DEUXIEME PARTIE : L'EGLISE au TEMPS DES BARBARES
De la chute de l'Empire d'occident au Schisme oriental ( 476 à 1054 )

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Chapitre 6 : L'arrivée des barbares, des premières migrations à la mort de clovis (511)
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

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Malgré leur puissance et leur force apparente, les empereurs romains ne vécurent jamais dans la tranquillité. Des infiltrations de Germains se produisaient sans cesse. L'étendue des frontières de l'Empire romain les rendait perméables aux peuples qui les bordaient.


1 les migrations germaniques

On peut considérer que, dès l'apparition d'un mode de vie romain, des hordes et des familles venant de Germanie, poussées par de multiples causes (inconfort, crainte, attrait d'une autre civilisation ou simplement instinct guerrier), se sont peu à peu infiltrées, abandonnant leurs forêts, marécages et villages rudimentaires.

Les forces en présence dans le monde méditerranéen

Bien avant la chute de l'empire d'Occident en 476, de véritables migrations de peuplades, que l'on nommaient "barbares" en considération de leur civilisation primitive, avaient déferlé sur tout le flanc nord-est de l'Empire, soit sur un front de deux mille kilomètres de long, de la Mer du Nord à la Mer Noire. Les légions romaines les connaissaient bien, pour avoir à les contenir et parfois les combattre.

Les Germains

La Germanie était une grande contrée que l'on peut limiter par le Rhin à l'Ouest, la Vistule (Pologne) à l'Est, les rivages de la Baltique au Nord et les monts Karpathes au Sud, couverts d'une immense forêt de chênes gigantesques et peuplés d'une faune carnassière qui excitaient l'étonnement et la frayeur des Romains. La plaine au nord n'était que marécages, les cours d'eau nombreux et sans ponts, le climat rude. Les peuples habitant la contrée se nommaient eux-mêmes "Germains", ce qui, dans leur dialecte, signifiait "Hommes de guerre". Lorsqu'ils ne se battaient pas ils cultivaient des céréales, pratiquaient l'élevage, bâtissaient des demeures en villages, buvaient abondamment la bière qu'ils brassaient. Peu civilisés ils adoraient le soleil qui éclaire, la terre qui nourrit et le glaive qui tue.

La Germanie était divisée non en tribus mais en États, sur lesquels régnaient autant de souverains, et subdivisés eux-mêmes en cantons, que dirigeaient des rois héréditaires assistés de leurs chefs de villages. Les États germaniques étaient sans cesse en guerre entre eux, ce qui sera la principale cause de leur décomposition et de leur fuite devant les véritables barbares, les Huns, aux IV· et V· siècles.

Au second siècle, ils se répartissaient à peu près ainsi : Au Danemark, les Hérules. Au sud de la Suède, les Goths. Au nord des Pays-Bas, les Saxons. En Belgique, les Francs. Plus bas, le long du Rhin, les Alamans. En Allemagne orientale, les Suèves. En Pologne, les Burgondes au nord et les Vandales au sud. En Lituanie, les Gépides. (voir Carte )

Déjà, deux larges mouvements d'émigration vers la civilisation latine se dessinent : nous les voyons s'infiltrer en direction du sud-ouest, vers l'Atlantique et surtout la Méditerranée, à l'exception des plus nordiques qui choisissent, au plus court, de marcher vers la Mer Noire. Ceci vaut aux côtes de Grande Bretagne et des Gaules d'être visitées par les Saxons; la Gaule d'être traversée de part en part, jusqu'à l'Espagne, d'un flot de Francs; la Grèce et l'Asie Mineure de se voir envahies d'Hérules. Quant aux rives de la Mer Noire, les Goths s'en partagent les rives : Ostrogoths à l'Est, Wisigoths à l'Ouest. Avec le temps, ces mouvements de peuples seront de plus en plus hostiles; les Germains sont d'abord "hommes de guerre".

En Gaule, si les premières incursions germaniques du II· siècle dans l'Empire, s'étaient effectuées à la manière d'une migration lente et pacifique, dans la seconde moitié du III· siècle, des "invasions" de Germains de la rive droite du Rhin, unies en deux ligues : les Francs et les Alamans, avaient pris l'allure de "raids". En 274-275, lors de nouvelles incursions franques la Gaule fut bientôt désorganisée; on enfouit les trésors. En 280 les Alamans furent vaincus, les villes cernées d'enceintes fortifiées (castra), et Rome réagit : la Gaule fut partagée en deux, Trèves au nord et ses huit provinces, Vienne au sud avec sept; l'administration romaine encadra plus strictement la société.

En 352-355, nouvelle invasion des Francs et des Alamans. Julien bat les Alamans en 357 puis les Francs en 358, et s'établit à Lutèce (île de la Cité) où il est déclaré empereur en 360. Il crut bon de renforcer l'armée par le recrutement massif de barbares. Cette mesure prise pour sauver l'Empire d'Occident est de celles qui vont au contraire le conduite à sa perte, qui sera consommée, nous le verrons, lors des "grandes invasions".

Comment se présentait la Gaule à cette époque ?

2 la gaule chrétienne avant les "grandes" invasions

C'est le règne d'Auguste, au moment de la naissance du Christ, qui crée la Gaule romaine. Située au croisement des voies méditerranéennes et des routes alpestres, la Gaule a les avantages d'une position privilégiée. À peine les Gaules conquises par Jules César, le génie des Gaulois s'épanouit dans la "romanisation".

Les Gallo-romains

Les Gaulois devinrent des Gallo-Romains, vivant dans les provinces romaines (Aquitaine, Narbonnaise, Lyonnaise). Administrée comme toutes les possessions romaines par des préfets, des sous-préfets et des gouverneurs; partagée en provinces, cantons, cités, avec Lyon comme capitale politique et siège de l'autel impérial (culte de l'empereur divin), la Gaule présenta le même spectacle que l'Italie ou l'Afrique : magnifique réseau de routes, villes luxueuses décorées avec art (Lyon, Bordeaux, Autun), commerce actif, agriculture savante. Le régime de la grande propriété domine, ce qui fait déjà le lit de la féodalité. L'instruction publique est florissante; Toulouse, Autun, Bordeaux sont des centres intellectuels. La Gaule fournit à Rome autant de brillants avocats et de rhéteurs illustres que de vaillants soldats. Ausone, Paulin de Nole, Claudien, Eumène, Rutilus Namatianus, Sulpice-Sévère, Sidoine Apollinaire, et avec eux une foule d'autres poètes, orateurs ou apologistes chrétiens, signent des pages parmi les plus belles de la langue latine. Car la langue latine se répandit très vite, et Rome, à quelques incidents près, n'eut pas de plus fidèles sujets. C'est pourquoi elle ouvrit le sénat à de nobles Gaulois. Certains empereurs vécurent même à Lutèce, à Lyon, à Trèves. Paix civile et développement économique et culturel favorisèrent, jusqu'au milieu du III· siècle, un équilibre entre Gaulois et Romains. Et quand Rome, en pleine décadence, sera incapable de se défendre, dès la fin du III· siècle, c'est la Gaule qui veillera à ses frontières : Trèves et Arles seront les avant-postes de Milan et de Rome.

L'Église de Gaule

Nous connaissons l'essor de la chrétienté en Gaule, dont l'Église de Lyon était déjà prospère en 177, qui a vu le sang de ses martyrs couler sous la persécution de Marc-Aurèle. Et aussi l'évangélisation réalisée dès le III· siècle par les sept missionnaires de la Gaule, selon le récit de Grégoire de Tours, grand historien des temps mérovingiens. Ordonnés évêques à Rome ils vinrent y prêcher la foi (cf Cha 2, §4).
La
constitution de l'Église, en Gaule comme dans le reste du monde chrétien, resta en cette période d'invasions sensiblement identique dans ses organes essentiels. Mais de nouveaux besoins ont modifié les institutions :

Les Paroisses

La diffusion rapide du christianisme à travers les campagnes nécessita la création de paroisses rurales. À l'origine n'existait qu'un seul lieu de culte, l'Église cathédrale, administrée par l'évêque entouré de son presbytérium ou collège de prêtres. Plus tard, la communauté se développant, de nouvelles "églises", lieux de culte, furent construites dans les villes, autour de la "cathédrale", puis en campagne. Mais elles restaient desservies par le clergé du presbytérium et sous la dépendance absolue de l'évêque. Administration du Baptême et célébration de l'Eucharistie n'avaient lieu qu'en l'église épiscopale. C'est en raison des dangers nés de l'éloignement et des persécutions qu'il fallut étendre les attributions de ces "églises". L'administration de ces "paroisses" (du gr. paroikia, voisinage) fut alors déléguée à titre permanent à des prêtres nommés "curés" (du lat. cura, soin).

La formation du clergé continua de se faire dans les "écoles chrétiennes". Cependant, en Afrique et en Italie, s'établit l'usage, chez les prêtres vivant en communauté, de recueillir les jeunes clercs afin d'assurer leur éducation. On peut voir dans cet usage le germe des futurs séminaires.

Les Évêques

La paix accordée au christianisme par l'édit de Milan permit à l'Église d'achever son organisation. Le partage, sous Doclétien, de l'Empire romain en préfectures, diocèses et provinces, fut le principe et le point de départ du développement de la hiérarchie ecclésiastique. Au dessus des évêques gouvernant les cités (les futurs évêchés) et ceux gouvernant sur des provinces, on vit apparaître de nouvelles circonscriptions, d'où de nouveaux titres : les Métropolitains (évêque d'une métropole, ou archevêque) et les Patriarches (les métropolitains de Rome, Antioche, Alexandrie, Jérusalem et Constantinople, les plus anciens sièges épiscopaux). À l'heure actuelle cette distinction n'est plus usitée que dans l'Église Orientale.

L'élection des évêques était encore, en cette période, l'affaire du clergé et du peuple, mais la voix de ce dernier se restreignait rapidement. En effet ce droit allait être peu à peu usurpé par les empereurs, qui réclamaient le privilège de présenter des candidats. C'est le "droit de couronne", que l'Église allait devoir, contre son gré, concéder aux princes temporels.

Les Papes

Au milieu des luttes doctrinales déclenchées par les hérésies, il fallait rendre à l'Église son unité et assurer la garde de la foi orthodoxe. Devant les empiétements toujours plus grands des pouvoirs civils, il fallait défendre les droits de l'Église. L'autorité suprême de l'évêque de Rome sur tous les autres évêques, métropolitains et patriarches fut attestée par de nombreux faits, reconnue par les conciles, les hérétiques et les empereurs eux-mêmes.

Cependant les papes durent lutter, déjà à cette époque, contre les prétentions des évêques de Constantinople qui ont tenté, aux conciles de Constantinople (381) puis de Chalcédoine (451) de s'arroger des pouvoirs égaux à ceux de l'évêque de Rome, au prétexte que leur cité, résidence de l'Empire, était la "Nouvelle Rome". De cette prétention naîtra le Schisme d'Orient. D'autre part, la sphère d'autorité du pape n'était pas encore strictement définie, et bien des questions, qui seront plus tard tranchées par le souverain Pontife, relevaient encore de synodes locaux.

Les Conciles

À une époque où tant de questions se posaient sur le double terrain de la Foi et de la discipline, l'on sentit la nécessité de se concerter pour en finir avec les controverses théologiques et canoniques. Il y eut alors de fréquentes assemblées ecclésiastiques d'évêques, parfois assistés de théologiens, et que l'on nomma conciles. On distingue les conciles généraux (oecuméniques), que préside le pape qui convoque tous les évêques de l'Église; et les conciles particuliers qui peuvent être soit nationaux lorsqu'ils réunissent les évêques d'une nation, soit provinciaux lorsqu'ils concernent ceux d'une seule province. Les conciles particuliers ne peuvent être réunis sans l'assentiment du pape, et leurs actes doivent être soumis à son assentiment. Quant aux synodes diocésains, il s'agit d'assemblées de curés et autres ecclésiastiques tenues dans un diocèse, convoquées et présidées canoniquement par l'évêque. Le Synode est une assemblée consultative et non législative.

Toutes les affaires qui regardent le gouvernement spirituel des âmes ressortissent des conciles; ainsi la définition des articles de foi, l'établissement des lois ecclésiastiques (Canons), la condamnation des hérésies ou les règles de discipline. (Décrets). Les conciles ont pour prototype la première assemblée apostolique de Jérusalem (Ac 15-6à30), qui trancha la question sur l'application de la loi mosaïque aux nouveaux convertis.

Ces règles ne furent strictement appliquées qu'à compter du VI· siècle. À l'époque dont nous parlons, les empereurs d'Orient en particulier se permirent, même à l'égard des conciles généraux, des ingérences qui sembleraient aujourd'hui inacceptables. C'est ainsi qu'à Nicée, en 325, Constantin s'est qualifié lui-même "évêque extérieur".

Pour combattre les grandes hérésies que nous avons examinées au précédent chapitre, six conciles oecuméniques furent tenus :
1:
325, le Concile de Nicée, qui condamna Arius.
2:
381, le premier Concile de Constantinople, qui condamna Macédonius.
3:
431, le Concile d'Éphèse, qui condamna Nestorius et Pélage.
4:
451, le Concile de Chalcédoine, qui condamna le Monophysisme.
5:
553, le second Concile de Constantinople, qui condamna la personne et les écrits de trois évêques incriminés de nestorianisme (affaire des "trois chapitres").
6.
680 se tiendra le troisième Concile de Constantinople, qui condamnera le Monothélisme.
Des conciles particuliers, dans la même période, combattirent localement les effets des hérésies.

La vie monacale en Gaule

Son grand instigateur fut Saint Martin de Tours. Évêque de cette ville et l'un des plus célèbres saints de France, il est né vers 316 dans les Balkans, et mourut en Touraine entre 396 et 400. Fils d'un tribun militaire, soldat lui-même en Gaule dès l'âge de quinze ans, Martin se montra envers les indigents d'une charité inépuisable. Tout le monde connaît l'histoire du partage de son manteau par une nuit d'hiver. À la suite d'un songe qu'il eut la nuit suivante il demanda le baptême. Libéré de l'armée il se retira auprès de saint Hilaire, évêque de Poitiers, qui l'ordonna exorciste. Après un voyage en terre natale au cours duquel il convertit sa mère, il adopta la vie d'ermite durant dix années, de 350 à 360, avant de rejoindre Poitiers. Près de cette ville, dans le désert de Ligugé, il éleva le premier monastère qui ait été fondé en Gaule et le dirigea pendant onze ans. Élu évêque de Tours en 371 malgré ses réticences, il continua à vivre en moine sur le siège épiscopal; il habitait, près de Tours, l'abbaye de Marmoutier qu'il fonda en 372. Elle adoptera plus tard la règle de saint Benoît, (une règle monastique "tellement parfaite qu'elle restera bonne jusqu'à la fin des temps", dit-on) et sera la mère de nombreux monastères de France et d'Angleterre).

Les vertus de saint Martin, et les nombreuses conversions qu'il fit parmi les païens, lui avaient acquis une influence importante sur l'Église des Gaules. On vit même les empereurs Valentinien à Milan et Maxime l'usurpateur à Trèves lui accorder la grâce de condamnés pour qui il était allé implorer leur clémence. Aussitôt après sa mort son culte se répandit dans toute l'Europe. Son tombeau, aux portes de Tours, devint un but de pèlerinage. La basilique qui le surmonta bientôt fut le lieu d'asile le plus vénéré de toute la Gaule.

Comment à cette époque naissait un monastère ? Souvent sa terre était un prêt ou un don, accordé par un seigneur du lieu, avec autorisation de couper alentour le bois nécessaire aux constructions des moines et à leur chauffage, ainsi que divers droits de pâturage. Les moines, quant à eux se choisissaient un Abbé, sous la direction duquel, en alternance avec leurs temps de prière, ils élevaient quelques bâtiments de fortune, défrichaient, creusaient des canaux, aménageaient des étangs, transformaient les marais en terre à culture.

Avec le temps et les dons, les moines commençaient la construction en pierre de leur église. Puis de leurs bâtiments monastiques : cloître, logis du Prieur, dortoirs, réfectoire, cuisine, infirmerie, promenoir Et aussi, sur leurs terres, des fermes, des granges, des moulins à grain, des pressoirs à fruits. Mais les travaux intellectuels avaient une bien plus grande part encore. C'est au patient travail des moines copistes que l'on doit l'inestimable trésor des écrits anciens de l'Église qui, sans eux, seraient retournés à la poussière.

Voilà donc l'un des pays sur lesquels vont déferler les barbares. Cette culture gallo-romaine, et cette grandeur spirituelle du christianisme, les envahisseurs vont tout à la fois les admirer et en subir les influences. Mais avant que se réalise cette mutation, bien des désordres vont survenir. Et pour les chrétiens, ne l'oublions pas, à ces combats physiques se superposeront ceux des hérésies qui déchireront les âmes.

3 la poussée des huns

Qui étaient les Huns ? Ce nom couvre en fait plusieurs tribus de souche turque qui, émigrant vers l'Est au XII· siècle AvJC, avaient fondé en Asie un immense empire qui s'étendait sur près de six mille kilomètres, de l'Oural au Pacifique, puissant au point qu'il faillit conquérir la Chine. En 43 les Chinois démantèlent l'empire des Huns, qui vinrent se concentrer au nord du Tibet.

Au III· siècle, abandonnant leur étroit repaire désertique, ils se lancent vers l'Ouest, contournent la Mer Caspienne et tombent sur les Germains, établis dans leurs nouvelles possessions, entre la Baltique et la Mer Noire. Sous les chocs répétés, jusqu'au V· siècle , ceux-ci déferlent en vagues successives à travers les frontières de l'empire. Le roi des Huns, Attila, qui avait tué son frère en 442 pour rester seul maître des hordes, parvint en onze ans de règne à dévaster l'Europe du Pont Euxin à l'Adriatique, à soumettre les empereurs d'Orient et d'Occident à un tribut et à d'avilissantes sujétions, à s'avancer à travers la Germanie, à franchir le Rhin et promener la flamme et le fer dans la Gaule épouvantée. Les Parisiens, effrayés, avaient résolu de lui abandonner leur ville quand en 451 une jeune fille, sainte Geneviève, parvint à galvaniser leur énergie et sauva Paris.

Le préfet romain Aétius organisa la résistance avec l'aide des rois germains en Gaule ; ainsi les barbares se jetèrent les uns contre les autres et, le 23 juin 451, commença dans la plaines des Champs Catalauniques, près de Troyes en Champagne, une bataille acharnée qui repoussa Attila et ses Huns de l'autre côté du Rhin. Attila vaincu s'enferma et mourut deux ans plus tard.

Mais les Huns avaient réussi depuis longtemps à précipiter les Germains sur les deux empires romains.

4 les grandes invasions

En 406 débutent les grandes invasions qui vont jeter la mort et la ruine en tous points de l'Empire.

La poussée des Huns fait fuir les tribus germaniques vers l'occident et le midi (Italie, Espagne, Afrique du nord) C'est une exode éperdue, laminant tout sur son passage. Ce ne sont plus des réfugiés mais des envahisseurs. De tous ces peuples barbares, deux auront une existence significative; les Wisigoths et les Vandales. Et un seul une destinée durable; celui des Francs, dont nous parlerons plus loin.

Les Wisigoths, trente ans plus tôt déjà, avaient fui les Huns vers le sud et obtenu de Valens de s'établir, au nombre d'un million, dans les Balkans (Bosnie-Serbie). Mais maltraités par les commissaires de l'Empire il s'étaient soulevés et avaient ravagé la Thrace. Valens, qui tenta de les arrêter fut vaincu et tué (378) Théodose le Grand sema chez eux la division et les engagea dans les armées romaines. Ils étaient restés quinze ans fidèles à l'empire.

Mais voici qu'en 406 les autres barbares arrivèrent de toutes parts. Alaric, chef des Wisigoths, n'attendait qu'un prétexte pour se joindre à eux; n'ayant pu obtenir un important commandement militaire il se révolta. Lui et ses hommes ravagèrent la Grèce, puis marchèrent sur Rome, la pillèrent en 410, et poursuivirent la conquête vers le sud. Seule sa mort, en 411, empêcha Alaric de prendre la Sicile et de s'embarquer vers l'Afrique. Mais le coup qu'il avait porté à l'Empire d'Occident était fatal.

Son beau-père prit alors la tête des troupes Wisigothes, passa en Gaule, en conquit tout le Sud-Ouest, puis l'Espagne occupée par les Suèves, les Alains et le Vandales. Il prit Barcelone, vainquit Vandales et Alains et créa le royaume de Toulouse. où les Wisigoths se fixèrent (418). Renversant encore une fois leurs alliances, ils restèrent ensuite fidèles alliés des Romains, combattant à leurs côtés dans la bataille des Champs Catalauniques contre les Huns (451). En 507, Clovis détruira le royaume Wisigoth de Toulouse après sa bataille de Vouillé.

Les Vandales, dès le II· siècle avaient eux aussi marché vers le Sud et envahi les Balkans. Lorsqu'en 406 les hordes des Huns descendirent de leur plateau asiatique, tous les immigrés germaniques, sous leur poussée, se ruèrent donc sur les provinces les plus occidentales de l'empire. Les Vandales suivant le mouvement, pénètrent en Gaule qu'ils dévastent, poursuivent en Espagne, occupent Galice et Andalousie (Vandalousie). Ils avaient déjà atteint le sud de la péninsule lorsque les Wisigoths, alliés des Romains, les acculèrent à la Méditerranée. Franchissant Gibraltar sous la conduite de Genséric ils conquirent les trois Mauritanies, assiégeant Hippone (Bône) en 435, lançant depuis Carthage des raids sur Corse, Sicile, Sardaigne, Baléares, Italie même où ils pillèrent Rome (455), puis la Grèce, la Dalmatie Les pillages vandales sont restés légendaires. Ils sévirent jusqu'à la mort de Genséric (477). L'empire Vandale entrera alors en décadence. En 534, son dernier roi sera ramené, pieds et poings liés devant l'empereur Justinien, par le général Bélisaire. Mais les Vandales avaient activement participé à la chute de l'Empire d'Occident.

Les autres peuples barbares eurent des destinées plus éphémères :

Les Ostrogoths, qui se seront attaqués à l'Empire vers 237, auront dévasté la Thrace, tué l'empereur Décius au passage (251), percé en 269 jusqu'aux côtes d'Asie Mineure, brûlé Éphèse, pillé Athènes, ravagé la Crète et Rhodes, ruiné Thessalonique, seront à leur tour écrasés en Serbie par l'empereur Claude. Ils reparaîtront pourtant sous Aurélien, qui les repoussera encore au Danube et conclura une paix avec eux (270) Ils s'assagiront sous Constantin et Valens, respectant enfin le traité d'Aurélien et s'engageront dans l'Empire comme mercenaires et colons.

Les Burgondes, chassés de leur Germanie du nord, avaient tenté par trois fois de s'implanter en Gaule; trois fois ils furent repoussés au delà du Mein. Ce qui ne les découragea pas. En 475, les Burgondes étaient maîtres de la vallée du Rhône jusqu'à la Méditerranée. Ils ont payé cette situation d'un dévouement constant à l'égard des Romains, offrant leurs services dans la lutte contre les Huns, les Alamans, les Francs, au point que leur roi prirent le titre de "maîtres de la milice romaine". Les Burgondes furent christianisés, mais selon l'hérésie arienne. Leur dynastie succombera à Autun, en 534, sous les coups des fils de Clovis.

Les Alamans tentèrent sans succès d'envahir l'Alsace au IV· siècle et récidivèrent en 453 avec Attila et ses Huns. Encore matés, ils parvinrent plus tard à se tailler un petit royaume venant jusqu'au pied des Vosges, mais seront définitivement soumis aux Francs par Clovis, à la fameuse bataille de Tolbiac. Eux aussi vont être convertis et bénéficieront de la civilisation romaine.

Les Suèves, horde semi-nomade qui vivait dans la plaine de Souabe traversa la Gaule dans la fuite générale du V· siècle, passa en Espagne avec Alains et Vandales et fonda en 409, dans la Galice, un royaume éphémère que les Wisigoths vont détruire en 585.

Les Alains, établis dans l'antiquité entre la mer d'Azov et le Caucase, chassés par le Huns pénètrent dans l'Empire, par groupes, et se fondent dans la population. Un corps d'Alains a servi en occident

Les Hérules, qui vivaient sur les bords de la Mer Noire au III· siècle, s'allièrent tout simplement aux Huns à leur passage. On aurait peut-être oublié leur destinée, si leur roi Odoacre n'avait été l'instrument de la chute de l'Empire romain d'Occident en s'emparant de Rome en 476 et en déposant l'empereur Romulus "Augustule".

Quant aux Huns, qui envahissent à leur tour l'Empire romain d'Orient en 464, ils ravagent le Pont, l'Arménie, la Perse et fondent en Asie Mineure un empire turc indépendant.

Ainsi, moins d'un siècle après la poussée initiale des Huns, la géographie politique est bouleversée. Ajoutons, pour compléter la situation du moment en Europe, que dès 419 des pirates Saxons se taillaient de petits royaumes chez les Bretons (Grande-Bretagne), provoquant leur fuite vers nos côtes du Finistère. Et que les navires des pirates Barbaresques pillaient et coulaient tout ce qu'ils rencontraient en Méditerranée.

5 les francs

Les Francs ont déjà retenu notre attention : si au début des invasions, leur peuple campait encore au nord de la Somme, beaucoup s'étaient infiltrés en Gaule. Ils constituaient un peuple difficile et belliqueux.

Entre elles les tribus franques étaient indépendantes de gouvernement et de coutumes. Les chefs tenaient parfois des assemblées générales pour discuter des intérêts de la nation. Ils étaient germains de caractère et de moeurs, mais avec en plus une intrépidité et une mauvaise foi en affaires qui les faisaient à la foi craindre et détester des Romains.

Au II· siècle, ils s'étaient déjà distingués en s'unissant pour rejeter ces Romains à l'Ouest du Rhin. Dès lors la lutte était ouverte. Connaissant leur caractère, l'empereur tenta de semer la discorde entre eux en gagnant l'alliance de quelques unes des tribus. Le calme régna quelques années puis les Francs, soudain las de leur inaction, se ruèrent sur la Gaule, qu'ils traversèrent de part en part jusqu'à la Méditerranée. Rien ne pouvant les arrêter, l'empereur se décida a en absorber seize mille dans les rangs des armées romaines. Peu sage mesure, car, désespérant de les discipliner, il dut les envoyer aux confins de l'Empire, dans le Pont. Mais ils se révoltèrent en route, saccageant tout sur leur passage, et reprirent d'eux-mêmes le chemin de la Germanie. Maximin tenta sans succès de soumettre ce peuple indomptable. Constantin crut y parvenir par la force en dévastant leur pays et en faisant descendre les prisonniers sur le sable des arènes de Trèves. Plus tard Constant s'y prit de manière inverse en leur accordant de grandes concessions. Mais rien n'entravait leurs révoltes, tandis que se poursuivaient, à travers les frontières, l'immigration de leurs familles par tribus entières. Cependant, au V· siècle, les Francs formaient enfin dans l'armée romaine des troupes régulières et participaient à l'élection de l'empereur.

En 447 pourtant, fatigués de leur alliance avec les Romains ils y mirent fin sans pour autant rompre les relations, regagnèrent le nord de la Gaule et s'y établirent définitivement. À la chute de l'Empire d'Occident en 476, ils étaient divisés en deux groupes : les Francs ripuaires, fixés sur les bords du Rhin, et les Francs saliens, dans les Flandres et le pays de Liège. Parmi ce second groupe, une tribu, celle des Sicambres, était fixée à Tournai (Belgique). Son roi avait pour fils un garçon âgé de dix ans : Clovis. Encore dix ans et il sera roi à son tour.

6 moeurs et religion des germains

Chacun des deux groupes francs avait ses coutumes germaniques propres. À l'époque elles n'existaient que dans leur forme orale. Quant à leur religion, elle était proche de celle des peuples scandinaves.

Loi Salique et loi Ripuaire

Les coutumes des Francs Saliens furent à l'origine de la loi salique. Elles seront mises par écrit sous le règne de Clovis. Elle renferment des règles de droit civil (excluant notamment les femmes de la succession à la terre), ainsi que des règles de procédure et de droit pénal. Les Francs Ripuaires (ou "riverains du Rhin") ont laissé quant à eux une loi Ripuaire qui, après la loi salique, est la plus importante des lois barbares. Rédigée entre les VI· et VIII· siècles, les formes de procédures y sont les mêmes, mais le pouvoir royal y est plus solide, et l'influence de l'Église plus forte que dans la loi salique.

La religion des païens : la mythologie scandinave

La religion germanique était peuplée de divinités prenant elles-mêmes leur origine des forces naturelles qu'elles avaient domptées : Ymir (le Chaos) et ses fils, les Géants de la Mer, du Vent et du Feu, sur lesquels veillent les Géantes du Destin, du Passé, du Présent, de l'Avenir. Au sommet de ce panthéon se place Odin, dieu de la Victoire, la déesse Herta et leur fils Thor, maître de la foudre. Une des épouses d'Odin est Fria, mère des dieux. Dans ce système la destinée humaine est simple : Odin reçoit dans le Walhalla les âmes des héros morts au combat, qu'il envoie chercher sur le champ de bataille par ses filles, les Walkyries. Ils y mènent une éternité de festins et de combats. Quant aux autres défunts (de vieillesse ou de maladie) ils sont simplement jetés dans la demeure glacée de Hel, la déesse de la Mort. Les ministres du culte célébraient dans les bois sacrés. Outre l'accomplissement de sacrifices (souvent sanglants, parfois humains) ils étaient prophètes, thaumaturges et aruspices.

Tout ce que les Romains savaient de la Germanie au temps de Trajan est condensé dans un court traité écrit par Tacite en l'an 98, dont la dernière traduction est de la fin du XIX· siècle. D'autre part deux recueils, dits d'Eddas, regroupent l'ensemble des légendes scandinaves.

7 l'arianisme chez les germains

La plupart des Germains connut le christianisme par des prédicateurs ariens et versa ainsi dans cette hérésie. Tel fut le cas des Wisigoths, dont l'évêque le plus illustre fut Ulfila, mais aussi des Ostrogoths, des Vandales, des Suèves, des Burgondes, et encore de certaines peuplades lombardes dont les Hérules.

Ulfila était né en 313. Sa famille, chrétienne, fixée en Cappadoce, avait été enlevée avant sa naissance par les Goths lors d'une expédition (267). Ulfila fut sacré évêque, avant 341, par Eusèbe de Nicomédie, cet évêque zélé partisan d'Arius, et fut ainsi le premier évêque des Goths au nord du Danube. Plus tard il vint dans les Balkans, accompagnant des émigrants Wisigoths à qui l'empereur venait d'assigner des terres. Là, Ulfila poursuivit activement sa propagande arianiste. Il mourut à soixante dix ans, en 383, à Constantinople où Théodose venait de le convoquer à un synode. Lorsqu'il décida de donner à son peuple une traduction de la Bible en langue Gothe, il créa pour y parvenir l'alphabet gothique, dérivé du runique. Doté d'un tel véhicule, l'arianisme parcourut tout l'empire.

Les Wisigoths, ariens, avaient envahi le Sud-Ouest de la Gaule et l'Espagne, repoussant vers la côte ouest les Suèves, autres barbares qui les avaient précédés, et fondé un puissant royaume arien dont Toulouse fut la capitale et où les chrétiens furent persécutés, le roi Léovigilde allant jusqu'à immoler son propre fils converti. L'orthodoxie ne sera triomphante que sous le règne de son petit fils. Saint Isidore de Séville et saint Fulgence d'Astigi, au V· siècle, contribueront par leurs conciles au plein retour de la foi en Espagne.

Les Vandales, ariens, occupaient le nord de l'Afrique et leurs rois, Genséric puis Hunéric, furent d'une cruauté inouïe envers les chrétiens; évêques et prêtres durent s'exiler sous peine d'esclavage. Ce fut alors qu'eut lieu un miracle dont l'empereur Justinien fut témoin : des chrétiens de Tipasa, qui avaient eu la langue coupée, continuèrent à chanter les louanges de Dieu. Bélisaire ne délivrera l'Afrique des Vandales qu'en 533.

Les Burgondes, occupant tout le sud-est de la Gaule, devinrent ariens au contact de leurs voisins les Wisigoths. Ils persévérèrent dans l'hérésie jusqu'à la mort de leur roi Gondebaud en 516.

Les Ostrogoths, en Italie et le nord des Balkans, étaient également ariens et le restèrent jusqu'à la destruction de leur empire. Leur roi Théodoric, qui au début laissa les chrétiens en paix, se mit à les persécuter dès lors que les ariens eux-mêmes le furent sur l'ordre des empereurs de Constantinople. Ils avaient été convertis dès le IV· siècle par l'évêque Ulfila, en même temps que leurs frères de race Wisigoths.

Un peu plus tard les Lombards, qui vont s'emparer de la plaine du Pô au nord de l'Italie (Milan, 568), seront ariens, peu tolérants et sectaires, bien que dirigés par une reine chrétienne. Le retour de cette région à la chrétienté ne sera pas réalisé avant le VII· siècle

8 l'église face aux barbares

Face aux barbares, il est clair que l'Église ne pouvait arrêter l'invasion, sa seule arme étant la conversion. Elle chercha pourtant à en atténuer les effets.

Ses évêques, agissant en chefs spirituels et serviteurs de la population, tantôt organisaient la résistance, tantôt parvenaient, par leur simple prestige, à enrayer l'avance des barbares. On leur donnait alors le beau titre de "Défenseur de la Cité". Et quand tout avait été tenté, ils n'hésitaient pas à sacrifier les biens de l'Église pour racheter la liberté de leur peuple, à l'exemple du pape Léon le Grand face à Attila et Genséric.

Mais l'Église sut aussi employer son arme unique et toute puissante; elle s'attacha a convertir les barbares. Sa tâche ne fut pas aisée, rendue plus ardue par le fait que ces peuples, s'ils se disaient déjà chrétiens, s'étaient attachés à une hérésie tenace et dont ils n'étaient pas capables de mesurer le danger. Mais, à l'inverse, elle était aidée du fait que lorsqu'un roi se convertissait (à l'exemple de Clovis) le peuple, généralement, imitait son chef.

Saint Avit, évêque de Vienne en 490, mort vers 525, fut un polémiste infatigable; il lutta contre l'arianisme et ses dérivés, et tenta vainement d'arracher à l'arianisme son ami et suzerain Gondebaud, roi des Burgondes. Il contribua à la conversion de Clovis. Dans sa charge d'évêque il fut remarquable de jugement, de vertus et de charité et ses écrits se répandirent jusqu'à l'Église d'Orient.

L'Église se trouvait donc, avec les barbares, face à une majorité de peuples ariens, sauf un, totalement païen : les Francs.

9 la conversion de clovis (498)

Clovis (466-511) est l'auteur de l'unité politique de la Gaule. Il eut pourtant bien du mal à stabiliser son pouvoir et à organiser son royaume, dans cette Gaule divisée, issue des invasions. Au passé romain, Clovis emprunta la division du territoire en pays administrés par des comtes qu'il nommait. Après sa conversion, il saura unir et organiser les forces vives du royaume autour des valeurs de la chrétienté. Mais le pouvoir unifié qu'il a établi se heurte encore à la persistance de traditions, de particularismes locaux. Quant à son royaume "patrimonial", il va être partagé à sa mort.

Clovis apprit très tôt de son père, allié du lieutenant romain du nord de la Gaule, combien était avancée la décadence romaine et, de ce fait, grande la faiblesse de l'Empire. Cette conscience de la situation permettait à un esprit hardi d'en tirer les conséquences. Ce que Clovis fit dès l'âge de vingt ans.

Le levier dont se servit Clovis fut un certain Syagrius qui, sans titre officiel, dirigeait en Gaule des éléments romains. Il le vainquit à Soissons, (v.486) et l'homme crut bon de fuir se réfugier à Toulouse, chez les Wisigoths. Clovis obtint de le faire livrer par Alaric leur chef, et le fit mettre à mort. Puis, il parvint à se substituer à lui dans la domination du nord de la Gaule romaine.

À la bataille de Soissons , Clovis et ses guerriers francs avaient mis la ville à sac. Dans l'une des églises fut volé un vase sacré. Saint Rémy, archevêque de Reims, demanda à Clovis sa restitution. Clovis accepta, ce qui lui valut l'estime et l'appui de saint Rémy. Rapidement Clovis sut imposer son règne sur tout le nord de la Gaule. Parmi les combats de Clovis, les historiens citent celui mené vers l'an 490 contre les Alamans qui faisaient le siège de Conflans, dont l'église contenait les reliques de sainte Honorine, vierge martyrisée en cette ville cent ans plus tôt.

À cette époque les Burgondes occupaient la Bourgogne et une partie de la Suisse. À la mort de leur roi Chilpéric, assassiné par son frère Gondebaud, celui-ci s'était emparé du trône Burgonde, à Lyon. La veuve de Chilpéric, avec ses deux filles, dut s'enfuir, se retirer à Genève et confier ses filles au couvent. L'une d'elles, Sédéleube, s'y plut et se fit religieuse. L'autre, Clotilde, fut demandée en mariage et épousée en 493 par Clovis. Il avait 27 ans, elle 18.

Dès son mariage Clotilde la chrétienne s'efforça de convertir son époux. Tâche difficile (elle ne parvint pas à rendre son mari moins sanguinaire ; il continua de tuer les membres de sa famille et les chefs Francs qui lui portaient ombrage). Aussi se fit-elle aider par l'Archevêque de Reims, qu'elle connaissait par son père.

Saint Rémy

Né en 437, il n'avait que 22 ans quand il fut appelé par le choix du peuple et des évêques de la province au siège "métropolitain" de Reims. Nommé archevêque il fut aussi l'apôtre des Francs. Il avait choisi le parti de Clovis contre Syagrius. Homme intelligent et bon, il connaissait bien Clovis, ce roi Franc qui l'avait volé, et n'approuvait ni sa barbarie ni celle de ses troupes. Mais il éprouvait une certaine estime pour lui, et comptait sur l'influence de Clotilde et l'appui de la Sainte Providence pour conquérir cet homme de valeur. Il avait raison. Plus tard, avec l'appui du roi barbare devenu chrétien, saint Rémy fondera les sièges épiscopaux de Thérouanne, de Laon et d'Arras, avant de mourir en 533.

La conversion

Clotilde était tenace. Après avoir longtemps tergiversé, Clovis l'avait autorisée à faire baptiser leurs enfants. Hélas, le premier était mort, et Clovis avait aussitôt imputé ce malheur à son baptême. Fort heureusement le second, agonisant lui aussi, avait été sauvé. Et le roi accepta enfin d'attribuer la guérison aux prières de la reine et au Dieu qu'elle servait. C'était en 495.

L'année suivante, en 496, il se ressouvint de ce Dieu. C'était sur le champ de bataille de Tolbiac, un petit village près de Cologne, sur les bords du Rhin. Clovis se trouvait face aux envahisseurs Alamans. Encore eux. Se voyant sur le point de perdre, lui qui toujours gagnait, il s'écria :«tu me donnes la victoire, je croirai en toi.» Et voilà qu'il vainc les Alamans.

Grégoire de Tours, (538-594) qui écrivit plus tard l'histoire des rois Francs, dit que Clovis « se convertit sur le champ de bataille, et qu'après sa victoire le roi reçut le baptême, lui et trois mille de ses soldats.»

Clovis s'est donc enfin résolu à embrasser la foi de son épouse Clotilde. Et c'est par Saint Rémy qu'il voulut être instruit et baptisé. Il reçut donc le Baptême à Reims. Ainsi que trois mille de ses guerriers. Ce jour là, la Gaule Franque devenait officiellement chrétienne. C'était le jour de Noël 496. Cette conversion et ce Baptême amenèrent l'union des Francs et des Gallo-Romains, fondant la France et donnant à Clovis et sa descendance une supériorité sur tous les autres chefs.

Clovis fut encore victorieux des Wisigoths en 507. Il est sans doute mort à Paris, vers la fin de l'an 511, à l'âge de 45 ans. Il fut enterré dans la basilique des Saints-Apôtres, qu'il avait fait bâtir à l'emplacement actuel du Panthéon. Il avait eu trois fils de Clotilde : Childebert, (493), Clodomir (495) et Clotaire (497).

10 premières conséquences

En Gaule, la conversion de Clovis avait amorcé celle de tout son peuple franc : ainsi fut-il l'un des promoteurs de l'unité de la foi, dont il servit comme d'un levier pour établir l'unité politique de la Gaule. Restait à faire l'unité morale.

Dans la Chrétienté, premier roi germain converti, Clovis fut donc fils aîné de l'Église. Par sa marche contre les ariens et ses victoires successives, il participa au triomphe de l'orthodoxie sur l'arianisme qui régnait sur l'Occident. Burgondes et Wisigoths se convertirent en masse vers la fin du VI· siècle. Curieusement chez les Francs eux-mêmes la conversion, lancée par leur roi, ne se fera que peu à peu. Cent vingt cinq évêques de la Gaule mérovingienne s'y emploieront, parmi lesquels, tout particulièrement, saint Césaire d'Arles (543) et saint Germain de Paris (576)

conclusion

Le Baptême de Clovis eut des conséquences incalculables sur les destinées de l'Église et de la Gaule. Sa conversion, comme celle de Constantin deux siècles plus tôt, aura été le point de départ d'une ère nouvelle dans l'histoire des peuples.

Quant à Saint Avit il dit, parlant du chef des Francs : «Tout célèbre le triomphe de Clovis; l'Église, elle-même, s'intéresse à ses succès; chaque bataille qu'il livre est une victoire pour elle.»

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Annexe
moeurs des Germains, d'après Tacite

«Chez les Germains, la naissance fait les rois et la valeur des chefs. Mais le pouvoir des rois n'est ni illimité, ni arbitraire, et les chefs commandent plus par l'exemple que par l'autorité. S'ils sont déterminés, toujours en vue, toujours au premier rang, l'admiration leur vaut l'obéissance. Cependant nul, en dehors des prêtres, n'a droit de punir de mort, d'emprisonner ni même de frapper quelqu'un : la peine n'est donc pas considérée comme un châtiment, ni comme l'exécution de l'ordre d'un chef, mais comme imposée par le dieu qu'ils croient présider aux combats. Ils ont des images et des étendards qu'ils tirent des bois sacrés et portent à la bataille; mais le principal aiguillon de leur courage, c'est qu'au lieu d'être une agglomération formée par le hasard, chaque troupe à cheval, chaque coin d'infanterie est constitué de gens qui sont parents ou alliés; et tout près d'eux sont les gages de leur tendresse, d'où ils entendent les hurlements des femmes et les vagissements des petits enfants. Ces êtres chers sont, pour chacun, les témoins les plus saints de son courage, ceux dont les louanges ont le plus de prix. Ils rapportent leurs blessures à leurs mères, à leurs épouses; et celles-ci ne s'effraient pas de compter, de sonder les plaies. Dans la mêlée, elles portent aux combattants des vivres et des exhortations.

«La tradition veut que des armées chancelantes et presque rompues aient été ramenées en ligne par des femmes, par leurs prières obstinées, par leur attitude et leurs gestes, quand elles présentaient leurs poitrines aux fuyards et leur montraient tout près la captivité, que les Germains redoutent pour leurs femmes bien plus vivement que pour eux-mêmes.»

(tacite, De Germania, Ch. VII & VIII, traduction Budé)

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