. Il lui appartient d'en prendre l'initiative. Il est libre d'aménager, à sa manière, le degré de civilisation et de culture des diverses générations.
Toutefois, son existence ne se limite pas à travailler le sol et à produire des instruments. La vie humaine s'accomplit pleinement lorsqu'elle devient don, gratuité, amour. La mission des hommes n'est pas seulement domination de la terre, elle est aussi reconnaissance réciproque, dialogue, amitié, partage.
Chaque être humain, bien qu'unique, n'est pas destiné à se réduire aux seules dimensions d'un individu. Il est une personne qui vit par et pour la communauté. Chaque homme enrichit la communauté humaine par sa pensée et son activité personnelles. Et la communauté complète et enrichit la valeur et la finalité de chacun.
Il faut reconnaître que les préoccupations courantes de la plupart des hommes d'aujourd'hui ne les invitent guère à tenir compte de leur origine transcendante. On peut pourtant la deviner à travers la complexité et le fonctionnement des circuits vitaux du composé humain. Médecins, chirurgiens, psychologues, sociologues étudient le jeu minutieux et la finalité profonde inscrite dans chaque organe ou dans les tendances et aspirations spontanées de l'homme.
Mais ils n'en ont pas inventé ni programmé le développement. Ils peuvent seulement réparer certaines pannes ou dégradations de l'appareil humain. En conséquence, vouloir utiliser nos forces vitales en ignorant la manière dont l'Auteur de la nature humaine les a enracinées et finalisées dans la profondeur de notre être, c'est dérégler ou détruire quelque chose en nous et, par répercussion, dans la vie des autres.
Cela ne peut être sans conséquences pour l'avenir de la communauté humaine. On le constate déjà. Combien d'hommes se comportent avec une extrême légèreté, comme s'ils étaient les maîtres absolus du développement de la vie et de l'amour dans l'homme! Il n'est d'ailleurs pas rare que ceux qui se prétendent les défenseurs de la vie et les médecins de l'amour en deviennent les fossoyeurs. Ils refusent de respecter le " mode d'emploi " de l'esprit, du corps et du coeur.
Freiner le déraillement vicieux du pouvoir économique
La dégradation du sens de la vie et de l'amour est, en partie, le fruit de notre recherche obstinée du bien-être et de la facilité que sécrète notre société de consommation. Nous ne pouvons pas isoler le comportement de l'homme de son environnement, et notamment de l'action exercée sur les mentalités par les combats économiques et politiques de l'époque. Deux grands courants se partagent actuellement, dans le monde, l'organisation de la vie laborieuse des hommes et la conception du visage économique de l'avenir. Il y a le courant socialo-marxiste et le courant libéral. Chacun poursuit sa logique propre. Chacune de ces deux familles d'esprit offre à l'homme une manière différente de se réaliser. Derrière leurs masques et leurs ruses, les deux courants s'affrontent sans relâche. Chacun d'eux a sa manière particulière de concevoir la cohabitation entre les hommes et leur liberté de pensée et d'action.
L'actualité de ce combat
Il n'est pas facile de comprendre pleinement les causes véritables et la portée significative du tournant historique que nous avons vécu en Europe en 1989-1990. C'est une ère nouvelle qui a commencé le 10 novembre 1989, quand les vents d'est ont emporté le mur de Berlin.
Le 9 septembre 1990, à Helsinki, le chef du Kremlin et le maître de la Maison-Blanche se sont rencontrés, non pour régler leurs propres divergences mais pour se déclarer unis, afin d'aider le monde à prendre un grand tournant en vue du bien de tous.
Enfin, du 19 au 21 novembre 1990, à Paris, en présence des dirigeants de quarante pays, eut lieu la signature d'un traité et de diverses conventions consacrant l'avènement d'une Europe nouvelle démocratique, pacifique et unie -, libérée du totalitarisme qui étouffait sa moitié orientale, et délivrée de la chape de méfiance qui empoisonnait depuis des décennies les rapports Est-Ouest.
Finie, donc, l'escroquerie de ce siècle. Depuis soixante-dix ans pour les uns, depuis quarante ans et plus pour d'autres, elle présentait le socialo-communisme comme le " terme de l'histoire du genre humain " ! Car la protestation dramatique de Soljenitsyne, il y a une vingtaine d'années, n'était pas parvenue à dissiper cette nuée de contresens et à semer le doute parmi les " fidèles " du messianisme socialiste.
Par l'effondrement des régimes totalitaires de l'Est, par les secousses successives qui ont disloqué l'Empire soviétique, l'histoire s'est chargée elle-même de donner un démenti cinglant aux promesses des pays socialistes. Bien des chrétiens, engagés derrière les prophètes de la gauche - par un sincère amour des pauvres - afin de lutter contre la misère des opprimés, se trouvent déroutés par ce qui vient de se passer.
Qu'on veuille substituer aux régimes socialistes déficients " l'oppression capitaliste " leur paraît incompréhensible. Car le capitalisme libéral a été accusé, lui aussi, d'avoir semé la famine dans le monde et d'avoir écrasé les petits. Des chrétiens sont légitimement perturbés par des plaidoiries en faveur de thèses radicalement opposées. Ils veulent comprendre ce qu'ils sont en droit de penser des critiques que s'adressent réciproquement le capitalisme libéral et le socialisme réel, qui se sont développées partout, bien que différemment, à partir d'une même souche à l'Ouest comme à l'Est.
Les chrétiens honnêtes veulent pouvoir discerner où se trouvent finalement les remèdes les plus efficaces pour hâter l'avènement d'un monde où les petits et les pauvres ne restent pas les éternels perdants. D'où cet essai de réflexion qui résume les arguments de base de chaque camp. A partir de ces données, on peut s'efforcer de chercher où réside le moindre mal.Que pèse l'homme dans une conception socialo-marxiste de la société ?
Opposition entre socialisme et libéralisme.
La séduction exercée à travers le monde par les divers courants socialistes reposait et repose toujours sur une ambiguïté de vocabulaire. Dans la mentalité générale, le terme " socialisme " désigne avant tout un idéal de justice sociale, de meilleur partage des biens et d'une plus grande sécurité pour les travailleurs.
C'est là l'objectif ultime de tout discours socialiste. Mais le terme " socialisme " est utilisé en même temps pour signifier les moyens et les méthodes à employer en vue d'atteindre ces buts. Il s'applique alors à un projet politique qui entraîne de profondes transformations dans les structures de la vie de chacun.
L'opposition entre socialistes et partisans d'un capitalisme libéral ne porte aucunement sur les 8nalités morales du socialisme, mais sur sa stratégie politique. Celle-ci, d'une manière plus ou moins directe, tend toujours vers une forme de collectivisme.
Beaucoup d'hommes ne se rendent pas compte que l'idéal socialiste repose sur cette dangereuse confusion de vocabulaire. Ce qui les mobilise, c'est le désir de lutter contre l'oppression des moins favorisés. Ils estiment que seule la stratégie socialiste, en raison de sa planification rigoureuse et des fortes pressions qu'elle exerce, saura parvenir à plus d'équité et de justice sociale parmi les hommes.Principaux " dogmes " de la mystique socialiste.
L'irritation croissante des masses populaires devant l'étalage de la richesse des nantis les a poussées à souhaiter remplacer les vieilles hiérarchies par l'avènement d'une humanité réformée et d'un " homme nouveau ". On peut résumer les traits essentiels du socialisme réel de la manière suivante :
- pour réaliser l'égalité des hommes - certains diront la " fraternité universelle " -, l'individu doit être amené à se fondre dans le " collectif ", en vue de faire triompher le bien du peuple. L'individu ne manquera de rien, puisque l'Etat-Providence y pourvoira. Pour supprimer tout stimulant susceptible d'améliorer la situation de certains par rapport aux autres, il est nécessaire de réduire ce qui pourrait favoriser l'initiative individuelle. On tendra à faire de l'être humain un simple agent social;
en conséquence, il devient indispensable d'abolir la propriété privée. Elle est à condamner, parce qu'elle est protection et sauvegarde de la liberté et de l'initiative personnelles, qui favorisent la domination des forts sur les faibles. La preuve de l'authenticité socialiste d'un Etat réside dans la fonctionnarisation du plus grand nombre de citoyens indépendants et la nationalisation du maximum d'entreprises privées ;L'incarnation de l'idéal socialiste conduit à la destruction des liens familiaux. La famille individuelle représente un danger, car elle est un centre de résistance spirituelle et contribue à développer des aspirations personnelles. Il y a là plus qu'une visée économique.
Pour que l'enfant arrive à se dissoudre dans la collectivité et à penser selon les normes communes, il doit être éduqué collectivement et soustrait à l'influence de ses parents. La nationalisation de l'école et de l'enfant devient ainsi une condition impérative du " progrès social ".
Parallèlement, le socialisme encourage et instaure la liberté des moeurs. Celle-ci affaiblit chez les individus la maîtrise des instincts et facilite alors la manipulation politique. En se substituant à la " morale bourgeoise " traditionnelle du bien et du mal, c'est la société qui est désormais l'arbitre de ce qu'il faut faire ou non. Dans une organisation collective de la société, les obligations morales personnelles n'ont plus de raison d'être. Elles varient selon les opportunités et le bon plaisir de l'État ;
En limitant le but de la vie humaine à l'accomplissement des tâches purement matérielles, le socialo-marxisme est logiquement amené à supprimer toute religion. L'instauration de l'athéisme et la propagande antireligieuse, qui s'infiltrent partout, doivent préparer l'avènement d'un " messianisme terrestre ".
Tel est, en raccourci, le " credo de l'idéal socialiste ", illustré par les faits. Je connais des pasteurs de l'Eglise qui auraient voulu rendre leurs fidèles attentifs au danger de se laisser contaminer par une telle conception globale de l'homme, car elle est subtilement opposée à la foi chrétienne. Ils n'ont pu le faire. On leur eût reproché un manque de compréhension et de sympathie pour les masses populaires.
Ils se trouvent effectivement confrontés à une situation délicate. Bien des chrétiens, en effet, tout en refusant l'athéisme marxiste, ne refusent pas la dynamique marxiste de la lutte des classes. Pour eux, elle se réduit à l'opposition qu'il y a entre ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités.
La lutte des classes a toutefois donné naissance à une forme de racisme, qui tend à apprécier l'homme en fonction de la classe sociale ou du clan politique dont il fait partie. Il faudra du temps pour que disparaisse ce dualisme manichéen; et n'oublions pas que, même si on l'accommode aux circonstances, une erreur aménagée reste une erreur.
Mutilation ou promotion de l'homme dans une économie libérale ?
D'où vient la mauvaise réputation du " bourgeois " ? Pour Marx, le capitaliste est un homme ignoble et malhonnête. Il est vrai qu'au XIXe siècle, à l'époque de la première révolution industrielle, il y a eu indiscutablement des abus scandaleux. Il arrivait que des responsables d'entreprises traitent les humains comme du bétail.
On comprend dès lors que, peu après 1936 encore, Emmanuel Mounier, l'ardent défenseur de la " réconciliation communautaire ", ait cru devoir écrire : " Le marxisme prend toute sa signification, situé par rapport au drame de la civilisation capitaliste, libérale, bourgeoise. Elle est coupable d'avoir volé son humanité à la multitude des pauvres, les réduisant à la condition d'instruments, pour servir à une production accélérée de biens matériels.
Ces biens étaient destinés à une minorité de possédants, afin de leur procurer un enrichissement et une puissance sans limites. " Un tel jugement permet de concevoir la gêne de divers chrétiens à fréquenter ceux que, dans les milieux ouvriers, on a longtemps appelé les " exploiteurs du peuple ".Par la suite, les conditions sociales et morales du travail industriel se sont améliorées : sous la pression de divers mouvements d'insurrection et par l'action des syndicats, mais aussi grâce au développement d'un mouvement social-chrétien, animé par Albert de Mun et d'autres.
Cet élan exerça une forte influence et une contagion de générosité sur diverses fractions de la bourgeoisie, notamment sur un grand nombre de jeunes. La situation actuelle de l'économie de marché ne peut plus être comparée à ce qu'elle était encore au début du xxe siècle. Les dirigeants d'entreprises ont découvert entre-temps que, dans la bataille de la compétitivité, le " potentiel humain " doit nécessairement être pris en considération.
La compétence, la conscience professionnelle, la vitalité, l'esprit de créativité des travailleurs sont indispensables aujourd'hui au fonctionnement efficace de technologies sophistiquées et de systèmes d'organisation complexes et flexibles. On a compris que les salariés sont à traiter comme des partenaires dont il importe d'obtenir une saine collaboration.
Le succès de l'entreprise en dépend. L'évolution des gestions a ainsi entraîné de profonds changements dans la relation employeur-employé. Il en résulte une nouvelle conception de l'entreprise appelée " capitaliste ". Les faits en témoignent. Il m'est arrivé d'interroger des " patrons " que je savais être chrétiens. Je voulais leur demander comment leurs convictions religieuses leur permettaient de gérer une de ces entreprises dont on dit qu'elles ne peuvent prospérer que grâce à l'oppression sociale et à la dureté de coeur de leurs responsables.
J'essayais de savoir si la mutilation de l'homme occasionnée par une organisation " capitaliste " était plus profonde et plus fatale que celle réalisée par un socialisme d'inspiration marxiste. Je compris alors que le capitalisme, à l'inverse du socialisme, n'est pas un système de pensée d'où découle une vision globale de l'existence. Il n'est pas une idéologie, mais une expérience de vie économique qui évolue sans cesse en se référant aux réalités vécues.
Ce qui est caractéristique dans une telle entreprise, c'est que chaque salarié porte une part de la responsabilité de l'ensemble. Et chacun est contraint d'endosser les conséquences positives ou négatives de son activité professionnelle personnelle. Ce sont là les enjeux d'une liberté qui, à l'évidence, se trouve limitée dans toute économie moderne .
Où se situe le " péché " de l'économie libérale ?Celui dont dépend l'avenir de l'entreprise, c'est le client. Une affaire ne prospère que si la marchandise produite, ainsi que son prix, satisfont le client. C'est lui qui rétribue le travail de l'ouvrier et des cadres. C'est lui qui finalement exerce la véritable souveraineté économique sur les affaires.
Il est normal que les travailleurs désirent gagner toujours davantage. S'ils réfléchissent, ils peuvent comprendre que le montant de leur salaire ne dépend pas uniquement de leurs désirs personnels ni même des bonnes dispositions du chef d'entreprise. Le salaire est conditionné par l'équilibre financier de l'exploitation.
Le gain des produits fabriqués et vendus doit en même temps permettre la modernisation des installations. Il est impossible à l'entreprise de renoncer à un minimum de " profit ", à une certaine quantité d'argent à mettre de côté pour assurer l'avenir. Le semeur doit lui aussi se réserver une part de la récolte, en vue de faire fructifier son champ l'année suivante.
Les actionnaires contribuent pour leur part à cet indispensable fonds d'investissement et de roulement, qui sert aussi à payer les marchandises non vendues. On aurait donc tort de reprocher à l'actionnaire de retirer un minimum de bénéfices de ses engagements personnels. Il s'expose pareillement à endosser les pertes qu'il faudra subir.
Pour faire durer et prospérer son entreprise, le " patron " doit savoir apprécier, à temps, les besoins et les intérêts du client, et les faire coïncider le plus possible avec les désirs légitimes des autres intervenants et avec les défis de la concurrence. Cela exige clairvoyance, perspicacité, courage et, avant tout, volonté d'être honnêtement au service de chacun.
Ce n'est que dans de telles conditions que les relations d'affrontement entre employeurs et employés peuvent s'aplanir et devenir, peu à peu, des relations de complémentarité. Chercher à faire aboutir un tel ensemble d'efforts n'est certes pas facile. Mais ne serait-ce pas un beau risque à courir ?
On ne peut qualifier une telle aventure a priori de besogne méprisable. Se lancer dans une organisation économique ainsi conçue, serait-ce, par principe, une forme d'oppression de l'homme ? Quand les problèmes se trouvent correctement posés, l'intérêt de chacun s'identifie honnêtement avec l'intérêt commun. Il y a quelques entreprises, sans doute trop rares encore, où la direction fait un remarquable effort pour rendre l'atmosphère d'une usine aussi humaine que possible, et l'organisation du travail plus stimulante pour chacun.
Dans divers établissements, on y est parvenu grâce à un " service du personnel " dont la mission est de veiller très concrètement, avec discrétion et efficacité, à ce que chaque salarié se sente reconnu et estimé dans son emploi, encouragé dans ce qu'il fait et amené à réfléchir sur les possibilités d'améliorer les conditions de travail.
Toutefois, il n'existe aucun niveau de responsabilité où il n'y ait pas de tâches fatigantes, répétitives, agaçantes. Cela n'enlève d'ailleurs rien à la grandeur d'une fonction professionnelle, fut-elle humble. Il faut admettre que les initiatives les plus généreuses et les plus perfectionnées ne sauraient supprimer toute contrariété.
Il y aura toujours des disparités de situation, des erreurs et des souffrances qui découlent inévitablement de l'esprit de compétition, ainsi que du caractère et des ambitions secrètes de chacun. Les divers partenaires d'une entreprise ne peuvent être tout à la fois " archihonnêtes ", pleinement compétents et foncièrement travailleurs.
Les abus et les dérives du capitalisme libéral, c'est-à-dire de l'économie de marché, viennent de l'imperfection des hommes, de leurs inévitables carences ou défaillances. Les défauts ou les vices de l'économie décentralisée ou capitaliste ne procèdent pas, comme dans le marxisme, des principes mêmes de ce système économique, mais des déviations et abus qui surviennent dans leur application.
Le capitalisme libéral est une organisation de l'économie qui exige en effet une grande part d'éducation des personnes et de maîtrise des appétits égoïstes. Elle suppose aussi certaines possibilités d'arbitrage.
Une telle conception du travail fait inéluctablement ressortir la différence des capacités, des dons et des insuffisances de chacun. Et cela peut devenir vexant. Mais la réalité n'est pas toujours plaisante ni agréable. Elle est.
NOTRE SOCIÉTÉ PROVOQUÉE À SE LIBÉRER DE SES CONTRADICTIONS ET DE SES LÂCHETÉS
Ces mots sonnent dur. Ils se réfèrent à des situations que les mass media hésitent à dévoiler telles qu'elles sont. Impossibilité ou peur de la vérité ? L'Eglise n'a pas qualité pour proposer une restructuration de la vie économique et sociale. Mais elle peut et doit contribuer à éclairer la route de ceux qui cherchent à discerner ce qui est juste ou injuste, bien ou mal, pour la communauté humaine.
Nous vivons dans une Babel économique où se multiplient les dialogues de sourds. Cela est inévitable, tant que le plus grand nombre renonce à se référer aux données fondamentales d'une saine philosophie de l'homme et de la vie. Par surcroît, il arrive que des chrétiens déforment l'Evangile, en le lisant à travers les lunettes d'une idéologie politique. Notre société ne peut guérir de ses fragilités, si l'on ne respecte pas les exigences essentielles de la dignité de l'homme et si l'on ne tient pas compte des vraies finalités des biens de ce monde.
Dans beaucoup de domaines, on vit d'idées fausses. On ne peut résoudre les conflits et remédier aux échecs, si l'on ne s'applique pas à faire un meilleur diagnostic des situations qui empêchent de réaliser plus d'équité et de paix sociale.
La conception même du travail est source de difficultés
La nature est un immense capital mis à la disposition de l'homme, afin qu'il le fasse fructifier. Sans le travail, aucune vie n'est possible. A partir du moment où il se trouve détourné de sa finalité première, nous perdons une grande partie de nos raisons de vivre. Le travail consiste en général à introduire de l'esprit dans la matière, afin de permettre à celle-ci d'améliorer et de faciliter progressivement la vie des hommes.
L'organisation du travail doit permettre aux hommes de développer leurs capacités et de répondre autant que possible à leurs besoins vitaux, à leur recherche de bonheur. Cela ne doit pas réduire l'importance de la fonction sociale du travail : le service de la communauté. Celui-ci doit être conçu en fonction des aptitudes de chacun. Une entreprise de travail peut fonctionner aussi longtemps que la marchandise fabriquée trouve des acquéreurs.
Le producteur est au service du consommateur et il est forcé de présenter aux clients des objets de qualité. Sinon, son établissement ne peut plus subsister. Le rapport entre la qualité de la marchandise et la demande des acheteurs est une démarche fondamentale de la vie entre les hommes. Les structures du travail doivent donc être assez souples, afin de pouvoir s'adapter à la variété des demandes et des besoins.
On peut trouver là une justification de l'économie de marché. Les conflits sociaux qui éclatent au sujet des conditions de travail opposent des personnes argumentant, pour les unes, à partir de leurs désirs personnels et, pour les autres, à partir des conditions d'existence et des possibilités de survie de l'entreprise. Vouloir trop exclusivement privilégier l'outil de production risque de faire sous-estimer l'importance des aspirations salariales.
Celles-ci, en effet, représentent l'un des objectifs majeurs de toute économie. Un dialogue fructueux entre employeur et employé supposerait qu'on accepte de se référer à une même conception du but et du contenu de la vie. Une fausse utilisation du profit chez les uns, la jalousie et l'envie chez les autres posent le problème du péché qui est dans le cur de l'homme.
Aucune convention collective ne peut arriver à le déraciner. L'envie n'exprime pas le droit à un supplément de bien : elle est une insatisfaction illimitée, qui est contagieuse et qui suscite la haine. Ce n'est pas uniquement à force de discussions et de revendications qu'on saura mettre fin aux difficultés soulevées par le fonctionnement et la rétribution du travail. Il faut remédier aux conflits intérieurs de l'homme. Il ne suffit pas de réparer les façades d'un édifice : s'il manque de fondations solides, il ne résistera pas.
La tentation de l'irresponsabilité
Se comporter en responsable, c'est refuser de séparer nos actes des conséquences favorables ou défavorables qu'ils entraînent. Il existe des personnes qui revendiquent volontiers la responsabilité de ce qu'elles font en cas de réussite, mais qui ne veulent pas endosser la responsabilité de leurs revers ou échecs.
Or, ne pas accepter la sanction de ses actes, c'est refuser de se comporter en homme libre. Rendre le salarié responsable de son travail, le rétribuer en fonction de la qualité de ce qu'il réalise, c'est le stimuler, c'est l'encourager à développer ses capacités. C'est là un des avantages de l'économie libérale. Rendre les hommes responsables, c'est leur donner le moyen de s'éduquer.
Certes, il y a des cas où la sanction de nos efforts peut devenir terriblement humiliante. La résistance de la matière peut révéler à l'homme, d'une manière cruelle, quel est son talent et quelles sont ses limites. Assez récemment encore, on interdisait à l'école de sanctionner le travail des élèves.
Quelle curieuse méthode d'éducation que de déresponsabiliser l'homme ! C'est trop simpliste de compter sur un État-providence, qui vous prend pleinement en charge et qui paie vos dettes. Pour la santé d'un pays, vaut-il mieux multiplier les assistantes sociales ou bien distribuer des outils à tous ceux qui ont assez de santé pour s'en servir et prendre eux-mêmes leur vie en main ?
Une " société de responsabilité " refuse d'être un peuple d'esclaves. Mais elle a besoin d'être gérée par des hommes qui se battent avec honnêteté et générosité. Jusqu'à l'époque de la perestroïka, les marxistes n'ont jamais voulu reconnaître que la sanction de leur régime économique était moins encourageante que celle des pays pratiquant l'économie de marché.
Trop de gens, de nos jours, se plaisent à vivre en " assistés ". Evidemment, il est plus fatigant de se conduire en responsable du travail qu'on accomplit. Le prix de la liberté et de la vérité se paie. Et il arrive qu'on doive le payer cher. De grands responsables de la cité ou même d'instances religieuses hésitent souvent à assumer pleinement leur responsabilité personnelle, face aux problèmes difficiles qui se posent à eux.
Ils préfèrent se retrancher derrière le paravent d'autres responsables, de crainte de se voir imputer à eux-mêmes le choix d'une solution périlleuse. Mais combien de fois de graves questions restent ainsi sans réponse ! Et de nombreux hommes en souffrent. Cette peur des responsabilités vient parfois d'un manque de compétence ; plus souvent, d'un manque de courage et d'amour.
Ce n'est pas manquer de coeur envers les hommes, surtout envers les moins favorisés, que d'examiner froidement les situations telles que les fragilités de la nature humaine les suscitent. C'est ensuite seulement qu'on peut évaluer les efforts à entreprendre, avec compréhension et équité, pour porter remède à ce qui fait trop mal.
L'ensemble de ces réflexions voudrait illustrer la dérive malsaine de certaines structures sociales et l'impossibilité d'améliorer la santé économique et morale d'un pays, tant que l'éducation des consciences continue à régresser dans les familles et dans les milieux enseignants.
Equivoques sur la " justice sociale "
Le règlement des conflits sociaux dans les entreprises, le souci d'assurer des rapports équitables entre les personnes qui composent la communauté économique et politique d'un pays, supposent qu'on puisse se référer à des principes de justice dont on exige le respect. Certaines règles doivent parfois être mises au point en cours de route, en raison de l'évolution rapide des conditions d'existence des populations et des entreprises.
De telles adaptations sont toujours des opérations délicates. Sans un souci du bien commun reposant sur les liens de solidarité qui existent entre les hommes, la vie de la communauté humaine devient impossible : elle risque de donner lieu à des agressions continuelles et d'évoluer en guerre économique.
C'est une grande cause que de servir les exigences de la justice individuelle et sociale. On ne peut le faire sans un effort continuel d'impartialité et de bon sens, lié à une réelle sensibilité éthique. Il est certes normal que ceux qui possèdent plus partagent davantage, à condition que nous ne confondions pas justice et égalité, justice et envie.
On a répandu l'idée complaisante qu'on pouvait indéfiniment prendre aux uns pour distribuer aux autres. Ce serait de la surenchère démagogique, source d'une gigantesque escroquerie et d'un effondrement rapide de tout progrès économique et social. Des faits récents le prouvent.
Dans la distribution des revenus, il faut proportionnaliser entre ceux qui travaillent et ceux qui préfèrent vivre en parasites du corps social. Personne n'a dit que tout le monde devait avoir la même chose. Et, jusqu'ici, aucune société n'a pu empêcher que des capacités inégales soient sanctionnées par des rémunérations inégales.
Ce qui serait profondément injuste, ce serait de laisser les défavorisés, les malchanceux, les vrais pauvres, croupir dans leur misère et glisser vers la déchéance. Maurice Allais, prix Nobel d'économie 1988, a écrit : " L'égalité n'est ni possible ni souhaitable. Une société qui se voudrait parfaitement égalitaire se condamnerait à l'inégalité et, par là même, à la misère...
Plus ou moins sciemment, on confond inégalités et injustices; égalité des chances, égalité des capacités et égalité des revenus. Mais, à terme, ces confusions qui, pour un temps, peuvent illusionner les foules, conduiront à la destruction totale de la société légale et à la servitude . " Qui oserait faire de l'envie et de la jalousie une exigence de la justice ? Il y a des idées fausses qui se propagent à la manière d'une gangrène, attaquant dangereusement le fonctionnement de la démocratie et le maintien de la liberté.
Certains voudraient même répandre cette hérésie du nivellement au nom de l'Evangile. Or le Christ nous a clairement attesté dans diverses paraboles, en particulier dans celle des talents (Matthieu 25, 14-29) et dans celle des ouvriers de la dernière heure (Matthieu 20, 1-16), que si les hommes sont égaux devant Dieu, ils ne le sont pas entre eux. L'inégalité des dons découle d'une inégalité biologique et psychique.
Il y a lieu de reconnaître aussi l'inégalité des charges et l'inégalité des droits qui en résultent. Qu'on laisse à ceux qui le peuvent la liberté d'être très largement généreux. Le désir de se donner aux autres et de partager avec eux fait partie de ce que l'homme porte en lui de plus précieux.
Une telle ouverture du coeur ne pourrait plus se développer librement, si les rapports entre humains se trouvaient en permanence sous la menace d'un couperet égalitaire. Quel attristant appauvrissement ce serait pour l'humanité !
Les chrétiens devant l'échec du communisme
Nombreux sont les chrétiens de bonne volonté qui ont flirté avec les régimes socialo-marxistes. Ils espéraient ainsi trouver un appui efficace pour délivrer les pauvres et le monde ouvrier de leur situation d,oppression. Et voici que l'effondrement du totalitarisme communiste, en 1990, les oblige à ouvrir les yeux.
Ils constatent d'une part que ces régimes avaient engendré des cas de corruption révoltants dans les milieux marxistes dirigeants. Ils sont d'autre part contraints de reconnaître l'échec économique et social de l'idéologie socialo-communiste dans ces pays. Pour des chrétiens qui, par générosité, avaient essayé de faire confiance aux courants socialo-marxistes, il est certainement douloureux d'enregistrer de telles déconvenues et d'admettre qu'ils s'étaient trompés de route.
Aux environs de 1975, le pape Paul VI s'inquiéta fortement de l'attrait exercé par l'idéologie socialiste sur l'Action catholique ouvrière internationale. Si la J.O.C. allemande avait refusé de se laisser contaminer, la J.O.C. et l'A.C.O. françaises surestimaient les résultats heureux que pourrait entraîner le coude à coude des chrétiens avec le marxisme.
La Commission épiscopale française, chargée du monde ouvrier, dut reconnaître " que nous voyons rarement cheminer jusqu'à la foi des militants marxistes, convaincus; mais combien de chrétiens ont suivi la voie inverse ! ".
Malgré cela, les évêques français de cette Commission crurent devoir justifier en 1972 l'" option socialiste des chrétiens ". L'Eglise vivait à cette époque une situation passablement confuse. On peut comprendre que des pasteurs surchargés n'aient guère eu la possibilité de discerner assez justement les dangers que représentait concrètement le matérialisme communiste. Après coup, les faits démontrèrent qu'il ne suffisait pas que des chrétiens se proposent de prendre certaines distances vis-à-vis de l,'déologie marxiste.
Bien que leurs intentions aient été tout à fait sincères, ils furent incapables de résister totalement à la contagion idéologique d'un mouvement historique dans lequel ils étaient si fortement impliqués. Insensiblement, leur discernement se trouva faussé par l'imprégnation marxiste.
Ils avaient beau dire : " Nous nous contenterons d'utiliser la grille d'analyse marxiste à titre d'instrument de recherche ", bien des militants chrétiens glissaient imperceptiblement, sans le faire exprès, vers une réduction de leur foi chrétienne sous l'influence du matérialisme dialectique. Ils devenaient peu à peu prisonniers de la " praxis marxiste ".
Tout en rejetant l'idéologie athée, ils furent gagnés par le mirage du messianisme socialiste. Les faits le prouvent . Pendant qu'en France on restait ouvert à la " politique de la main tendue " des marxistes, dans d'autres pays soumis à la dictature communiste, les militants chrétiens luttèrent de toutes leurs forces contre la connivence avec le marxisme.
Ce fut particulièrement le cas en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, où ils refusèrent, parfois héroïquement, la liquidation de leurs libertés religieuses. Le régime politique de ces Etats ne permettait pas aux évêques et aux prêtres de se méprendre sur les objectifs anti chrétiens du socialo-marxisme.
En Pologne, c'est le cardinal Wyszynsky, archevêque de Varsovie et primat de Pologne de 1948 à 1978, qui mena un courageux combat contre l'étouffement de la foi chrétienne. Il ne se laissa aucunement intimider, ni par des menaces ni par deux années d'emprisonnement.
Il avait misé sur le catholicisme populaire fondé sur la religiosité paysanne, simple et profonde. Dès 1948 s'était également créé un Club d'intellectuels catholiques anti marxistes. Ces deux courants ont permis le développement de " Solidarnosc ". Jean-Paul II a joué, de son côté, un rôle catalyseur déterminant dans cette lutte anti marxiste. A chacun de ses voyages en Pologne, en 1979, 1983, 1989, par des messages ciblés, il a réussi à soutenir et à ranimer l'énergie de la population catholique.
Jusqu'à l'instauration de la démocratie en 1989, l'Eglise a été le principal dépositaire de la conscience nationale polonaise. En Hongrie, c'est le cardinal Mindszenty , archevêque de Budapest, qui lança le mouvement d'opposition à l'inexorable laïcisation du pays. Les traitements qu'il eut à subir durant son incarcération le firent considérer et vénérer comme un martyr.
Après son emprisonnement et son exil, c'est son successeur qui poursuivit la lutte. En Tchécoslovaquie, ce sont le cardinal Beran, archevêque de Prague, emprisonné en 1964, puis son successeur, le cardinal Tomasek, qui continuèrent le combat de la foi. Jusqu'à la " libération " du pays, l'Eglise catholique fut bâillonnée et brimée par le stalinisme. Le régime s'était en effet livré à une persécution religieuse systématique.
Le Vendredi saint 1988, il y eut à Bratislava une violente répression contre une pacifique manifestation de 15000 chrétiens revendiquant la pleine liberté religieuse et le respect des droits du citoyen. Depuis le début de 1990 et l'élection de Vaclav Havel comme président de la République, le renouveau religieux est amorcé.
Des prêtres et des évêques sont sortis de leur clandestinité et contribuent à changer profondément le visage de l'Eglise dans ce pays. Les chrétiens de l'Ouest et ceux de l'Est n'eurent pas tous la même attitude. Dans les pays récemment libérés de l'oppression communiste, les croyants n'avaient pas eu le temps de se faire d'illusions sur une éventuelle collaboration confiante avec le marxisme. Ils avaient rapidement eu la preuve de son impossibilité.
Aussi l'étincelle qui fut à l'origine de l'explosion de la liberté a-t-elle pris sa force initiale dans la prière aux pieds de la " Vierge de Czestochowa ". Et Lech Walesa, soulevé par sa foi, joua un rôle de détonateur. Contre toute attente, ce ne sont pas les armées, mais le souffle de l'Esprit qui put détruire les murs et briser les chaînes.
Espérons que ceux qui furent pendant de longues années des chrétiens résistants et courageux ne deviendront pas amnésiques. Maintenant que le combat à livrer devient plus subtil, qu'ils ne se laissent pas contaminer par l'adoration du " Veau d'or ", qui marque si fortement nos pays industriellement surdéveloppés!
En définitive, peut-on freiner le déraillement plus ou moins vicieux du pouvoir économique ?
Nous constatons que les régimes socialo-marxistes de l'Est se sont effondrés parce que les " dogmes collectivistes " n'ont pas tenu compte des aspirations profondes de liberté, de respect de la personne, que le Créateur a inscrites dans la nature humaine. Le mépris de la structure originelle de l'homme a abouti à la menace de mort économique d'environ 270 millions de sujets de l'Empire soviétique.
En revanche, l'économie de marché, le capitalisme libéral respectent la liberté de parier sur soi-même, de prendre des initiatives, d'avoir des préférences personnelles, de choisir son " échelle de Jacob ". Et, en le faisant, on parvient à des progrès matériels certains et continus.
Malheureusement, tous ne peuvent en bénéficier, du moins au même degré. Cela est en partie la conséquence des limites et des fautes personnelles des uns et des autres. Cependant, peut-on prouver que les péchés individuels d'égoïsme ou de satisfaction orgueilleuse attribués aux dirigeants de l'économie de marché sont plus funestes pour l'avenir de la communauté humaine que ne l'ont été les péchés collectifs des Etats marxistes ?
Certains régimes communistes renversés cherchent à se muer en de nouvelles structures socialistes. Si cela reste du vrai socialisme, que sera l'avenir ?. Car la nature profonde de l'homme est irréformable. Quant au déraillement vicieux vers lequel peut glisser l'économie libérale, il peut être enrayé par une vraie conversion du coeur.
Certes, ce n'est pas simple. Lorsqu'un grain de sable se glisse dans le fonctionnement de rouages très délicats, il peut tout dérégler et même bloquer l'ensemble des engrenages. Ainsi en est-il de l'intervention et de l'influence de ce que les croyants appellent le " péché de l'homme ".
Nous calculons, nous discutons, nous corrigeons les rouages économiques comme s'il n'y avait que des facteurs matériels pour empêcher la marche de notre développement industriel et le progrès de nos structures sociales. Pourquoi oublier si facilement l'importance des forces spirituelles et morales qui se cachent dans l'homme ? A-t-on encore le courage d'en parler ? La vérité est une conquête permanente.