première partie

l'Église et le monde antique, de la Pentecôte à la chute de l'Empire d'Occident
( an 30 à an 476 )

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l'église et la Rome chrétienne
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

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Cette nouvelle période de l'histoire de l'Église va être caractérisée par un prodigieux essor du christianisme et, corrélativement, une décadence accélérée du paganisme. Les maîtres de l'Empire eux-mêmes vont montrer leur faveur envers la religion du Christ, allant jusqu'à traquer en retour le paganisme.
L'artisan le plus remarquable de cette profonde mutation est l'Empereur Constantin.
Lorsque le christianisme aura statut de religion d'État, l'Évangile gagnera jusqu'au fond des campagnes et des provinces, se propageant jusqu'en Irlande au nord, jusqu'en Arménie, en Nubie, en Arabie et en Perse vers l'Orient.

1 les nouveaux maîtres de l'empire romain

Si Dioclétien se montra influençable, il fut néanmoins un homme avisé, prêt à partager son immense pouvoir lorsque l'intérêt de l'État le lui dicta. Son idée de Tétrarchie prouve sa sagesse et son assurance. Le risque d'éclatement de l'Empire était grand. Il ne se produit pas, ce qui eut été un frein au christianisme.

Le général Dioclétien, proclamé empereur en 284 par les soldats de la Garde Prétorienne, n'avait pas mis plus de deux années d'exercice du pouvoir à comprendre que l'activité d'un seul homme ne suffisait plus, vu les dimensions de l'Empire, à en assurer l'ordre. Il s'était donc adjoint un "pair" en la personne d'un autre soldat, Maximien, auquel il avait accordé également le titre d'Auguste. Partageant entre eux les territoires il créa l'Empire d'Orient, capitale Nicomédie, qu'il se réserva, et l'Empire d'Occident, capitale Milan, qu'il confia à Maximien. Six ans plus tard Dioclétien créa encore deux "Césars", qui furent comme les lieutenants des Augustes: Galère fut le César de Dioclétien son beau-père, et Constance Chlore celui de Maximien.
Ce mode de gouvernement à quatre de l'Empire porta le nom de Tétrarchie, l'Empire restant Un et Indivisible. En 305 Dioclétien, las du pouvoir en Orient et peut-être contrit de la persécution qu'il a lancée contre les chrétiens sur les instance de Galère, se retire, vit comme un sage, dit-on, cultivant son jardin et regardant l'Adriatique battre de ses flots verts les terrasses de son palais de Spalato (Split). Maximien l'imita en Occident, en abdiquant à la même date. Aussitôt les deux Césars devinrent Augustes: Galère en Orient (qui nomme Licinius son César) et Constance Chlore en Occident.

2 les rivalités dans l'empire d'occident

"Le pouvoir se prend". Jamais ce proverbe ne fut si appliqué à la lettre que dans la Rome antique. Avec les excès inhérents à une vision aussi tranchée des choses. Une autre maxime pose que "qui veut la fin veut les moyens". Celle voulue par Constantin, si elle n'était pas explicitement bonne aux yeux des hommes, le fut sans doute pour Dieu

Constance Chlore n'aura été Auguste que 15 mois ( oe306). À sa mort, Maxence, le fils de Maximien ( précédent Auguste ), brigue le titre de son père, ce que lui refuse Galère, l'Auguste d'Orient. Or Constance Chlore avait lui-même un fils, de sa femme Hélène : Constantin. Constantin, qui a trente deux ans et, déjà, un brillant passé militaire de chef des légions romaines en Gaule, est proclamé Auguste d'Occident par les soldats. Maxence marche alors sur Rome, s'y fait proclamer Auguste et se rend maître de toute l'Italie. Les fils légitimes de Maximien et de Constance Chlore, Maxence et Constantin, sont donc en rivalité.
En 311 Constantin franchit les Alpes à la tête d'une armée de 40hommes, traverse l'Italie en vainqueur et vient aux portes de Rome, où Maxence l'attend avec des forces supérieures.
Maxence est battu, le 28 octobre 312. En fuite, il se noie dans le Tibre au pont Milvius. Constantin entre dans Rome comme maître unique de l'Occident. Le Sénat et le peuple va faire édifier en son honneur un arc de triomphe à moins de cent mètres du Colisée.
C'est durant cette campagne que Constantin, (le fait en est attesté par deux écrivains de l'époque; Eusèbe, évêque de Césarée, et Lactance, précepteur de son fils) eut la vision, sur le ciel, d'une croix de feu entourée de ces mots : «Par ce signe tu vaincras» , et que le Christ lui ordonna de faire frapper à cette image son étendard, le Labarum , ainsi que chacun des boucliers de ses soldats, remplaçant ainsi l'aigle romaine. Dès cet instant, le monogramme du Christ fut l'insigne le plus vénéré des armées romaines.

3 Constantin "le grand" et la chrétienté

Si Constantin a su trouver dans la patience des martyrs un modèle à sa vaillance face aux obstacles, il a également, à les voir vivre, acquis des valeurs de l'âme qui conduiront sa parole, sa plume et ses actes.

L'Impératrice Hélène, épouse de Constance Chlore, avait donné le jour à Constantin en 274. Constantin fut élevé auprès de Dioclétien, à la cour de Nicomédie, en Asie Mineure. Là, il avait vu de quelle façons vivaient les communautés chrétiennes, auxquelles saint Paul avait donné vie plus de deux siècles auparavant. Et il ne pouvait qu'avoir été frappé, un peu plus tard, par leur ferveur, leur discipline et leur courage sous la persécution de Dioclétien. Déjà conduit par l'exemple de sa mère vers le monothéisme, il constatait dans le christianisme cet hommage au Dieu suprême qui, pensait-il déjà en bon politique, était de nature à se concilier sa bienveillance. En cela Constantin apparaissait tout à la fois comme un homme d'État et l'espoir du Christianisme.
Depuis son accession au trône d'Auguste d'Occident, Constantin avait employé son énergie à lancer de grandes expéditions contre les Francs et les Goths ou à mater des guerres civiles. Ce temps avait été souillé de bien des cruautés inutiles. Mais à compter de sa victoire sur Maxence et de la révélation miraculeuse qui l'avait accompagnée, Constantin s'attacha, par des actes concrets, à s'opposer au paganisme et à favoriser le développement du christianisme.
Pour diminuer l'influence du paganisme, il interdit de consulter les oracles, défendit les sacrifices à domicile, tenta de supprimer les combats de gladiateurs. Les gouverneurs et autres fonctionnaires durent s'abstenir de prendre part aux cérémonies païennes. Mais si certaines pratiques immorales furent abolies, le paganisme resta toléré. Et pour conserver la haute surveillance sur le culte des idoles (et la faveur de leur public) Constantin garda le titre païen de grand pontife, Pontifex Maximus, détenteur du pouvoir religieux, scribe du répertoire des dieux.
Simultanément, il se montra ouvertement favorable à l'Église:

- Il exempta ses biens d'impôt.

-Il accorda au clergé le droit d'affranchir les esclaves.

- En droit pénal, il supprima le supplice de la croix et la rupture des membres, en souvenir du Calvaire.

- En droit civil il renforça la protection de la famille

- Il créa les tribunaux ecclésiastiques, afin que les chrétiens portent leurs différents devant l'évêque.

- En 321 il rendit obligatoire le repos du dimanche.

- En 323 il convoquait le grand concile de Nicée (325), en Bithynie, afin de combattre certaines atteintes à l'unité de l'Église (que nous examinerons au chapitre "Hérésies"). Sa conversion officielle date vraisemblablement de cette même année 323.

Mais tout d'abord en 313, à peine maître de Rome, Constantin, en accord avec Licinius, promulgua l'Édit de Milan.

4 L'édit de Milan

L'édit apporte aux chrétiens une liberté qu'ils n'avaient jamais connue. Mais, toute médaille ayant son revers, ce protectionnisme prit souvent l'aspect d'un "droit de regard".

Licinius, César d'Orient depuis 307, avait été proclamé Auguste à la mort de Galère en 311. Il venait aussi d'épouser la s oeur de Constantin en cette même année 313, cette alliance ayant été convenue pour resserrer les liens entre les deux moitiés de l'Empire.
L'édit avait pour but de rétablir la
liberté des cultes et faisait rendre aux chrétiens leurs biens confisqués. Cette acte politique autant que religieux, au sortir des persécutions de Dioclétien, fut accueilli par les chrétiens avec enthousiasme.
Pourtant cet Édit ne faisait pas du christianisme la religion de l'État. L'empereur se contenta de donner leur liberté à toutes les religions. Le préambule en est clair : « Nous, Constantin et Licinius, Augustes avons décidé d'accorder aux chrétiens et à tous les autres la liberté de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin que la divinité qui réside dans le ciel soit propice et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui vivent sous notre domination» Suivent, à l'usage des gouverneurs, des consignes sur la façon de laisser à tous la liberté la plus complète. En réalité aucun culte ne fut avantagé, seule la paix leur était assurée.
Il faut reconnaître que si l'édit de Milan apportait la paix à l'Église, c'était tout de même au prix d'une
certaine ingérence du pouvoir civil dans ses affaires. Jusqu'à Constantin, elle avait été totalement indépendante de l'État. Voici qu'à dater de cet édit, en échange de la protection impériale elle perd une part de liberté.
Cette volonté de supervision conduisit Constantin, le tout premier, à vouloir être considéré comme "
l'évêque du dehors" et à s'immiscer dans les questions doctrinales, qui ne relèvent que du jugement des évêques et du pape. Cette pratique, dont il n'a pas abusé pour sa part, ne manquera pas de poser problèmes ultérieurement.
Saint Anastase, saint Hilaire, saint Basile et bien d'autres protestèrent contre cette immixtion du pouvoir séculier dans les choses de la religion.

5 l'opposition de licinius

Le crime appelle le crime. Ceux de Licinius entraînent chez Constantin une rigueur, dont sa conscience va exiger réparation.
La guerre s'alluma bientôt entre les deux empereurs. Licinius, le païen, n'avait en réalité jamais désarmé contre les chrétiens, et ne se privait pas, malgré sa signature au bas de l'édit de Milan, de les persécuter dans sa partie d'empire. Ainsi en fut-il, par exemple, contre les Quarante Martyrs de Sébaste, soldats de la XIIème légion, dite "la Fulminante", qui cantonnait à Sébaste, en Cappadoce dans l'hiver de 320. Ayant refusé de sacrifier aux idoles ils furent un soir enchaînés nus sur un étang gelé. Au matin les survivants seront achevés à coups de barre de fer.
Comme les plaintes des chrétiens persécutés parvenaient jusqu'à Constantin, il ne pouvait en résulter qu'une violente opposition entre les deux maîtres de l'Empire. Contre son rival païen, Constantin invoqua le Dieu des chrétiens et fut vainqueur.
Licinius fut battu en 321 et mourra étranglé dans sa prison, sur l'ordre de Constantin, trois ans plus tard.
Cette nouvelle cruauté n'empêcha pas Constantin de porter dès lors toutes ses faveurs vers les chrétiens. Peut-être fut-elle, ajoutée à tant d'autres, une motivation supplémentaire pour se soumettre à ce genre de réparation. Grâce à sa munificence et à celle de sa famille, un grand nombre d'églises s'élevèrent. À Rome, la
basilique du Latran dans les jardins mêmes de sa mère, avec son baptistère et son palais où résidera le Pape Sylvestre dès 314, la basilique de Saint pierre au Vatican et celle de saint Paul dite Hors-les-Murs, chacune élevée sur la tombe de l'Apôtre. Sa mère sainte Hélène fit construire trois églises en Palestine, celles du Saint Sépulcre, du Mont des Oliviers et de Bethléem. Elle fit effectuer sur sa cassette personnelle des fouilles au Calvaire, retrouva la Sainte Croix, revint à Rome portant pieusement quelques reliques

6 Fondation de Constantinople, et succession de constantin

Avec une nette vision de l'avenir, Constantin se lance dans le second grand' oeuvre de son règne : la fondation d'une nouvelle capitale répondant mieux aux besoins de l'Empire. Mais afin que par synergie ces deux oeuvres : Chrétienté et Constantinople, se renforcent, il les place sous l'autorité de la même Croix qui lui a assuré la victoire au pont Milvius.

La mort de Licinius a laissé Constantin, l'homme des grandes réalisations, seul maître de l'Empire. Rome, à ses yeux, souffre maintenant de deux défauts : au c oeur de la cité subsiste une sorte de citadelle du paganisme où la vieille aristocratie, qui met un point d'honneur à entretenir le culte des anciens dieux, entrave le développement du christianisme. Et, surtout, la ville se trouve trop éloignée des frontières.
Pour ces motifs, Constantin décide de donner à l'Empire une capitale nouvelle. Or
Byzance, merveilleusement située sur le Bosphore, aux confins de l'Europe et de l'Asie, lui semble pouvoir être à la fois le foyer du christianisme, un centre d'activité, et l'observatoire d'où il lui serait aisé de surveiller les Barbares. Il lui donne son propre nom : Constantinople et l'enrichit de quelques trésors transférés de la Grèce et de l'Asie. En 330 elle devient le siège d'un gouvernement absolu. Là Constantin réorganise toutes les affaires publiques, humanise les lois, et remplace la garde prétorienne par une troupe disciplinée.
Dans cette "Nouvelle Rome", il fit bâtir la
basilique de sainte Irène et l'église des Apôtres dans laquelle il fit élever son propre mausolée. Constantinople fut consacrée au Dieu des martyrs le 11 mai 330; la Croix figurait à l'entrée du palais et au plafond de la salle impériale. Constantinople, la nouvelle capitale d'Empire, était déjà une ville entièrement chrétienne.
Pourtant, Constantin lui-même ne reçut le
baptême qu'à la fin de sa vie, des mains de l'évêque de Césarée, Eusèbe. Peut-être partageait-il le préjugé de certains de ses contemporains qui croyaient, en agissant ainsi, s'assurer le salut éternel tout en s'octroyant une vie plus facile dans ce monde.
Il mourut à 63 ans, en 337, et son corps fut déposé dans son mausolée de l'église des Apôtres. Il laissait trois fils :
Constance, Constant et Constantin II, entre lesquels il avait partagé l'Empire. Ces héritiers se prononcèrent avec plus d'ardeur encore que leur père contre le paganisme. Constance, seul maître de l'Empire en 353, défendra sous peine de mort toute adoration des idoles et fera fermer leurs temples.
Si la gloire de Constantin fut ternie par des cruautés, qui ont inspiré des doutes sur la sincérité et la profondeur de sa conversion, Constantin mérite cependant le nom de Grand pour au moins trois raisons majeures :

- il a compris le sens des grands courants qui ont traversé son temps et son Empire;

- il a su, avec largeur d'esprit, prendre la tête du mouvement qui conduisait le monde vers des destinées nouvelles;

- enfin, dans cette perspective, il a fondé l'Empire Chrétien.


7 Julien l'apostat, et sa tentative de retour du paganisme (361-363)

L'esprit est puissant et libre. Libre de travestir la vérité, puissant au point d'imposer à d'autres esprits ce mensonge.
Julien l'Apostat joua ce jeu dangereux, jusqu'à retomber vis à vis des chrétiens dans l'intolérance des origines et la mauvaise foi. L'expérience ne dura heureusement que deux ans.

Au moment où l'empereur Constance, fils de Constantin, interdit le culte des idoles, son cousin Julien (331-363), neveu de Constantin, était âgé de 22 ans. Orphelin, il avait reçu une éducation chrétienne dans le palais des rois de Cappadoce, puis sur sa demande, et avec l'accord de Constance, avait poursuivi ses études à Constantinople. Esprit de nature inquiète, il subit là l'influence du rétheur païen Libanius. Lorsqu'il se rendit ensuite à Pergame et à Éphèse, le néo-platonicien Maxime parvint à lui faire abjurer le christianisme pour l'initier au culte de Mithra. Dès lors Julien, que l'on va surnommer l'Apostat, se livra aux sciences occultes, tout en pratiquant, d'une façon purement extérieure, les rites chrétiens. Il se lia même avec les saints Basile et Grégoire de Naziance.
Constance, le nommant César, l'envoya défendre la Gaule contre les Germains. Il y fit preuve d'énergie et d'habileté. Mais lorsque Constance voulut lui retirer ses meilleures troupes pour les expédier en Orient, celles-ci se révoltèrent et décernèrent à
Julien le titre d'Auguste. Constance, ne pouvant approuver cette décision, marchait contre son cousin quand mourut des fièvres en 361. Julien restait maître de l'Empire.
Il jeta aussitôt le masque : le culte des idoles fut rétabli, les temples de nouveau ouverts, un clergé païen organisé. Dans le même temps Julien édicta des lois propres à provoquer l'
apostasie des chrétiens, réserva les emplois publics aux seuls païens. Cet ostracisme rendit à nouveau les chrétiens indésirables, et provoqua quelques excès. C'est ainsi que l'on rattache à cette période le martyre à Rome de sainte Viviane qui, refusant d'apostasier, fut liée à une colonne et flagellée à coups de corde plombée jusqu'à ce qu'elle succombât. Julien l'Apostat alla jusqu'à pousser les Juifs à reconstruire le temple de Jérusalem pour donner un démenti à la prophétie du Christ (Mt 24-2). Il eut peut-être été entraîné à une persécution générale si une expédition contre les Perses n'avait interrompu sa destinée terrestre (363). Frappé d'un javelot au cours d'une retraite précipitée, et porté à sa tente, il expira en criant : « as vaincu, Galiléen! »
Avec lui disparaissait le dernier espoir du paganisme, qu'il avait tenté de rajeunir en remplaçant l'antique mythologie par un amalgame bien artificiel de philosophie grecque néo-platonicienne et de morale chrétienne.

8 gratien, auguste d'occident

Durant les quarante années séparant les règnes des deux grands empereurs de cette période : Constantin et Théodose, (337 à 378), autant les chrétiens d'Occident furent protégés par Valentinien, puis son fils Gratien, tous deux chrétiens eux-mêmes, autant souffrirent ceux d'Orient sous les persécutions de Valens.

Après l'éphémère Jovien, proclamé empereur par les légions à la mort de Julien et qui passa les huit mois de son règne à rendre à l'Église la paix et la liberté, Valentinien 1er (321-375) est proclamé empereur d'Occident par ces mêmes légions. Il s'associe son frère Valens pour l'Orient.. Chrétien sincère, Valentinien promulgua beaucoup de lois empreintes d'un esprit de justice et de charité. Il fut pourtant un homme d'une sévérité rare, dont les "exécuteurs" étaient deux ourses d'une férocité si réputée que l'Histoire a retenu leurs noms : "Innocence" et "Miette d'Or".
Gratien (359-383) fils de Valentinien 1er, partagea dès 375 le règne sur l'Empire d'Occident avec Valentinien II son jeune frère, mais garda la réalité du pouvoir. À la mort de son oncle Valens, en 378, il nomma Théodose Auguste d'Orient.
vGratien dit-on est instruit, pieux, chaste et tempérant. Il fit enlever du Sénat la statue de la Victoire, devenue symbole du paganisme et confisquer les bien des temples païens. En même temps il ordonna le bannissement de tous les hérétiques. L'affaire de la Statue de la Victoire montre bien la puissance d'un empereur à cette époque. Cette statue d'or, avait été placée au fond de la salle par Octave après sa victoire sur les armées d'Antoine et Cléopâtre, en 31 AvJC. Trois siècles durant les empereurs l'ont adorée, brûlant de l'encens sur son autel. Mais déjà l'épître de St Paul aux Romains avait affirmé que « le Dieu Unique domine sur les vivants et les morts »; puis l'édit de Thessalonique, que « tous les peuples doivent se rallier à la foi transmise par l'apôtre Pierre ». L'hommage à cette statue, en plein Sénat, devenait alors une offense au Christianisme. L'empereur Gratien, malgré une très vive opposition de certains sénateurs, et ayant pris conseil de
saint Ambroise l'évêque de Milan, fit enlever la statue. Elle ne réapparut jamais.
Malgré sa toute puissance, Gratien fut un jour de 381 mis en fuite, rattrapé et exécuté par le général Maxime et son armée, lequel selon l'usage se fit proclamer empereur par ses troupes. Avant d'être pourchassé à son tour par celles de Théodose 1er, l'Auguste d'Orient. Maxime est pris cinq ans plus tard et le glaive tranche sa tête. Dès lors, Théodose est maître des deux parties de l'Empire.

9 Théodose 1er, dit le Grand, auguste d'orient et d'occident

Avec l'Édit de Milan (313), Constantin avait rendu toute liberté de culte aux chrétiens. Avec celui de Thessalonique (380) Théodose fait du christianisme la religion d'État. Pourtant lui aussi fit montre de cruautés inqualifiables. Dans le c oeur de l'homme, simple instrument, se côtoient le meilleur et le pire.

Théodose 1er (378-395) est chrétien. En 380 (il a 34 ans) il défend vaillamment son empire contre les Goths lorsque, gravement malade à Thessalonique il demande le baptême. Dès lors il fut le plus ferme défenseur des chrétiens. Par l'Édit de Thessalonique (380), il fit du christianisme la religion d'État, à l'exclusion de toute autre. Il installa saint Grégoire de Naziance sur le trône épiscopal de Constantinople.
Théodose, lui aussi, eut à lutter tout à la fois contre la pression des Barbares à ses frontières et contre les multiples intrigues qui entretenaient dans l'empire un perpétuel climat de suspicion et de violence. Bien que chrétien il crut devoir céder aux m oeurs de l'époque. C'est ainsi qu'en 386, rentrant à Constantinople d'une expédition de guerre, il fut confronté à une révolte des habitants d'Antioche, qui refusaient le paiement des taxes levées pour venir au secours de Rome en proie à la famine. Ils furent en bloc condamnés à mort par l'empereur, qui ne consentit à lever in extremis la mesure que sur les supplications de l'évêque
Flavien. Quatre ans plus tard, en 390, il réédita son accès de cruauté. Une sédition avait éclaté à Thessalonique. Prompt à la violence, Théodose fit massacrer sept mille habitants par ses soldats. Quand, à Milan, il se présenta devant l'église pour assister à une cérémonie, saint Ambroise l'arrêta sur le seuil : « Tu as imité David dans le crime » lui dit-il, « imite-le dans sa pénitence.» Et Théodose, durant huit mois, dut rester plongé dans le deuil et les mortifications. Enfin, après une pénitence publique, saint Ambroise fit rouvrir les porte de l'église devant l'empereur. Il s'agissait là du premier exemple d'une sanction proche de l'excommunication.
Malgré qu'il ait usé de rigueurs condamnables l'histoire lui a conservé le titre de Grand :

- primo parce qu'il perçut nettement l'urgente nécessité de réaliser l'unité de la chrétienté afin de faire face à deux dangers : le paganisme intérieur qui couvait sous la cendre, et la barbarie des peuples extérieurs, avec lesquels ont ne pouvait se dispenser de traiter.

- secundo parce qu'il sut faire passer dans ses lois un esprit d'humanité qu'il puisait dans une réelle intelligence de l'Évangile. Ces lois, réunies aux constitutions impériales rendues depuis Constantin, furent promulguées sous le nom de Code Théodosien. Ce Code est le témoignage le plus frappant de la transformation de l'antique société.

Théodose mourut en 395, laissant l'empire entre les mains de ses deux fils : Arcadius maître de l'Orient, et Honorius maître de l'Occident, aussi faibles et indécis l'un que l'autre, et perpétuels jouets des intrigants qui les entouraient. Théodose laissait aussi aux frontières une concentration de peuples barbares dont la pression augmentait chaque jour et qui, notamment par l'enrôlement de leurs propres soldats dans les corps de l'armée romaine, infiltraient les rouages du pouvoir. Cette situation amènera la chute de l'Empire d'Occident moins d'un siècle après sa mort.

10 en empire d'orient

En Orient, succède à Arcadius : Théodose II le jeune (408-450), petit fils de Théodose le Grand. Il fait condamner l'erreur du patriarche de Constantinople Nestorius (dont nous parlerons au chapitre des "hérésies"), et promulgue en 438 le Code Théodosien dans l'ensemble de l'Empire, avant de laisser le trône à sa soeur Pulchérie;

- laquelle Pulchérie épousant Marcien, celui-ci devient Auguste d'Orient;

- Léon 1er (457-474), qui lui succède, fait choix en Népos d'un Auguste pour l'Occident, et accorde la main de sa fille à Zénon;

- Zénon est associé à l'empire par son fils, héritier du trône d'Orient, mais bientôt règne seul. Il promulgua un édit au sujet des querelles religieuses nées du Monophysisme (nous examinerons également au chapitre des hérésies )

11 Chute de l'empire d'occident (476)

Deux empereurs, chassés l'un après l'autre, ce qui montre l'état de décadence du pouvoir et des moeurs, abandonnent l'Empire au premier barbare assez hardi pour en prendre les commandes.

Parmi les successeurs d'Honorius, Népos (474-480), que nous savons choisi par Léon 1er d'Orient, est l'avant dernier Auguste d'Occident. Il est chassé d'Italie par le patrice Oreste qui proclame empereur à sa place son propre fils le jeune Romulus;

- Romulus, surnommé par dérision du peuple romain "Augustule" tant sa personnalité était faible, ne régna qu'une année ( 475-476). Il fut le dernier empereur d'Occident. En voici les raisons :

- Les Barbares, recrutés par les empereurs eux-mêmes, investissaient nous le savons des positions sociales de plus en plus élevées. Ainsi Odoacre, fils d'un ministre d'Attila, chef d'une bande barbare, entra avec ses hommes au service de l'Empire d'Occident et devint commandant de la garde prétorienne. C'est à dire de la troupe qui, depuis longtemps, faisait et défaisait les empereurs. De bataille en intrigue et de complot en assassinat, Odoacre, au prétexte obscur que des promesses faites aux Barbares n'avaient pas été tenues, fit en 476 assassiner Oreste, déposa l'empereur inconsistant Romulus-Augustule, se fit proclamer roi d'Italie par son armée et tenta d'obtenir la reconnaissance de son titre auprès de l'Empereur d'Orient, Zénon. Celui-ci refusa de reconnaître l'imposteur. Mais il s'était lui-même trop compromis avec d'autres chefs barbares pour entreprendre contre Odoacre une action efficace.

conclusion

Ainsi l'empire latin, dit Empire d'Occident, succombait sous les coup des Barbares, séparant le destin des deux moitiés de l'Empire et marquant la fin de l'Antiquité. L'évènement est d'importance pour l'histoire de la Chrétienté, car cette rupture est l'une des causes de celles qui vont aussi, douloureusement, séparer l'Église de Constantinople de celle de Rome.

Annexe
préambule de l'Édit de Milan (313)

« Nous, Constantin et Licinius, Augustes avons décidé d'accorder aux chrétiens et à tous les autres la liberté de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin que la divinité qui réside dans le ciel, soit propice et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui vivent sous notre domination. Il nous a paru que c'était un système très bon et très raisonnable de ne refuser à aucun de nos sujets, qu'il soit chrtétien ou qu'il appartienne à un autre culte, le droit de suivre la religion qui lui convient le mieux. De cette manière, la Divinité suprême, que chacun de nous honorera désormais librement, pourra nous accorder sa faveur et sa bienveillance accoutumées. Il convient donc que Votre Excellence (les gouverneurs de provine) sache qu'à partir de ce moment, nous permettons aux chrétiens de pratiquer leur religion, sans qu'ils puissent être inquiétés ou molestés d'aucune manière. Nous avons tenu à vous le faire connaître de la façon la plus précise, pour que vous n'ignoriez pas que nous laissons aux chétiens la liberté la plus complète, la plus absolue de pratiquer leur culte. Et puisque nous l'accordons aux chrétiens, Votre Excellence comprendra bien que les autres doivent posséder le même droit. »

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