Maranatha ! : Chapitre 18

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la Réforme en France
et les querelles religieuses sous louis XIV
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

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Le chapitre sur la "Réforme protestante" a désigné l'origine de celle-ci : le déclin des valeurs spirituelles; et montré son développement, en Allemagne d'abord, puis en Suisse, avant de gagner l'archipel anglo-normand et le reste de l'Europe. Il a montré également combien tout mouvement réformateur s'expose au risque de sombrer dans les mêmes excès que celui de l'état qu'il entend réformer. La France n'a pas fait exception à la règle, que ce soit du fait de calculs politiques ou de celui d'une radicalisation des rapports qui fit bien peu de cas de la vertu de charité.

1 LES PREMICES

Meaux fut le berceau de la réforme protestante en France. L'évêque de cette ville, Guillaume Briçonnet, avait réuni autour de lui des hommes de valeur tels Lefèvre d'Étaples et Budé, imbus des idées de la Renaissance et convaincus de la nécessité de revenir à l'étude des Livres Saints. Lefèvre avait même traduit la plus grande partie de la Bible en français. Ces novateurs voulaient ramener la foi à sa pureté première et n'étaient nullement des révolutionnaires.
Les idées nouvelles se propagèrent du Nord au Sud de la France; elles pénétrèrent dans tous les milieux, parmi le clergé, chez les gens du peuple et même à la cour.
Marguerite d'Angoulême, sur de François 1er, leur était acquise. François lui-même, épris de la Renaissance, leur fut d'abord favorable. Mais lorsque les protestants commencèrent à commettre des excès en saccageant les lieux de cultes catholiques, il prit ouvertement parti contre eux. Lui qui pourtant, pour des raisons d'ordre politique soutenait les réformés d'Allemagne contre Charles-Quint, à la grande époque de Luther et Melanchthon (Chapitre 16 § 2, la Réforme en Allemagne), ne tenait pas le même langage dans son propre royaume : en France, les huguenots étaient poursuivis. Le roi devait cependant user envers eux d'une certaine tolérance, toujours par souci politique, afin de ne pas mécontenter ses alliés. En 1533, et bien que douze ans plus tôt la Sorbonne ait condamné le luthérianisme, il admit que Calvin prêchât à travers la France. Puis, par l'édit de Coucy en 1535, il autorisa entre autre la première Bible protestante en France, dite Bible d'Olivétan. Et laissera le même Calvin fonder trois ans plus tard la première église réformée de France. Vers la fin de son règne, pourtant, alors que la doctrine de Calvin commençait à supplanter celle de Luther, il fit preuve d'une certaine rigueur à l'encontre des protestants, promulguant des édits restrictifs (1539 et 41), révoquant celui de Coucy et faisant massacrer des huguenots en Provence (1545). C'était, il est vrai, à l'ouverture du concile de Trente, que d'aucuns considéraient comme une action de contre-Réforme.

2 LES "GUERRES DE RELIGION"

On compte huit guerres de religion, au cours desquelles les affrontements confessionnels furent doublés de conflits d'ambitions autour de rois trop jeunes ou inaptes à gouverner. Durant dix ans (1560-70) les protestants accumulèrent leurs succès, puis durant dix-neuf années (1570-89) deux France se sont déchirées : la Ligue des catholiques, aidée de la puissance des grandes villes, barra l'accès du trône au huguenot Henri de Navarre. Il faudra, à ce dernier, promettre de conserver à la France sa religion d'origine, puis lutter encore dix ans avant de conquérir son royaume et lui rendre la paix.
Henri II (1547-59),
fils de François 1er, moins brillant que son père, se laissa influencer par sa maîtresse Diane de Poitiers, qui l'incita à donner largement sa confiance aux princes de la maison de Guise. À cette époque de l'Histoire, chacun de ces grands du royaume voyait dans le parti protestant une menace pour l'unité nationale. Aussi l'édit de Chateaubriand (1551) prononça-t-il "la peine de mort contre les hérétiques surpris dans l'exercice de leur culte".
Ceci n'empêcha nullement les protestants, que leur alliance avec les réformés suisses (Eidgnossen) avait fait surnommer huguenots, de croître en nombre. Pendant un procès qui fut intenté à leurs défenseurs, dont le magistrat Anne du Bourg, les ministres réformés rédigèrent à Paris une profession de foi, connue sous le nom de
Confession Gallicane (1559), et qui s'inspirait de la doctrine de Calvin. Du Bourg fut, par ordre du roi, étranglé puis brûlé en place de Grève, mais la Réforme n'en gagnait pas moins chaque jour de plus nombreux adeptes, surtout dans le Midi.
En 1559, sous le pape
Pie IV, Henri II s'étant fait sottement tuer en joute par son capitaine des gardes, le nouveau roi de France, François II (1559-60) son fils, monta sur le trône à l'âge de quinze ans. Le pays était toujours gouverné par les Guise, qui marièrent François avec leur jeune nièce Marie Stuart, et qui poursuivaient leur politique de répression à l'encontre des protestants. Une partie de la noblesse se convertit cependant au protestantisme, notamment la famille de Bourbon, et les deux frères de Coligny : Odet, le cardinal et Gaspard, l'amiral.
Les Réformés s'allièrent aux ennemis des ducs de Guise pour tenter de soustraire le roi à leur influence. Ce fut la
Conjuration d'Amboise (1560). Elle échoua lamentablement, et pour comble d'infortune le jeune roi mourut au bout d'un an de règne. Charles IX (1560-74)) monta sur le trône âgé lui-même de dix ans.
Catherine de Médicis, qui fut régente du jeune roi Charles IX successeur de son frère aîné François II, prit pour chancelier Michel de l'Hospital, lequel voulait obtenir des partis une certaine tolérance. Sur son conseil et par l'édit de Romorantin (1561), la régente suspendit l'exécution de toutes les sentences prononcées pour fait de religion, et convoqua au colloque de Poissy (1561) Théodore de Bèze, théologien de la Réforme, à discuter devant elle avec le Père Jacques Lainez, général des jésuites. Le colloque n'aboutit qu'à rendre la scission plus évidente. La régente n'en continua pas moins à s'inspirer des conseils du chancelier et publia l'édit de Saint-Germain (1562) où elle autorisait l'exercice du culte calviniste dans les campagnes et les villes ouvertes.
Les protestants, dans les pays où ils étaient majoritaires, en conclurent qu'ils pouvaient aussi s'autoriser à détruire les églises et massacrer les catholiques. Ceux-ci usèrent de représailles, comme à
Wassy en Champagne. Un dimanche de printemps 1562, tandis que François de Guise passait par le village, une querelle éclata entre ses gens et des protestants réunis pour écouter un prêche dans une grange. Soixante protestants furent tués et deux cents blessés. Ce fut le signal de la guerre civile dans toute la France. Coligny prit la tête des Huguenots et, avec Condé, fit alliance avec la reine d'Angleterre, à la flotte de laquelle il livra le port du Havre.
Les trois premières guerres
Cette première guerre fut brève (1562-63). Le royaume fut dévasté : Les protestants, non seulement tuaient les catholiques, mais brisaient les statues, brûlaient les églises, violaient les tombeaux. Deux hommes se signalèrent par leurs cruautés : le catholique Blaise de Montluc, en Languedoc et Guyenne, et le baron des Adrets, capitaine protestant, en Provence. En 1562 les catholiques prirent Rouen et furent victorieux à Dreux, où le prince de Condé chef de l'armée huguenote fut fait prisonnier, assurant ainsi le succès des catholiques. Deux mois plus tard François de Guise fut assassiné par le fanatique protestant Poltrot de Méré. Malgré ce forfait, la Paix d'Amboise (1563) termina la guerre, en accordant aux protestants la liberté de conscience et de culte dans leurs demeures. À Trente, la dernière session du concile venait de se terminer.
La
deuxième guerre de religion éclata sous le pontificat de saint Pie V, après le coup de main avorté des protestants pour s'emparer, à Meaux (1567), du jeune roi Charles IX. Aussitôt ce fut la fin de la politique de tolérance à leur égard. En réponse Condé et Coligny s'emparèrent d'Orléans. La paix fut pourtant faite à Longjumeau (1568). Condé et Coligny partirent se réfugier à La Rochelle. À Paris, on processionna derrière les châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel en remerciement de l'extermination des hérétiques.
Au cours de la
troisième guerre les protestants furent, la même année (1569) battus à Jarnac et à Moncontour, et le prince protestant Louis de Condé assassiné, faisant ainsi de Henri de Navarre le chef des réformés. Les négociations de la Paix de Saint-Germain (1570) permirent aux protestants d'obtenir, outre la liberté de culte dans deux villes par province, l'admission à tous les emplois publics et, pour une période de deux ans, quatre "places de sûreté" (La Rochelle, Montauban, Cognac et La Charité-sur-Loire). Charles IX, pour cimenter l'union, fit célébrer (1572) le mariage de sa sur Marguerite (Margot) avec le jeune roi de Navarre, Henri le protestant, avant même que le pape eût envoyé la dispense de parenté
Hélas, le
Massacre de la Saint-Barthélémy (1572), qui fit des milliers de victimes à Paris, dont Coligny, et dix mille en province, ralluma aussitôt une guerre acharnée.
Le massacre de la Saint-Barthélémy
Quelques jours après le mariage du roi Henri de Navarre et de la reine "Margot", dans la nuit du 23 au 24 août fête de la Saint-Barthélémy, Catherine de Médicis réalisa donc son projet, conçu depuis quelques temps, de massacrer en une seule fois tous les protestants.
L'amiral protestant Coligny avait une très grande influence sur le roi son fils, et une première tentative d'assassinat contre lui avait échoué. La reine mère se décida alors à un massacre général des huguenots. Par l'intermédiaire des Guise elle s'assura d'hommes dévoués.
Les portes de Paris furent fermées sur l'ordre du roi. À un signal donné par la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois, toutes les églises sonnèrent le tocsin et le massacre commença. L'amiral de
Coligny fut tué dans son hôtel, et près de quatre mille huguenots périrent. Le roi Henri de Navarre, le jeune marié, ainsi que le jeune prince Henri de Condé, n'échappèrent à la mort qu'en promettant d'abjurer. Les meurtres continuèrent en province jusqu'au 17 septembre. Un certain nombre de gouverneurs, toutefois, refusèrent d'obéir à l'ordre royal.
Personne ne conteste que le massacre des protestants ait été un acte politique, conçu par la reine dans le dessein de se débarrasser de ses ennemis. Il est aussi certain que l'Église ne fut pour rien dans cet événement. Y a-t-elle applaudi ? Pas davantage. On a cependant reproché au clergé de Paris d'avoir célébré une messe et fait une procession solennelle d'actions de grâces quatre jours plus tard, ce qui est exact. Mais il est vrai aussi que, dès le 26, Catherine avait fait déclarer par le Parlement avoir sauvé la vie du roi son fils, en faisant périr ceux qui projetaient sa mort et celle de la famille royale. Que ce complot ait existé ou non, Paris et le clergé y crurent et remercièrent Dieu du salut du roi. Et c'est ainsi que la chose fut encore présentée à
Grégoire XIII par l'ambassadeur de France. Et le tout nouveau pape ne put donc, lui aussi, que s'en réjouir.
Les cinq guerres suivantes
Le début de cette quatrième guerre suivit de peu l'avènement de Grégoire XIII sur le trône de Pierre. Le massacre de la Saint-Barthélémy n'avait servi en rien la cause catholique. Il révolta les esprits modérés, et favorisa la formation d'un parti qui exploita l'indignation des honnêtes gens : le parti des politiques, à la tête duquel se plaça Monsieur, frère du roi et duc d'Alençon. La guerre civile recommença. Les catholiques assiégèrent les places fortes protestantes du Midi et de l'Ouest, mais leurs efforts furent vains pour prendre La Rochelle (1572-73), dont ce premier siège dura neuf mois au cours desquels la ville encaissa plus de trente mille coups de canon. L'année suivante mourut le jeune roi Charles IX; son frère Henri III (1574-89) monta sur le trône de France et se distingua par son irrésolution et sa duplicité
La
cinquième guerre de religion débuta lorsque Henri de Navarre s'évada de la Cour en compagnie d'Aubigné et, abjurant le catholicisme qui lui avait été imposé, prit la tête de l'armée protestante (1576). Son action fut si efficace qu'il obtint dès la même année la signature de la paix de Beaulieu-lès-Loches (1576), dite paix de Monsieur, qui fut tout au profit des protestants : ils obtenaient primo l'entière liberté de culte (hormis à Paris et les villes où séjournait la Cour); secundo huit places de sûreté; tertio des "chambres mixtes" pour traiter les affaires judiciaires impliquant des réformés. Et ce "jusqu'à la convocation des états généraux et d'un libre et saint concile général". De plus, les sentences portées depuis le règne d'Henry II pour cause de religion étaient annulées, et les mariages contractés par des prêtres reconnus légitimes. Coligny fut réhabilité, ainsi que les victimes de la Saint-Barthélémy.
Cette victoire, due aux influences des politiques, mécontenta les catholiques. Ceux-ci, désapprouvant le roi, constituèrent un mois plus tard la
Ligue des Catholiques, ou Sainte-Ligue (1576), à Péronne, pour la défense de la religion. Les Guise, bien entendu, en furent l'âme, et s'allièrent à l'Espagne dont ils obtiendront des subsides. Henri de Guise dressa et envoya dans toute la France les statuts de la Ligue, dont il devint le chef.
La même année se réunirent les
états généraux de Blois, qui demandèrent le rétablissement de l'unité religieuse. Henri III, voyant la puissance de la Ligue grandir chaque jour, s'en déclara le chef afin d'enlever ce titre à Henri de Guise. Mais, tenu entre l'arbre et l'écorce, il mena une politique incertaine et vit catholiques et protestants reprendre les armes.
Ainsi se déclencha la
sixième guerre (1577). Victoire catholique à La Charité en mai, à Issoire en juin. En septembre, paix "du roi" à Bergerac, confirmée par l'Édit de Poitiers (1577) : les droits des réformés et l'autorisation du culte sont réduits, ce qui met la rage au coeur des réformés.
Cette époque fut celle du pire déchirement de la France, celle d'une guerre civile qui dura vingt-et-une années (1577-98) où trois clans se partageront le royaume : les protestants groupés dans l'Union calviniste; les catholiques violents et exaltés, prêts à imposer leurs idées par tous les moyens; et un tiers parti plus sage, né des idées de Michel de l'Hospital, regroupant, entre autres catholiques et huguenots modérés, écurés du sang versé, souhaitant la réconciliation nationale et la paix dans la tolérance. Ce temps couvrit la
sixième, mais aussi la septième, puis la huitième guerre, dite des "trois Henri" : Henri roi catholique, auquel s'opposait Henri de Navarre chef des protestants et Henri duc de Guise prétendant au trône. La guerre coûtant cher, le roi fit lever de nouveaux impôts, ceci à un moment où de mauvaises conditions climatiques avaient ruiné les récoltes. La famine rôdait, les soulèvements populaires se multipliaient.
Au cours de cette
huitième guerre de religion, qui débuta en même temps que le pontificat de Sixte-Quint, la Ligue souleva toute la France du Nord. En 1585 le roi fut obligé de traiter avec les Ligueurs à Nemours, et dut leur accorder des places fortes, financer leurs troupes et révoquer les édits favorables aux protestants. Après la Journée des Barricades (1588) à Paris, où il vit la capitale se soulever contre lui et faillit perdre sa couronne au profit de Henri duc de Guise, il dut encore abandonner la ville aux Ligueurs et proclamer solennellement le principe de la catholicité du roi. Presque tout le monde se dressait contre lui : les ligueurs qui ne voyaient que par le duc de Guise, les catholiques modérés lassés par son caractère indécis et fourbe, les protestants auxquels il n'osait se rallier. Sommé de convoquer une nouvelle fois les États Généraux, outragé, poussé à bout, Henri III, qui trouve que la coupe est pleine, fait assassiner Henri de Guise et son frère Louis au château de Blois (1588), ce qui lui vaut son excommunication par le pape Sixte-Quint et cette réplique de sa mère Catherine : "C'est bien taillé, mon fils; maintenant il faut coudre." Ce double crime ne lui ouvrit pourtant pas les portes de Paris. Les villes adhérèrent à la Ligue et Henri III, abandonné de tous, ayant brisé ses derniers liens avec les catholiques, mit son ultime espoir dans une alliance avec les protestants; il rencontra Henri de Navarre à Plessis-les-Tours (1589). Réconciliés, tous deux mirent le siège devant Paris, toujours aux mains des Ligueurs.
Malgré la différence de religion, Henri de Navarre fut vite reconnu comme l'héritier présomptif de la couronne de France. Il ne devait pas attendre longtemps l'héritage : dès le commencement du siège de Paris, Henri III fut poignardé, à Saint-Cloud, par un moine ligueur, le dominicain
Jacques Clément (1589).

3 HENRI IV LE PACIFICATEUR

La France acceptera-t-elle d'obéir à un roi protestant ? Les premières années de son règne furent une sorte de conquête du coeur, aidée aussi par les excès des ligueurs, la crainte d'une intervention espagnole à leur aide, et une lassitude générale. Mais le facteur majeur fut l'abjuration du roi. La paix extérieure vint du traité avec l'Espagne; celle de l'intérieur, de l'Édit de Nantes.
Deux jours seulement après l'assassinat d'Henri III,
Henri IV (1589-1610), qui avait été élevé dans la religion protestante, n'avait échappé à la Saint-Barthélémy qu'en abjurant sous la contrainte et s'était rétracté dès son évasion, et qui avait de surcroît conduit le parti huguenot, Henri s'engagea, par la Déclaration de Saint-Cloud (1589), à maintenir la religion catholique dans son royaume et à laisser aux calvinistes la liberté de leur culte dans une ville par bailliage. Cette déclaration, qui lui aliéna à la fois plusieurs seigneurs catholiques et une partie des protestants, ne lui livra pas pour autant Paris. Car les ligueurs refusaient de reconnaître pour roi le chef des huguenots, pourtant héritier direct de la couronne. En 1590 ils appelèrent l'armée espagnole qui, venue à leur secours, obligea Henri à se retirer. De même en 1592 dut-il lever le camp de devant Rouen, qu'il assiégeait depuis l'année précédente.
Cependant les victoires d'Henri IV, d'une part, et de l'autre l'indignation que soulevèrent les prétentions des Espagnols en contrepartie de leur aide, disposèrent enfin les esprits à la paix. L'abjuration du roi la rendit possible. Car Henri s'était résolu à abjurer une nouvelle fois le protestantisme, de plein gré cette fois ("Paris vaut bien une messe!"). Le 25 juillet 1593, Henri IV se rendit à Saint-Denys et fit profession de la foi catholique. Dès février 1594 il fut sacré à Chartres et le mois suivant entrait enfin dans Paris, soumise comme neuf autres villes et onze provinces.
Vint l'année 1598 et son édit de pacification, dit
Édit de Nantes. Les ennemis du roi pourtant ne désarmèrent pas : d'abord les ligueurs, toujours en défiance contre l'ex-huguenot; ensuite les protestants, frustrés de ce que leur doctrine n'ait pu se hisser à la place de religion d'État; enfin les anciens compagnons d'armes du roi, insatisfaits de son gouvernement économe, et attentif à leurs manières encore semi-féodales. Aussi ses ennemis tentèrent-ils, par huit fois, d'attenter à sa vie. Ils réussirent à la neuvième : Henri IV finit par tomber sous le couteau d'un fanatique, François Ravaillac (1610), qui le frappa dans son carrosse, rue de la Ferronnerie à Paris.
Son fils lui succéda, né neuf ans plus tôt de son union en secondes noces avec Marie de Médicis. Son nom fut Louis XIII.

4 L'ÉDIT DE NANTES (13 AVRIL 1598)

L'Édit de Nantes, qui réglait la condition légale de l'Église réformée dans l'État, mettait un terme, sinon à l'animosité contre le roi, tout au moins aux guerres de religion. Le catholicisme restait la religion d'État. Mais, en contrepartie, la Religion Prétendument Réformée obtenait un certain nombre de privilèges.
Cet édit proclamait d'abord l'amnistie pleine et entière pour le passé, et le libre exercice de la religion réformée pour l'avenir. Il fixait toutes les villes et tous les lieux où le culte pouvait être célébré; en étaient exceptées les résidences royales et la ville de Paris. La liberté de conscience était assurée aux réformés dans tout le royaume.
Il leur était en outre permis de bâtir des temples et de recouvrer ceux dont ils avaient été dépossédés. Il leur était accordé quatre universités ou académies : Montauban, Montpellier, Sedan et Saumur. Pour leur garantie judiciaire, des chambres de l'Édit devaient être érigées au Parlement de Paris, à Bordeaux, Grenoble et Castres. Ces chambres composées de membres des deux religions devaient connaître des procès dans lesquels une des parties serait calviniste. Enfin il leur était accordé des places de sûreté, où ils restaient libres de tous mouvements, ainsi que le droit de réunir tous les trois ans des députés, pour présenter leurs doléances au roi.
L'édit ne fut reconnu et appliqué que progressivement : à Paris en 1599; dans les grandes villes à partir de 1600; à Rouen en 1609, etc. L'exécution des clauses n'en fut jamais complète, même sous Henri IV.
Les protestants profitèrent des droits que leur reconnaissait l'édit de Nantes pour organiser en France une véritable république, un état dans l'état. Divisés en seize provinces, ils possédaient une hiérarchie d'assemblées : le consistoire à la tête de la paroisse, le colloque à la tête du district, et les synodes provinciaux et nationaux.

5 LES HUGUENOTS SOUS LOUIS XIII ET RICHELIEU

Durant la minorité de Louis XIII et jusqu'à l'arrivée de Richelieu, la France, gérée par des ministres indignes, fut en proie à une agitation intérieure dont profitèrent les protestants. Lorsque l'autoritaire cardinal arriva au pouvoir il afficha à son tour, parmi ses trois desseins bien connus celui de réduire les huguenots, ennemis de l'unité monarchique.
Le jour même de l'Assassinat d'Henri IV (14 mai 1610), sa veuve Marie de Médicis fut nommée par le Parlement régente de son fils le jeune roi Louis XIII (1610-43). Aussitôt le bon ministre Sully démissionna. D'esprit faible et de peu d'acuité, la régente se laissa influencer par le couple de ses favoris, les Mancini, avides et incapables. Quant aux grands du royaume, ils mirent abusivement à profit la faiblesse du régime. Marie ayant prévu le mariage de son fils avec l'Infante d'Espagne Anne d'Autriche, les protestants inquiets s'agitèrent et s'organisèrent au cours d'une assemblée à Saumur (1611) puis à La Rochelle (1612). Ce en quoi ils avaient raison puisque Louis XIII, ayant épousé l'infante en 1615, rétablit la religion catholique en Béarn et Navarre, amenant ainsi une nouvelle guerre de religion qui se signalera par le siège de Montauban en 1621. Pendant que Montauban se bat, à La Rochelle une nouvelle assemblée publie une véritable constitution de l'État protestant. Aussitôt Louis XIII déclare "rebelles et criminels de lèse-majesté les habitants de La Rochelle". La cité s'entête dans la résistance et devient la métropole de l'hérésie. Il s'ensuivra trois années d'escarmouches que Louis XIII clôturera par la paix de Montpellier (1622), qui supprima les assemblées politiques des huguenots et ne leur laissa que deux places fortes : Montauban et La Rochelle.
En avril 1624
Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1624-42), évêque de Luçon, orateur du clergé aux états généraux de 1614, cardinal en 1622, entre au conseil du roi. En août il est principal ministre. Dès l'année suivante il mate la révolte de deux "antéchrist", les chefs protestants Rohan dans les Cévennes et son frère Soubise en les îles de Ré et d'Oléron. Il entreprend le second siège de La Rochelle (juillet 1627). Malgré les secours apportés par les Anglais aux assiégés, la place de sûreté doit capituler, après seize mois d'une résistance héroïque, (octobre 1628). Le roi y fait aussitôt son entrée. (Voir annexes en fin de chapitre)
Richelieu ruina ainsi le parti protestant en obtenant la reddition de La Rochelle puis de Montauban. Après une dernière campagne dans les Cévennes, il accorda aux huguenots, par l'
édit de grâce d'Alès (1629), de conserver leur statut religieux. Mais, en contrepartie, il leur ôtait leurs places de sûreté L'édit d'Alès termina la guerre. Les calvinistes cessèrent de constituer un état, cependant Richelieu leur garantissait la liberté religieuse promise par l'édit de Nantes.
Mais Richelieu avait aussi contre lui le parti catholique, irrité par sa politique extérieure, et qui tenta d'obtenir son renvoi. Le roi refusa, et ce fut pour eux l'échec, que l'on nomma journée des Dupes (1630), et qui amena la liquidation du "parti dévot". Le reste ne fut qu'interminables intrigues à l'intérieur et guerres à l'extérieur, contre les Habsbourg et l'Espagne, avec laquelle Anne d'Autriche, la reine, conspirait (1637) Le roi en perdit confiance, au point d'offrir son royaume à Notre-Dame dans l'espoir d'obtenir la paix. Ce fut le
Voeu de Louis XIII consigné par lettre patente du 11 décembre 1637 enregistrée au Parlement. Fut-ce une réponse du Ciel, si le Dauphin naquit exactement neuf mois plus tard, le 5 septembre 1638 ? Il sera prénommé Louis Dieudonné, et succédera à son père sous le nom de Louis XIV.
Richelieu mourut en décembre 1642, cinq mois avant Louis XIII. Le dauphin, nouveau roi, n'avait pas atteint ses cinq ans.

6 LES HUGUENOTS SOUS LOUIS XIV ET MAZARIN


Mazarin, trop préoccupé des affaires extérieures de l'État, puis par la préparation de l'absolutisme royal, n'eut guère le loisir de s'intéresser aux huguenots.
D'une autre envergure fut le
roi soleil. Il personnifia un nouveau sens de l'État : autorité sans partage sur le royaume, vigilance tacticienne par delà les frontières, absolutisme secondé par un Colbert fidèle gestionnaire des finances. La gloire du souverain fut rehaussée par ses victoires militaires, la noblesse fut mise sous tutelle, la bourgeoisie accéda aux plus hautes fonctions. Mais, de la même manière qu'il fit ployer le pays sous la charge des impôts, il mena la vie dure aux "religionnaires".
Mazarin
Jules Mazarini dit Mazarin (1642-61), d'origine italienne, fut, après de brillantes études chez les jésuites de Rome, d'abord officier dans l'armée du pape avant d'entrer dans la diplomatie, grâce à la protection d'Urbain VIII. Il rencontra Richelieu en 1630, reçut la tonsure en 1632 et, bien qu'il ne fut jamais ordonné, devint nonce à Paris en 1635. Il se fit naturaliser Français quatre ans plus tard. Richelieu avait obtenu pour lui le chapeau de cardinal en 1641 et, en mourant, l'avait recommandé à Louis XIII.
Mazarin devint premier ministre de la régente Anne d'Autriche. Il demeurera jusqu'à sa mort le maître absolu du royaume. C'est lui qui, en 1648, par le traité de Wesphalie mit fin de la guerre de Trente ans
Pourtant, absorbé par cette interminable guerre, il avait négligé l'administration intérieure et laissé croître les embarras financiers du royaume, d'autant que, de 1646 à 52, de mauvaises récoltes amenèrent famines et troubles. Cette carence du pouvoir déclencha contre lui la
Fronde, qui par deux fois le contraignit à s'exiler. De retour en 1653, cependant, il se fit obéir, prépara l'absolutisme royal, consacra les conquêtes par le traité des Pyrénées (1659) qui mettait fin à la guerre avec l'Espagne, et assura l'avenir de la couronne par les fiançailles de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse avec le roi de France. C'est d'une France restaurée qu'héritera Louis XIV à la mort de Mazarin.
Vis à vis des protestants, Mazarin suivit la même règle de conduite que Richelieu, qui leur avait promis la liberté religieuse. Anne d'Autriche, au début du règne de son fils (1643) comme durant la Fronde (1649-52), avait confirmé l'édit de Nantes.
Louis XIV, le monarque absolu
Bien que Louis XIV (1643-1715), demeuré jusque-là sous tutelle de sa mère Anne d'Autriche, ait été proclamé majeur en 1651 (âgé de treize ans), le gouvernement de la France avait été dirigé, dix ans encore par Mazarin. En 1654, il fut sacré à Reims, et en 1660 épousa Marie-Thérèse avant d'entrer triomphalement dans Paris. L'année suivante, 1661, mourait Mazarin.
Louis XIV, au contraire de son ministre, commença dès 1661 à restreindre les droits accordés aux protestants. En 1662 il leur interdit les professions libérales. Puis, ayant nommé
Colbert contrôleur général des Finances et Louvois secrétaire d'État à la Guerre, il marqua chaque année, jusqu'en 1685, par une nouvelle restriction de l'Édit de Nantes. L'un après l'autre, tous les droits reconnus ou naturels furent niés ou supprimés : 1663, restriction des libertés synodales; 1676, interdiction d'exercer certaines fonctions publiques. En 1679 il fit démolir vingt deux temples et supprima les chambres "mi-parties" des parlements. Enfin, en 1680, il interdit les synodes protestants. Cette dernière mesure de rigueur fit éclater la guerre civile en différents points du territoire. En vain Bossuet, évêque de Meaux depuis l'année précédente, prêcha-t-il en 1681 pour l'unité de l'Église : en 1683 le roi donna ordre aux intendants des provinces du Midi de loger des soldats chez les réformés. Les excès auxquels se livrèrent les dragons furent tolérés par leurs chefs, d'où le nom de dragonnades donné à ces missions bottées.
Les Dragonnades
La première application de cette mesure vexatoire avait eu lieu en 1681. À cette époque Louvois avait suggéré au roi d'utiliser, pour tenter de rétablir l'unité religieuse dans le royaume, les hommes de cavalerie nommés dragons. Ainsi l'on imposa aux protestants la pratique des "logements militaires", n'en déchargeant que ceux qui se convertissaient à la religion catholique. La "conversion" n'étant en fait, de la part des réformés, qu'une abjuration du bout des lèvres. Cette mesure fut d'abord appliquée dans le Poitou et le Limousin, provinces relevant de l'autorité de Louvois. Le ministre y expédia quelques unités de dragons, tout en écrivant aux intendants : "Le roi n'estime pas qu'il faille loger tous les cavaliers chez les protestants. Mais si, suivant une juste répartition, ils en devaient loger dix, vous pouvez leur en faire donner vingt, et les mettre tous chez les plus riches des religionnaires." Les dragons se comportèrent, chez leurs hôtes forcés, avec une brutalité de conquérants. La terreur qu'ils répandirent provoqua immédiatement des milliers d'abjuration de circonstance. Et un plus grand nombre encore de préparatifs de fuite à l'étranger, le long des côtes du Poitou et de l'Aunis. Au point que Colbert s'alarmât de ce début d'exode et obtint, en 1681, un arrêt du conseil interdisant "les violences qui se faisaient en quelques lieux contre les religionnaires".
Les dragonnades furent pourtant reprises quatre ans plus tard, en 1685.
Foucauld, intendant du Béarn et agent dévoué de Louvois, lui promit de "convertir" en masse sa province. Et sollicita des dragons. Lâchés sur le pays, ces soudards saccagèrent les biens et outragèrent les gens avec tant de malveillance qu'ils amenèrent, en quatre mois, la "conversion" de vingt-deux mille protestants, soit pratiquement tous ceux du Béarn. Les mêmes méthodes donnèrent les mêmes résultats en Guyenne : en trois semaines on consigna vingt mille "conversions" dans la généralité de Montauban et soixante mille dans celle de Bordeaux. Le 15 août 1685, la basse Guyenne comptait cent-cinquante mille protestants; il en restait dix mille à peine en fin septembre
La Guyenne domptée, Louvois expédia ses missionnaires bottés en
Limousin, Saintonge, Poitou et bas Languedoc. En Languedoc vivaient alors plus de deux-cent-quarante mille protestants. Le duc de Noailles, gouverneur, et l'intendant de Basville, organisèrent avec soin la persécution militaire : en trois jours, dans le seul diocèse de Nîmes, soixante mille personnes abjurèrent. De semblables péripéties se vivaient dans les Cévennes, le Gévaudan, le Dauphiné et La Rochelle même. C'est alors que Louis XIV, s'abusant sur la sincérité de ces conversions en masse, consentit en octobre 1685, à révoquer l'édit de Nantes. Tout en continuant de faire appliquer, plusieurs années encore, l'exécrable pratique des dragonnades.

7 REVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES (1685)

Voici venu, pour la monarchie absolue, le temps des épreuves. Au dehors, elle doit résister à de vastes coalitions européennes qui affaiblissent le royaume. Au plan religieux, après un conflit avec Rome au sujet de la régale, Louis XIV obtient l'appui du pape dans son rôle de défenseur de la foi contre de nouvelles hérésies dont nous parlerons plus loin. Mais la brutalité de sa politique religieuse, et notamment la révocation de l'édit de Nantes, amorçait de nouvelles difficultés.
Le 17 octobre 1685, par un édit daté de Fontainebleau, Louis XIV révoqua l'édit de Nantes, et abolit le culte protestant en France (sauf en Alsace), donnant pour principal motif qu'il n'y avait plus de huguenots. Les temples furent démolis, toute réunion fut interdite, les ministres du culte eurent l'ordre de quitter le royaume dans les quinze jours, tandis qu'il était expressément interdit à tout autre réformé de s'expatrier sous peine de galères. À part quelques exemptions la mesure prise par le roi fut approuvée par la nation.
Malgré les lois qui frappaient sévèrement toute tentative de fuite, plus de deux cent cinquante mille protestants quittèrent la France. Des régiments entiers de calvinistes se formèrent en
Hollande, en Angleterre et en Allemagne et prirent part aux guerres dirigées contre Louis XIV. La marine, l'armée, les arts, les lettres, les sciences fournirent leur contingent à cette émigration qui eut surtout pour destination l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne. Dans ce dernier pays notamment, les souverains de Saxe et surtout de la Prusse eurent soin d'attirer les réfugiés, qui portèrent ainsi à l'étranger quelques-uns des secrets de l'industrie française, notamment en optique. La lourde faute politique que marquait la révocation de l'édit eut ainsi son contrecoup économique. On a souvent rappelé que la récente capitale de la monarchie prussienne, Berlin, avait dû aux exilés français sa première prospérité.
Les pauvres, qui ne purent quitter leur pays, se soulevèrent. Les Cévennes furent le théâtre de luttes sanglantes.
Jean Cavalier se mit à la tête de bandes armées, que l'on désigna sous le nom de Camisards, du fait de la blouse ou chemise blanche que ces réformés portaient par dessus leurs vêtements. Pendant le seul mois de janvier 1703, les camisards brûlèrent quarante paroisses et massacrèrent quatre-vingt prêtres. Il fallut la valeur et l'énergie du maréchal de Villars pour vaincre les révoltés. Anglais et Hollandais tentèrent de ranimer la lutte, mais l'intendant Basville réprima cruellement toute tentative de révolte. Une nouvelle insurrection se produisit cependant, en 1709 dans le Vivarais, mais elle n'eut pour résultat qu'un redoublement de cruauté dans la répression.
La révocation de l'édit de Nantes a été l'objet de vives discussions, soit entre catholiques et ennemis de l'Église, soit entre les catholiques de diverses écoles. La seule chose qu'il nous importe de savoir est que Louis XIV et ses ministres en sont seuls responsables. La nation toute entière les approuva, et ce fut dans le pays un concert presque unanime de félicitations. Mais l'Église y resta étrangère. À la veille même de la révocation, l'assemblée du clergé protesta qu'elle "n'était pour la révocation d'aucun édit" (25 mai 1665). De plus, le pape Innocent XI témoigna qu'il "n'approuvait ni le motif, ni les moyens de ces conversion à milliers dont aucune n'était volontaire".
Le 8 mars 1715 parut la première déclaration exprimant la fiction qu'il n'y avait plus de huguenots en France. Six mois plus tard mourait Louis XIV. Il laissait la France ruinée par les guerres, après avoir provoqué l'Europe par les persécutions exercées contre les protestants et par la révocation de l'édit.

CONCLUSION
Ainsi donc, en France, la réforme protestante naquit-elle à Meaux. Lefèvre d'Étaples et Budé y furent nos premiers "réformateurs". N'ayons cependant pas garde d'oublier que ces novateurs, conseillers de l'évêques, furent des gens de parfaite bonne foi. Ce qui nous rappelle le dicton selon lequel le mieux est l'ennemi du bien, et que les meilleures intentions en viennent parfois à fournir un beau pavage pour des lieux moins cléments.
Sous les pavés, la guerre : une interminable guerre de religion, si longue qu'on prit l'habitude d'en distinguer huit phases que l'on nomma "guerres", et que ponctuèrent de hauts faits politiques et militaires si connus que nous ne pouvons échapper à leur rappel :
Parmi les premiers : l'Édit de Nantes (1598) dont les clauses ulcérèrent les catholiques mais, incomplètement appliquées, déçurent les protestants; puis sa révocation (1685) qui fit fuir nombre de nos beaux esprits, à la satisfactions d'autres nations. Mais aussi la conversion de Henri IV (1593), non dénuée de calcul, et son meurtre (1610) dont les commanditaires, princes ligueurs ou ex-compagnons huguenots, ne furent jamais inquiétés.
Parmi les seconds : le massacre des "infâmes parpaillots" à la Saint-Barthélémy de l'an 1572, et encore les "dragonnades" du Sud-Ouest (1685) qui épargnèrent un protestant sur quinze en Basse-Guyenne, deux tueries dont l'horreur nous soulève encore le cur; et enfin les sièges de la Rochelle, dont le second (1627-28) décima la population par famine et scorbut, et que nous allons vivre un instant avec les yeux, tour à tour, d'un assiégé et de Louis XIII.


***

Annexe
Extrait du JOURNAL DU SIEGE DE LA ROCHELLE à la date du 29 septembre 1628 :


Cent dix livres le boisseau de blé; soixante sols la livre de pain; biscuits, quarante sols la pièce.
Tout cela bon pour les riches. Les autres vivent d'herbes, présau ou pourpier sauvage, de coquillages pêchés sur les marais et dans les fossés, de plus en plus rares; quelques meugles, anguilles et chevrettes.
La pinte de vin de Bordeaux est à trente-cinq sols, vingt-quatre pour le vin de Foy ou de Gourville, mais on n'en trouve pratiquement plus et ce n'est pas non plus pour les pauvres, pas plus que le boeuf à soixante sols ou la vache qu'on paye sur pied, quand par hasard un de nos soldats ramène une prise : sept cents livres.
Mêmes prix exorbitants pour pour les moutons et les ouailles. Pour de l'argent, on en trouve un peu le samedi à la boucherie. Une poule coûte sept livres, un oeuf douze sols, la cassonade cinquante sols. Une feuille de chou un sol pièce. Un melon dix livres, les concombre huit à dix sols!
Les soldats se mettent à voler et à piller. Chaque soir quatre cents personnes s'en vont quérir du vergue, si bien que l'ennemi s'en étant aperçu, s'avise maintenant de les en empêcher, les prend et nous les renvoie tout nus à moins qu'il ne les tue, si bien que cela aussi désormais se vend hors de prix.
On ne sait où mettre les corps dans les cimetières et dix hommes sont employés du matin au soir à creuser des fosses. Pas de jour où il n'en meure cent et six-vingt. On fait les prières pour huit ou dix corps à la fois. Et le froid, en une saison habituellement plus clémente, fait périr ceux que la faim épargnerait
Dans l'excès de la misère, de pauvres êtres se laissent aller. Une pauvre femme injuriait l'un de nos ministres : "Je n'ai pas mangé de pain depuis quinze jours, mon enfant va mourir sur le sein desséché de sa nourrice; si vous n'avez pas d'aliments à me donner, il ne vous reste qu'à implorer la clémence du Roi!" Une vieille femme la souffleta
JOURNAL DES ASSIEGES DE LA ROCHELLE
Pierre Villemain

Lettre du Roi Louis XIII "à la Reine Mme ma Mère" à la date du 29 septembre 1628
Madame,
Vous saurez par celle-ci que les Anglais sont arrivés ce matin à la rade de l'île de Ré, et à cette heure viennent à Chef de Bois.
Je les ai voulu voir, devant que de vous rien mander, et je les ai compté par deux fois : ils sont au nombre de soixante et dix vaisseaux tant grands que petits.
S'il n'en vient davantage, je ne crois pas qu'ils osent rien entreprendre. J'ai visité les digues et toute notre armée navale aujourd'hui : vous vous pouvez assurer qu'il ne saurait rien entrer, et que quand toute l'Angleterre y serait, il leur serait du tout impossible de rien faire, et je vous supplie de ne vous en mettre point en peine.
J'oubliais à vous dire que c'est le comte de Bristoc, lord Lindsay, qui commande l'armée, à ce qu'on dit. Toutefois nous n'avons encore rien d'assuré. Toute l'armée est résolue de bien faire, si ces marauds hasardent le combat. Si cela est, il faut que ce soit entre cy et lundi deuxième jour du mois d'octobre. J'espère que le Bon Dieu nous donnera la victoire sur eux, comme il l'a fait jusqu'à cette heure. Je finirai celle-ci en vous suppliant de me tenir toujours en vos bonnes grâces, et de croire que je serai jusqu'au dernier soupir de ma vie,
Madame,
votre très humble et très obéissant fils,
LOUIS

À Laleu (1), ce 29ème septembre 1628 à cinq heures du soir.
(1) Bourg à 4 kilomètres au nord de La Rochelle

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Les papes durant le règne d'Henri IV : Urbain VII (1590), Grégoire XIV (1590-91), Innocent IX (1591), Clément VIII (1592-1605), Léon XI (1605), Paul V (1605-21)
Les papes durant le règne de Louis XIII : Paul V (1610-21), Grégoire XV (1621-23), Urbain VIII (1623-44)
Les papes durant le règne de Louis XIV : Urbain VIII (1643-44), Innocent X (1644-55, Alexandre VII (1655-67), Clément IX (1667-69), Clément X (1670-76), Innocent XI (1676-89), Alexandre VIII (1689-91), Innocent XII (1691-1700), Clément XI (1700-21)

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