Maranatha ! chapitre 7
____________________

de clovis à charlemagne (711-814)
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

Retour à la page de présentation Maranatha !                        Retour à la page d'accueil

lien vers la généalogie des premiers rois carolingiens

____________________

Au moment où la société gréco-romaine était en pleine décadence ont surgi, déferlant des montagnes et des forêts du Nord et de l'Est, des flots de barbares.
Cette force matérielle s'est heurtée à une puissance spirituelle qui lui a fait plier le genou. La conversion de Clovis en fut le signe.
L'Église devient alors la Mère et l'Éducatrice (Mater et Magistra) de ces peuples jeunes et incultes. Elle prend une telle influence que les rapports les plus étroits s'établissent entre les pouvoirs de puissance civile et la puissance religieuse. Une alliance mutuelle se réalise, d'où sortent deux institutions nouvelles : la restauration de l'Empire d'Occident et la formation de l'État pontifical.

1 l'essor du christianisme en Gaule

Clovis disparu, ses fils et petits fils considèrent la Gaule comme une propriété privée qu'il faut se partager en héritage.
Sans souci de la nation unifiée, ils la déchirent en se livrant entre eux à des guerres incessantes.
Durant cette période, évêques, prêtres et moines ne cesseront pas de christianiser le pays sans relâche, d'effacer les dernières traces de paganisme.
Quand viendront Pépin et Charlemagne, la Gaule sera christianisée et leur règne en sera illuminé.

La Foi des Francs

Les Francs, n'étant pas ariens, vinrent naturellement du paganisme au catholicisme, et l'Église gallo-romaine les accueillit sans particularisme, comme ses fils.

Tout homme, dans les cités, avait la foi. Mais quelle était cette foi ? Éclairée chez les hommes d'esprit par la lecture des Écritures et des Pères, elle restait très inculte dans la majorité du peuple. Et cette foi "du charbonnier", bien que vive, s'encombrait d'un excessif culte des saints et de leurs reliques. On pèlerinait beaucoup. La naïveté favorisait la terreur de l'au-delà, et l'excommunication entretenait la crainte à l'égard de l'évêque. Tout laïc rencontrant un clerc lui prodiguait des marques de respect, quitte à descendre de cheval pour lui rendre les devoirs de la charité. Mais ce qui était important derrière ces signes, c'était la force civilisatrice de l'Église, qui nourrissait les esprits par sa prédication et son enseignement et, tout en conservant la culture du passé, montrait aux hommes le véritable sens de la vie.

L'influence des évêques et des moines

L'Élection d'un évêque n'était définitive qu'acceptée par le roi, et c'est la chancellerie royale qui faisait paraître le décret de nomination (Voir annexe). Si les rois mérovingiens entendirent participer ainsi, voire diriger la "nomination" des évêques, c'est qu'ils se rendaient compte de leur grande influence sur le peuple. Cependant, à l'inverse des empereurs de l'empire d'Orient (les "Byzantins") ils les considéraient seuls juges de la Foi et respectaient toutes leurs décisions.
Ainsi l'évêque est-il le personnage le plus important de la cité, par le prestige de son savoir et par l'exemplarité de sa vie.

Les moines, nous l'avons dit (Chap.6,§10) prirent une part importante dans cette oeuvre en implantant sur toute la Gaule des abbayes, couvents, prieurés, ermitages qui furent autant de colonies monastiques, complétant par leur mission propre (prière, travaux, enseignement, écriture) celle du clergé séculier.
Chaque colonie s'étant à l'origine donné un règlement intérieur, sous la dictée de l'abbé, la diversité de ces règles apparut vite comme une entrave au développement de la vie monacale. Bientôt une règle, modèle par sa sagesse, fut adoptée dans la majorité des communautés : la
Règle de saint Benoît.
Composée en 530, réglant la vie des moine dans ses moindre détails, elle témoigne du souci du saint d'embrasser tout l'être et l'activité de l'homme pour en faire un parfait hommage de soumission à Dieu : Abba, le Père. Loin de créer ou d'entretenir une mentalité servile et infantile, la Règle bien comprise est toute ordonnée à former des fils à l'image du Christ selon l'Évangile.

Saint Benoît de Nurcie est considéré comme patriarche des moines d'Occident. Ce que nous savons de lui nous vient du pape Grégoire le Grand relatant lui-même les témoignages de disciples du saint. Né vers 480 à Nurcie (Ombrie), élevé à Rome, il voulut échapper à la corruption qui l'entourait et se retira trois années dans une vie de réflexion et d'austérité. Élu abbé par les moines d'un couvent près de Tivoli, il les mécontenta par tant d'austérité qu'ils tentèrent de l'empoisonner Cela ne l'empêcha point de fonder douze monastères avant celui sur le mont Cassin en 529, où il rédigea dès l'année suivante sa célèbre Règle. Il y mourut en 543 et y fut enterré près de sa soeur jumelle, sainte Scholastique, décédée 40 jours plus tôt. Leurs restes, ou tout au moins des reliques, furent transportés un siècle plus tard au monastère de Saint Benoît sur Loire.

2 les deux volontés de l'empereur justinien

Élu en 527, l'empereur d'Orient Justinien fit preuve de deux ambitions : reconstituer l'Empire romain d'origine, et prendre en mains les affaires de l'Église.

Pour les peuples méditerranéens, être intégré à l'Empire constituait non seulement une fierté, un signe d'appartenance à une même unité, mais encore la définitive façon d'être de l'humanité. C'est dire si la chute de l'empire d'Occident, piétiné par les barbares, a choqué les esprits, chrétiens ou non. Seul restait debout l'empire d'Orient, gouverné par l'empereur Justinien Ier. Il était logique que l'idée d'une reconquête des territoires occupés, afin de reconstituer l'ancien Empire, germât dans certains esprits dont le sien en particulier.

Justinien était simple fils de paysans, mais il dut à l'heureuse fortune de son oncle Justin Ier, militaire devenu empereur, d'approcher du trône de Constantinople. Officiellement associé au pouvoir, il put lui succéder sans difficulté (527).
Dès cet instant il se donna une double tâche : au dehors, celle de reconstituer l'empire romain dans son intégrité en reconquérant l'Occident perdu; au dedans, d'établir un gouvernement dans la pure tradition romaine en instituant une monarchie absolue, fondée sur une administration et une législation rénovées. Mais il entendait aussi oeuvrer au bénéfice de l'Église : élevé dans la tradition chrétienne, il voulut au dehors propager par des missions le christianisme byzantin; et au dedans il se fit le champion de l'orthodoxie contre le paganisme et l'hérésie. Ce qui ternit cette ambition fut qu'il prétendit, en échange, étendre son règne absolu sur l'Église.

La "Reconquête"

Anticipant sur la destinée des Vandales ariens (Chap.6,§4) nous avons vu Justinien envoyer son chef des armées, Bélisaire, reconquérir sur eux l'Afrique (533-534) où leur roi Genséric et son fils persécutaient les chrétiens, brûlant les églises, exilant les évêques. Puis reprendre l'Italie sur les Ostrogoths (535-540).
Il ne lui fallut pas moins de quinze années de guerre pour parvenir, grâce à
Narsés, nouveau chef des armées, à rendre à la péninsule l'unité impériale d'antan (552), puis à reprendre une partie de l'Espagne (554). Sans doute, pendant ce temps, Perses, Huns et Slaves franchissaient en Orient les frontières dégarnies et l'empereur devait acheter à prix d'or leur immobilisation, créant ainsi de redoutables dangers pour l'avenir. Cependant, malgré les désastres et les humiliations qui frapperont l'Empire vers sa fin, il résistera longtemps grâce au réseau de forteresses dont Justinien couvrit toutes les frontières.

La "reconquête" fut donc contrecarrée par d'autres avancées barbares, et notamment celle des Lombards, qui vont envahir le nord de l'Italie en 568. Mais sa grande utilité, dans l'histoire de l'Église, est d'avoir définitivement vaincu deux royaumes ariens : celui des Vandales et celui des Wisigoths.

Justinien et l'Église

Monarque absolu, Justinien, comme tous les empereurs byzantins, voulut intervenir dans les affaires de l'Église. Et l'Église, qui avait un impérieux besoin de son appui, eut parfois tendance à manquer de fermeté à son égard.

Comme au plan civil, où son oeuvre législative et sa réforme administrative furent considérables, sur le plan de la religion, et poussé en cela par un goût prononcé des questions religieuses, l'empereur Justinien intervint sur de nombreuses questions.

Séduit par la théorie d'Eutychès (le Christ n'a qu'une nature divine : Jésus n'est pas un homme), c'est à dire l'hérésie du Monophysisme, Justinien, après avoir reconnu son erreur devant le pape Agapet, fut de nouveau influencé par son épouse Théodora qui soutenait Anthime le patriarche de Constantinople, monophysite lui-même. Revenu à l'hérésie, s'opposant à plusieurs papes successifs sur ce point, il alla jusqu'à les faire exiler.

Et malgré qu'épris d'architecture il fit bâtir Sainte-Sophie, la "grande église" du moyen-âge oriental, et que son sens religieux l'entraîna à persécuter le paganisme (fermeture de l'école d'Athènes en 529), il ne laissa pas à la chrétienté le souvenir d'un défenseur de la Foi orthodoxe.

3 pontificat de grégoire le grand (590-604)

Cette foi instable des empereurs byzantins, associée à l'extinction de l'arianisme dans l'Empire, et au besoin, chez les peuples convertis, d'un chef de la chrétienté, orienta le choix des chrétiens d'Occident vers une direction spirituelle qui ne leur parut sûre qu'en la personne du Pontife de Rome.
Ainsi se renforça encore la primauté du siège de saint Pierre, la Rome papale, où reposent le corps du chef des Apôtres et celui de saint Paul.

Le pontificat de Grégoire le Grand est l'un des plus significatifs dans le développement de la puissance pontificale. Né à Rome vers 540, descendant d'une famille sénatoriale, il exerça d'abord les fonctions de préteur (juge et gouverneur) avant de renoncer au monde à la mort de son père. Il avait assisté avec tristesse à l'invasion des Lombards (568) et à l'incurie des autorités byzantines face à ce nouveau désastre.

Il fonda avec son patrimoine six couvents en Sicile et fit lui-même profession de la vie religieuse en sa maison de Rome, convertie en monastère. Ordonné Diacre il remplit à Constantinople les fonctions de légat et fut élu ensuite pour remplacer Pélage II. Il accepta de se laisser consacrer après sept mois de résistance, toujours attiré par la vie monastique, et fut l'un des plus grands papes qui aient gouverné l'Église.

Dès la première année de son règne, se substituant aux autorités civiles inopérantes, il délivra Rome de la famine par sa prévoyance, et la sauva des séditions par la fermeté. Les Lombards étaient pour lui une menace perpétuelle : il parvint en 595 à leur faire lever le siège de Rome et, en 598, conclut un traité de paix avec leur roi Agilulf. Dans ces aspects "temporels" de son activité, il resta toujours un loyal sujet de l'Empire.

Toujours avec autorité et tact il sut réprimer les abus de l'Église d'Occident, où s'étaient instaurés certains usages dont les rois étaient les complices : présents offerts pour l'attribution d'évêchés (péché de simonie ), promotion de laïcs à l'épiscopat, signes de retour au paganisme dans certaines paroisses rurales. Moins heureux en Orient, Grégoire le Grand ne put empêcher le patriarche de Constantinople, Jean le Jeûneur, protégé par l'empereur Maurice, de prendre le titre d'évêque oecuménique.

Dans l'Église entière, il travailla à répandre la règle de saint Benoît parmi les moines et à réformer les moeurs du clergé séculier. Une école de chantres, établie à Rome par ses soins, fournit des maîtres à toute l'Église, et ainsi se répandit, en Italie, en France et jusqu'en Angleterre, l'usage du chant nouveau dit Grégorien. Enfin, par la publication de son Sacramentaire (599) il réforma la liturgie.

Accablé d'infirmités mais ayant gardé toute sa vigueur d'esprit, il mourut à l'âge de soixante-quatre ans, laissant de nombreux ouvrages et lettres de grande importance.

Mais Grégoire le Grand a aussi beaucoup travaillé à l'expansion du christianisme en Europe et, à son exemple, ses successeurs ont poursuivi et achevé son oeuvre :

4 évangélisation de l'europe

L'évangélisation des peuples d'Europe, de l'Atlantique au cours du Don, aura coûté près de mille années d'efforts, de luttes, de sacrifices.
Après les premiers Apôtres, y donnèrent le meilleur d'eux-mêmes des papes, des évêques, des missionnaires. Et aussi des princes chrétiens, dont l'appui fut bien souvent salutaire.

Évangélisation de l'Europe du Nord

Le plus beau titre de gloire du pape Grégoire le Grand est la conversion des Anglo-Saxons, ces païens Angles et Saxons venus de Germanie fonder royaumes en Grande Bretagne. Une mission de quarante bénédictins s'y voua, conduite en 597 par le moine Augustin, sous les directives du Souverain Pontife. Grâce à l'appui de la reine Brunehaut, la conversion du roi de Kent joua un rôle déterminant dans le succès de cette mission. Bientôt fut fondée la première Église : celle de Cantorbéry, qui devint l'Église primatiale de l'Angleterre. Les monastères se multiplièrent, dont le plus célèbre fut celui de Westminster. Les moines Anglo-Saxons ne tarderont pas à devenir les meilleurs apôtres de ce continent. L'évangélisation sera achevée vers 685.

En Germanie du sud, la princesse bavaroise catholique Théodelinde avait épousé Agilulf, roi des Lombards. Le Pape Grégoire, en agissant auprès d'elle, parvint en 591 à convertir Agilulf, qui abjura l'arianisme, et tout son peuple avec lui. La conversion fut complète dès le milieu du VII· siècle.

Les pays scandinaves furent évangélisés après le pontificat de Grégoire le Grand, mais dans le mouvement impulsé par lui. Une première mission, lancée en 822 par l'archevêque de Reims Ebbon, se solda par un échec. La suivante fut entreprise à l'initiative de Louis le Pieux; elle porta du fruit. Il en confia le soin à saint Anschaire (v.801-864), un moine de Corbie près d'Amiens, nommé évêque de Brème et d'Hambourg. Sous sa conduite, un groupe de missionnaires qu'il forma s'embarqua pour évangéliser le Danemark et la Suède. Sur place, malgré d'incessantes attaques de pirates Vikings, saint Anschaire parvint à créer deux évêchés en Slesvig, dans le Jutland, pays des Angles et des Frisons, ainsi qu'une petite mission en Suède. Le pape Nicolas Ier le nomma légat du Saint-Siège pour le Nord.

Le Danemark, la Suède, la Norvège et l'Islande ne verront leur évangélisation achevée qu'au début du XI· siècle, sous Canut II le Grand, (1035) roi d'Angleterre, de Danemark et de Norvège, qui se montra un zélé propagateur du christianisme dans ses États.

Évangélisation de l'Europe Centrale

Les terres de Frise, Bavière, Alémanie, Hesse et Thuringe furent parcourues par deux jeunes Anglo-Saxons du monastère de Mellifont en Irlande, les saints Willibrod et Boniface Le premier baptisa Pépin le Bref, le second le sacrera roi des Francs en 752, étant archevêque de Mayence et primat de Germanie. Plus tard il reprendra sa vie errante de missionnaire et mourra martyr en 755, près de Dorkum.

Évangélisation des Slaves : Cyrille et Méthode

On désignait sous le nom de Slaves un ensemble de peuples qui s'étendaient en Europe de l'Adriatique à l'Oural sur les territoires de Russie, Pologne, Bohême, Bulgarie (Macédoine), Serbie (Dalmatie) et Monténégro. Beaucoup étaient soumis à d'autres peuples; Germains, Magyars (Hongrois), Turcs, Grecs, etc. Ils étaient séparés les uns des autres non seulement par l'immensité des distances mais aussi par les différences des coutumes et des religions. Leur évangélisation représentait une tâche immense.

En 822, c'est par la Moravie, petit territoire germain près de la Bohême, au pied des Karpathes, que le christianisme pénétra en Europe de l'Est, à la demande des Slaves eux-mêmes qui, s'adressant à l'empereur de Constantinople, le prièrent de leur envoyer des missionnaires. Les deux frères Constantin, Cyrille et Méthode, furent pressentis car ils étaient des religieux exemplaires, fort instruits et connaissaient la langue slave.

Ils quittèrent leur monastère et partirent pour la Moravie, où ils commencèrent par traduire l'Évangile et tous les textes liturgiques en slavon. Pour l'écrire, ils utilisèrent un nouvel alphabet de 38 lettres que Cyrille avait inventé. Puis ils se mirent à prêcher et à officier en slavon. Ce qui les fit traiter d'hérétiques par les Germains, car seuls le latin, le grec et l'hébreu étaient autorisés pour célébrer le service divin. Cyrille et Méthode se rendirent à Rome pour en appeler au pape. Hadrien II les approuva. Cyrille mourut à Rome durant ce séjour (869). Méthode, nommé archevêque de Moravie-Pannonie, reprit le chemin de sa terre de mission. Les Germains l'attendaient pour l'y mettre en prison. Il y resta deux ans, puis reprit son apostolat auprès des Slaves malgré l'opposition des Germaniques, sans jamais se décourager. À sa mort en 885, ses disciples durent s'enfuir et se réfugier en Bulgarie. L'évangélisation des Slaves se poursuivit à partir de ce pays, pour gagner la Bohême, la Pologne, la Russie et la Hongrie.

La Bulgarie était déjà chrétienne depuis 864, date de la conversion de son chef, le roi Boris. Plus tard elle se laissera entraîner dans le schisme grec. Puis, à la chute de Constantinople, en 1453, elle tombera sous le joug musulman et la noblesse du pays, dans sa majorité, embrassera l'islamisme.

La Bohême fut évangélisée par les disciples de Cyrille et Méthode. Plus tard, saint Adalbert, évêque de Prague, en sera l'apôtre avant d'y être martyrisé en 997 par les Germains.

La Pologne fut ouverte au christianisme par la conversion de son roi Mieczyslas Ier (962-992).

La conversion de la Russie est l'oeuvre du roi Wladimir, dont le baptême en 987 fut un exemple pour le peuple.

La Hongrie, territoire des Magyars, entra dans l'Église en 994, également à la suite de son roi : Vajk . Il reçut le nom d'Étienne lors de son baptême et fit tous ses efforts pour convertir ses sujets. Pour le récompenser de son zèle le pape Sylvestre II lui envoya en l'an 1000, avec le titre de roi apostolique, une couronne qui servit au sacre des rois de Hongrie jusqu'au début du XX· siècle . Il fonda l'abbaye de Pannonhalma où furent installés les bénédictins, premiers missionnaires de la Hongrie, puis l'archevêché de Gran, encore aujourd'hui siège du primat, et divisa le pays en dix évêchés. Le roi Étienne, mort en 1038, fut canonisé en 1083 sous le nom de saint Étienne de Hongrie.

5 Mahomet et l'islamisme

Avec la conversion de la Hongrie s'achevait l'évangélisation de l'Europe. Mais pendant qu'avec patience (le mot étant pris dans son sens original) face aux difficultés de tous ordres, parfois jusqu'au martyre, les missionnaires, jour après jour gagnaient les âmes à l'éthique chrétienne, les mettant en rapport avec le Dieu d'amour et de miséricorde, voilà qu'au Sud s'approchait sa caricature, affirmé comme le même, mais aveuglé d'intolérance et d'amoralité.

Qui était Mahomet ?

Cette religion, se disant héritière d'Ismaël, l'autre fils d'Abraham, avait été fondée par Mahomet sous le nom d'Islamisme.

Mahomet (en arabe : Mohamed, le Loué) naquit à La Mecque vers 570. Son père, Abd-Allah, qui faisait le commerce par caravanes avec la Syrie, était mort l'année de sa naissance, laissant sa femme Amina enceinte. Amina décédant elle-même peu après, Mahomet fut élevé par un oncle, lui aussi caravanier qui, lorsqu'il eut treize ans, l'emmena en piste et le déposa quelque temps dans l'ermitage d'un moine chrétien nommé Bahira. Il acquit là quelques notions sur le christianisme.
À vingt-cinq ans Mahomet épousa une riche veuve dont il hérita une fortune assez conséquente après lui avoir donné huit enfants. C'était la première des quinze femmes de Mahomet.

Vers quarante ans, il dit avoir eu la vision de l'ange Gabriel l'informant de sa mission : restaurer la religion monothéiste d'Abraham chez les fils d'Ismaël, c'est à dire en Arabie. Ayant convaincu de ceci quatre de ses proches, il leur donna le nom de mouslim (qui se confie à Dieu) dont on a fait musulman. Puis il prêcha sa doctrine avec une grande éloquence. Elle ne tenta guère les Arabes, tribus essentiellement nomades attachées à leur polythéisme idolâtrique, mais très vite elle leur fit prendre conscience de leur unité de race. Dix ans plus tard la petite ville de Médine était conquise à ses idées, mais non point La Mecque. En 622 ses habitants en chassèrent Mahomet. Il s'enfuit, poursuivi dans le désert, jusqu'à Médine où il fut accueilli. C'est cette "fuite" que les musulmans nomment Hégire.

Quelle était sa doctrine ?

L'islamisme, religion des musulmans, est une doctrine fort simple, dont le fondement tient en deux choses : primo un monothéisme réduit à sa plus simple expression; secundo un livre révélé, le Coran qui, comme la Bible au temps des Hébreux, organise toute la vie sociale et spirituelle. Et l'essentiel se résume ainsi : Il n'y a de dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L'assentiment à ce double principe suffit à assurer la possession du ciel. Cette profession de foi s'assortit de quatre pratiques du culte également fondamentales : les prières quotidiennes, au nombre de cinq; le paiement de l'aumône de "purification des capitaux"; le jeûne du Ramadan; le pèlerinage à La Mecque.

Personne, dans l'islamisme, n'ayant le pouvoir de lier ou de délier sur la terre , il n'y a ni sacrements, ni offices de culte. À l'origine, tous les croyants, égaux entre eux, étaient chacun leur propre prêtre. Chacun pouvait, sans mosquée ni ministre de Dieu, communiquer directement avec le Créateur. Avec le temps cette égalité entre musulmans va disparaître, l'Islam verra se créer une sorte de clergé représenté par les Ulémas, et des ordres religieux dirigés par des cheikhs (maîtres).

La puissance de l'islamisme, c'est à dire son emprise sur les esprits, tient à son double objet : la direction des affaires spirituelles et des affaires temporelles, religieuses et politiques. Et dès avant la mort de Mahomet en 632, cette puissance de l'Islam va hypertrophier une troisième direction, celle des affaires militaires.

 6 les conquêtes arabes  Pour consulter la carte, cliquez sur l'image
Dès la fuite de Mahomet à Médine, dix ans plus tôt (622), la lutte était ouverte entre Médine et La Mecque, d'autant plus que Mahomet, qui ne se contentait plus de prétendre restaurer le monothéisme, se disait ouvertement envoyé par son dieu Allah pour être le chef spirituel de l'humanité. En 624, Mahomet, qui a levé des troupes, attaque et pille une grande caravane mecquoise; un an plus tard, les gens de La Mecque taillent en pièces son armée. Durant six ans, de bataille en bataille, les musulmans vont conquérir l'Arabie, leur propre pays; La Mecque tombe en leurs mains en 630, et Mahomet fait détruire les idoles. Il se lance alors à la conquête de l'Égypte, de l'empire grec et de la Perse, accumulant les victoires.

Mahomet avait prêché la guerre sainte contre les Infidèles. Après sa mort les Califes lui obéirent avec empressement. Après avoir dirigé l'invasion de la Syrie et de la Perse, Omar, second calife et cousin de Mahomet, se donna le titre d'Émir (chef des croyants), et soumit définitivement la Palestine, s'emparant lui-même de Jérusalem en 637 et y faisant bâtir la célèbre mosquée. Il mourut assassiné en 644.

À partir de 680, la dynastie des Omiades lança la grande invasion arabe. Les armées musulmanes s'emparèrent des côtes septentrionales de l'Afrique : Libye, Tunisie, Algérie, Maroc. Passant Gibraltar elle débarquèrent en Espagne où elles détruisirent le royaume des Wisigoths par la bataille de Xérès en 711. Passant les Pyrénées elles pénétrèrent en Gaule.

Ainsi, en l'espace d'un siècle, les Arabes avaient fondé un vaste empire au dépens de l'empire byzantin, de la Perse et du royaume des Wisigoths. Et du même fait, avaient partiellement déraciné l'Église de ces mêmes terres en y imposant la religion musulmane. Pour cela elle disposait de deux atouts; la contrainte, et l'attrait d'une morale relâchée.
Car, à l'inverse de la religion chrétienne, celle de Mahomet ne se répandit jamais, d'abord, que par la guerre et les contraintes brutales des conquêtes; ensuite grâce aux liberté de moeurs et au zèle de ses adeptes. Ainsi put-elle se propager avec une étonnante rapidité, arrachant au christianisme des pans entiers de ces nations qui furent son berceau.

Nous allons voir qu'encore une fois ce sont les Francs qui, par la sévère défaite infligée aux musulmans, furent les sauveurs de la chrétienté et de la civilisation occidentale...

7 la bataille de poitiers (732)

Passé les cols des Pyrénées, Abd-el-Rahmân arrivait sabre au clair, suivi de milliers d'hommes. Il ne rencontrait que le vide, ou presque.
Car les rois francs ne régnaient plus..

Durant toute cette période de la conquête arabe, le gouvernement de la Gaule franque se portait mal. Après le règne du brillant roi Dagobert (629-639) s'étaient installés les rois fainéants , qui ont accéléré le déclin de la dynastie mérovingienne. Les rois ne gouvernant plus, ce sont les Maires du Palais, d'abord simples intendants mais se hissant peu à peu aux fonctions de vice-rois, qui assurèrent l'intérim. La famille d'Héristal possédait cette charge héréditaire en Gaule et le dernier héritier en était Charles-Martel.
En 721, à Toulouse, le duc d'Eudes avait résisté vaillamment aux Arabes, mais en 732, à Poitiers, le voici sur le point d'être submergé sous le nombre. Il appelle Charles-Martel à son secours. La bataille s'engage le 25 octobre. L'épée de Charles-Martel, l'homme qui a déjà fait ses preuves au plan militaire, a tracé au sol, devant les soldats, la ligne que les Arabes ne dépasseraient pas. La mêlée fut un carnage. Au soir leur commandant en chef Abd-el-Rahmân était mort. Dans la nuit ils levèrent le camp.
De cette victoire naîtront les relations avec Rome qui devaient porter si haut l'influence des Carolingiens. Elles commenceront sous Charles Martel. Le pape Grégoire III jugea que Dieu l'avait assisté, et que ce prince Franc était digne de fonder une nouvelle dynastie. Une alliance durable se préparait entre la Papauté et la nation franque. Elle va se sceller avec les descendants du vainqueur de Poitiers : Pépin le Bref et Charlemagne.

8 la Papauté et les rois francs

Les règnes de Pépin le Bref et de son fils Charlemagne furent marqués par deux faits de grande importance : la formation de l'État Pontifical, et le rétablissement de l'Empire d'Occident Tous deux seront le résultat de l'alliance entre les deux autorités, temporelle et spirituelle.

La réorganisation de l'Église franque

Auparavant, il était urgent pour le pape de remettre de l'ordre dans l'Église.

Si Charles-Martel fut un excellent prince temporel, il marqua son règne, au plan des choses de l'Église, par des pratiques douteuses. Il faut bien reconnaître que l'Église, à la fin de la dynastie mérovingienne, à l'instar des rois, s'était laissée entraîner dans la décadence générale, ce qui se traduisait par un mauvais recrutement des clercs et des évêques, de longues vacances de certains sièges épiscopaux et la rareté des conciles. Aussi Charles-Martel ne fut qu'à moitié fautif lorsqu'il s'avisa de récompenser ses chefs de guerre en leur octroyant des monastères, voire des évêchés, introduisant en ces lieux l'indiscipline morale de ces soldats.

Le pape Zacharie, en accord avec les fils de Charles-Martel, Carloman et Pépin le Bref, décida d'y porter remède. Il chargea de cette mission saint Boniface, archevêque de Mayence, l'ancien évangélisateur de l'Europe Centrale. Saint Boniface s'acquitta de la tâche avec succès, restaurant la hiérarchie de l'Église de Gaule, ramenant l'ordre et la discipline, soutenu par Pépin et Carloman.

Aussi est-ce sous les auspices de la Papauté que Pépin le Bref, fils de Charles-Martel, régna de 751 à 768. Succédant au dernier mérovingien, il inaugura la dynastie carolingienne. Il avait été baptisé par saint Willibrod, le voici en 752 sacré roi des Francs par saint Boniface. Il reçut l'onction sainte, dans l'église de Soissons, des mains de l'archevêque missionnaire et en présence de tous les évêques réunis. Il accomplit ce geste pour bien marquer sa volonté de donner une consécration religieuse à sa dynastie. Quant à son frère Carloman, il se retira au monastère du Mont Cassin.

La fondation de l'État pontifical

Lorsque Constantinople fut choisie pour être le nouveau siège de l'Empire, les papes restèrent pour ainsi dire les seuls "gérants" de Rome. Grâce à des donations, l'Église s'était trouvée à la tête de richesses importantes. C'est ce qui permit aux papes, au moment des invasions, d'ajouter à leur autorité morale une force plus convaincante encore aux yeux des barbares : en prélevant de fortes rançons sur les biens de l'Église, les papes réussirent plus d'une fois à écarter de Rome les pires malheurs. Leur ascendant sur les esprits s'en accrut d'autant et, bien souvent sans qu'ils le veuillent, se transforma en pouvoir politique, si bien que les papes furent bientôt considérés comme les seuls maîtres du duché de Rome, sinon en droit du moins en fait. On peut considérer cette période comme un premier stade dans la fondation d'un État pontifical.
Pépin le Bref fut l'instrument du second. Il avait voulu être couronné par l'Église; c'est donc à partir de cette volonté qu'un nouveau mode de transmission du pouvoir royal s'instaure : le sacre des rois en est désormais la cérémonie. Et pour sceller l'alliance entre la papauté et la nouvelle dynastie franque, Pépin sera sacré plus solennellement encore par le pape Étienne II, en la basilique de Saint Denis en 754. Cette démarche du pape en Gaule était assortie d'une demande ; l'appui des Francs contre les Lombards qui, en décidant d'accroître leurs territoires vers le sud de l'Italie, avaient pris possession de Ravenne (siège du pouvoir administratif et militaire) et son territoire, ainsi que de la Pentapole (cinq villes dont Rimini et Ancône), et tournaient maintenant leurs armes contre Rome. Cette dangereuse situation perdurait, et, malgré les pressantes demandes de papes successifs, jamais l'empereur de Constantinople n'avait semblé entendre leurs appels.

Pépin le Bref prit la responsabilité de se substituer au César défaillant. Il marcha avec ses troupes vers l'Italie du Nord, tomba sur les Lombards et, en deux expéditions (754 et 756) les battit, reprit les territoires conquis et réduisit à merci Astolphe leur roi. Mais au lieu de rendre à l'Empire les territoires repris autour de Rome, Ravenne, et la Pentapole il en fit don à saint Pierre, et ordonna au vaincu de déposer les clefs des différentes villes, ainsi que l'acte de donation, sur la tombe même de l'Apôtre. Ainsi le pape devint-il souverain d'un État temporel, l'État Pontifical, que le Saint Siège conservera onze siècles, jusqu'en 1870.

Le règne de Charlemagne (768-814)

Un troisième stade dans la fondation de cet État sera l'oeuvre du fils de Pépin le Bref : Charlemagne. Didier, roi lombard successeur d'Astolphe, tentera de reprendre les territoires donnés au Pontife. Encore une fois le Saint-Siège, en la personne d'Hadrien Ier, fera appel à la cour franque. Charlemagne, héritier de Pépin depuis sa mort en 768, accourt, bloque Didier dans Pavie en 773, obtient sa capitulation et se proclame roi des Lombards. Il a 31 ans. En trois autres expéditions il "francise" tout le royaume lombard et le duché de Bénévent.

Les faits d'ordre militaire du règne de Charlemagne sont nombreux. Ils consistèrent à agrandir son empire et ses guerres furent interminables, tant contre les Arabes en Espagne que contre les Saxons. Il pensa même un moment réunir, par des alliances, les couronnes de Rome et de Constantinople. En Terre Sainte, grâce à ses relations avec le calife de Bagdad Haroun-al-Raschid, il parvint à y fonder des monastères et un hôpital. Dans ces luttes, il ne cessa d'être soutenu par le pape Hadrien Ier, puis par son successeur Léon III. On avisait aux mesures urgentes, surtout en matière militaire, dans les champs de mai, assemblées de printemps où venaient les grands du royaume, clercs et laïques.

Le gouvernement de Charlemagne était celui d'un homme d'ordre. Il appuya son autorité sur les pouvoirs locaux existants, organisant et administrant la société à travers eux, choisissant pour représenter son autorité à travers l'empire : au plan civil, les comtes, nommés à vie; au plan religieux, les évêques. Les uns et les autres bénéficiaient d'une grande liberté d'action. L'inspection permanente de ses territoires était assurée par les missi dominici. Cette institution montre bien la conception de son pouvoir : les missi (envoyés) étaient des contrôleurs parcourant le royaume pour vérifier le travail des "fonctionnaires" ( comtes, barons) et rendre au besoin la justice. Ils partaient deux par deux, un comte et un évêque, représentant ainsi le double pouvoir dans une seule personne morale (Voir annexe).

Son règne fut d'autre part marqué par une renaissance des lettres et des arts. Mais ce qui marque surtout ce règne est la place que tient Charlemagne dans l'histoire de l'Église, au point que le second Empire d'Occident, qu'il rétablit dès avant son sacre dans la nuit de Noël 800 par le pape Léon III dans la basilique Saint-Pierre de Rome, prit le nom de Saint-Empire romain.

Cet acte solennel du sacre, les idées et les événements l'avaient préparé depuis longtemps :

Primo, les idées. Le gouvernement du monde par un seul peuple, conduit par un seul homme, apparaissait toujours comme la forme idéale de l'organisation politique. La chute de l'Empire d'Occident trois siècles plus tôt n'avait point changé les mentalités. Et il semblait que Rome s'imposait toujours comme capitale d'empire. Ce qui rejoignait le point de vue de l'Église : Rome, siège de Pierre.

Secundo, les événements. Si les empereurs de Constantinople se donnaient toujours le titre d'empereurs romains, par leur indifférence aux problèmes de l'Occident, comme leur impuissance à les résoudre, ils s'étaient montrés incapables de défendre les frontières de l'Empire. Il était dès lors logique que l'Église cherche ailleurs le chef qu'elle souhaitait pour rétablir l'unité politique et religieuse en Occident. Or cet appui, elle l'avait trouvé auprès des rois francs; Pépin le Bref et Charlemagne.

Plus dévoué qu'aucun autres aux intérêts chrétiens, Charlemagne ne se contenta pas de délivrer la papauté du péril lombard et du péril musulman, il gagna encore de nombreux peuples non seulement à sa couronne mais à l'Évangile. À la fin du VIII· siècle, son pouvoir s'étendait sur le nord de l'Espagne, celui de l'Italie, la Gaule et la Germanie jusqu'à l'Elbe. L'Empire d'Occident était rétabli de fait. Il le fut de droit par le sacre à Rome.

Dès lors, empereur très chrétien, convaincu comme jadis Constantin et Clovis de l'importance de sa mission, il fut le véritable chef religieux de l'Église franque. Il fit bâtir des églises, multiplia les paroisses, pourvût à l'entretien du clergé par la dîme, déjà en usage mais qu'il rendit obligatoire par deux capitulaires (règlements écrits). Au Concile d'Aix-la-Chapelle (788) il fit imposer la règle bénédictine à tous les monastères de son empire.

Mais il exagéra son rôle en nommant les évêques de son choix, en les convoquant en conciles à plusieurs reprises, en intervenant dans des controverses religieuses Cette prise de liberté constituait l'un des inconvénients de l'esprit du sacre.

En effet, le sacre par le pape faisait de ce dernier non seulement un empereur mais l'élu de l'Église. Dès lors des liens étroits s'étaient noués entre les deux puissances. Empereur, Charlemagne avait pour mission de protéger les nations chrétiennes comme les États de l'Église. Et de même que le pape prenait le droit de couronner l'empereur, celui-ci prenait celui de confirmer tout pape élu dans ses fonctions.

conclusion

Pape et empereur étaient donc les deux pivots de la société médiévale.
Cette situation, d'apparence avantageuse, portait en elle le germe d'inévitables et multiples complications. La limite des pouvoirs devenait difficile à établir, et l'on devait craindre que l'un n'empiétât sur l'autre. Les événements qui suivront la mort de Charlemagne, en 814, démontreront que la crainte était fondée.

Il reste néanmoins certain que Charlemagne mit son autorité impériale au service de l'Église, faisant de la Foi l'unique fondement de son pouvoir politique. Ainsi fut-il, comme Constantin, Marcien, Valentinien, Théodose, l'un des plus grands serviteurs de la civilisation chrétienne.

Retour à la page de présentation Maranatha !                        Retour à la page d'accueil

lien vers la généalogie des premiers rois carolingiens

***

Annexe
les missi dominici

Cette locution latine, signifiant "Envoyés du Seigneur", désignait ces hommes choisis par l'empereur chaque année pour la surveillance de l'administration de l'Empire.
Ces fonctionnaires qui voyageaient par paires, l'un clerc l'autre laïque, cessèrent d'être itinérants vers le milieu du IX· siècle, pour devenir sédentaires. Par le discours suivant, qu'ils prononçaient dans chaque ville à la fin de leur inspection, on découvre un aspect de la façon dont Charlemagne dirigeait ses États :

«Écoutez, très chers frères, l'avertissement que vous adresse, par notre bouche, notre maître l'empereur Charles. Nous sommes envoyés ici pour votre salut éternel et nous avons charge de vous avertir que vous viviez vertueusement selon la loi de Dieu et justement selon la loi du siècle. Nous vous faisons d'abord savoir que vous devez croire en un seul Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, vraie trinité et unité tout ensemble, créateur de toutes choses, en qui est notre salut Croyez au Fils de Dieu fait homme pour sauver le monde Croyez qu'il viendra un jour juger les vivants et les morts et rendra à chacun selon ses _uvres. Croyez qu'il n'y a qu'une Église qui est la société de tous les hommes pieux sur toute la terre, et que ceux-là seils seront sauvés qui persévéreront jusqu'à la fin dans la foi et la communion dfe cette Église Aimez Dieu de tout votre c_ur, aimez votre prochain comme vous-mêmes; faites l'aumône aux pauvre selon vos moyens. Recevez les voyageurs dans vos maisons, visitez les malades, ayez pitié des prisonniers. Remettez-vous vos dettes les uns aux autres comme vous voulez que Dieu vous remette vos péchés. Rachetez les captifs, donnez aide aux opprimés, défendez les veuves et les orphelins. «Fuyez l'ivresse et les longs repas. La haine et l'envie éloignent du Royaume de Dieu. Que les femmes soient soumises à leurs maris. Que les maris n'adressent jamais à leurs femmes de paroles injurieuses. Que les fils respectent leurs parents, et que, parvenus à l'âge d'homme, ils prennent femme en légitime mariage, s'ils n'aiment mieux se consacrer à Dieu. Que les clercs obéissent à leur évêque, que les moines observent fidèlement leur règle. Que les ducs, comtes et autres fonctionnaires publics rendent la justice au peuple et soient misericordieux envers les pauvres; que l'argent ne les détourne pas de l'équité Rien n'est caché à Dieu La vie est courte et le moment de la mort est incertain. Soyons toujours prêts.»

Quelle idéale cité

lien vers la généalogie des premiers rois carolingiens

Retour à la page de présentation Maranatha !                        Retour à la page d'accueil