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Cette nouvelle période
de l'histoire de l'Église va être caractérisée
par un prodigieux essor du christianisme et, corrélativement,
une décadence accélérée du paganisme.
Les maîtres de l'Empire eux-mêmes vont montrer leur
faveur envers la religion du Christ, allant jusqu'à traquer
en retour le paganisme.
L'artisan le plus remarquable
de cette profonde mutation est l'Empereur Constantin.
Lorsque
le christianisme aura statut de religion d'État, l'Évangile
gagnera jusqu'au fond des campagnes et des provinces, se propageant
jusqu'en Irlande au nord, jusqu'en Arménie, en Nubie, en
Arabie et en Perse vers l'Orient.
1 les nouveaux maîtres de l'empire romain
Si Dioclétien se montra influençable, il fut néanmoins un homme avisé, prêt à partager son immense pouvoir lorsque l'intérêt de l'État le lui dicta. Son idée de Tétrarchie prouve sa sagesse et son assurance. Le risque d'éclatement de l'Empire était grand. Il ne se produit pas, ce qui eut été un frein au christianisme.
Le général Dioclétien,
proclamé empereur en 284 par les soldats de la Garde Prétorienne,
n'avait pas mis plus de deux années d'exercice du pouvoir
à comprendre que l'activité d'un seul homme ne suffisait
plus, vu les dimensions de l'Empire, à en assurer l'ordre.
Il s'était donc adjoint un "pair" en la personne
d'un autre soldat, Maximien, auquel il avait accordé également
le titre d'Auguste. Partageant entre eux les territoires
il créa l'Empire
d'Orient, capitale Nicomédie,
qu'il se réserva, et l'Empire
d'Occident, capitale Milan,
qu'il confia à Maximien. Six ans plus tard Dioclétien
créa encore deux "Césars", qui
furent comme les lieutenants des Augustes: Galère
fut le César de Dioclétien son beau-père,
et Constance Chlore celui de
Maximien.
Ce mode de gouvernement à quatre de l'Empire
porta le nom de Tétrarchie, l'Empire
restant Un et Indivisible. En 305 Dioclétien, las
du pouvoir en Orient et peut-être contrit de la persécution
qu'il a lancée contre les chrétiens sur les instance
de Galère, se retire, vit comme un sage, dit-on, cultivant
son jardin et regardant l'Adriatique battre de ses flots verts
les terrasses de son palais de Spalato (Split). Maximien l'imita
en Occident, en abdiquant à la même date. Aussitôt
les deux Césars devinrent Augustes: Galère
en Orient (qui nomme Licinius son César) et Constance Chlore
en Occident.
2 les rivalités dans l'empire d'occident
"Le pouvoir se prend". Jamais ce proverbe ne fut si appliqué à la lettre que dans la Rome antique. Avec les excès inhérents à une vision aussi tranchée des choses. Une autre maxime pose que "qui veut la fin veut les moyens". Celle voulue par Constantin, si elle n'était pas explicitement bonne aux yeux des hommes, le fut sans doute pour Dieu
Constance Chlore n'aura été
Auguste que 15 mois ( oe306). À sa mort, Maxence, le fils de Maximien ( précédent
Auguste ), brigue le titre de son père, ce que lui
refuse Galère, l'Auguste d'Orient. Or Constance
Chlore avait lui-même un fils, de sa femme Hélène
: Constantin. Constantin,
qui a trente deux ans et, déjà, un brillant passé
militaire de chef des légions romaines en Gaule, est proclamé
Auguste d'Occident par les soldats. Maxence marche alors
sur Rome, s'y fait proclamer Auguste et se rend maître
de toute l'Italie. Les fils légitimes de Maximien et de
Constance Chlore, Maxence et Constantin, sont donc en rivalité.
En
311 Constantin franchit les Alpes à la tête
d'une armée de 40hommes, traverse l'Italie en vainqueur
et vient aux portes de Rome, où Maxence l'attend avec des
forces supérieures.
Maxence est battu,
le 28 octobre 312. En fuite, il se noie dans le Tibre au pont Milvius.
Constantin entre dans Rome comme maître unique de l'Occident.
Le Sénat et le peuple va faire édifier en son honneur
un arc de triomphe à moins de cent mètres du Colisée.
C'est
durant cette campagne que Constantin, (le fait en est attesté
par deux écrivains de l'époque; Eusèbe,
évêque de Césarée, et Lactance,
précepteur de son fils) eut la vision, sur le ciel, d'une
croix de feu entourée de ces mots : «Par ce signe
tu vaincras» , et que le Christ lui ordonna de faire
frapper à cette image son étendard, le Labarum
, ainsi que chacun des boucliers de ses soldats, remplaçant
ainsi l'aigle romaine. Dès cet instant, le monogramme du
Christ fut l'insigne le plus vénéré des armées
romaines.
3 Constantin "le grand" et la chrétienté
Si Constantin a su trouver dans la patience des martyrs un modèle à sa vaillance face aux obstacles, il a également, à les voir vivre, acquis des valeurs de l'âme qui conduiront sa parole, sa plume et ses actes.
L'Impératrice Hélène,
épouse de Constance Chlore, avait donné le jour
à Constantin en 274. Constantin fut élevé
auprès de Dioclétien, à la cour de Nicomédie,
en Asie Mineure. Là, il avait vu de quelle façons
vivaient les communautés chrétiennes, auxquelles
saint Paul avait donné vie plus de deux siècles
auparavant. Et il ne pouvait qu'avoir été frappé,
un peu plus tard, par leur ferveur, leur discipline et leur courage
sous la persécution de Dioclétien. Déjà
conduit par l'exemple de sa mère vers le monothéisme,
il constatait dans le christianisme cet hommage au Dieu suprême
qui, pensait-il déjà en bon politique, était
de nature à se concilier sa bienveillance. En cela Constantin
apparaissait tout à la fois comme un homme d'État
et l'espoir du Christianisme.
Depuis son accession
au trône d'Auguste d'Occident, Constantin avait employé
son énergie à lancer de grandes expéditions
contre les Francs et les Goths
ou à mater des guerres civiles. Ce temps avait été
souillé de bien des cruautés inutiles. Mais à
compter de sa victoire sur Maxence et de la révélation
miraculeuse qui l'avait accompagnée, Constantin s'attacha,
par des actes concrets, à s'opposer au paganisme
et à favoriser le développement du christianisme.
Pour
diminuer l'influence du paganisme, il interdit de consulter les
oracles, défendit les sacrifices à domicile, tenta
de supprimer les combats de gladiateurs. Les gouverneurs et autres
fonctionnaires durent s'abstenir de prendre part aux cérémonies
païennes. Mais si certaines pratiques immorales furent abolies,
le paganisme resta toléré. Et pour conserver la
haute surveillance sur le culte des idoles (et la faveur de leur
public) Constantin garda le titre païen de grand pontife,
Pontifex Maximus, détenteur du pouvoir religieux,
scribe du répertoire des dieux.
Simultanément,
il se montra ouvertement favorable à l'Église:
- Il exempta ses biens d'impôt.
-Il accorda au clergé le droit d'affranchir les esclaves.
- En droit pénal, il supprima le supplice de la croix et la rupture des membres, en souvenir du Calvaire.
- En droit civil il renforça la protection de la famille
- Il créa les tribunaux ecclésiastiques, afin que les chrétiens portent leurs différents devant l'évêque.
- En 321 il rendit obligatoire le repos du dimanche.
- En 323 il convoquait le grand concile de Nicée (325), en Bithynie, afin de combattre certaines atteintes à l'unité de l'Église (que nous examinerons au chapitre "Hérésies"). Sa conversion officielle date vraisemblablement de cette même année 323.
Mais tout d'abord en 313, à peine maître de Rome, Constantin, en accord avec Licinius, promulgua l'Édit de Milan.
4 L'édit de Milan
L'édit apporte aux
chrétiens une liberté qu'ils n'avaient jamais connue.
Mais, toute médaille ayant son revers, ce protectionnisme
prit souvent l'aspect d'un "droit de regard".
Licinius, César d'Orient
depuis 307, avait été proclamé Auguste
à la mort de Galère en 311. Il venait aussi d'épouser
la s oeur de Constantin en cette même année 313,
cette alliance ayant été convenue pour resserrer
les liens entre les deux moitiés de l'Empire.
L'édit
avait pour but de rétablir la liberté des cultes
et faisait rendre aux chrétiens leurs biens confisqués.
Cette acte politique autant que religieux, au sortir des persécutions
de Dioclétien, fut accueilli par les chrétiens avec
enthousiasme.
Pourtant cet Édit ne faisait
pas du christianisme la religion de l'État. L'empereur
se contenta de donner leur liberté à toutes les
religions. Le préambule en est clair : « Nous,
Constantin et Licinius, Augustes avons décidé d'accorder
aux chrétiens et à tous les autres la liberté
de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin
que la divinité qui réside dans le ciel soit propice
et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui
vivent sous notre domination» Suivent, à l'usage
des gouverneurs, des consignes sur la façon de laisser
à tous la liberté la plus complète. En réalité
aucun culte ne fut avantagé, seule la paix leur était
assurée.
Il faut reconnaître que si
l'édit de Milan apportait la paix à l'Église,
c'était tout de même au prix d'une certaine ingérence du pouvoir civil dans ses affaires. Jusqu'à
Constantin, elle avait été totalement indépendante
de l'État. Voici qu'à dater de cet édit,
en échange de la protection impériale elle perd
une part de liberté.
Cette volonté
de supervision conduisit Constantin, le tout premier, à
vouloir être considéré comme "l'évêque du dehors" et à s'immiscer dans les questions doctrinales,
qui ne relèvent que du jugement des évêques
et du pape. Cette pratique, dont il n'a pas abusé pour
sa part, ne manquera pas de poser problèmes ultérieurement.
Saint Anastase, saint Hilaire, saint Basile
et bien d'autres protestèrent contre cette immixtion du
pouvoir séculier dans les choses de la religion.
5 l'opposition de licinius
Le crime appelle le crime.
Ceux de Licinius entraînent chez Constantin une rigueur,
dont sa conscience va exiger réparation.
La
guerre s'alluma bientôt entre les deux empereurs. Licinius,
le païen, n'avait en réalité jamais désarmé
contre les chrétiens, et ne se privait pas, malgré
sa signature au bas de l'édit de Milan, de les persécuter
dans sa partie d'empire. Ainsi en fut-il, par exemple, contre
les Quarante Martyrs
de Sébaste, soldats de
la XIIème légion, dite "la Fulminante",
qui cantonnait à Sébaste, en Cappadoce dans l'hiver
de 320. Ayant refusé de sacrifier aux idoles
ils furent un soir enchaînés nus sur un étang
gelé. Au matin les survivants seront achevés à
coups de barre de fer.
Comme les plaintes des chrétiens
persécutés parvenaient jusqu'à Constantin,
il ne pouvait en résulter qu'une violente opposition entre
les deux maîtres de l'Empire. Contre son rival païen,
Constantin invoqua le Dieu des chrétiens et fut vainqueur.
Licinius fut battu en 321
et mourra étranglé dans sa prison, sur l'ordre de
Constantin, trois ans plus tard.
Cette nouvelle
cruauté n'empêcha pas Constantin de porter dès
lors toutes ses faveurs vers les chrétiens. Peut-être
fut-elle, ajoutée à tant d'autres, une motivation
supplémentaire pour se soumettre à ce genre de réparation.
Grâce à sa munificence et à celle de sa famille,
un grand nombre d'églises s'élevèrent. À
Rome, la basilique
du Latran dans les jardins mêmes
de sa mère, avec son baptistère et son palais où
résidera le Pape Sylvestre dès 314, la basilique de Saint pierre au Vatican
et celle de saint Paul
dite Hors-les-Murs, chacune élevée
sur la tombe de l'Apôtre. Sa mère sainte Hélène
fit construire trois églises en Palestine, celles
du Saint Sépulcre, du Mont
des Oliviers et de Bethléem.
Elle fit effectuer sur sa cassette personnelle des fouilles au
Calvaire, retrouva la Sainte Croix, revint à Rome
portant pieusement quelques reliques
6 Fondation de Constantinople, et succession de constantin
Avec une nette vision de l'avenir, Constantin se lance dans le second grand' oeuvre de son règne : la fondation d'une nouvelle capitale répondant mieux aux besoins de l'Empire. Mais afin que par synergie ces deux oeuvres : Chrétienté et Constantinople, se renforcent, il les place sous l'autorité de la même Croix qui lui a assuré la victoire au pont Milvius.
La mort de Licinius a laissé Constantin,
l'homme des grandes réalisations, seul maître de
l'Empire. Rome, à ses yeux, souffre maintenant de deux
défauts : au c oeur de la cité subsiste une sorte
de citadelle du paganisme où la vieille aristocratie, qui
met un point d'honneur à entretenir le culte des anciens
dieux, entrave le développement du christianisme. Et, surtout,
la ville se trouve trop éloignée
des frontières.
Pour ces motifs, Constantin décide de donner
à l'Empire une capitale nouvelle. Or Byzance, merveilleusement
située sur le Bosphore, aux confins de l'Europe et de l'Asie,
lui semble pouvoir être à la fois le foyer du christianisme,
un centre d'activité, et l'observatoire d'où il
lui serait aisé de surveiller les Barbares. Il lui donne
son propre nom : Constantinople et l'enrichit de quelques trésors
transférés de la Grèce et de l'Asie. En 330
elle devient le siège d'un gouvernement absolu. Là
Constantin réorganise toutes les affaires publiques, humanise
les lois, et remplace la garde prétorienne par une troupe
disciplinée.
Dans cette "Nouvelle
Rome", il fit bâtir la basilique de sainte Irène et l'église
des Apôtres dans laquelle
il fit élever son propre mausolée. Constantinople
fut consacrée au Dieu des martyrs le 11 mai 330;
la Croix figurait à l'entrée du palais et au plafond
de la salle impériale. Constantinople, la nouvelle capitale
d'Empire, était déjà une ville entièrement
chrétienne.
Pourtant, Constantin lui-même
ne reçut le baptême qu'à la fin de sa vie, des mains de l'évêque
de Césarée, Eusèbe. Peut-être partageait-il le préjugé
de certains de ses contemporains qui croyaient, en agissant ainsi,
s'assurer le salut éternel tout en s'octroyant une vie
plus facile dans ce monde.
Il mourut à 63
ans, en 337, et son corps fut déposé dans son mausolée
de l'église des Apôtres. Il laissait trois fils :
Constance, Constant et Constantin II,
entre lesquels il avait partagé l'Empire. Ces héritiers
se prononcèrent avec plus d'ardeur encore que leur père
contre le paganisme. Constance, seul maître de l'Empire en 353,
défendra sous peine de mort toute adoration des idoles
et fera fermer leurs temples.
Si la gloire de Constantin
fut ternie par des cruautés, qui ont inspiré des
doutes sur la sincérité et la profondeur de sa conversion,
Constantin mérite cependant le nom de Grand pour
au moins trois raisons majeures :
- il a compris le sens des grands courants qui ont traversé son temps et son Empire;
- il a su, avec largeur d'esprit, prendre la tête du mouvement qui conduisait le monde vers des destinées nouvelles;
- enfin, dans cette perspective, il a fondé l'Empire Chrétien.
7 Julien l'apostat, et sa tentative de retour du paganisme (361-363)
L'esprit est puissant et
libre. Libre de travestir la vérité, puissant au
point d'imposer à d'autres esprits ce mensonge.
Julien
l'Apostat joua ce jeu dangereux, jusqu'à retomber vis à
vis des chrétiens dans l'intolérance des origines
et la mauvaise foi. L'expérience ne dura heureusement que
deux ans.
Au moment où l'empereur Constance,
fils de Constantin, interdit le culte des idoles, son cousin Julien (331-363), neveu de Constantin, était âgé
de 22 ans. Orphelin, il avait reçu une éducation
chrétienne dans le palais des rois de Cappadoce, puis sur
sa demande, et avec l'accord de Constance, avait poursuivi ses
études à Constantinople. Esprit de nature inquiète,
il subit là l'influence du rétheur païen Libanius.
Lorsqu'il se rendit ensuite à Pergame et à Éphèse,
le néo-platonicien Maxime parvint à lui faire abjurer le christianisme
pour l'initier au culte de Mithra. Dès lors Julien, que
l'on va surnommer l'Apostat, se livra aux sciences occultes, tout en pratiquant,
d'une façon purement extérieure, les rites chrétiens.
Il se lia même avec les saints
Basile et
Grégoire de
Naziance.
Constance,
le nommant César, l'envoya défendre la Gaule
contre les Germains. Il y fit preuve d'énergie et d'habileté.
Mais lorsque Constance voulut lui retirer ses meilleures troupes
pour les expédier en Orient, celles-ci se révoltèrent
et décernèrent à Julien le titre d'Auguste.
Constance, ne pouvant approuver cette
décision, marchait contre son cousin quand mourut des fièvres
en 361. Julien restait maître de l'Empire.
Il
jeta aussitôt le masque : le culte des idoles fut rétabli,
les temples de nouveau ouverts, un clergé païen organisé.
Dans le même temps Julien édicta des lois propres
à provoquer l'apostasie
des chrétiens, réserva
les emplois publics aux seuls païens. Cet ostracisme rendit
à nouveau les chrétiens indésirables, et
provoqua quelques excès. C'est ainsi que l'on rattache
à cette période le martyre à Rome de sainte Viviane
qui, refusant d'apostasier, fut liée à une colonne
et flagellée à coups de corde plombée jusqu'à
ce qu'elle succombât. Julien l'Apostat alla jusqu'à
pousser les Juifs à reconstruire le temple de Jérusalem pour donner un démenti à la prophétie
du Christ (Mt 24-2). Il eut peut-être été
entraîné à une persécution générale
si une expédition contre les Perses n'avait interrompu
sa destinée terrestre (363). Frappé d'un javelot
au cours d'une retraite précipitée, et porté
à sa tente, il expira en criant : « as vaincu,
Galiléen! »
Avec lui disparaissait
le dernier espoir du paganisme, qu'il avait tenté de rajeunir
en remplaçant l'antique mythologie par un amalgame bien
artificiel de philosophie grecque néo-platonicienne et
de morale chrétienne.
8 gratien, auguste d'occident
Durant les quarante années séparant les règnes des deux grands empereurs de cette période : Constantin et Théodose, (337 à 378), autant les chrétiens d'Occident furent protégés par Valentinien, puis son fils Gratien, tous deux chrétiens eux-mêmes, autant souffrirent ceux d'Orient sous les persécutions de Valens.
Après l'éphémère
Jovien, proclamé empereur par les légions
à la mort de Julien et qui passa les huit mois de son règne
à rendre à l'Église la paix et la liberté,
Valentinien 1er (321-375)
est proclamé empereur d'Occident par ces mêmes
légions. Il s'associe son frère Valens pour
l'Orient.. Chrétien sincère, Valentinien
promulgua beaucoup de lois empreintes d'un esprit de justice et
de charité. Il fut pourtant un homme d'une sévérité
rare, dont les "exécuteurs" étaient deux
ourses d'une férocité si réputée que
l'Histoire a retenu leurs noms : "Innocence" et "Miette
d'Or".
Gratien (359-383) fils de Valentinien 1er, partagea dès
375 le règne sur l'Empire d'Occident avec Valentinien
II son jeune frère, mais garda la réalité
du pouvoir. À la mort de son oncle Valens, en 378, il nomma
Théodose Auguste d'Orient.
vGratien dit-on est instruit,
pieux, chaste et tempérant. Il fit enlever du Sénat
la statue de la Victoire, devenue symbole du paganisme et confisquer
les bien des temples païens. En même temps il ordonna
le bannissement de tous les hérétiques. L'affaire
de la Statue de la Victoire montre bien la puissance d'un
empereur à cette époque. Cette statue d'or, avait
été placée au fond de la salle par Octave
après sa victoire sur les armées d'Antoine et
Cléopâtre, en 31 AvJC. Trois siècles
durant les empereurs l'ont adorée, brûlant de l'encens
sur son autel. Mais déjà l'épître de
St Paul aux Romains avait affirmé que « le Dieu
Unique domine sur les vivants et les morts »; puis l'édit
de Thessalonique, que « tous les peuples doivent se rallier
à la foi transmise par l'apôtre Pierre ».
L'hommage à cette statue, en plein Sénat, devenait
alors une offense au Christianisme. L'empereur Gratien, malgré
une très vive opposition de certains sénateurs,
et ayant pris conseil de saint
Ambroise l'évêque
de Milan, fit enlever la statue. Elle ne réapparut
jamais.
Malgré sa toute puissance, Gratien
fut un jour de 381 mis en fuite, rattrapé et exécuté
par le général Maxime et son armée,
lequel selon l'usage se fit proclamer empereur par ses troupes.
Avant d'être pourchassé à son tour par celles
de Théodose 1er, l'Auguste d'Orient. Maxime est
pris cinq ans plus tard et le glaive tranche sa tête. Dès
lors, Théodose est maître des deux parties de l'Empire.
9 Théodose 1er, dit le Grand, auguste d'orient et d'occident
Avec l'Édit de Milan (313), Constantin avait rendu toute liberté de culte aux chrétiens. Avec celui de Thessalonique (380) Théodose fait du christianisme la religion d'État. Pourtant lui aussi fit montre de cruautés inqualifiables. Dans le c oeur de l'homme, simple instrument, se côtoient le meilleur et le pire.
Théodose 1er (378-395) est chrétien. En 380 (il a 34 ans) il
défend vaillamment son empire contre les Goths lorsque,
gravement malade à Thessalonique il demande le baptême.
Dès lors il fut le plus ferme défenseur des chrétiens.
Par l'Édit
de Thessalonique (380),
il fit du christianisme la religion d'État, à l'exclusion de toute autre. Il installa
saint Grégoire
de Naziance sur le trône
épiscopal de Constantinople.
Théodose,
lui aussi, eut à lutter tout à la fois contre la
pression des Barbares à ses frontières et contre
les multiples intrigues qui entretenaient dans l'empire un perpétuel
climat de suspicion et de violence. Bien que chrétien il
crut devoir céder aux m oeurs de l'époque. C'est
ainsi qu'en 386, rentrant à Constantinople d'une expédition
de guerre, il fut confronté à une révolte
des habitants d'Antioche, qui refusaient le paiement des taxes
levées pour venir au secours de Rome en proie à
la famine. Ils furent en bloc condamnés à mort par
l'empereur, qui ne consentit à lever in extremis
la mesure que sur les supplications de l'évêque Flavien.
Quatre ans plus tard, en 390, il réédita son accès
de cruauté. Une sédition avait éclaté
à Thessalonique. Prompt à la violence, Théodose
fit massacrer sept mille habitants par ses soldats. Quand, à
Milan, il se présenta devant l'église pour
assister à une cérémonie, saint Ambroise
l'arrêta sur le seuil : « Tu as imité David
dans le crime » lui dit-il, « imite-le dans
sa pénitence.» Et Théodose, durant huit
mois, dut rester plongé dans le deuil et les mortifications.
Enfin, après une pénitence publique, saint Ambroise
fit rouvrir les porte de l'église devant l'empereur. Il
s'agissait là du premier exemple d'une sanction proche
de l'excommunication.
Malgré qu'il ait usé
de rigueurs condamnables l'histoire lui a conservé le titre
de Grand :
- primo parce qu'il perçut nettement l'urgente nécessité de réaliser l'unité de la chrétienté afin de faire face à deux dangers : le paganisme intérieur qui couvait sous la cendre, et la barbarie des peuples extérieurs, avec lesquels ont ne pouvait se dispenser de traiter.
- secundo parce qu'il sut faire passer dans ses lois un esprit d'humanité qu'il puisait dans une réelle intelligence de l'Évangile. Ces lois, réunies aux constitutions impériales rendues depuis Constantin, furent promulguées sous le nom de Code Théodosien. Ce Code est le témoignage le plus frappant de la transformation de l'antique société.
Théodose mourut en 395, laissant l'empire entre les mains de ses deux fils : Arcadius maître de l'Orient, et Honorius maître de l'Occident, aussi faibles et indécis l'un que l'autre, et perpétuels jouets des intrigants qui les entouraient. Théodose laissait aussi aux frontières une concentration de peuples barbares dont la pression augmentait chaque jour et qui, notamment par l'enrôlement de leurs propres soldats dans les corps de l'armée romaine, infiltraient les rouages du pouvoir. Cette situation amènera la chute de l'Empire d'Occident moins d'un siècle après sa mort.
10 en empire d'orient
En Orient, succède à Arcadius : Théodose II le jeune (408-450), petit fils de Théodose le Grand. Il fait condamner l'erreur du patriarche de Constantinople Nestorius (dont nous parlerons au chapitre des "hérésies"), et promulgue en 438 le Code Théodosien dans l'ensemble de l'Empire, avant de laisser le trône à sa soeur Pulchérie;
- laquelle Pulchérie épousant Marcien, celui-ci devient Auguste d'Orient;
- Léon 1er (457-474), qui lui succède, fait choix en Népos d'un Auguste pour l'Occident, et accorde la main de sa fille à Zénon;
- Zénon est associé à l'empire par son fils, héritier du trône d'Orient, mais bientôt règne seul. Il promulgua un édit au sujet des querelles religieuses nées du Monophysisme (nous examinerons également au chapitre des hérésies )
11 Chute de l'empire d'occident (476)
Deux empereurs, chassés l'un après l'autre, ce qui montre l'état de décadence du pouvoir et des moeurs, abandonnent l'Empire au premier barbare assez hardi pour en prendre les commandes.
Parmi les successeurs d'Honorius, Népos (474-480), que nous savons choisi par Léon 1er d'Orient, est l'avant dernier Auguste d'Occident. Il est chassé d'Italie par le patrice Oreste qui proclame empereur à sa place son propre fils le jeune Romulus;
- Romulus, surnommé par dérision du peuple romain "Augustule" tant sa personnalité était faible, ne régna qu'une année ( 475-476). Il fut le dernier empereur d'Occident. En voici les raisons :
- Les Barbares, recrutés par les empereurs eux-mêmes, investissaient nous le savons des positions sociales de plus en plus élevées. Ainsi Odoacre, fils d'un ministre d'Attila, chef d'une bande barbare, entra avec ses hommes au service de l'Empire d'Occident et devint commandant de la garde prétorienne. C'est à dire de la troupe qui, depuis longtemps, faisait et défaisait les empereurs. De bataille en intrigue et de complot en assassinat, Odoacre, au prétexte obscur que des promesses faites aux Barbares n'avaient pas été tenues, fit en 476 assassiner Oreste, déposa l'empereur inconsistant Romulus-Augustule, se fit proclamer roi d'Italie par son armée et tenta d'obtenir la reconnaissance de son titre auprès de l'Empereur d'Orient, Zénon. Celui-ci refusa de reconnaître l'imposteur. Mais il s'était lui-même trop compromis avec d'autres chefs barbares pour entreprendre contre Odoacre une action efficace.
conclusion
Ainsi l'empire latin, dit Empire d'Occident, succombait sous les coup des Barbares, séparant le destin des deux moitiés de l'Empire et marquant la fin de l'Antiquité. L'évènement est d'importance pour l'histoire de la Chrétienté, car cette rupture est l'une des causes de celles qui vont aussi, douloureusement, séparer l'Église de Constantinople de celle de Rome.
« Nous, Constantin et Licinius, Augustes avons décidé d'accorder aux chrétiens et à tous les autres la liberté de pratiquer la religion qu'ils préfèrent, afin que la divinité qui réside dans le ciel, soit propice et favorable aussi bien à nous qu'à tous ceux qui vivent sous notre domination. Il nous a paru que c'était un système très bon et très raisonnable de ne refuser à aucun de nos sujets, qu'il soit chrtétien ou qu'il appartienne à un autre culte, le droit de suivre la religion qui lui convient le mieux. De cette manière, la Divinité suprême, que chacun de nous honorera désormais librement, pourra nous accorder sa faveur et sa bienveillance accoutumées. Il convient donc que Votre Excellence (les gouverneurs de provine) sache qu'à partir de ce moment, nous permettons aux chrétiens de pratiquer leur religion, sans qu'ils puissent être inquiétés ou molestés d'aucune manière. Nous avons tenu à vous le faire connaître de la façon la plus précise, pour que vous n'ignoriez pas que nous laissons aux chétiens la liberté la plus complète, la plus absolue de pratiquer leur culte. Et puisque nous l'accordons aux chrétiens, Votre Excellence comprendra bien que les autres doivent posséder le même droit. »
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