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Telle est l'exclamation jaillie de la
pensée de Paul pour clôre sa première lettre
à la turbulente Église de Corinthe, fertile en discordes,
en légèretés, en scepticismes, en prétentions.
L'Apôtre sait qu'il s'adresse à
une communauté d'âmes en pleine mue, déchirant
avec peine leur carapace païenne, écorchées,
vulnérables, trébuchant dans l'éprouvante
recherche de la paix intérieure par les raides chemins
de la Vérité. Quittant à peine leurs dieux
multiples, les voici qui tâtonnent vers l'Unique; aussi
Paul doit-il tempérer son autorité de tendresse,
et s'attarde-t-il à traiter chaque question en référence
à des événements vécus et clairement
évoqués.
Et c'est bien parce qu'il
en est ainsi qu'au travers de ses conseils, ses admonestations,
ses mises en garde, nous découvrons les mille et une facettes,
claires ou obscures, de la vie de cette Église grecque.
Une vie qui est la parfaite illustration de celle dont elle n'est
qu'un des premiers maillons : l'Église universelle.
Maranatha! Trois
mots, groupés en un, d'une langue usitée depuis
l'exil à Babylone : l'araméen, encore en usage de
nos jours dans quelques villages, tel Maaloula, à cinquante
kilomètres de Damas. Une langue à laquelle nous
portons la plus grande dévotion car elle fut celle de Jésus.
Trois mots : Mar : Seigneur, an : notre, et atha : vient; verbe pris dans
un sens intemporel, ou plus exactement significatif d'un présent
continu : "venu-vient-viendra", expression même
de l'idée d'éternité. C'est donc à
la fois l'attente ou espérance, l'atteinte ou arrivée,
et la certitude du futur, certitude rappelée par l'avant
dernier verset de l'Apocalypse : Viens, Seigneur Jésus!
(Ap. 22-20)
Maranatha! Au temps de l'Église primitive la locution
est courante. Elle exprime tout à la fois une salutation,
une exclamation, un signe entre fidèles du Christ,
un mot de passe qui ouvre les portes et les coeurs. Un mot qui
clôt les correspondances, comme le prouve saint Paul, et
si courant qu'il n'éprouve même pas le besoin de
le traduire.
Jésus s'exprime donc en araméen.
Dans la Palestine de ce temps, l'hébreu est la langue "de
sainteté", tel notre latin.
On prie
en hébreu et Jésus le parle, ainsi que saint Luc
nous le décrit, dans la synagogue de Nazareth, "déroulant
le Livre du prophète Isaïe et lisant" (Lc
4-16).
Cependant, dans la vie courante, comme lorsqu'il
enseigne, Jésus s'exprime en araméen, la langue
des populations du Croissant fertile imposée depuis des
siècles par les Rois des Rois de Perse, y compris chez
Israël. Ainsi le Christ s'adresse-t-il à l'enfant
de Jaïre, le chef de la synagogue de Capharnaüm : "Talitha,
koum!", Fillette, lève-toi! (Lc 5-4), ou encore,
au sourd-bègue de la Décapole : "Ephphata",
Ouvre-toi ((Lc 7-34), ou enfin, dévoilant à ses
apôtres l'amour d'"Abba", le Père.
Maranatha
! En
l'An 50, saint Mathieu écrit son Évangile en araméen.
Bonne Nouvelle s'il en fut, en est et en sera (toujours
ce présent éternel), puisqu'il s'agit de notre salut
en Jésus-Christ. Voici enfin l'expression écrite
de l'enseignement que l'apôtre dispense depuis environ quinze
années. Mais, comme les Épîtres de Paul, c'est
aussi un récit, "évangélique",
des actes et des paroles du Maître, comme de ses apôtres
et d'autres protagonistes, qu'ils soient d'édifiante ou
sinistre mémoire. Et la relation se clôt par le Sacrifice
qui fit tomber les portes de notre prison terrestre sous l'effroyable
effort de Notre Seigneur et au prix de son sang.
En
cela l'Évangile est bien la première page de l'Histoire
de l'Église. La plus terrible et la plus chargée
d'espérance.
Quelle est donc notre responsabilité
de vouloir écrire, une fois encore, et ne serait-ce qu'en
traçant à grands traits, la suite de cette première
page de l'Histoire sainte! Et combien y devons-nous mettre d'humilité.
De si grands noms y ont déjà apporté
leur soin, leur savoir, leur intelligence que, si l'on ne ressentait
pas l'utilité d'explorer de nouveaux modes d'expression,
telle la trame invisible des ondes dans l'espace, l'esprit resterait
figé et le bras gourd.
Mais le mot est dit
: l'esprit, cette entité que d'aucuns croient posséder
en propre et assujettir à leur seule volonté, alors
qu'il est voile où souffle l'Esprit, qu'il est miroir dont
le tain capte la Lumière à proportion de sa pureté.
Que la voile soit étriquée et imparfait le miroir,
ne font aucun doute; mais tous deux se tendent, conscients et
confiants, serviteurs inutiles et heureux. "Je ne suis
qu'un crayon dans la main du Seigneur" avait coutume
de dire Mère Teresa. Quelle plume d'or en ce qui la concerne!
La confiance et l'abandon nous ont donc habité jusqu'à
la dernière ligne. Espérons qu'ils seront comptés
pour gestes d'amour. C'est la petite voie d'une autre Thérèse.
À qui s'adressent ces pages ? N'étant
que narratives, dénuées de toute prétention
théologienne, casuiste ou moraliste, elles se désirent
modestement au service de ceux qui souhaitent connaître
la trame des faits, afin d'en tirer soit une simple information
soit un support à leur réflexion : étudiants,
familles, chrétien curieux de découvrir sa "parenté"
spirituelle.
Reste que ce travail, qui n'est peut-être
pas exempt d'inexactitudes, décevra un érudit et
risque de rebuter l'amateur d'abrégés. Qu'ils
nous en pardonnent et veuillent nous communiquer leurs observations
: elles seront les bienvenues.
R. S.