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À l'aube du IX·
siècle, la direction de l'Occident chrétien est
entre les mains de l'Empereur, et, moins de cinquante ans après
la mort de Charlemagne (814) elle est passée entre celles
du pape Nicolas Ier (858-867) » dit Mgr Arquillière,
parlant de l'Église du Moyen-Âge.
À
quoi tient ce transfert d'autorité ? À la décadence
du règne impérial.
1 la montée des périls
Au règne de Charlemagne vont suivre deux cents années de violences et de profonds bouleversements. Quatre siècles plus tôt, l'Empire romain avait cédé sous le coup des hordes, et cela était la conséquence logique d'un relâchement général. Quelles sont les raisons de l'écroulement de l'Empire de Charlemagne au IX· siècle ? Elles sont de quatre natures : la poussée des barbares - l'inculture des Germains - la division de l'Empire - la dispersion du pouvoir.
La poussée des barbares
Autour de l'Empire, si les barbares ont
été combattus, puis tenus en respect par Charlemagne,
ils n'en étaient pas moins aux frontières, et toujours
affamés de territoires. À l'Est se massaient les
Slaves. Au Sud les Sarrasins, pirates à prédominance
arabe, étaient maîtres de la Méditerranée;
rien n'avait été tenté contre leurs bases
d'Afrique, et bien que des "tours" surveillassent nos
côtes ils pouvaient foncer sur elles à toutes voiles.
Ils tenaient la Camargue, devenue pour eux une
base inviolable, et considéraient la Sicile et l'Italie
du Sud comme leurs terrains de chasse. Syracuse fut ravagée
en 826, Palerme prise en 831, Messine en 839. La Sicile entière
tomba au début du X· siècle. En Italie du
Sud, Tarente fut occupée en 836 et Ancône détruite
sur l'Adriatique. En 840 Bari leur fut livrée. Débarqués
aux bouches du Tibre en 846 les Musulmans enlevèrent Porto
et Ostie, remontèrent le fleuve et pillèrent la
basilique Saint-Pierre, alors hors les murs. Ceux-ci ayant tenu,
les pillards se replièrent avec le butin sacrilège.
Lothaire, petit fils de Charlemagne, fit lever des impôts
pour la restauration de Saint-Pierre et, dès 848, Léon
IV avait entrepris au pourtour la construction d'énormes
murailles prolongées jusqu'au Château Saint-Ange;
c'est la Cité Léonine, encore debout en grande
partie. Mais le péril était pire encore sur l'Atlantique
: les Normands du Danemark et de la Scandinavie se montraient
manifestement pris d'une fièvre de conquête. Charlemagne
avait été conscient de cette menace qui pèserait
encore sur ses successeurs.
L'inculture des Germains
Autre péril, Charlemagne avait cherché à unifier germanisme et romanité, mais les germains étaient encore primitifs. Chez eux les forces brutes étaient trop vivaces pour que, même avec la grâce de leur baptême, les intellectuels et les clercs puissent ancrer solidement en eux la civilisation latine. Grand était donc le risque de voir brisée l'unité culturelle de cet Empire disloqué.
La division de l'Empire
Pour faire front à ces deux dangers, il eût fallu que l'empire restât ce puissant ensemble discipliné que Charlemagne avait créé de toutes pièces. Or son oeuvre ne va pas lui survivre pour une raison majeure : sur la fin de son règne il a sacrifié cet univers romano-chrétien au particularisme des tribus germaines, lorsqu'il a partagé, en 806, son empire entre ses trois fils, Pépin (810) Charles (811) et Louis (840), afin de les placer, selon le droit franc, sur un pied d'égalité. Ce principe du partage posé, ses descendants vont continuer à l'appliquer, conduisant l'Occident au morcellement. En outre ses successeurs n'auront pas suffisamment d'envergure pour faire fructifier leurs "talents", trop occupés à s'entre-déchirer. Péril majeur par ordre d'importance, c'est celui que nous verrons en premier lieu.
La dispersion du pouvoir
Enfin, le style de gouvernement de Charlemagne fut également l'un des facteurs de la dissolution de l'Empire. Les grandes invasions avaient incité les populations à se grouper autour d'hommes forts capables de mieux les protéger que les représentants de l'autorité officielle. Et cette carence du pouvoir avait conduit les chefs locaux à s'attribuer une certaine autonomie. La dispersion du pouvoir gangrenait tout l'Empire.
Menaces externes et internes de la barbarie, menace de dislocation de l'Europe par le partage, menace d'anarchie par le morcellement du pouvoir, ces périls pesèrent lourd sur l'héritage de Charlemagne.
Que va faire devant eux l'Église, intimement liée à la société civile ? Tenter de défendre la Paix dans la Chrétienté.
2 Léon III et Charlemagne.
Le pape Léon III et l'empereur Charlemagne qu'il avait sacré en la basilique Saint-Pierre de Rome, tiennent deux rôles complémentaires, mais chacun empiétant sur le domaine de l'autre (cf. Chap.7§8). Au point que, de l'avis de l'empereur, le temporel et le spirituel ressortissaient de son pouvoir; il avait la haute autorité dans les deux domaines.
Charlemagne a voulu donner à tous les peuples soumis un même lien : le baptême. Il considérait que son premier devoir était de "pourvoir au service de Dieu" et que sa puissance avait des bases religieuses plus encore que juridiques. L'empire était fondé sur l'Église. Les écrivains chrétiens de l'époque le disent : «roi a pour premier rôle d'être le défenseur des Églises et des serviteurs de Dieu. Son office consiste à veiller avec soin à la sauvegarde des prêtres et à l'exercice de leur ministère, ainsi qu'à protéger par les armes l'Église de Dieu.» Ici apparaît bien la confusion des deux pouvoirs : le pouvoir sacerdotal fonde celui de l'État.
Le pape saint Léon III (795-816) est en partie l'auteur de cette situation, lui qui aussitôt élu envoya les clés de Saint-Pierre et la bannière de Rome à Charlemagne. Lequel, de son côté, lui députa un missus dominicus : le moine bénédictin Angilbert avec de riches présents et la mission de recevoir le serment de fidélité du peuple romain. Plus encore, l'empereur d'Occident obtint le droit de participer aux élections pontificales, comme le faisaient autrefois les empereurs de Bizance. Et lorsqu'en 799 une conspiration obligea Léon III à s'enfuir, il vint auprès de Charlemagne en Saxe, lequel le fit raccompagner sous la protection d'une escorte de Francs. Trois ans après le sacre de l'empereur, saint Léon III fut à nouveau invité en Gaule, où il passa la fête de Noël à la cour impériale.
Qu'en fut-il avec les successeurs de Charlemagne ? Il avait, nous le savons, en 806 partagé l'empire entre ses trois fils, créant le premier péril menaçant l'Empire
3 Louis le Pieux (ou le Débonnaire) (Voir "Généalogie", en annexe)
Parmi les fils de Charlemagne, trois furent appelés à régner : Pépin d'Italie, Charles d'Aquitaine et Louis le Pieux. Mais Louis le Pieux, par la mort de ses frères (Pépin en 810 et Charles en 811), vit l'Empire se reconstituer en partie à son profit (l'Italie étant passée sous l'autorité du fils de Pépin, le jeune Bernard).
En 813 à Aix la Chapelle Charlemagne, ayant consulté ses fidèles, avait couronné lui-même Louis le Pieux, hors l'autorité de l'Église, et l'avait associé au gouvernement de l'Empire, avant de mourir l'année suivante. La forte éducation que Charlemagne fit donner à Louis le Pieux (778-840) ne put faire de lui un véritable souverain il était faible, nerveux, capable de terribles colères qui le laissaient humilié et prêt à tout repentir. D'autre part il avait plus un tempérament de moine que de guerrier. En 816, à Reims, il reçut le sacre royal et le couronnement impérial, au cours d'une même cérémonie, des mains du pape Étienne IV.
Croyant à son tour sauvegarder l'unité de l'empire après sa mort, il fixa en 817 à Aix la Chapelle les droits et devoirs de ses trois fils en leur "confiant" le royaume : Pépin Ier "d'Aquitaine", Louis "de Bavière" (dit aussi le Germanique), sous l'autorité de l'aîné, Lothaire. À l'issue de la séance, renouvelant le geste de son père, Louis le Pieux confèra à Lothaire la couronne impériale, donc le titre d'empereur. Sage décision, prise sur le conseil des hommes d'élite qui l'entouraient. Parmi eux des prélats, tels l'abbé Wala de Corbie et l'archevêque Agobard de Lyon, pour qui l'empereur, élu de Dieu, mandataire du Christ, devait assurer à la chrétienté la paix dans l'unité de la foi.
Pour faire bonne mesure, Louis le Pieux avait accordé aussi à Lothaire la couronne de roi d'Italie. Rappelons que Pépin, fils de Charlemagne (776-810) avait été sacré roi d'Italie à Rome par le pape Hadrien à l'âge de 5 ans (781). À sa mort son royaume d'Italie avait été réuni à l'Empire mais Bernard, son fils, avait conservé ce trône. C'est donc à bon droit qu'en 817 Bernard, lésé, se révolta et proclama l'Italie indépendante. Mais il prit les armes contre l'empereur. Il dut se soumettre l'année suivante. Son oncle lui fit grâce de la vie mais sa tante l'impératrice exigea qu'on lui crevât les yeux. Il en mourut trois jours après.
Louis s'était donc rallié à l'idée de centralisation. Mais soudain tout changea. En 822, pris de remords d'avoir maltraité son neveu Bernard, il décida de se soumettre à une pénitence publique, proclamant devant sa cour, rassemblée dans l'église d'Attigny, sa culpabilité "en d'innombrables circonstances". Ce qui dégradait la dignité du chef de l'État.
C'est le pape saint Pascal Ier (817-824) qui, en 823, procéda au sacre de Lothaire, le fils aîné de Louis le Pieux. Ce même pape, ancien abbé du monastère de Saint-Étienne près de Rome, avait envoyé Ebbon, archevêque de Reims, prêcher la foi aux Danois (Cf. Chap.7§4).
Malgré le partage de l'Empire, le poids du pouvoir impérial était encore important sur les décisions pontificales. À preuve, l'année suivante Lothaire se rendit à Rome, chargé de mission par son père auprès du pape Eugène II (824-827) En accord avec lui, ce pape réforma les abus qui s'étaient glissés dans le gouvernement de l'Église, et que nous évoquerons plus loin ( fin § 11). Il tint un concile à Rome, pour la correction des moeurs du clergé. De concert avec Eugène II, Lothaire publia une constitution qui attribuait aux seuls romains l'élection des papes, mais qui réglait en même temps que le nouvel élu devrait, avant son sacre, prêter serment de fidélité à l'empereur!
4 La crise s'ouvre
Le problème devint aigu lorsque Louis le Pieux redistribua les territoires de l'Empire à la naissance d'un quatrième fils, Charles le Chauve, né de sa seconde épouse. Les trois premiers entrèrent en révolte contre leur père.
Veuf et remarié à quarante ans (819), Louis le Pieux fut père d'un quatrième garçon (823) : Charles, futur Charles le Chauve. Voulant lui assurer un domaine équivalent à ceux déterminés au partage de 817 pour les trois premiers, l'empereur décida (Worms 829) d'attribuer à Charles les trois provinces d'Alsace, d'Alémanie et de Rhétie. Ce qui s'accompagnait de la disgrâce de Lothaire.
Cette décision dressa contre lui non seulement les trois frères révoltés mais aussi les partisans de l'unité de l'empire : l'abbé Wala de Corbie et l'archevêque Agobard de Lyon, c'est à dire l'Église. Lothaire, Louis et Pépin, quant à eux, entamèrent une guerre civile qui dura quatre ans.
Pépin Ier, prenant part aux luttes de ses deux frères contre leur père, s'empara de Paris en 830, et de son père lui-même à Compiègne. C'est la première déposition de Louis le Pieux. Vaincu, celui-ci revint au partage initial de 817. Pépin, sans rancune et contre l'avis de Lothaire, s'entendit alors avec Louis de Bavière pour rendre le pouvoir impérial à leur père.
Mais la mère de Charles était tenace; sous son influence, à Aix la Chapelle en 831, Louis le Pieux refit le partage de l'Empire et, au mauvais prétexte d'une expédition malheureuse, priva Pépin, roi d'Aquitaine depuis l'âge de quatorze ans, de ce territoire qu'il donna à Charles le demi-frère. Et, sur sa plainte, l'emprisonna.
5 Le sommet de la crise
La crise impériale
atteindra son sommet par l'abdication (833) de Louis le Pieux
(le pape Grégoire IV soutenant Lothaire, fils aîné).
Ceci est la conséquence lointaine de la vision
de Charlemagne qui, lui-même avait partagé le royaume
sans souci du maintien de l'empire à la façon romaine.
La conséquence immédiate sera la reprise
en main par l'Église, dès l'abdication, de tous
ses droits dans le contrôle des affaires religieuses.
La rébellion éclata encore, et durera jusqu'à la mort de Louis le Pieux. Pépin s'étant échappé se joignit en 833 à ses deux frères dans la révolte. Lothaire, au principe que l'intégrité de l'Empire était menacée, fit appel au pape. Il fallait obtenir de l'empereur la renonciation à ses droits. Grégoire IV (827-844), convaincu du bien fondé de la requête, ignorant de la trahison qui allait être commise, accepta de les soutenir, vint de Rome et accompagna Lothaire qui rejoignit ses deux frères en Alsace. Alors eut lieu, le 24 juin 833, l'épisode du "Champ du Mensonge" : pendant que Louis le Pieux conférait avec Grégoire IV, ses fils débauchèrent son armée et firent passer ses partisans dans leur camp. Vaincu, abandonné de tous il se livra à Lothaire. Ce fut la seconde déposition. Louis dut consentir à la spoliation et à l'abdication de son fils Charles.
À cette occasion le comportement de ses adversaires fut odieux. Outragé lui-même par ces princes qu'il avait servis, le pape reprit le chemin de Rome (voir sa lettre en annexe). Et Louis le Pieux se réfugia dans un monastère. Après huit mois de tergiversations Louis de Bavière et Pépin eurent honte du traitement infligé à leur père par Lothaire et le menacèrent. Louis le Pieux fut rétabli en mars 834. Lothaire, craignant ses frères, se retira en Italie.
La rébellion était-elle éteinte ? Non. Louis le Pieux la ralluma lui-même après la mort de Pépin d'Aquitaine en 838, en partageant encore l'Empire l'année suivante, cette fois entre Lothaire et Charles le Chauve, au détriment de Louis de Bavière, déclenchant une nouvelle guerre avec celui-ci. En 840 le père et le fils marchaient l'un contre l'autre lorsque Louis le Pieux mourut sur une île du Rhin.
Durant ce pénible règne, quelle fut l'attitude de l'Église ? Lorsque l'autorité impériale commença à décliner, elle reprit la haute main. Le rôle des évêques francs fut plus déterminant que celui des papes, qui restèrent souvent sur la réserve. Avec désintéressement et sincérité, ce sont eux qui _uvrèrent de toute leur influence sur les protagonistes : Agobard de Lyon, Wala, Paschase Radbert, Bernard de Vienne, Ebbon de Reims. Quand Grégoire IV fut entraîné par Lothaire à l'accompagner dans sa campagne d'Alsace-Lorraine contre Louis, et que le pape hésita à contrecarrer l'autorité impériale, ce furent les abbés Wala et Radbert qui lui rappelèrent qu'en matière d'Église le pape est détenteur de l'autorité suprême, et qui aidèrent le pape lorsque les partisans de Louis le Pieux lui reprochèrent de faire acte politique. Critiqué, à l'intérieur et à l'extérieur, pour son intervention dans l'abdication, Grégoire IV s'en justifia en prouvant que ses raisons étaient d'ordre religieux, et non politique ; qu'il avait agi en défenseur de la paix.
La thèse des évêques francs fut celle de saint Augustin dans la Cité de Dieu : l'Empereur règne légitimement et reçoit le soutien de l'Église dans la mesure où il assure la paix et la justice dans toute la chrétienté. Ayant agi ainsi, l'Église a revendiqué à nouveau le droit de juger les princes, ce qui n'était pas sous le règne de Charlemagne.
6 La haine fraternelle
La mort de Louis le Pieux n'a point apaisé les esprits, accélérant au contraire la dislocation de l'Empire.
Lothaire, pourtant, tenta une nouvelle fois d'unifier cet Empire. Par la force. Car, en 840, le partage fut remis en question : Lothaire l'aîné, reconnu empereur, prétendit réduire ses frères à l'état de vassaux et leur réclama l'obéissance complète. Il se vit aussitôt menacé par la coalition de ses frères Louis de Bavière et Charles le Chauve.
Ici encore l'Église, en la personne des archevêques, abbés et prélats, ayant avant tout le souci de la légitimité de l'empereur et de l'unité de l'Empire, appuya Lothaire contre les tendances séparatistes des frères. Ceux-ci, associés, commencèrent une guerre d'indépendance dès l'automne 840 et, l'année suivante, battirent sévèrement Lothaire qui fut défait à Fontenoy en Puisaye près d'Auxerre en 841, malgré que Pépin II d'Aquitaine (fils de Pépin Ier) lui ait apporté son appui.
Cette défaite, qui disloquait l'Empire de Charlemagne que Lothaire avait cherché à conserver, fut interprétée comme un jugement de Dieu contre lui; l'idée d'unité s'effondrait et l'Église ne pouvait qu'en prendre acte, réfléchissant toutefois aux moyens de rétablir cette unité. Elle crut les trouver lorsque les barbares, profitant des luttes fratricides, menacèrent l'Occident : Normands remontant la Seine et saccageant Rouen; Slaves franchissant l'Elbe; corsaires sarrasins en Méditerranée. L'Église imagina alors une sorte d'entente, d'alliance entre les trois frères pour sauvegarder en commun l'unité spirituelle de la Chrétienté. Elle crut la chose faite lorsque après la victoire de Fontenoy les frères vainqueurs Charles et Louis, par les Serments de Strasbourg (842), s'étaient juré amitié et aide réciproque .
7 L'éclatement définitif de l'empire
L'Église assiste, impuissante ou presque, à l'interminable guerre fratricide.
Même espoir quand l'année suivante, après de longues négociations, un accord s'établit, par le traité de Verdun (843), entre les trois frères qui se partagèrent l'empire. Charles le Chauve recevait la Francie Occidentale, qui allait devenir la France; Louis de Bavière la Francie Orientale, future Allemagne; et, entre les deux, Lothaire se voyait attribuer une bande allant des Pays-Bas à Rome. Vaincu, Lothaire devait consentir à ce traité qui lui attribuait, avec le titre d'empereur (car il régnait sur Rome), un territoire tampon entre ceux de Louis à l'Est et Charles à l'Ouest. Pour les trois frères, ce traité n'était qu'un pis aller et chacun ne rêvait que de reconstituer l'empire à son profit. (Voir carte : "Le partage de Verdun")
Cette paix armée, dite "Régime de la fraternité" entre Charles le Chauve, Louis de Bavière et Lothaire, tint à peu près jusqu'à la transmission du patrimoine aux héritiers, si l'on excepte, d'abord en 854 à Liège une alliance entre Charles et Lothaire contre Louis, et ensuite que Louis de Bavière, voyant son demi-frère Charles le Chauve aux prises avec des troubles intérieurs et des invasions normandes, entra chez lui avec ses armées, tentant de s'approprier la Francie de l'Ouest pour réunir les deux royaumes. On ne chasse pas le naturel En 858, il envahit les états de Charles. Avec lequel il se réconcilia en 860.
Durant ce temps, si Lothaire montra encore sa raideur lors de l'élection du pape Sergius II en 844, qu'il obligea à lui prêter serment, il ne put pas défendre au nord la Frise contre Danois et Normands, au sud la Provence contre les Sarrasins.
L'équilibre s'effondra à l'abdication de Lothaire en 855, quand son territoire fut partagé entre ses propres fils : Louis II l'aîné recevant l'Italie et la couronne impériale; Lothaire II la Lotharingie (Lorraine, de la Mer du Nord au Ballon d'Alsace) et Charles l'ensemble Jura-Alpes-Provence. Quant à la fin du règne de Louis de Bavière, elle fut troublée par une révolte de ses deux plus jeunes fils, outrés par la trop grande part faite, dans le partage de la Germanie, à leur frère aîné. Et par l'amertume de n'avoir pu empêcher son frère Charles le Chauve, d'aller prendre en Italie la couronne impériale.
Ici encore ce fut le clergé des Gaules qui sauva la monarchie "française". Indignés de ces luttes fratricides, les évêques, sous la conduite d'Hincmar (882) archevêque de Reims, protestèrent contre la conduite de Louis de Bavière, lui rappelant qu'il tenait sa couronne de l'Église. Nouveau progrès dans l'autorité de l'Église. Hincmar dirigea l'assemblée de Metz (858) qui accusa Louis d'avoir, en attaquant la terre de son frère Charles, "divisé l'Église qui est une".
Il était temps : les pays d'Europe étaient les proies de bandes de pillards qui razziaient les campagnes, pillaient les églises, attaquaient monastères et couvents, s'alliant aux raids normands qui se multipliaient. Les populations s'exaspéraient, les forces de l'ordre restaient impuissantes, l'anarchie prenait possession des royaumes.
8 Les "hommes du Nord"
Danois, Norvégiens, Suédois. Peuples divisés en deux classes : les sédentaires (paysans, éleveurs, bûcherons); et les errants, pour qui la guerre, source de richesses est aussi une morale de vie et dont les rois sont des chefs de guerre.
Ils partaient en expédition sur leurs drakkars, barques de 25 mètres non pontées manoeuvrées à l'aviron ou à la voile, de faible tirant d'eau pour passer sur tous les fonds et remonter les moindres rivières, montées par cinquante hommes et conduites par des chefs d'expéditions ou Vikings. À terre, ils étaient capables d'attaquer les places les mieux fortifiées. Ils constituaient le second péril contre l'Empire.
De 793 (premier pillage de monastère) à environ 830, ils se contentèrent de quelques raids fructueux mais désordonnés (tels le raid en 820 sur l'abbaye de Noirmoutier). Puis ils installèrent, à l'embouchure des fleuves (l'Escaut, le Rhin, la Seine, la Loire, la Gironde), des postes fortifiés, à la fois citadelles et réserves de butin, d'où ils partaient à l'assaut des terres. Et l'incurie de l'administration carolingienne ne fit rien pour les en chasser.
Les Norvégiens choisirent l'Angleterre et l'Irlande, les Danois attaquèrent le continent. Les grandes villes subirent leurs assauts : Hambourg, Lisbonne, Séville, et passant Gibraltar, jusqu'en Italie. En France : Beauvais, Chartres (attaqué en pleine nuit), Noyon, Melun, Orléans, Blois En quarante ans, Paris fut assiégé quatre fois, pillé trois, incendié deux.
Que pouvait contre eux un Empire en discorde que ses maîtres ne tenaient plus ? Des résistances se manifestaient localement (comme Robert le Fort, en Parisis) mais trop souvent les souverains, tels Charles le Chauve, Lothaire II et d'autres, se contentaient de payer rançon pour faire déguerpir les pirates. Ce qui engageait ceux-ci à récidiver. En bien des lieux les autorités restaient impuissantes, sans combattre ni négocier. Pour les habitants restait la fuite avec leurs biens. Les communautés monastiques emportaient avec elles les précieux reliquaires, convoités des pillards.
Que fit l'Église face à l'envahisseur ? Quatre siècles plus tôt, au temps des invasions germaines, elle avait tenté d'en atténuer les effets (Cf. Chap.6§8), et ses évêques s'étaient dressés en Défenseurs des Cités. Devant les Normands, elle se trouva être la première visée. En effet, les Hommes du Nord s'attaquèrent surtout aux monastères, foyers de la civilisation carolingienne, où ils trouvaient de riches trésors (les châsses des saints), des greniers remplis, des ateliers florissants, et dont la plupart n'étaient pas fortifiés. Pas plus que les cathédrales et les églises où, de vive force, ils pouvaient s'emparer des vases sacrés et des _uvres d'art. Car, au cours de ces quatre siècles, la situation de l'Église s'était modifiée par des dons, elle était devenue propriétaire de biens de valeur qui excitaient la convoitise des pirates, et les Normands n'étaient pas comme les Germains d'alors des immigrants, mais des guerriers qui opéraient des "raids". Que pouvait l'Église, livrée à ces commandos qui attaquaient par surprise ? Comment tenir devant les pillards armés qui fondirent sur Nantes le 24 juin 843, massacrant l'évêque Gunhard devant l'autel de l'église St-Pierre et St-Paul ?
Il y eut des exceptions : les moines de Saint-Bertin dans le Nord, de Saint-Vaast d'Arras, de Saint-Quentin, de Tournus. Ayant recueilli les populations, ils se battirent si fort que les pillards abandonnèrent. Langres fut défendue par l'évêque Geilon, Chartres par l'évêque Ganteaume, Reims fortifiée par Foulques. Au siège de Paris de 885, la ville tiendra un an, bravant les assauts et la famine. Aux côtés du comte Eudes se battront l'évêque Gozlin et l'abbé Ebles de Saint-Germain-des-Prés. L'évêque, recevant le chef des Normands Siegfried, refusa tout compromis, alors qu'à la même époque Charles le Gros leur livra sans combattre la Bourgogne.
Mais à l'action de résistance l'Église en ajouta une autre, celle de sa mission première : la conversion. La cruauté de la situation n'empêcha pas le travail des missionnaires, et nous avons vu comment, au même moment, les pays scandinaves furent évangélisés (Cf. Chap.7§4)
9 Le Labeur des monastères
L'Église prit aussi en charge la vie intellectuelle. Deux questions se posaient, qui constituaient le troisième péril contre l'Empire : Primo, crainte que la décadence ne ruine les résultats de la "renaissance" carolingienne. Secundo, crainte que la dislocation de l'Empire en États rivaux ne brise l'unité culturelle de l'Occident.
Dans les deux, le rôle de l'Église fut déterminant. Alors que la force se déchaînait, elle proclama l'importance des valeurs de l'intelligence. Ce furent les évêques, réunis à Wormsen 829, qui supplièrent Louis le Pieux de défendre les écoles et les travaux de l'esprit. Ce fut l'Église qui rappela les dogmes, les lois morales, et imposa le latin comme langue liturgique et pédagogique.
Absorbés par la guerre et la politique, les laïcs abandonnèrent de plus en plus les choses de l'esprit; l'art d'écrire devint art de moines et de prêtres; le clerc devint l'homme cultivé; dans tout l'Occident, le couvent des moines copistes fut de plus en plus ce qu'il avait été modestement durant les grandes invasions : le havre de l'esprit, la citadelle ou abriter les chances de l'avenir, tant dans les sciences religieuses, telles la théologie, la morale, l'exégèse, l'hagiographie, que dans les autres disciplines : poésie, mathématiques, sciences naturelles, géographie. Les arts ne furent pas davantage abandonnés : musique, architecture, mosaïque, peinture, miniature, sculpture.
10 La dispersion du pouvoir
Dans tout l'Empire, mais particulièrement en Italie et en Gaule, on avait donné une grande importance à l'agriculture, et fait de ces villas, centres d'exploitation agricole, des unités économiques de forte indépendance, tout comme des grands propriétaires terriens une sorte de petits souverains.
À cette indépendance de fait s'ajouteront l'immunité et la vassalité. Peu sûrs de leurs fonctionnaires royaux, les rois autorisèrent ces propriétaires à se libérer du contrôle de leurs propres agents, et, dans les limites de leur domaine, à percevoir l'impôt, rendre la justice, lever des hommes de guerre, ne rendant compte de ces actes qu'au roi. Celui-ci croyait ainsi tisser un réseau de fidélités et en tirer une autorité accrue. Ce raisonnement, bon pour un roi puissant et énergique comme Charlemagne, était dangereux pour des rois faibles comme le furent ses successeurs. La conséquence en fut le futur épanouissement du régime féodal, plaie mortelle de l'État.
11 L'attente d'une papauté forte
L'Église, elle aussi
ballottée dans le flot du désordre, garda pourtant
une route qui, moyenne de ses caps, resta la bonne.
Même
privée d'un homme fort à sa tête elle resta
consciente de sa mission et poursuivit sa tâche, combattant
les hérésies, se dressant contre les barbares, travaillant
pour la paix. Mais, dans le même temps, fit preuve de faiblesse
lorsqu'elle ne sut pas maîtriser la contestation ou, pire,
se compromit avec les pouvoirs civils.
Dans le chaos ou glissait l'Europe, empire morcelé, la suprématie du pouvoir spirituel sur le politique chercha à s'affirmer, et le sacre des rois en fut le sceau. Charles le chauve, menacé de déposition, rétorqua que "seuls pouvaient le juger les évêques qui l'avaient consacré", ce qui est reconnaître la puissance de l'Église sur la royauté. Cependant le pouvoir, qu'il soit temporel ou spirituel, exige des hommes d'autant plus armés que les temps sont difficiles.
Les papes successeurs de Grégoire IV : Sergius II, Léon IV et Benoît III adoptèrent, comme lui, l'attitude de défenseurs de la paix dans l'Église. Cette ligne directrice transparut toujours dans leur action, même quand elle fut perturbée :
Sergius II (844-47) était un orphelin élevé par le pape Léon III. Il fut élu à la mort de Grégoire IV, mais fut chassé du palais de Latran par l'antipape Jean que soutenait la populace, et ne put être rétabli que grâce à l'appui du roi d'Italie, qui examina et déclara valable son élection. C'est de ce précédent, d'ailleurs, que s'autorisèrent par la suite les empereurs d'Allemagne pour se constituer les juges des élections pontificales.
Saint Léon IV (847-55), un an après son élection, dispersa en vue d'Ostie la flotte des Sarrasins qui venaient de piller Rome. Puis il éleva dans cette ville, à l'aide de l'empereur Lothaire, l'enceinte fortifiée connue sous le nom de cité Léonine, qui renfermait la basilique Saint-Pierre, le Vatican et leurs dépendance, et dont il reste encore d'importants vestiges.
Benoît III (855-58) fut élu d'enthousiasme par le peuple à cause de ses vertus. Dès le début de son pontificat il fut pourtant en butte aux persécutions de l'antipape Anastase, un prêtre dégradé que soutenait l'empereur Lothaire. Fort heureusement le peuple et le clergé lui restèrent inébranlablement fidèles et le rétablirent. Ses mérites rendirent pour un temps au Saint-Siège un tel prestige que Rome vit sous son règne le pèlerinage du roi d'Angleterre, l'ambassade de l'empereur d'Orient, la visite des abbés de la Gaule, etc. C'est l'insolence de ses ennemis qui a donné naissance à la ridicule légende de la papesse Jeanne.
Ces papes ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Et une preuve de la vitalité de l'Église durant ces temps de peur, de famine et de détresse, est qu'elle ne craignit pas de poursuivre son incessant combat contre les hérésies. Citons : l'Adoptianisme (Jésus, homme, n'est que le fils adoptif de Dieu), condamné par le pape Hadrien Ier et le Concile de Francfort (794) le Prédestinationisme (élus ou damnés, nous sommes tous prédestinés), condamné par le Concile de Mayence (848) enfin la question du Filioque, l'une des raisons qui amèneront le schisme entre les Églises d'Orient et d'Occident. (Voir en annexe, Appendice I).
Mais, a contrario, la féodalité qui s'installait partout visa à s'incorporer l'Église. Dans le désordre qui régnait sur la société elle s'y prit de trois façons. D'abord, au moyen de la confiscation des terres d'Église par les seigneurs locaux. Ensuite, parce que des membres du clergé (prêtres, abbés, évêques) se placèrent sous la dépendance de ces seigneurs. Enfin du fait que les souverains se crurent autorisés à distribuer les titres ecclésiastiques comme des dignités laïques. Devant de tels errements, les éléments sains de l'Église réagirent avec fermeté. De partout leurs protestations éclatèrent. Et tous regardèrent vers Rome, vers le pape, attendant de lui qu'il affirme son autorité C'est ce que fit saint Nicolas, le premier grand pape médiéval.
12 Le pontificat de saint Nicolas Ier (858-867)
Soixante ans après Charlemagne, qui s'était attribué la haute main sur tous les domaines, le pape saint Nicolas Ier exerça les deux pouvoirs, spirituel et temporel. La situation s'est inversée. Pourquoi ? Certains pensèrent que telle était son ambition. La vérité oblige à dire que le successeur de Sergius, Léon et Benoît, obéissant à la même idée directrice de défense de la paix dans l'Église, fut conduit à élargir simplement son pouvoir pontifical. Si la motivation était différente, le résultat fut pourtant le même.
Cent-septième pape, saint Nicolas Ier avait été le secrétaire de Benoît III. Couronné solennellement, il prit l'initiative de cette cérémonie dès son élection, ce qui prouve déjà sa forte personnalité. La coutume fut fidèlement observée depuis. Pour illustrer son pontificat, trois faits significatifs peuvent être retenus, l'un en Occident, les autres en Orient.
En Occident, après la faillite de la "fraternité" entre les fils de Louis le Pieux, ère de crises, d'intrigues, de trahisons, de guerres, il affirma fortement le droit de l'Église à juger les rois. Ce fut dans l'affaire du divorce de Lothaire II, roi de Lorraine (862-65), où il obligea ce prince à donner satisfaction à Rome. Lothaire avait accusé sa femme de lourdes fautes dans le dessein de la répudier et d'en épouser une autre. Deux conciles locaux, puis les légats envoyés par le pape à la suite des protestations d'Hincmar, métropolitain de Reims, eurent la faiblesse de se laisser gagner par Lothaire. Le pape maintint contre Hincmar l'autorité suprême du Saint-Siège, déposa les archevêques de Cologne et de Trèves impliqués dans l'affaire et annula leur sentence. Le roi reprit sa femme légitime. Lorsqu'il l'abandonna de nouveau pour reprendre sa liaison, Nicolas l'excommunia et refusa de rompre le mariage validement contracté. Ainsi, au moment où les invasions normandes mettaient à mal l'autorité des rois, le pape apparaissait vraiment comme l'arbitre de l'Europe.
En Orient, il brisa Photius l'usurpateur. Saint Ignace, sur le Siège de Byzance, s'était opposé à certains scandales de la cour et avait été pour ce motif relégué dans une île et remplacé par Photius. De surcroît un concile de Constantinople avait anathémisé saint Ignace. Des légats, envoyés par le Pape pour instruire l'affaire, furent corrompus et ratifièrent la nomination de Photius, tandis qu'un concile, sur l'ordre de l'empereur, la légitimait. Nicolas Ier parvint à prouver la fraude, évoqua l'affaire à Rome, excommunia Photius au concile de Latran de 863, traita de haut l'empereur même, réclamant pour le siège de saint Pierre l'autorité suprême sur toute l'Église.
En Orient encore, et toujours contre Photius. Celui-ci, dans une violente encyclique, souligna les divergences entre Grecs et Latins dont la prétention des papes à la primauté, et entendit déposer Nicolas Ier par un concile de Constantinople que tinrent les Orientaux en 867. C'était là le début du Schisme.
conclusion
Neuf papes se sont succédés sur le trône de Pierre durant ce demi siècle (814-867), fertile en événements politiques, et au cours duquel ils ont, à la faveur de ces événements, modifié peu à peu les rapports de l'Église et de l'autorité impériale : saint Léon III a sacré Charlemagne; Étienne IV : son fils Louis le Pieux; puis Pascal 1er : son petit fils Lothaire; Grégoire IV a soutenu ce même Lothaire dans sa lutte contre son père. Les trois suivants : Sergius II, saint Léon IV et Benoît III déployèrent un semblable effort contre les hérésies. Mais la venue d'un pape fort était nécessaire pour donner à l'Église un véritable poids sur le comportements des chefs tant spirituels que temporels. Nicolas 1er fut ce pape, dont le pontificat fut marqué de bien des luttes.
Et voici que loin d'entamer la confiance des chrétiens en leur berger, ces conflits renforcèrent au contraire son autorité. En neuf années, saint Nicolas était devenu le pape en qui la civilisation d'Occident avait reconnu son guide. Quand il mourut, on admit qu'il avait puissamment accru l'autorité pontificale, lui qui régna sur rois et tyrans et les soumit à sa loi. Ainsi fut-il le premier grand pape médiéval, ancêtre immédiat de Grégoire VII et d'Innocent III, présageant les conquêtes futures de la Papauté.
En 833, après la déposition du Roi de France par ses fils, le pape regagne Rome saisi d'un sentiment de tristesse pour une triple raison : d'abord la mésentente profonde régnant dans la maison royale de France, ensuite d'avoir été le complice involontaire d'un complot, enfin de devoir subir la rébellion des évêques partisans du roi "Débonnaire", quand il n'avait lui-même cherché qu'à défendre la "paix".
« Vous me dites de me souvenir du serment de fidélité que j'ai prêté à l'empereur. Que si j'ai fait un tel serment, je veux précisément éviter d'être parjure en lui signalant tout ce qu'il commet contre l'unité et la paix de l'Église et de l'Empire
« Ensuite, vous dites que la première division du royaume faite par l'empereur (en 817, entre ses trois fils, avant naissance du quatrième, supra : § 3) doit être changée selon l'opportunité des choses, ce qui est doublement faux :
«D'abord parce qu'il n'y a pas opportunité mais importunité, en ce que le dit changement est l'origine et la cause de troubles et de dissensions, d'agitations et de pillages, et de tous les maux qu'il serait trop loin d'énumérer en détail, sans compter d'innombrables parjures et entorses faites à la fidélité et à la paix.
«Vous avez la témérité d'ajouter que si je ne me conforme pas à votre volonté et à celles de vos Églises, il ne m'est permis de faire quoi que ce soit dans vos diocèses, et que je ne puis y excommunier personne malgré vous Comment pouvez-vous vous opposer à moi, ainsi que vos Églises, quand je m'acquitte d'une mission de paix et d'unité, qui est un don du Christ et le ministère même du Christ ? Ignorez-vous que les anges ont chanté que la paix était promise aux hommes de bonne volonté ? C'est votre égarement qui inspire votre résistance à moi, qui acquitte une mission de paix. Le Christ doit habiter dans le coeur de tous les fidèles, et son Esprit garde leur unité par le lien de la paix.»
(monumenta germaniæ, Épist. Tome 5, p. 228)
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