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L'Église est un
corps vivant. Elle naquit, elle croît, corps et âme
elle s'affine dans la souffrance. On ne devient résistant
qu'à ce prix. Vinrent les persécutions, et rien
n'entama sa confiance ni son effort : elle s'est organisée;
elle s'est alimentée à la source des Sacrements,
que son Seigneur lui a ouverte dans le rocher de la foi pour vaincre
les périls du dedans et du dehors; elle a bâti des
lieux de culte et de prière pour honorer son Dieu.
Et pourtant, dans le même temps, sa pensée
s'est parfois égarée. Au coeur du troupeau des brebis
se sont perdues, qu'il fallut ramener; d'autres se sont rebellées,
qu'on dut mordre aux chevilles. Le Pasteur, quant à lui,
a toujours marché à leur côté. Lui
seul sait par quel chemin Il les mène vers le céleste
pâturage. Et son Esprit couvre la multitude de son ombre.
1 les courants de pensées
L'oeuvre de Constantin ayant modifié
les comportements, nous distinguerons la période qui précède
l'Édit de Milan (313), de celle qui le suit jusqu'à
la fin de l'empire d'Occident (476).
À
chacune d'elles se rattachent deux types de courants. Primo; des
discussions, des controverses nées spontanément
de l'âme chrétienne, qui éprouve le désir
parfois impérieux d'approfondir le mystère des vérités
révélées. Et ces positions, prises le plus
souvent de bonne foi, aboutissent à des erreurs doctrinales
nommées hérésies. Secundo;
une littérature ecclésiastique
écrite par les Pères
de l'Église
et d'autres écrivains chrétiens,
qu'ils soient originaires de l'Église d'Orient dite grecque,
ou d'Occident dite latine.
2 les premières hérésies (de 30 à 313)
Le Christ avait annoncé que son Église serait déchirée par les hérésies. Cette prédiction se réalisa dès les premiers jours. Déjà l'évangile de saint Jean et les épîtres des Apôtres contiennent la réfutation d'erreurs que de faux docteurs cherchaient à faire triompher. Simon le Magicien, qui avait tenté d'obtenir de Pierre le pouvoir de donner l'Esprit Saint, est considéré par les Pères de l'Église comme patriarche des hérétiques.
Dans cette première période de la vie de l'Église, les hérésies naissent de l'influence sur la pensée chrétienne de deux flots d'idées, le juif et le païen:
- Les judéo-chrétiens n'admettent pas l'abrogation de leur loi mosaïque, d'où l'hérésie des Judaïsants.
- Les païens refusent la vision chrétienne de la Création et de l'origine du mal, d'où le Gnosticisme et le Manichéisme
- Enfin, pour certains, se pose la question de savoir comment la divinité du Fils et celle de l'Esprit Saint peuvent se concilier avec l'unité de Dieu, d'où le Montanisme et l'Unitarisme.
Les Judaïsants
Les prescriptions de la loi mosaïque s'appliquaient-elles au christianisme, et dans quelle mesure? Nous nous souvenons que la question fut tranchée au concile de Jérusalem. Deux sectes ne voulurent pas s'y soumettre, pour qui Jésus n'était qu'un prophète dans la lignée du judaïsme, et l'hérésie persista quelque temps en Palestine (Ébionites et Nazaréens)
Le Gnosticisme
Cette importante hérésie
remontait, comme la précédente, au temps des Apôtres.
Née de différents courants philosophiques, tentant
de concilier le christianisme avec certaines doctrines orientales
et la mythologie grecque, elle eut la vie dure et fleurit du II·
au IV· siècle.
Le
fonds de la doctrine était le suivant : le monde, émanation
d'un dieu, fut d'abord peuplé de purs esprits. Puis vint
l'incarnation , l'irruption de la matière : ce fut
là la chute. Pour les gnostiques, la matière
était principe du mal, et l'esprit principe
du bien. De ce fait, prétendant que les fautes commises
par la chair ne souillaient pas l'esprit, ils en déduisaient
une doctrine les conduisant à vivre dans la plus grande
immoralité.
Le
Gnosticisme ne compta pas moins de soixante-dix sectes,
assemblées en cinq groupes de pensée différente,
dont les plus célèbres furent le palestinien,
avec Simon le
Magicien ; l'égyptien, avec Basilide (130) et Valentin (161) d'Alexandrie ; et l'asiatique avec
Marcion .
Le Manichéisme
Nouvelle doctrine dualiste élaborée
par un certain Manès, (240-274)
elle dériva de la précédente et de la religion
païenne perse de Zoroastre. Nous y retrouvons les
deux principes divins en lutte éternelle : l'un bon, symbolisé
par la lumière; l'autre mauvais, figuré par les
ténèbres et maître de la matière. Or
l'homme spirituel. créé par le dieu bon fut
emprisonné par les ténèbres dans la matière.
L'homme terrestre fut donc créé par le dieu mauvais.
L'humanité née de lui souffre de la même tare,
subit l'empire du mal, et ne peut en être affranchi que
par le Paraclet. Qui est Manès lui-même.
En Orient, cette hérésie
se répandit dans la Perse, l'Inde, le Tibet, la Chine.
En Occident elle envahit le sud de l'Italie et la province d'Afrique,
ce qui valut à Saint Augustin, avant sa conversion, d'en
être lui-même adepte.
Valentinien Ier en
372 et Théodose Ier en 381
portèrent contre ses adeptes
des édits sévères. On la crut écrasée
au IX· siècle, mais on la verra renaître au
XII· dans les sectes des Cathares ou Albigeois.
Le Montanisme
Montan, prêtre
païen du culte de Cybèle, se convertit au christianisme
vers 170. Selon son interprétation, deux premières
lois ont été données au monde : la première
par le Père, le Judaïsme; la seconde par le Fils,
le Christianisme. Mais voici qu'une troisième, plus parfaite,
est accordée au monde qui vient d'atteindre le stade de
la maturité. Elle est donnée par le Saint Esprit,
lequel se manifeste à Montan lui-même par extases
et moyens surnaturels, et parle par sa bouche.
L'hérésie se répandit en
Italie, en Gaule, mais surtout en Afrique. Le bouillant Tertullien
en devint le partisan. Elle fut condamnée par les papes
Eleuthère, Victor et Zéphirin.
L'Unitarisme
Comment sauvegarder l'unité de Dieu dans la trinité des personnes ? C'est la question que se posaient ces hérétiques qui conservaient une vue primaire du monothéisme. Pour eux, ou bien le Christ était un simple envoyé du Père (Ébionites), ou bien le Dieu unique portait simplement trois noms (Patripassiens).
Le Millénarisme
On lit dans l'Apocalypse (XX-3) que "l'Ange
précipita Satan dans l'abîme pour qu'il ne séduise
plus les nations jusqu'au terme des mille ans." Si la tradition
chrétienne interprète cette expression comme une
époque de paix relative d'une durée indéterminée,
beaucoup, et non des moindres, crurent et enseignèrent
dans les premiers siècles que le Christ, vainqueur des
Césars persécuteurs, allait incessamment réapparaître
pour régner, avec ses saints, durant dix siècles.
Les principaux écrivains
qui versèrent dans l'erreur furent, parmi les auteurs de
l'Église d'Orient, Papias, évêque d'Hiérapolis, saint Justin, martyr, et saint Irénée. En Occident
Tertullien et Lactance.
Ceci prouve bien que les meilleurs ne sont pas certains d'échapper
à l'erreur.
Combattu
dès le II· siècle par Origène,
le Millénarisme disparut au IV·. En l'an
mille, les prétendues terreurs constituèrent l'un
des articles de la foi des Mormons d'Amérique
3 les écrits des trois premiers siècles (30-313)
Non seulement les chrétiens
composèrent des apologies pour réfuter les
accusations portées contre eux par les païens, mais
ils écrivirent des ouvrages destinés à l'instruction
des fidèles et, bien entendu, à la réfutation
des hérésies.
Suivant
leur caractère et leur but, les écrits de cet âge
de l'Église sont de trois natures : les ouvrages des Pères
apostoliques, les écrits apologétiques
et polémiques, enfin les traités théologiques.
4 Écrits des pères apostoliques
Parmi ces oeuvres des tout premiers temps de l'Église, les écrits les plus remarquables sont ceux de saint Clément de Rome et de saint Ignace d'Antioche. Mais il faut citer aussi saint Polycarpe, saint Barnabé, saint Hermas, saint Papias et des écrits comme La Didaché.
Saint Clément de Rome
fut ordonné par saint Pierre lui-même. Troisième
successeur de l'Apôtre, pape de 91 à 100, il mourut
sous Domitien. Beaucoup des ouvrages qui lui sont attribués
sont soit apocryphes, soit discutés. Le seul reconnu authentique
a une importance considérable : sa première épître
aux Corinthiens. dans laquelle, sur la demande des fidèles
de Corinthe eux-mêmes, il intervient pour rétablir
la paix dans cette Église.
Saint Ignace d'Antioche est né
au début du Ier siècle et mort martyr à Rome
vers 107. Sacré évêque d'Antioche en 69, il
soutint courageusement ses fidèles pendant la persécution
de Domitien en 95. Trajan ayant prescrit d'arrêter les chrétiens,
saint Ignace fut conduit à Rome, torturé et livré
aux bêtes pendant la fête des saturnales. Nous possédons
sous son nom quinze épîtres dont douze sont
authentiques; textes d'importance si l'on veut connaître
l'organisation de l'Église à cette époque.
Saint Polycarpe Un des plus
fidèles disciples de saint Jean l'évangéliste,
qui le nomma évêque de Smyrne. Il la gouverna soixante
ans et eut une grande influence sur l'Église d'Orient.
Saint Ignace, en route pour son martyre à Rome, s'étant
arrêté à Smyrne, Polycarpe vint baiser ses
chaînes. Il écrivit ensuite, sur le voyage de son
aîné et ami, une épître aux fidèles
de Philippes qui reste l'un des plus précieux documents
de l'histoire chrétienne des premiers siècles. Il
fut martyrisé sous le règne d'Antonin. Dénoncé
comme chrétien, il comparut devant le proconsul qui le
pressa de renier le Christ. Il répondit : «Voilà
quatre-vingt six ans que je le sers, il ne m'a jamais fait que
du bien. Comment pourrais-je blasphémer moi roi et mon
sauveur ?» Selon une lettre de ses fidèles aux églises
d'Asie, il fut lié à un bûcher puis frappé
d'un coup d'épée.
Saint Barnabé, le
compagnon de saint Paul, auquel on attribue une épître
qui démontre pour quelles raisons les chrétiens
peuvent s'affranchir de la loi mosaïque.
Saint Hermas
Ce fut l'un des premiers Pères Apostoliques et des écrivains
de l'Église. Selon saint Jérôme c'est lui
que saint Paul salue en 57 dans son épître aux Romains
(Rom 16-14). Évêque de Philippes, il écrivit
le Pasteur, un ouvrage d'une grande célébrité
incitant à la pénitence et aux oeuvres.
Saint Papias, évêque d'Hiérapolis en Phrygie.
On sait relativement peu de chose de lui, sinon qu'il fut, comme
saint Polycarpe, disciple de saint Jean. Il composa en grec une
Exposition des discours du Seigneur dont on possède
une partie.
La Didaché
ou Doctrine des Douze Apôtres,
est un ouvrage dont l'auteur est inconnu, et contenant d'importants
renseignements sur le baptême, le jeûne, l'eucharistie,
les missions, la célébration du dimanche et le choix
des évêques et des diacres.
5 Écrits des pères apologistes
Apologie et polémique
Seconde période : la situation change, l'Église est en butte aux attaques de ses ennemis du dehors : les persécuteurs, et ceux de l'intérieur : les hérétiques. Les écrivains de cette époque se font donc "apologétiques" envers les premiers, et "polémiques" contre les seconds.
Le christianisme, qui avait à lutter
contre la cruauté des persécutions, devaient encore
vaincre d'autres obstacles non moins terribles. C'était
d'abord l'aveuglement des Juifs, aveuglement qui leur masquait
la venue du Messie et leur inspirait une haine profonde des chrétiens,
ces "apostats du Judaïsme". Et cette haine, ils
tentaient par tous moyens de la faire partager aux païens.
C'était ensuite les préjugés des païens,
dont le culte des idoles favorisait des passions que les chrétiens
réprouvaient. Aussi la foule acceptait-elle volontiers
les calomnies les plus absurdes contre les disciples du Christ.
On les accusait d'athéisme, de crimes odieux, voire d'assassinats.
Tous les fléaux qui frappaient l'Empire étaient,
au dire de l'homme de la rue, causés par la colère
des dieux, irrités contre ces impies. Quant à l'élite,
elle approuvait ces bruits populaires et méprisait les
chrétiens comme une secte superstitieuse et fanatique.
Toutes ces attaques ont été résumées
par le païen Celse dans un écrit
publié vers le règne d'Antonin sous le titre de Discours véritable.
Les
chrétiens répondirent à ces calomnies dans
leurs apologies. Leur défense porte sur trois points :
Primo : Ils prouvent qu'ils ne sont pas coupables des crimes
qu'on leur reproche. Secundo : Ils démontrent que
le paganisme est un monstrueux égarement de l'esprit humain
et un culte immoral. Tertio : Ils exposent la doctrine
chrétienne qui, loin d'être la source des maux dont
souffre l'humanité, en est le meilleur remède.
Les Pères Apologistes
furent nombreux au II· et au III· siècles.
Citons : Quadratus - Ariston - Miltiade - Apollinaire d'Hiérapolis
- Méliton de Sarde - Justin le Philosophe - Tatien - Athénagore
- Théophile d'Antioche .
Théologie
S'il est contraint par les circonstances à un travail apologétique et polémique, le théologien doit aussi, simultanément, analyser et approfondir les vérités religieuses.
Dans cet effort, la science ecclésiastique engendre de savants "traités" qui contiennent tout à la fois la solide démonstration des vérités de la religion chrétienne et la réfutation des erreurs sur lesquelles sont bâties les autres croyances.
Pour parvenir à la toutes les consciences, cet enseignement se devait d'être rédigé dans la langue usuelle. Jusqu'alors la langue ecclésiastique était le grec, d'usage courant dans l'empire romain. Mais à partir du III· siècle, le latin devint peu à peu la langue de l'Église d'Occident. On trouve donc pour cette époque des auteurs grecs et latins.
Les Pères grecs
Au III· siècle, l'Église d'Orient voit se développer des centres de culture chrétienne portant le nom d'écoles, dont les plus réputées sont celles d'Alexandrie et d'Antioche. Les principaux Pères grecs appartenaient à l'école d'Alexandrie. Citons : saint Clément d'Alexandrie, Origène et saint Denys.
Saint Clément d'Alexandrie (v.160-v.220) Écrivain et docteur chrétien, d'origine païenne, il voyagea "à la recherche de la vérité". Il fut ordonné prêtre et devint, après sa conversion, chef de l'école des Catéchètes d'Alexandrie. Ce fut un moraliste excellent. Comme apologiste il déploie une vaste érudition contre le paganisme, et montre comment la philosophie grecque peut conduire le païen au Christ. Intelligent, érudit, éloquent, il composa de nombreux ouvrages dont nous retiendrons un Traité de morale chrétienne et un Exposé scientifique de la Doctrine. Il fut le maître d'Origène, l'apologiste.
Origène (185-254) Exégète et théologien,
né à Alexandrie, il fut dès sa jeunesse remarqué
pour l'ardeur de sa foi. Après le martyre de son père
chrétien, il se vit confier par l'évêque Démétrius,
en 203, la direction de l'école catéchétique
d'Alexandrie. Il n'avait alors que dix-huit ans. Il la garda vint
huit ans. Ami de saint Ambroise il vivait dans la pauvreté
et la mortification. En 230, lors d'un séjour à
Césarée, il fut ordonné prêtre par
l'évêque cette ville, ce qui irrita Démétrius
au point qu'il le destitua et l'excommunia. Origène se
fixa donc à Césarée, ou il ouvrit une nouvelle
école, de grand renom. Il voyagea beaucoup : Arabie, Palestine,
Grèce, Rome. Arrêté en 250 sous la persécution
de Dèce, torturé, il mourut quatre ans plus tard
des suites de ses blessures.
Ses
contemporains, frappés par sa prodigieuse puissance de
travail, l'avaient surnommé "l'homme d'airain".
D'après saint Jérôme, il ne composa pas loin
de deux mille ouvrages d'importances diverses. Ses travaux sur
l'Écriture en occupent une grande partie mais, exégète
plus hardi qu'habile, il a commis dans l'interprétation
de la Bible quelques erreurs qui furent condamnées par
le IIème concile de Constantinople (553) Son ouvrage le
plus célèbre est une réfutation du Discours
Véritable du païen Celse (cité plus haut),
sous le titre de Défense de la Religion chrétienne.
Saint Denys Patriarche d'Alexandrie en 248, il fut élevé dans le paganisme. C'est la lecture des épîtres de saint Paul qui le convertit. Ordonné prêtre en 231, il succéda dans la direction de l'école d'Alexandrie à Origène son maître. Il eut à subir les persécutions de Dèce et de Valérien et fut même exilé. Ses ouvrages furent fort estimés de saint Basile.
Les Pères latins
Les plus réputés sont Saint Justin, saint Irénée, saint Cyprien, saint Hippolyte et Tertullien
Saint Justin (v.100-v.165) Apologiste .Surnommé le Martyr, philosophe chrétien, il est né à Naplouse et fut martyrisé à Rome. Ses parents, païens, étaient d'origine grecque. Converti avant 132, baptisé, il se fixa à Rome et fonda la première école chrétienne. Dénoncé, il comparut devant le préfet de Rome, fut condamné et exécuté. Saint Justin fut le meilleur apologiste du II· siècle. Ses plus célèbres apologies furent celle à l'attention d'Antonin le Pieux, puis celle à Marc-Aurèle.
Saint Irénée, Polémiste. Évêque de Lyon et martyr, né vers 125, est mort à Lyon vers 200. Élève de saint Polycarpe à Smyrne, il fut initié par lui à l'enseignement de l'Apôtre saint Jean. Jeune prêtre, envoyé en Gaule par son maître, il se mit au service de saint Pothin, évêque de Lyon. Il lui succéda en 178, convertit dès lors un grand nombre d'infidèles et combattit avec force les Gnostiques. Selon la tradition il fut martyrisé durant la persécution de Maxime-Sévère. Les écrits polémistes de ce temps ( principalement contre deux hérésies : le gnosticisme et le montanisme) sont perdus pour la plupart. Nous reste le "Traité contre les Hérésies", l'oeuvre majeure de saint Irénée.
Saint Cyprien, (210-258) Théologien originaire de Carthage, issu d'une famille sénatoriale il reçut une brillante éducation, et professa la rhétorique. Il fut converti par le prêtre Cæcilius, reçut le baptême en 246, vendit ses biens et se retira dans la solitude pour étudier l'Écriture et les écrivains ecclésiastiques, dont Tertullien. En 248 les fidèles de Carthage l'obligèrent à accepter le siège de Donat, l'évêque décédé. Afin de redonner vigueur à l'Église d'Afrique qui sombrait dans la tiédeur, il convoqua nombre de conciles. Ayant dû se cacher dans les environs de Carthage à la persécution de Dèce (251) il trouva à son retour une église divisée et schismatique. Le pape saint Corneille le tira de ce mauvais pas. Mais une nouvelle persécution commençait, celle de Valérien. Saint Cyprien fut d'abord exilé, puis rappelé devant le proconsul. Interrogé, il professa sa foi et fut décapité. Il laissait soixante seize lettres relatant la quasi-totalité de l'histoire de son temps. Parmi de remarquables traités notons : De l'exhortation des Martyrs, ainsi que De l'Unité de l'Église Catholique et Des Lapsis (Apostats), deux indispensables outils contre les hérésies qui démantelaient la chrétienté.
Saint Hippolyte, Théologien évêque et martyr au début du III· siècle, disciple de saint Irénée, ami et admirateur d'Origène. On pense qu'après avoir habité l'Orient il se rendit en Italie et devint évêque d'Ostie. D'après une ancienne tradition il souffrit le martyre à Rome. Les actes des martyrs racontent qu'il fut amené devant le préfet de Rome qui, en apprenant son nom, s'écria : «bien! Qu'il soit traité comme le fils de Thésée et traîné par des chevaux!» En sus de quelques traités en grec, on a de lui un ouvrage, découvert sur le mont Athos en 1822 : Réfutation de toutes les hérésies
Tertullien, (v.160-v.240)Théologien. Né à Carthage, il fit des études de grec et de jurisprudence avant sa conversion. Ordonné prêtre vers 196, il prit avec une fougue éloquente la défense des chrétiens. Durant cette période, qui dura environ sept ans, il parla avec enthousiasme des attributs de Dieu dans de nombreux écrits apologétiques; il combattit le judaïsme et les hérésies, notamment la Gnose dans un traité contre Marcion; il rédigea des traités sur les moeurs et la discipline chrétienne. Ce fut l'un des plus puissants défenseurs de la foi. Mais, en 203, son esprit brillant ne sut résister à la tentation de l'erreur montaniste. Apparaissent alors ses écrits hérétiques Il se sépara plus tard de cette secte, mais on ignore s'il se réconcilia avec l'Église avant sa mort.
6 les grandes hérésies après l'édit de milan
La liberté de culte
accordée par Constantin n'a pas contribué à
ramener l'ordre dans les esprit. L'union ne naît que d'une
menace. Jamais l'Église n'avait été secouée
de telles luttes théologiques et d'aussi dévastatrices
hérésies. On mesura la difficulté de définir
avec précision le dogme de la Foi. On précisa aussi
le rôle du magistère et des conciles.
Trois questions
agitaient les esprits : la question trinitaire, la question christologique,
la question du salut de l'homme.
Primo : La question trinitaire
À l'époque elle
n'est toujours pas complètement résolue, et donne
lieu à de vives controverses qui opposent à la tradition
les tenants de la pensée d'Arius, selon trois variantes
:
L'Arianisme
et ses dérivés
En
318, lorsque l'Arianisme prend naissance, Arius
(280-336) était presbytre dans l'une des églises
d'Alexandrie. De vaste intelligence, très instruit, familier
de Platon et fin dialecticien, il donnait par ses traits et son
comportement l'image de la vertu et de l'austérité.
Mais il était d'un naturel ombrageux, et s'était
déjà opposé publiquement à l'autorité
de son patriarche. Là serait, d'après plusieurs
écrits catholiques, le motif qui porta Arius à attaquer
la doctrine de l'Église sur la divinité du Verbe.
Le point de départ de
son raisonnement fut que, dans les quatre évangiles, le
Fils paraît subordonné au Père. Il n'y a donc
pas d'égalité des personnes dans la Trinité,
le Fils n'est pas totalement Dieu. Et n'étant pas son "égal",
il n'est donc pas de la même essence. Et cela paraît
logique à Arius car, dit-il, si le Fils possédait
la perfection il y aurait donc deux Dieux égaux en tout,
ce qui est polythéiste.
D'autre part, la substance divine étant
simple et immuable, Dieu ne peut engendrer, extraire de
sa substance. Donc il n'a pu que créer un être
né dans le temps. Le Fils n'est donc pas éternel.
Bien que modèle, il n'est que créature.
Les arguments d'Arius frappèrent
les esprits à tel point (et Arius fit un tel travail d'endoctrinement)
que la lutte s'engagea non plus entre prêtre et évêque,
mais entre évêques, puis entre conciles, à
la grande inquiétude de l'empereur Constantin.
Il fallut attendre
sept ans le Concile de
Nicée, en 325,
qui écouta Arius, pour entendre condamner sa thèse
par 300 évêques sur 318, et lui opposer la doctrine
traditionnelle de l'Église. On la formula dans un Symbole
(résumé doctrinal) construit sur celui des Apôtres,
plus développé, et plus précis sur le point
contesté par Arius et ses partisans. Ce passage, réfutant
la doctrine d'Arius, est le suivant : "Je crois en un
seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né
du père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, Lumière
de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré et
non pas créé, consubstantiel
au père". C'est ce "Credo" qui figure dans les
missels et se récite à la Messe.
Le semi-Arianisme
Arius et quatre de ses disciples les plus
acharnés refusèrent de se soumettre à la
définition dogmatique du Concile de Nicée. Muselés
mais non vaincus ils entreprirent un travail de sape, s'attaquant
au contenu du mot "consubstantiel" persistant
à formuler des professions de foi ambiguës où
l'erreur doctrinale était présentée d'une
façon telle qu'elle paraissait toujours crédible
à beaucoup ("substance semblable mais non même
substance" etc.). Plusieurs fois, après la mort
d'Arius, cet arianisme atténué parut triompher,
convaincant jusqu'à l'empereur Constance, qui n'hésita
pas à provoquer des conciles, tel celui de Rimini en 359,
où il pesa de tout son poids sur les évêques
en vue de leur faire signer une profession pour le moins équivoque.
Mais grâce à la
fermeté vigilante des défenseurs de l'orthodoxie,
et l'appui inconditionnel de l'empereur Théodose nouvellement
baptisé, l'hérésie fut définitivement
rejetée, d'une façon solennelle, au Concile de Constantinople, en 381. Les défenseurs de la Foi furent les saints Athanase
(qui paya son zèle de son exil à Trèves en
325), Cyrille de Jérusalem,
Basile, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse et Hilaire
de Poitiers.
Le Macédonianisme
Quelques irréductibles, pourtant,
poursuivirent la lutte. Un certain Macédonius
fut élu, par les semi-ariens, patriarche de Constantinople
à la mort du titulaire. Il commença par sévir
contre les orthodoxes, ferma leurs églises, déplaça
les restes de Constantin, ce qui provoqua des émeutes et
sa disgrâce. Déposé par les ariens
il vécut caché dans un monastère. C'est là
qu'il enseigna jusqu'à sa mort (370) l'hérésie
sur la nature du Saint Esprit.
Macédonius
professait le semi-arianisme, mais enseignait en outre
que le Saint Esprit était une simple créature, supérieure
en dignité aux hommes et aux anges, mais _uvre, comme eux,
de la volonté divine. Ce qui revenait à nier également
la divinité du Christ. Protégé d'abord par
l'empereur Julien, il avait à la fois pour adversaires
les chrétiens et les ariens. En 366 ses adeptes tentèrent
sans succès de négocier avec le pape Libère.
Il fallut ici encore l'acharnement des saints Athanase, Hilaire de Poitiers, Grégoire
de Nysse et surtout Grégoire de Naziance pour venir à bout de l'erreur. Le premier
concile oeucuménique
de Constantinople, en 381,
condamna solennellement cette hérésie, lequel concile
compléta le Symbole de Nicée en précisant
le dogme du Saint Esprit : "Je crois au Saint Esprit,
également Seigneur, et qui donne la vie; qui procède du Père et
du Fils; qui est adoré
conjointement avec le Père et le Fils; qui a parlé
par les prophètes."
Secundo : La question
christologique,
Le Concile de Nicée ayant
défini Jésus-Christ "égal et consubstantiel
au Père", donc vrai Dieu, restait à
définir en lui ses deux éléments : humain
et divin. Existait-il dans le Christ une ou deux "personnes"
? Une ou deux "natures" ? Sur ces points surgirent trois
hérésies :
Le Nestorianisme
Nestorius (380-440), patriarche de Constantinople, se signala
d'abord par ses violences contre les ariens; mais bientôt
on le vit soutenir une curieuse théorie : aux yeux de Nestorius,
Jésus-Christ n'était qu'un homme en qui Dieu résidait
comme dans un temple. Il ne fut pas homme-Dieu mais porte-Dieu.
La Vierge Marie n'était donc pas Mère de Dieu mais
simplement mère du Christ.
Cette hérésie fut vigoureusement
combattue par Cyrille
d'Alexandrie et condamnée
par le Concile d'Éphèse
(431) Il y fut défini que
deux "natures" (humaine et divine) étaient en
Jésus réunies "hypostatiquement", et qu'elles
subsistaient en "une seule et même personne".
Ainsi pouvait-on dire que Marie, simplement "humaine",
était bien la mère d'une personne qui est Dieu incarné.
Elle est bien "Mère de Dieu", sans être
mère de la divinité de son Fils.
Après la condamnation de sa doctrine, l'empereur,
d'abord favorable à Nestorius, finit par consentir à
sa déposition. Il lui permit de se retirer dans un monastère
proche d'Antioche. Mais plus tard, fatigué de ses intrigues,
il l'exila dans une oasis du désert de Libye (435).
Le Monophysisme
Le combat n'est jamais sans danger, et
les meilleurs s'y font prendre Croyant mieux défendre,
contre Nestorius, l'unité de "personne" en Jésus,
un certain Eutychès, supérieur d'un couvent de Constantinople,
en vint à enseigner une unité de "nature"
chez le Christ, sa nature divine ayant "absorbé"
sa nature humaine.
Cette
erreur fut combattue par Flavien, Patriarche de Constantinople, saint Pierre Chrysologue évêque de Ravenne et surtout le
pape
Léon le Grand. Elle fut condamnée par le Concile de Chalcédoine (451), qui définit la double nature du Christ
: divine et humaine, coexistant dans la même personne du
fils de Marie.
Mais
les partisans d'Eutychès persistèrent dans l'erreur,
entretenant des troubles violents dans l'Église jusque
sous le règne de l'empereur Justinien. Et cette hérésie
est d'une nature si subtile qu'elle se poursuit aujourd'hui encore,
survivant dans trois Églises indépendantes : l'Église
Arménienne; l'Église Jacobite de Syrie,
actuellement régie par l'évêque d'Antioche;
enfin l'Église Copte d'Égypte, qui a pour
chef le patriarche d'Alexandrie siégeant au Caire.
Le Monothélisme
Cette hérésie aussi est
le fruit d'une "bonne volonté" qui se montra
imprudente. L'empereur Héraclius, par souci d'unité
de l'empire et de réconciliation entre orthodoxes et monophysites,
confia à Sergius, Patriarche de Constantinople, le soin
de trouver une formule de foi capable de satisfaire les deux parties.
Sergius, cédant en cela à l'esprit oriental, crut
la trouver dans de savants compromis faits de concessions réciproques.
On en vint à admettre en Jésus-Christ deux natures
mais une seule volonté.
Cette hérésie, condamnée
par le sixième Concile, tenu à Constantinople (680),
survécut jusqu'au XII· siècle chez le Maronites
du Liban, lesquels suivent maintenant la règle de saint
Basile.
Tertio : La question du salut de l'homme
La destinée surnaturelle de l'homme, et les moyens d'y parvenir, préoccupèrent certaines âmes au point de s'écarter, ici encore, de la vérité de l'enseignement de l'Église. Une théorie, puis sa dérivée, entrèrent en conflit avec cet enseignement :
Le Pélagianisme et ses suites
La doctrine traditionnelle de l'Église,
résumée et exposée par saint Augustin, se
résume en trois points : Primo, par suite du péché
d'Adam, l'homme naît privé de la grâce sanctifiante.
Secundo, sans le secours de Dieu dans son esprit et sa
volonté, l'homme, bien que libre, ne peut rien pour son
salut. Tertio, bien que l'homme ne soit pas condamné
à commettre le mal, il n'est pas capable par ses simples
efforts d'éviter toute chute.
À ceci le moine breton Pélage
(360-430) opposait trois assertions : Primo, le péché
d'Adam n'a exercé aucune influence sur la nature des hommes,
en qui la liberté reste en équilibre entre le bien
et le mal. Secundo, le mot "grâce" désigne
les facultés que Dieu nous a données, et qui nous
sont nécessaires pour mettre en application les enseignements
du Christ. Tertio, l'homme peut, par ses seules forces,
éviter le péché. En résumé,
dans l'esprit de Pélage, le péché originel
n'était pas transmissible, et la Grâce nullement
nécessaire à l'homme pour faire le bien. En conséquence
de quoi le salut de son âme ne dépendait que de sa
seule volonté.
Il
fallut toute la passion et l'intelligence éclairée
de saint Augustin pour venir à bout de cette erreur, condamnée
finalement par les papes Innocent
I et Zozime, décisions
confirmées par les
Conciles de Carthage
(418) et d'Éphèse (431)
Le semi-Pélagisme
Jean Cassien, moine de Marseille, et Vincent, du monastère des îles de Lérins (Cannes), reprirent un peu plus tard l'erreur de Pélage en minimisant le rôle de la Grâce dans l'éveil de la foi et sa persévérance. Saint Augustin encore combattit cette rechute lorsqu'il était évêque d'Hippone (Bône, Algérie), ainsi que les saints Prosper et Hilaire d'Arles. L'hérésie fut condamnée par les Conciles d'Orange en 529 sous la présidence de saint Cézaire.
7 primauté de la papauté
Ce fut l'utilité des hérésies que de démontrer une nouvelle fois la primauté de l'Église de Rome.
La prééminence du siège de Pierre était une chose admise depuis l'intervention de saint Clément en 96. (cf Chapitre 4). Mais c'est durant le combat contre les hérésies qu'elle fut définitivement proclamée, par des autorités aussi incontestées que saint Ignace d'Antioche, Saint Cyprien, saint Denys d'Alexandrie et Tertullien.
8 les écrits après l'édit de milan
Les principaux auteurs des IV· et V· siècles, qui durent lutter contre les hérésies, ont reçu de l'Église les titres de "Docteurs" et de "Pères de l'Église". On les nomme également "Pères dogmatiques" afin de les distinguer des "Apologistes" de la précédente période.
Le IV· siècle débute
ainsi une période glorieuse pour la littérature
chrétienne. La littérature apologétique ne
tient plus, comme au temps des persécutions, une place
prépondérante. Théologie et polémique
sont désormais au premier plan : l'_uvre capitale du moment
consiste à analyser la Doctrine de l'Église dans
chacun de ses éléments, à la défendre
contre les hérétiques qui la déforment, à
l'exposer dans le moindre détail, en justifiant chaque
point par le raisonnement.
Douze
"Docteurs" se sont attachés à cette indispensable
et sacrée mission : sept en Orient, cinq en Occident.
Les Pères grecs ou Orientaux
Ce sont les saints : Athanase, Basile le grand, Grégoire de Naziance, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Cyrille de Jérusalem, Cyrille d'Alexandrie.
Saint Athanase (296-373) Né à Alexandrie, évêque de cette ville en 328, trois ans après le Concile de Nicée où il avait pris une part si déterminante, il fut le principal adversaire de l'arianisme, qu'il combattit tant oralement que par ses écrits. Il mérita bien le titre de "Père de l'orthodoxie". Peu de vies ont été aussi agitées que la sienne, et offrent un tel exemple d'indomptable fermeté. Six fois exilé (dont trois dans le désert) sur intrigues de ses ennemis ariens et sous six empereurs successifs, il supporta l'adversité avec une merveilleuse énergie avant de revenir à Alexandrie terminer en paix sa carrière. Tous les écrits d'Athanase (controverse, théologie, exégèse, morale) se rapportent à l'unique but de sa vie : défendre la chrétienté contre l'hérésie arienne. Trois ouvrages sont consacrés à l'exposition du dogme de la consubstantialité du Verbe.
Saint Basile le Grand (329-379) Il naquit à Césarée, en Cappadoce, dont il fut évêque. Il nous est familier depuis le précédent chapitre en tant que Patriarche de la vie monastique en Orient, où les moines dits "Basiliens" suivent toujours les préceptes de ses Règles. Mais c'est ici au titre d'adversaire de l'arianisme qu'il faut le citer. Ordonné prêtre en 362, puis élu évêque en 370, il se trouva mêlé aux querelles religieuses qui troublaient alors tout l'Orient, quand l'orthodoxie n'avait refuge que dans les cloîtres. Basile fut l'adversaire tenace de l'Arianisme. L'Empereur Valens, qui soutenait en Orient cette hérésie, fut avisé de l'opposition de Basile. Il le fit comparaître, le menaçant d'exil ou de mort s'il n'ouvrait pas ses églises aux Ariens. L'évêque sut résister et fléchir l'empereur. Citons, parmi ses écrits nombreux, au premier rang son ouvrage sur le Saint Esprit et son Héxaméron, commentaire du premier chapitre de la Genèse : les six jours de la Création.
Saint Grégoire de Naziance (328-389) Né à proximité de Naziance, il fit de brillantes études à Césarée, à Alexandrie puis à Athènes où il se lia d'amitié avec saint Basile. Malgré son attrait pour la vie d'ermite, il fut ordonné prêtre (361) par son père Grégoire, évêque de Naziance. Sacré en 372, malgré sa réticence, évêque de Sasime en Cappadoce, il administra le diocèse mais se démit peu après de ses fonctions pour mener au désert une vie d'étude et de prière. Cependant, en 379, le clergé et les fidèles de Constantinople le supplièrent d'y venir défendre l'orthodoxie menacée par l'arianisme. Il accepta et, peu après, l'empereur Théodose lui-même l'appela au siège patriarcal de la capitale de l'Empire. C'est à ce titre qu'il présida en 381 le Concile de Constantinople. L'arianisme y fut vaincu, mais saint Grégoire se retrouva en butte aux attaques incessantes d'ennemis acharnés. Attristé, il donna sa démission et se retira de nouveau, pour aller terminer ses jours dans la solitude, près les lieux de son enfance. Surnommé le "Théologien", c'est de tous les écrivains de l'antiquité chrétienne celui qui se rapproche le plus de la perfection classique. Ses oeuvres comprennent, parmi quelques autres pièces, cinquante sept discours ou homélies.
Saint Grégoire de Nysse (v.330-v.400) Ordonné lecteur il se maria et professa la rhétorique. Mais, sur les instances de saint Basile son frère aîné il renonça au monde, se sépara de sa femme et fut sacré évêque de Nysse en Cappadoce (371). Les ariens parvinrent à le faire exiler durant trois ans, mais à son retour il siégea brillamment à trois conciles de Constantinople (381-382-384). Le catalogue de ses oeuvres comporte la Grande Catéchèse, deux traités contre les hérétiques, et un recueil d'homélies.
Saint Jean Chrysostome (347-407) Né à Antioche d'une famille riche, il suivit l'enseignement du païen Libanius. Converti, ordonné lecteur par le patriarche, il voulut s'enfuir au désert. Le désespoir de sa mère le retint d'abord, mais son désir l'emporta. Il se retira dans une caverne et y vécut quatre années de mortifications et d'étude des livres saints. À son retour le patriarche Flavien l'ordonna prêtre et le chargea d'annoncer au peuple la Parole de Dieu. Saint Jean devint rapidement le plus grand orateur de l'Orient, au point qu'on lui attribua l'épithète de Bouche d'Or (Chrysostome) . Mais voilà qu'en 397 il fut enlevé par ruse à cette Église et transporté de force à Constantinople, où le peuple l'acclama comme patriarche. Sur le premier siège de l'Église d'Orient, saint Jean Chrysostome resta le moine austère qu'il avait été à Antioche et dans le désert. Fustigeant sans ménagement autant la Cour que les sommités de l'Église, il souleva contre lui de tenaces inimitiés. L'impératrice Eudoxie, son époux Arcadius et plusieurs évêques visés par ses critiques s'unir pour décréter son bannissement. Saint Jean s'exila donc. Mais le peuple exerça une telle pression que la mesure dut être rapportée. C'était mal connaître la puissance de la rancune : déposé une nouvelle fois par un synode de quarante évêques, il reprit la route de l'exil, malgré que le peuple ait une nouvelle fois pris les armes pour le défendre et mis le feu à une partie de Constantinople. Il mourut en chemin, dans le Pont, couronnant une vie exemplaire par les souffrances de la persécution. Reconnu Docteur de l'Église, on trouve au premier rang de ses oeuvres : La Genèse et l'Ancien Testament; Commentaires sur les prophètes et le Nouveau Testament; exhortation sur la vie monastique; Traités sur la virginité et le Sacerdoce. Ces pages figurent parmi les plus beaux textes du génie chrétien.
Saint Cyrille de Jérusalem (315-386) Ordonné prêtre en 335 il fut durant quinze ans chargé à Jérusalem de l'instruction des catéchumènes. C'est alors qu'il composa ses Catéchèses, cours complet de doctrine chrétienne. Nommé en 350 patriarche de Jérusalem il fut déposé par l'évêque arien de Césarée. Rétabli en 359, il fut de nouveau déposé par l'empereur Valens et ne retrouva son siège qu'en 378, sous l'empereur Gratien. Au concile de Constantinople de 381, il se montra grand défenseur du Symbole de Nicée.
Saint Cyrille d'Alexandrie (v.376-444) Après avoir étudié à Athènes et pratiqué la vie monastique sur le mont Carmel, il fut élu patriarche d'Alexandrie en 412, successeur de son oncle Théophile. Il se montra dès lors un véhément défenseur de la foi orthodoxe, expulsant de leurs lieux de culte les ariens comme les Juifs (415). Le préfet, saisi de l'affaire par les plaignants, s'opposa au patriarche et des émeutes s'ensuivirent. Quand éclata l'hérésie nestorienne, saint Cyrille la condamna lui-même dans douze Anathèmes et obtint qu'elle fut aussi condamnée à Rome par le pape Célestin. Enfin, en 431, il présida le Concile d'Éphèse (qui définit l'unité de la personne divine en Jésus-Christ), proclama la Vierge Marie Mère de Dieu et déposa Nestorius. Quelques uns de ses nombreux ouvrages nous sont parvenus, notamment ses Homélies, ses Épîtres et un traité sur l'Incarnation.
Les Pères latins ou Occidentaux
Ce sont les saints : Hilaire, Ambroise, Jérôme, Léon le Grand, Augustin.
Saint Hilaire (303-367) Évêque de Poitiers. Ses parents, en Aquitaine, paraissent avoir été païens. Lui même fut marié et père de famille. Élu évêque de Poitiers peu de temps après son baptême (340), il donna asile à saint Martin. Il fut souvent nommé "le saint Athanase d'Occident". Car il fut, dans l'Église latine, l'adversaire le plus redoutable et redouté de l'hérésie arienne. Comme lui également il dut subir les misères de l'exil. En effet, en 356 l'évêque arien d'Arles, irrité de sa combativité au Concile de Béziers contre l'arianisme, obtint son exil de l'empereur Constance. Il resta quatre ans en Phrygie L'ouvrage principal de saint Hilaire est un traité en douze livres sur la Trinité qu'il a composé pour réfuter les arguments des ariens. De tous les traités sur le sujet, il est celui qui précise le mieux le sens de la foi chrétienne sur ce mystère.
Saint Ambroise (340-397) Fils du préfet romain de la Gaule méridionale, il naquit à Trèves. En 370, l'empereur Valentinien le nomma gouverneur de la province de Ligurie et d'Émilie, dont Milan était capitale. En cette qualité, et chrétien de coeur, il intervint pour mettre la paix entre les ariens et les chrétiens qui se disputaient le siège épiscopal de Milan. Pendant qu'il haranguait la foule, un enfant l'interrompant s'écria : «évêque!» Ce cri fut considéré comme une indication donnée par la Providence et Ambroise fut élu évêque de Milan alors qu'il n'était encore que simple catéchumène. Il se distingua aussitôt par son zèle et sa fermeté. Malgré les instance de l'impératrice Justine, gagnée à l'arianisme, saint Ambroise soutint énergiquement la foi de Nicée. Sommé sous peine de mort par l'impératrice Justine de livrer aux ariens une église de Milan, il s'y enferma en compagnie de ses fidèles jusqu'au renoncement, par Justine, de ses prétentions. Ce qui prit plusieurs semaines et provoqua la conversion des officiers assiégeants Que l'on se souvienne aussi de son attitude courageuse devant l'empereur Théodose qui venait de faire massacrer sept mille habitants de Thessalonique, auquel il imposa non seulement de rester hors de l'église, mais d'accomplir une pénitence de huit mois (cf Chapitre 3 : Théodose le Grand). Ses écrits, empreints de hauteur et de sensibilité, traitent surtout de la morale chrétienne. Citons : Sur le devoir des prêtres; Sur la fuite du monde; Sur la Foi; Sur l'Esprit Saint, ainsi que des Lettres et des Discours.
Saint Jérôme (v.331-420) Né en Dalmatie dans une famille chrétienne et riche, il étudia à Rome les sciences profanes, fut baptisé à l'âge de vingt ans et, après quelques écarts de jeunesse, entreprit un long périple à travers l'Italie puis la Gaule, où il s'initia à la théologie et fit le voeu d'embrasser la vie monastique. Il partit pour l'Asie Mineure, s'enfonça dans le désert et vécut en ermite pendant trois ans (373-376) Puis, ordonné prêtre, il visita saint Grégoire de Naziance à Constantinople. Lorsqu'il revint à Rome, en 382, le pape Damase le chargea de revoir la traduction latine des Livres saints. Les vives satires qu'il écrivit contre certains personnages de Rome lui attirèrent tant de haines qu'au décès de Damase, en 384, il dut partir pour Alexandrie, visita les couvents d'Égypte puis, l'année suivante, se fixa à Bethléem, où il dirigea un monastère jusqu'à la fin de sa vie. Âme passionnée, facilement irritable, il fut un moine austère, exigeant beaucoup de lui-même et des autres. Mais ce fut aussi le plus savant des Pères de l'Église, maîtrisant parfaitement les langues grecque, hébraïque et chaldéenne. Son oeuvre maîtresse, qu'il réalisa dans son monastère de Bethléem, fut la traduction latine de la Bible en hébreu, nommée la Vulgate car elle était destinée au peuple. Elle fut reconnue par le Concile de Trente (1545) comme la seule version authentiquement sûre possédée par l'Église. Le nombre de ses ouvrages est immense. Il faut citer, outre ses traductions de la Bible, ses travaux d'exégèse, ses travaux d'histoire de l'Église et ses Lettres, peinture fidèle de son temps.
Saint Léon le Grand (440-461). Né en Toscane vers 390, mort à Rome en 461. Il devint pape en 440 à la mort de Sixte III. Le Monophysisme troublait alors l'Église d'Orient. Flavien, patriarche de Constantinople, qui venait de condamner l'hérésiarque Eutychès, en demanda confirmation à saint Léon, ce qu'il fit par une lettre dogmatique . Mais l'empereur Théodose II favorisait Eutychès, et les hérétiques se crurent capables d'excommunier le pape Léon Ier! Il fallut le Concile de Chalcédoine (451) pour condamner les Monophysites. L'année suivante, Attila s'étant avancé jusque sous les murs de Rome abandonnée par l'empereur, saint Léon, sortant de la ville, persuada le barbare de battre en retraite. En 455, s'il ne put empêcher le sac de Rome par les Vandales, il obtint au moins de Genséric la vie sauve pour les habitants de la Ville. Saint Léon a laissé, outre un recueil de Sermons, cent onze Lettres et plusieurs Opuscules.
Saint Augustin (354-430) Le
plus célèbre des Pères et Docteurs de l'Église
latine, celui dont l'oeuvre unit l'antiquité au moyen-âge.
Il naquit à Thagaste, en Numidie (Algérie), d'un
père païen, Patrice, et d'une mère chrétienne,
sainte Monique. Ses études
faites il se laissa entraîner durant sa jeunesse tout à
la fois aux erreurs du Manichéisme et aux séductions
d'une vie de plaisirs. Il professa la rhétorique à
Thagaste, à Carthage et à Milan. C'est dans cette
dernière ville, où sa mère l'avait suivi,
qu'il embrassa le christianisme. C'est par ses prières
et ses larmes que sainte Monique, reconnaît-il, obtint de
Dieu la conversion de son fils. Mais il fallut encore les prédications
de saint Ambroise, avec qui à Milan il se lia d'amitié,
pour qu'il se sente totalement envahi par la Grâce divine.
Il reçut le baptême de ses mains en 387. Il repartait
pour l'Afrique lorsque, au moment de s'embarquer, il eut la douleur
de perdre sa mère à Ostie. Ordonné prêtre
malgré sa résistance par l'évêque d'Hippone
(Bône, Algérie), et lui ayant succédé
en 396, il combattit à son tour l'erreur des Manichéens,
celle des Donatistes et encore des Pélagiens.
Il mourut en 430, lors du siège de sa ville par les Vandales.
Saint Augustin surpasse les autres Pères de l'Église
latine par la profondeur de son esprit et la limpidité
de son style. Il composa de nombreux traités théologiques
contre les hérésiarques et lutta avec tant d'énergie
contre Pélage qu'on lui attribua le surnom de "Docteur
de la Grâce". Ses deux oeuvres maîtresses sont
ses "Confessions", où il explique avec une grande
humilité le cheminement de sa conversion, et la "Cité de Dieu", la plus considérable des apologies
du christianisme
Pour
saint Augustin, la prédestination est éternelle
et absolue. Par la faute du premier homme la totalité des
fils d'Adam est exclue de la Vie en Dieu, et nul n'est relevé
de cette sanction "que par la miséricorde divine
et par une grâce où il n'a aucun droit".
Il ne saurait donc être question du seul mérite des
oeuvres pour parvenir à l'état bienheureux. Il y
aurait dans cette vision danger pour les âmes médiocres
si elle ne se souvenaient de l'enseignement de saint Paul (1Cor
13) : les oeuvres ne sont profitables que mues par la charité,
laquelle, étant l'amour de Dieu, attire sa miséricorde.
9 l'enseignement
C'est par l'enseignement que l'on conforme le mieux les intelligences aux idées. Or la liberté dont jouissait l'enseignement sous l'Empire permettait aux chrétiens (s'ils n'étaient pas recherchés comme tels!) d'accéder à tous les degrés de connaissances et même d'y professer. Ces degrés, comme de nos jours, étaient au nombre de trois :
- l'instruction primaire, donnée aux enfants du peuple par le primus magister. On y apprenait à lire, écrire et compter. Il ne semble pas que des filles aient été admises aux niveaux supérieurs.
- l'école des Grammairiens, où l'on étudiait la langue, on commentait les écrivains grecs et latins, on recevait quelques notions de géométrie et de musique.
- enfin la rhétorique, ou art de l'éloquence, suprême degré de l'enseignement romain et destiné aux plus ambitieux. On s'y préparait à la vie publique.
- Il existait aussi d'autres cours, tels que la jurisprudence ou la médecine.
L'enseignement étant libre, il y eut donc des chrétiens très lettrés, et le rhéteur Arnobe, lui-même converti, cite, à la fin du III· siècle, parmi les chrétiens, «des orateurs de grand talent, des grammairiens, des rhéteurs, des médecins, des maîtres de philosophie». Après la conversion de Constantin le nombre de maîtres chrétiens se multiplia. Ainsi les saints Basile, Grégoire de Nysse, Grégoire de Naziance, Augustin, furent-ils professeur de rhétorique.
Voici donc les écoles commençant à enseigner la religion du Christ : c'est par sa culture que l'Église va attirer les esprits les plus éloignés, comme c'est par la voie des écoles que la Foi sera communiquée aux peuples nouveaux qui, bientôt, vont s'établir en Occident.
conclusion
La pensée de l'Église, dès les premiers siècles, souffrit de tiraillements : dans le même temps que les Pères apostoliques affinent et explicitent la Doctrine, et que les apologistes réfutent les arguments calomniateurs des Juifs et des païens, des membres du clergé, à l'intérieur, emploient leur intelligence à combler ce qu'ils croient être des contradictions ou des lacunes dans l'enseignement du Christ. Ils n'y ont pas trouvé réponse, selon eux, à trois questions fondamentales. D'abord, le Verbe (le Fils) est-il vraiment Dieu ? Arius, premier indécis, est écouté et condamné en 325 par le Concile de Nicée. Ensuite, la volonté de l'homme suffit-elle à son salut, ou la grâce lui est-elle indispensable ? Pelage, second indécis, est condamné en 418 par le Concile de Carthage. Enfin, Jésus-Christ, humain et divin, existe-t-il en deux personnes ? Nestorius, troisième indécis, est condamné treize ans plus tard par le Concile d'Ephèse. Paradoxalement, on peut féliciter ces trois contradicteurs et leurs émules, pour la raison majeure que leurs hérésies ont eu un effet bénéfique : elles ont renforcé, dans les faits et dans l'opinion, la primauté du pape sur la totalité de l'Église, tant en Orient qu'en Occident.
La «contemplation», l'«extase» ou la «vision» d'Ostie vécue par saint Augustin et sa mère sainte Monique frappe par sa ferveur religieuse. Les deux esprits s'y laissent impréger, baigner dans un courant d'ordre supérieur; il s'agit de percevoir Dieu Lui-même comme béatitude de l'âme. Le terme atteint au sommet de l'ascension est le Verbe plutôt que le Père, sommet d'illumination fulgurante, atteinte de la Sagesse incréée, suivi d'une conversation qui en exprime les résultats.
«Or, le jour était imminent où elle allait quitter cette vie, jour que vous connaissiez, Seigneur, mais que nous, nous ignorions. Il se trouva, par vos soins j'en suis sûr, par vos secrètes dispositions, que nous étions seuls, elle et moi, debout, accoudés à une fenêtre; de là, le jardin intérieur de la maison où nous logions se présentait à nos regards : c'était à Ostie, près des bouches du Tibre, à l'écart des agitations, après les fatigues d'un long voyage nous y refaisions nos forces pour la traversée (de retour vers l'Afrique).
«Donc, nous parlions ensemble dans un tête-à-tête fort doux. Oubliant le passé, tendus vers l'avenir, nous nous demandions entre nous, en présence de la Vérité que vous êtes, Vous, ce que pourrait être cette vie éternelle des saints que ni l'oeil n'a vue, ni l'oreille entendue, ni le coeur de l'homme senti monter en lui. Mais nous tenions grande ouverte la bouche de notre coeur vers les eaux qui ruissellent d'en haut de Votre source, de la source de vie qui est en Vous, afin d'en être arrosés selon notre propre capacité et en obtenir, de quelque façon, une perception de cette sublime réalité.
«Et l'entretien nous amena à cette conclusion : les plaisirs des cinq sens de notre corps, si grands et délectables qu'on puisse les imaginer, placés face à la félicité de l'autre vie ne supportent aucune comparaison et ne paraissent même pas dignes d'être mentionnés.
«Alors, nous élevant d'un coeur plus ardent vers l'Être divin, Mystère d'Existence et d'Excellence, nous avons traversé, degré par degré, toute la hiérarchie de la vie corporelle, et le ciel lui-même, d'où le soleil, la lune et les étoiles diffusent leur lumière sur la terre.
«Et nous montions encore au dedans de nous-mêmes, Seigneur; notre pensée, notre parole échangée, notre admiration étant entièrement absorbées dans la contemplation de Vos oeuvres. Et voici que nous sommes parvenus jusqu'aux replis de nos âmes, et que nous avons dépassées celles-ci pour atteindre cette région de Votre Royaume où, dans l'abondance inépuisable de la vérité, vous repaissez vos enfants; là où la vie est cette Sagesse par qui sont éternellement créées toutes les choses présentes, qui furent et qui seront; cette Sagesse qui, elle-même incréée, fut et sera toujours.
«Et durant cet instant d'éternité, cette parcelle de temps où nous parlons de la Sagesse et aspirons à elle, voici que soudain nous la frôlons, nous la touchons de la pointe du coeur et de l'âme. Lorsque cette présence fut dissipée nous avons soupiré, et avons déposé là les prémices de l'esprit, ce premier don de l'Esprit Saint à notre esprit humain passionné, tendu vers Dieu par une espérance qui est déjà possession.
«Et nous voici revenus au bruit de nos lèvres, où le verbe se commence et se finit»
saint Augustin, confessions, Livre X, 23 & 24
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