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MARANATHA! , Le Seigneur vient!
AVANT PROPOS
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

Telle est l'exclamation jaillie de la pensée de Paul pour clôre sa première lettre à la turbulente Église de Corinthe, fertile en discordes, en légèretés, en scepticismes, en prétentions.

L'Apôtre sait qu'il s'adresse à une communauté d'âmes en pleine mue, déchirant avec peine leur carapace païenne, écorchées, vulnérables, trébuchant dans l'éprouvante recherche de la paix intérieure par les raides chemins de la Vérité. Quittant à peine leurs dieux multiples, les voici qui tâtonnent vers l'Unique; aussi Paul doit-il tempérer son autorité de tendresse, et s'attarde-t-il à traiter chaque question en référence à des événements vécus et clairement évoqués.
Et c'est bien parce qu'il en est ainsi qu'au travers de ses conseils, ses admonestations, ses mises en garde, nous découvrons les mille et une facettes, claires ou obscures, de la vie de cette Église grecque. Une vie qui est la parfaite illustration de celle dont elle n'est qu'un des premiers maillons : l'Église universelle.

Maranatha! Trois mots, groupés en un, d'une langue usitée depuis l'exil à Babylone : l'araméen, encore en usage de nos jours dans quelques villages, tel Maaloula, à cinquante kilomètres de Damas. Une langue à laquelle nous portons la plus grande dévotion car elle fut celle de Jésus.
Trois mots :
Mar : Seigneur, an : notre, et atha : vient; verbe pris dans un sens intemporel, ou plus exactement significatif d'un présent continu : "venu-vient-viendra", expression même de l'idée d'éternité. C'est donc à la fois l'attente ou espérance, l'atteinte ou arrivée, et la certitude du futur, certitude rappelée par l'avant dernier verset de l'Apocalypse : Viens, Seigneur Jésus! (Ap. 22-20)

Maranatha! Au temps de l'Église primitive la locution est courante. Elle exprime tout à la fois une salutation, une exclamation, un signe entre fidèles du Christ, un mot de passe qui ouvre les portes et les coeurs. Un mot qui clôt les correspondances, comme le prouve saint Paul, et si courant qu'il n'éprouve même pas le besoin de le traduire.
Jésus s'exprime donc en araméen. Dans la Palestine de ce temps, l'hébreu est la langue "de sainteté", tel notre latin.
On prie en hébreu et Jésus le parle, ainsi que saint Luc nous le décrit, dans la synagogue de Nazareth, "déroulant le Livre du prophète Isaïe et lisant" (Lc 4-16).
Cependant, dans la vie courante, comme lorsqu'il enseigne, Jésus s'exprime en araméen, la langue des populations du Croissant fertile imposée depuis des siècles par les Rois des Rois de Perse, y compris chez Israël. Ainsi le Christ s'adresse-t-il à l'enfant de Jaïre, le chef de la synagogue de Capharnaüm : "Talitha, koum!", Fillette, lève-toi! (Lc 5-4), ou encore, au sourd-bègue de la Décapole : "Ephphata", Ouvre-toi ((Lc 7-34), ou enfin, dévoilant à ses apôtres l'amour d'"Abba", le Père.
Maranatha ! En l'An 50, saint Mathieu écrit son Évangile en araméen.
Bonne Nouvelle s'il en fut, en est et en sera (toujours ce présent éternel), puisqu'il s'agit de notre salut en Jésus-Christ. Voici enfin l'expression écrite de l'enseignement que l'apôtre dispense depuis environ quinze années. Mais, comme les Épîtres de Paul, c'est aussi un récit, "évangélique", des actes et des paroles du Maître, comme de ses apôtres et d'autres protagonistes, qu'ils soient d'édifiante ou sinistre mémoire. Et la relation se clôt par le Sacrifice qui fit tomber les portes de notre prison terrestre sous l'effroyable effort de Notre Seigneur et au prix de son sang.
En cela l'Évangile est bien la première page de l'Histoire de l'Église. La plus terrible et la plus chargée d'espérance.
Quelle est donc notre responsabilité de vouloir écrire, une fois encore, et ne serait-ce qu'en traçant à grands traits, la suite de cette première page de l'Histoire sainte! Et combien y devons-nous mettre d'humilité.
De si grands noms y ont déjà apporté leur soin, leur savoir, leur intelligence que, si l'on ne ressentait pas l'utilité d'explorer de nouveaux modes d'expression, telle la trame invisible des ondes dans l'espace, l'esprit resterait figé et le bras gourd.
Mais le mot est dit : l'esprit, cette entité que d'aucuns croient posséder en propre et assujettir à leur seule volonté, alors qu'il est voile où souffle l'Esprit, qu'il est miroir dont le tain capte la Lumière à proportion de sa pureté. Que la voile soit étriquée et imparfait le miroir, ne font aucun doute; mais tous deux se tendent, conscients et confiants, serviteurs inutiles et heureux. "Je ne suis qu'un crayon dans la main du Seigneur" avait coutume de dire Mère Teresa. Quelle plume d'or en ce qui la concerne! La confiance et l'abandon nous ont donc habité jusqu'à la dernière ligne. Espérons qu'ils seront comptés pour gestes d'amour. C'est la petite voie d'une autre Thérèse.

À qui s'adressent ces pages ? N'étant que narratives, dénuées de toute prétention théologienne, casuiste ou moraliste, elles se désirent modestement au service de ceux qui souhaitent connaître la trame des faits, afin d'en tirer soit une simple information soit un support à leur réflexion : étudiants, familles, chrétien curieux de découvrir sa "parenté" spirituelle.
Reste que ce travail, qui n'est peut-être pas exempt d'inexactitudes, décevra un érudit et risque de rebuter l'amateur d'abrégés. Qu'ils nous en pardonnent et veuillent nous communiquer leurs observations : elles seront les bienvenues.
R. S.

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