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Le chapitre sur la "Réforme
protestante" a désigné l'origine de celle-ci
: le déclin des valeurs spirituelles; et montré
son développement, en Allemagne d'abord, puis en Suisse,
avant de gagner l'archipel anglo-normand et le reste de l'Europe.
Il a montré également combien tout mouvement réformateur
s'expose au risque de sombrer dans les mêmes excès
que celui de l'état qu'il entend réformer. La France
n'a pas fait exception à la règle, que ce soit du
fait de calculs politiques ou de celui d'une radicalisation des
rapports qui fit bien peu de cas de la vertu de charité.
1 LES PREMICES
Meaux fut le berceau de la réforme
protestante en France. L'évêque de cette ville, Guillaume
Briçonnet, avait réuni autour de lui des hommes
de valeur tels Lefèvre
d'Étaples et Budé,
imbus des idées de la Renaissance et convaincus de la nécessité
de revenir à l'étude des Livres Saints. Lefèvre
avait même traduit la plus grande partie de la Bible en
français. Ces novateurs voulaient ramener la foi à
sa pureté première et n'étaient nullement
des révolutionnaires.
Les idées nouvelles se propagèrent du Nord au Sud
de la France; elles pénétrèrent dans tous
les milieux, parmi le clergé, chez les gens du peuple et
même à la cour.
Marguerite d'Angoulême,
sur de François
1er, leur était acquise.
François lui-même, épris de la Renaissance,
leur fut d'abord favorable. Mais lorsque les protestants commencèrent
à commettre des excès en saccageant les lieux de
cultes catholiques, il prit ouvertement parti contre eux. Lui
qui pourtant, pour des raisons d'ordre politique soutenait les
réformés d'Allemagne contre Charles-Quint, à
la grande époque de Luther et Melanchthon (Chapitre 16
§ 2, la Réforme en Allemagne), ne tenait pas le même
langage dans son propre royaume : en France, les huguenots étaient
poursuivis. Le roi devait cependant user envers eux d'une certaine
tolérance, toujours par souci politique, afin de ne pas
mécontenter ses alliés. En 1533, et bien que douze
ans plus tôt la Sorbonne ait condamné le luthérianisme,
il admit que Calvin prêchât à travers la France.
Puis, par l'édit de Coucy en 1535, il autorisa entre
autre la première Bible protestante en France, dite Bible
d'Olivétan. Et laissera le même Calvin fonder
trois ans plus tard la première église réformée
de France. Vers la fin de son règne, pourtant, alors que
la doctrine de Calvin commençait à supplanter celle
de Luther, il fit preuve d'une certaine rigueur à l'encontre
des protestants, promulguant des édits restrictifs (1539
et 41), révoquant celui de Coucy et faisant massacrer des
huguenots en Provence (1545). C'était, il est vrai, à
l'ouverture du concile de Trente, que d'aucuns considéraient
comme une action de contre-Réforme.
2 LES "GUERRES DE RELIGION"
On compte huit guerres de
religion, au cours desquelles les affrontements confessionnels
furent doublés de conflits d'ambitions autour de rois trop
jeunes ou inaptes à gouverner. Durant dix ans (1560-70)
les protestants accumulèrent leurs succès, puis
durant dix-neuf années (1570-89) deux France se sont déchirées
: la Ligue des catholiques, aidée de la puissance des grandes
villes, barra l'accès du trône au huguenot Henri
de Navarre. Il faudra, à ce dernier, promettre de conserver
à la France sa religion d'origine, puis lutter encore dix
ans avant de conquérir son royaume et lui rendre la paix.
Henri II (1547-59), fils de François
1er, moins brillant que son père, se laissa influencer
par sa maîtresse Diane de Poitiers, qui l'incita à
donner largement sa confiance aux princes de la maison de Guise.
À cette époque de l'Histoire, chacun de ces grands
du royaume voyait dans le parti protestant une menace pour l'unité
nationale. Aussi l'édit
de Chateaubriand (1551)
prononça-t-il "la peine
de mort contre les hérétiques surpris dans
l'exercice de leur culte".
Ceci n'empêcha nullement les protestants, que leur alliance
avec les réformés suisses (Eidgnossen) avait
fait surnommer huguenots, de croître en nombre. Pendant
un procès qui fut intenté à leurs défenseurs,
dont le magistrat Anne du Bourg, les ministres réformés
rédigèrent à Paris une profession de foi,
connue sous le nom de Confession
Gallicane (1559), et qui s'inspirait de la doctrine de Calvin.
Du Bourg fut, par ordre du roi, étranglé puis brûlé
en place de Grève, mais la Réforme n'en gagnait
pas moins chaque jour de plus nombreux adeptes, surtout dans le
Midi.
En 1559, sous le pape Pie
IV, Henri II s'étant fait
sottement tuer en joute par son capitaine des gardes, le nouveau
roi de France, François
II (1559-60) son fils,
monta sur le trône à l'âge de quinze ans. Le
pays était toujours gouverné par les Guise,
qui marièrent François avec leur jeune nièce
Marie Stuart, et qui poursuivaient leur politique de répression
à l'encontre des protestants. Une partie de la noblesse
se convertit cependant au protestantisme, notamment la famille
de Bourbon, et les deux frères de Coligny :
Odet, le cardinal et Gaspard, l'amiral.
Les Réformés s'allièrent aux ennemis des
ducs de Guise pour tenter de soustraire le roi à leur influence.
Ce fut la Conjuration
d'Amboise (1560). Elle échoua lamentablement, et pour comble
d'infortune le jeune roi mourut au bout d'un an de règne. Charles IX (1560-74)) monta sur le trône âgé lui-même
de dix ans.
Catherine de Médicis, qui fut régente du jeune roi Charles
IX successeur de son frère aîné François
II, prit pour chancelier
Michel de l'Hospital, lequel
voulait obtenir des partis une certaine tolérance. Sur
son conseil et par l'édit
de Romorantin (1561), la régente
suspendit l'exécution de toutes les sentences prononcées
pour fait de religion, et convoqua au
colloque de Poissy (1561) Théodore de
Bèze, théologien
de la Réforme, à discuter devant elle avec le Père Jacques Lainez, général des jésuites. Le
colloque n'aboutit qu'à rendre la scission plus évidente.
La régente n'en continua pas moins à s'inspirer
des conseils du chancelier et publia l'édit de Saint-Germain (1562) où
elle autorisait l'exercice du culte calviniste dans les campagnes
et les villes ouvertes.
Les protestants, dans les pays où ils étaient majoritaires,
en conclurent qu'ils pouvaient aussi s'autoriser à détruire
les églises et massacrer les catholiques. Ceux-ci usèrent
de représailles, comme à
Wassy en Champagne. Un dimanche
de printemps 1562,
tandis que François de Guise
passait par le village, une querelle éclata entre ses gens
et des protestants réunis pour écouter un prêche
dans une grange. Soixante protestants furent tués et deux
cents blessés. Ce fut le signal de la guerre civile dans
toute la France. Coligny
prit la tête des Huguenots et,
avec Condé, fit alliance avec la reine d'Angleterre, à
la flotte de laquelle il livra le port du Havre.
Les trois premières
guerres
Cette
première guerre fut
brève (1562-63). Le royaume fut dévasté :
Les protestants, non seulement tuaient les catholiques, mais brisaient
les statues, brûlaient les églises, violaient les
tombeaux. Deux hommes se signalèrent par leurs cruautés
: le catholique Blaise de
Montluc, en Languedoc et Guyenne,
et le baron des Adrets, capitaine protestant, en Provence. En 1562 les
catholiques prirent Rouen et furent victorieux à Dreux,
où le prince de Condé
chef de l'armée huguenote fut
fait prisonnier, assurant ainsi le succès des catholiques.
Deux mois plus tard François
de Guise fut assassiné par le fanatique protestant
Poltrot de Méré. Malgré ce forfait, la Paix d'Amboise (1563) termina la guerre, en accordant aux protestants
la liberté de conscience et de culte dans leurs demeures.
À Trente, la dernière session du concile venait
de se terminer.
La deuxième guerre
de religion éclata sous le
pontificat de saint Pie
V, après le coup de main
avorté des protestants pour s'emparer, à Meaux (1567),
du jeune roi Charles IX. Aussitôt ce fut la fin de la politique
de tolérance à leur égard. En réponse Condé et Coligny
s'emparèrent d'Orléans.
La paix fut pourtant faite à Longjumeau (1568). Condé
et Coligny partirent se réfugier à La Rochelle.
À Paris, on processionna derrière les châsses
de sainte Geneviève et de saint Marcel en remerciement
de l'extermination des hérétiques.
Au cours de la troisième
guerre les protestants furent,
la même année (1569) battus à Jarnac et à
Moncontour, et le prince protestant
Louis de Condé assassiné,
faisant ainsi de Henri de Navarre le chef des réformés.
Les négociations de la
Paix de Saint-Germain (1570) permirent
aux protestants d'obtenir, outre la liberté de culte dans
deux villes par province, l'admission à tous les emplois
publics et, pour une période de deux ans, quatre "places
de sûreté" (La Rochelle, Montauban, Cognac
et La Charité-sur-Loire). Charles IX, pour cimenter
l'union, fit célébrer (1572) le mariage de sa sur
Marguerite (Margot) avec le jeune roi de Navarre, Henri le protestant,
avant même que le pape eût envoyé la dispense
de parenté
Hélas, le Massacre
de la Saint-Barthélémy (1572),
qui fit des milliers de victimes à Paris, dont Coligny,
et dix mille en province, ralluma aussitôt une guerre acharnée.
Le massacre de la Saint-Barthélémy
Quelques jours après le
mariage du roi Henri de Navarre et de la reine "Margot",
dans la nuit du 23 au 24 août fête de la Saint-Barthélémy,
Catherine de Médicis réalisa donc son projet, conçu
depuis quelques temps, de massacrer en une seule fois tous les
protestants.
L'amiral protestant Coligny avait une très grande influence
sur le roi son fils, et une première tentative d'assassinat
contre lui avait échoué. La reine mère se
décida alors à un massacre général
des huguenots. Par l'intermédiaire des Guise elle s'assura
d'hommes dévoués.
Les portes de Paris
furent fermées sur l'ordre du roi. À un signal donné
par la cloche de Saint-Germain l'Auxerrois, toutes les églises
sonnèrent le tocsin et le massacre commença. L'amiral
de Coligny fut tué dans son hôtel, et près
de quatre mille huguenots périrent. Le roi Henri de Navarre,
le jeune marié, ainsi que le jeune prince Henri de Condé,
n'échappèrent à la mort qu'en promettant
d'abjurer. Les meurtres continuèrent en province jusqu'au
17 septembre. Un certain nombre de gouverneurs, toutefois, refusèrent
d'obéir à l'ordre royal.
Personne ne conteste que le massacre des protestants ait été
un acte politique, conçu par la reine dans le dessein de
se débarrasser de ses ennemis. Il est aussi certain que
l'Église ne fut pour rien dans cet événement.
Y a-t-elle applaudi ? Pas davantage. On a cependant reproché
au clergé de Paris d'avoir célébré
une messe et fait une procession solennelle d'actions de grâces
quatre jours plus tard, ce qui est exact. Mais il est vrai aussi
que, dès le 26, Catherine avait fait déclarer par
le Parlement avoir sauvé la vie du roi son fils, en faisant
périr ceux qui projetaient sa mort et celle de la famille
royale. Que ce complot ait existé ou non, Paris et le clergé
y crurent et remercièrent Dieu du salut du roi. Et c'est
ainsi que la chose fut encore présentée à Grégoire XIII par l'ambassadeur de France. Et le tout nouveau
pape ne put donc, lui aussi, que s'en réjouir.
Les cinq guerres suivantes
Le début de cette quatrième guerre suivit de peu l'avènement de Grégoire
XIII sur le trône de Pierre. Le massacre de la Saint-Barthélémy
n'avait servi en rien la cause catholique. Il révolta les
esprits modérés, et favorisa la formation d'un parti
qui exploita l'indignation des honnêtes gens : le parti
des politiques, à la tête duquel se plaça
Monsieur, frère du roi et duc d'Alençon.
La guerre civile recommença. Les catholiques assiégèrent
les places fortes protestantes du Midi et de l'Ouest, mais leurs
efforts furent vains pour prendre
La Rochelle (1572-73), dont
ce premier siège dura neuf mois au cours desquels la ville
encaissa plus de trente mille coups de canon. L'année suivante
mourut le jeune roi Charles IX; son frère Henri III (1574-89) monta sur
le trône de France et se distingua par son irrésolution
et sa duplicité
La cinquième guerre de religion
débuta lorsque Henri de Navarre s'évada de la Cour
en compagnie d'Aubigné et, abjurant le catholicisme qui
lui avait été imposé, prit la tête
de l'armée protestante (1576). Son action fut si efficace
qu'il obtint dès la même année la signature
de la paix de Beaulieu-lès-Loches
(1576), dite paix de Monsieur,
qui fut tout au profit des protestants : ils obtenaient primo
l'entière liberté de culte (hormis à Paris
et les villes où séjournait la Cour); secundo
huit places de sûreté; tertio des "chambres
mixtes" pour traiter les affaires judiciaires impliquant
des réformés. Et ce "jusqu'à la convocation
des états généraux et d'un libre et saint
concile général". De plus, les sentences
portées depuis le règne d'Henry II pour cause de
religion étaient annulées, et les mariages contractés
par des prêtres reconnus légitimes. Coligny fut réhabilité,
ainsi que les victimes de la Saint-Barthélémy.
Cette victoire, due aux influences des politiques, mécontenta
les catholiques. Ceux-ci, désapprouvant le roi, constituèrent
un mois plus tard la Ligue
des Catholiques, ou Sainte-Ligue (1576),
à Péronne, pour la défense de la religion.
Les Guise, bien entendu, en furent l'âme, et s'allièrent
à l'Espagne dont ils obtiendront des subsides. Henri de Guise dressa et envoya dans toute la France les statuts
de la Ligue, dont il devint le chef.
La même année se réunirent les états généraux
de Blois, qui demandèrent
le rétablissement de l'unité religieuse. Henri III,
voyant la puissance de la Ligue grandir chaque jour, s'en déclara
le chef afin d'enlever ce titre à Henri de Guise. Mais,
tenu entre l'arbre et l'écorce, il mena une politique incertaine
et vit catholiques et protestants reprendre les armes.
Ainsi se déclencha la
sixième guerre (1577).
Victoire catholique à La Charité en mai, à
Issoire en juin. En septembre, paix "du roi" à
Bergerac, confirmée par l'Édit
de Poitiers (1577) : les droits des réformés et l'autorisation
du culte sont réduits, ce qui met la rage au coeur des
réformés.
Cette époque fut celle du pire déchirement de la
France, celle d'une guerre civile qui dura vingt-et-une années
(1577-98) où trois clans se partageront le royaume : les
protestants groupés dans l'Union calviniste; les catholiques
violents et exaltés, prêts à imposer leurs
idées par tous les moyens; et un tiers parti plus sage,
né des idées de Michel de l'Hospital, regroupant,
entre autres catholiques et huguenots modérés, écurés
du sang versé, souhaitant la réconciliation nationale
et la paix dans la tolérance. Ce temps couvrit la sixième,
mais aussi la septième, puis la huitième guerre, dite des "trois Henri" : Henri roi
catholique, auquel s'opposait Henri de Navarre chef des protestants
et Henri duc de Guise prétendant au trône. La guerre
coûtant cher, le roi fit lever de nouveaux impôts,
ceci à un moment où de mauvaises conditions climatiques
avaient ruiné les récoltes. La famine rôdait,
les soulèvements populaires se multipliaient.
Au cours de cette huitième
guerre de religion, qui débuta
en même temps que le pontificat de Sixte-Quint,
la Ligue souleva toute la France du Nord. En 1585 le roi fut obligé
de traiter avec les Ligueurs à Nemours, et dut leur accorder
des places fortes, financer leurs troupes et révoquer les
édits favorables aux protestants. Après la Journée des Barricades
(1588) à Paris, où
il vit la capitale se soulever contre lui et faillit perdre sa
couronne au profit de Henri
duc de Guise, il dut encore abandonner
la ville aux Ligueurs et proclamer solennellement le principe
de la catholicité du roi. Presque tout le monde se dressait
contre lui : les ligueurs qui ne voyaient que par le duc de Guise,
les catholiques modérés lassés par son caractère
indécis et fourbe, les protestants auxquels il n'osait
se rallier. Sommé de convoquer une nouvelle fois les États Généraux, outragé, poussé à bout,
Henri III, qui trouve que la coupe est pleine, fait assassiner Henri de Guise et son frère
Louis au château de Blois
(1588), ce qui lui vaut son
excommunication par le pape Sixte-Quint et cette réplique
de sa mère Catherine : "C'est bien taillé,
mon fils; maintenant il faut coudre." Ce double crime ne
lui ouvrit pourtant pas les portes de Paris. Les villes adhérèrent
à la Ligue et Henri III, abandonné de tous, ayant
brisé ses derniers liens avec les catholiques, mit son
ultime espoir dans une alliance avec les protestants; il rencontra
Henri de Navarre à
Plessis-les-Tours (1589). Réconciliés,
tous deux mirent le siège devant Paris, toujours aux mains
des Ligueurs.
Malgré la différence de religion, Henri de Navarre
fut vite reconnu comme l'héritier présomptif de
la couronne de France. Il ne devait pas attendre longtemps l'héritage
: dès le commencement du siège de Paris, Henri III
fut poignardé, à Saint-Cloud, par un moine ligueur,
le dominicain Jacques
Clément (1589).
3 HENRI IV LE PACIFICATEUR
La France acceptera-t-elle
d'obéir à un roi protestant ? Les premières
années de son règne furent une sorte de conquête
du coeur, aidée aussi par les excès des ligueurs,
la crainte d'une intervention espagnole à leur aide, et
une lassitude générale. Mais le facteur majeur fut
l'abjuration du roi. La paix extérieure vint
du traité avec l'Espagne; celle de l'intérieur,
de l'Édit de Nantes.
Deux jours seulement après l'assassinat d'Henri III, Henri IV (1589-1610), qui avait été élevé
dans la religion protestante, n'avait échappé à
la Saint-Barthélémy qu'en abjurant sous la contrainte
et s'était rétracté dès son évasion,
et qui avait de surcroît conduit le parti huguenot, Henri
s'engagea, par la Déclaration
de Saint-Cloud (1589), à
maintenir la religion catholique dans son royaume et à
laisser aux calvinistes la liberté de leur culte dans une
ville par bailliage. Cette déclaration, qui lui aliéna
à la fois plusieurs seigneurs catholiques et une partie
des protestants, ne lui livra pas pour autant Paris. Car les ligueurs
refusaient de reconnaître pour roi le chef des huguenots,
pourtant héritier direct de la couronne. En 1590 ils appelèrent
l'armée espagnole qui, venue à leur secours, obligea
Henri à se retirer. De même en 1592 dut-il lever
le camp de devant Rouen, qu'il assiégeait depuis l'année
précédente.
Cependant les victoires d'Henri IV, d'une part, et de l'autre
l'indignation que soulevèrent les prétentions des
Espagnols en contrepartie de leur aide, disposèrent enfin
les esprits à la paix. L'abjuration du roi la rendit possible.
Car Henri s'était résolu à abjurer une nouvelle
fois le protestantisme, de plein gré cette fois ("Paris
vaut bien une messe!"). Le 25 juillet 1593, Henri IV se rendit
à Saint-Denys et fit profession de la foi catholique. Dès
février 1594 il fut sacré à Chartres et le
mois suivant entrait enfin dans Paris, soumise comme neuf autres
villes et onze provinces.
Vint l'année 1598 et son édit de pacification, dit Édit de Nantes. Les ennemis du roi pourtant ne désarmèrent
pas : d'abord les ligueurs, toujours en défiance contre
l'ex-huguenot; ensuite les protestants, frustrés de ce
que leur doctrine n'ait pu se hisser à la place de religion
d'État; enfin les anciens compagnons d'armes du roi, insatisfaits
de son gouvernement économe, et attentif à leurs
manières encore semi-féodales. Aussi ses ennemis
tentèrent-ils, par huit fois, d'attenter à sa vie.
Ils réussirent à la neuvième : Henri IV finit
par tomber sous le couteau d'un fanatique, François Ravaillac (1610), qui le frappa dans son carrosse, rue de la Ferronnerie
à Paris.
Son fils lui succéda, né neuf ans plus tôt
de son union en secondes noces avec Marie de Médicis. Son
nom fut Louis XIII.
4 L'ÉDIT DE NANTES (13 AVRIL 1598)
L'Édit de Nantes,
qui réglait la condition légale de l'Église
réformée dans l'État, mettait un terme, sinon
à l'animosité contre le roi, tout au moins aux guerres
de religion. Le catholicisme restait la religion d'État.
Mais, en contrepartie, la Religion
Prétendument Réformée obtenait un certain
nombre de privilèges.
Cet édit proclamait d'abord
l'amnistie pleine et entière pour le passé, et le
libre exercice de la religion réformée pour l'avenir.
Il fixait toutes les villes et tous les lieux où le culte
pouvait être célébré; en étaient
exceptées les résidences royales et la ville de
Paris. La liberté de conscience était assurée
aux réformés dans tout le royaume.
Il leur était en outre permis de bâtir des temples
et de recouvrer ceux dont ils avaient été dépossédés.
Il leur était accordé quatre universités
ou académies : Montauban, Montpellier, Sedan et Saumur.
Pour leur garantie judiciaire, des chambres de l'Édit
devaient être érigées au Parlement de Paris,
à Bordeaux, Grenoble et Castres. Ces chambres composées
de membres des deux religions devaient connaître des procès
dans lesquels une des parties serait calviniste. Enfin il leur
était accordé des places de sûreté,
où ils restaient libres de tous mouvements, ainsi que le
droit de réunir tous les trois ans des députés,
pour présenter leurs doléances au roi.
L'édit ne fut reconnu et appliqué que progressivement
: à Paris en 1599; dans les grandes villes à partir
de 1600; à Rouen en 1609, etc. L'exécution des clauses
n'en fut jamais complète, même sous Henri IV.
Les protestants profitèrent des droits que leur reconnaissait
l'édit de Nantes pour organiser en France une véritable
république, un état dans l'état. Divisés
en seize provinces, ils possédaient une hiérarchie
d'assemblées : le consistoire à la tête de
la paroisse, le colloque à la tête du district, et
les synodes provinciaux et nationaux.
5 LES HUGUENOTS SOUS LOUIS XIII ET RICHELIEU
Durant la minorité
de Louis XIII et jusqu'à l'arrivée de Richelieu,
la France, gérée par des ministres indignes, fut
en proie à une agitation intérieure dont profitèrent
les protestants. Lorsque l'autoritaire cardinal arriva au pouvoir
il afficha à son tour, parmi ses trois desseins bien connus
celui de réduire les huguenots, ennemis de l'unité
monarchique.
Le jour même de l'Assassinat
d'Henri IV (14 mai 1610), sa veuve Marie de Médicis fut
nommée par le Parlement régente de son fils le jeune
roi Louis XIII
(1610-43). Aussitôt le bon
ministre Sully démissionna. D'esprit faible et de peu
d'acuité, la régente se laissa influencer par le
couple de ses favoris, les
Mancini, avides et incapables.
Quant aux grands du royaume, ils mirent abusivement à profit
la faiblesse du régime. Marie ayant prévu le mariage
de son fils avec l'Infante d'Espagne Anne d'Autriche, les protestants
inquiets s'agitèrent et s'organisèrent au cours
d'une assemblée à Saumur (1611) puis à La
Rochelle (1612). Ce en quoi ils avaient raison puisque Louis XIII,
ayant épousé l'infante en 1615, rétablit
la religion catholique en Béarn et Navarre, amenant ainsi
une nouvelle guerre de religion qui se signalera par le siège
de Montauban en 1621. Pendant que Montauban se bat, à La
Rochelle une nouvelle assemblée publie une véritable
constitution de l'État protestant. Aussitôt Louis
XIII déclare "rebelles et criminels de lèse-majesté
les habitants de La Rochelle". La cité s'entête
dans la résistance et devient la métropole de
l'hérésie. Il s'ensuivra trois années
d'escarmouches que Louis XIII clôturera par la paix de Montpellier (1622), qui supprima les assemblées politiques
des huguenots et ne leur laissa que deux places fortes : Montauban
et La Rochelle.
En avril 1624 Armand
Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1624-42), évêque de Luçon, orateur
du clergé aux états généraux de 1614,
cardinal en 1622, entre au conseil du roi. En août il est
principal ministre. Dès l'année suivante
il mate la révolte de deux "antéchrist",
les chefs protestants Rohan
dans les Cévennes et son frère Soubise en
les îles de Ré et d'Oléron. Il entreprend
le second siège
de La Rochelle (juillet 1627).
Malgré les secours apportés par les Anglais aux
assiégés, la place de sûreté doit capituler,
après seize mois d'une résistance héroïque,
(octobre 1628). Le roi y fait aussitôt son
entrée. (Voir annexes en fin de chapitre)
Richelieu ruina ainsi le parti protestant en obtenant la reddition
de La Rochelle puis de Montauban. Après une dernière
campagne dans les Cévennes, il accorda aux huguenots, par
l'édit de grâce
d'Alès (1629), de conserver
leur statut religieux. Mais, en contrepartie, il leur ôtait
leurs places de sûreté L'édit d'Alès
termina la guerre. Les calvinistes cessèrent de constituer
un état, cependant Richelieu leur garantissait la liberté
religieuse promise par l'édit de Nantes.
Mais Richelieu avait aussi contre lui le parti catholique, irrité
par sa politique extérieure, et qui tenta d'obtenir son
renvoi. Le roi refusa, et ce fut pour eux l'échec, que
l'on nomma journée des Dupes (1630), et qui amena
la liquidation du "parti dévot". Le reste ne
fut qu'interminables intrigues à l'intérieur et
guerres à l'extérieur, contre les Habsbourg et l'Espagne,
avec laquelle Anne d'Autriche, la reine, conspirait (1637) Le
roi en perdit confiance, au point d'offrir son royaume à
Notre-Dame dans l'espoir d'obtenir la paix. Ce fut le Voeu de Louis XIII consigné par lettre patente du 11 décembre
1637 enregistrée au Parlement. Fut-ce une réponse
du Ciel, si le Dauphin naquit exactement neuf mois plus tard,
le 5 septembre 1638 ? Il sera prénommé Louis Dieudonné,
et succédera à son père sous le nom de Louis
XIV.
Richelieu mourut en décembre 1642, cinq mois avant Louis
XIII. Le dauphin, nouveau roi, n'avait pas atteint ses cinq ans.
6 LES HUGUENOTS SOUS LOUIS XIV ET MAZARIN
Mazarin, trop préoccupé des affaires extérieures
de l'État, puis par la préparation de l'absolutisme
royal, n'eut guère le loisir de s'intéresser aux
huguenots.
D'une autre envergure fut le roi soleil.
Il personnifia
un nouveau sens de l'État : autorité sans partage
sur le royaume, vigilance tacticienne par delà les frontières,
absolutisme secondé par un Colbert fidèle gestionnaire
des finances. La gloire du souverain fut rehaussée par
ses victoires militaires, la noblesse fut mise sous tutelle, la
bourgeoisie accéda aux plus hautes fonctions. Mais, de
la même manière qu'il fit ployer le pays sous la
charge des impôts, il mena la vie dure aux "religionnaires".
Mazarin
Jules Mazarini dit Mazarin (1642-61),
d'origine italienne, fut, après de brillantes études
chez les jésuites de Rome, d'abord officier dans l'armée
du pape avant d'entrer dans la diplomatie, grâce à
la protection d'Urbain VIII. Il rencontra Richelieu en 1630, reçut
la tonsure en 1632 et, bien qu'il ne fut jamais ordonné,
devint nonce à Paris en 1635. Il se fit naturaliser Français
quatre ans plus tard. Richelieu avait obtenu pour lui le chapeau
de cardinal en 1641 et, en mourant, l'avait recommandé
à Louis XIII.
Mazarin devint premier ministre de la régente Anne d'Autriche.
Il demeurera jusqu'à sa mort le maître absolu du
royaume. C'est lui qui, en 1648, par le traité de Wesphalie
mit fin de la guerre de Trente ans
Pourtant, absorbé par cette interminable guerre, il avait
négligé l'administration intérieure et laissé
croître les embarras financiers du royaume, d'autant que,
de 1646 à 52, de mauvaises récoltes amenèrent
famines et troubles. Cette carence du pouvoir déclencha
contre lui la Fronde, qui par deux fois le contraignit à s'exiler.
De retour en 1653, cependant, il se fit obéir, prépara
l'absolutisme royal, consacra les conquêtes par le traité des Pyrénées
(1659) qui mettait fin à
la guerre avec l'Espagne, et assura l'avenir de la couronne par
les fiançailles de l'infante d'Espagne Marie-Thérèse
avec le roi de France. C'est d'une France restaurée qu'héritera
Louis XIV à la mort de Mazarin.
Vis à vis des protestants, Mazarin suivit la même
règle de conduite que Richelieu, qui leur avait promis
la liberté religieuse. Anne d'Autriche, au début
du règne de son fils (1643) comme durant la Fronde (1649-52),
avait confirmé l'édit de Nantes.
Louis XIV, le monarque
absolu
Bien que Louis XIV (1643-1715),
demeuré jusque-là sous tutelle de sa mère
Anne d'Autriche, ait été proclamé majeur
en 1651 (âgé de treize ans), le gouvernement de la
France avait été dirigé, dix ans encore par
Mazarin. En 1654, il fut sacré à Reims, et en 1660
épousa Marie-Thérèse avant d'entrer triomphalement
dans Paris. L'année suivante, 1661, mourait Mazarin.
Louis XIV, au contraire de son ministre, commença dès
1661 à restreindre les droits accordés aux protestants.
En 1662 il leur interdit les professions libérales. Puis,
ayant nommé Colbert
contrôleur général
des Finances et Louvois
secrétaire d'État à
la Guerre, il marqua chaque année, jusqu'en 1685, par une
nouvelle restriction de l'Édit de Nantes. L'un après
l'autre, tous les droits reconnus ou naturels furent niés
ou supprimés : 1663, restriction des libertés synodales;
1676, interdiction d'exercer certaines fonctions publiques. En
1679 il fit démolir vingt deux temples et supprima les
chambres "mi-parties" des parlements. Enfin, en 1680,
il interdit les synodes protestants. Cette dernière mesure
de rigueur fit éclater la guerre civile en différents
points du territoire. En vain
Bossuet, évêque
de Meaux depuis l'année précédente, prêcha-t-il
en 1681 pour l'unité de l'Église : en 1683 le roi
donna ordre aux intendants des provinces du Midi de loger des
soldats chez les réformés. Les excès auxquels
se livrèrent les dragons furent tolérés par
leurs chefs, d'où le nom de dragonnades donné
à ces missions bottées.
Les Dragonnades
La première application
de cette mesure vexatoire avait eu lieu en 1681. À cette
époque Louvois
avait suggéré au roi
d'utiliser, pour tenter de rétablir l'unité religieuse
dans le royaume, les hommes de cavalerie nommés dragons.
Ainsi l'on imposa aux protestants la pratique des "logements
militaires", n'en déchargeant que ceux qui se convertissaient
à la religion catholique. La "conversion" n'étant
en fait, de la part des réformés, qu'une abjuration
du bout des lèvres. Cette mesure fut d'abord appliquée
dans le Poitou et le Limousin, provinces relevant de l'autorité de Louvois.
Le ministre y expédia quelques unités de dragons,
tout en écrivant aux intendants : "Le roi n'estime
pas qu'il faille loger tous les cavaliers chez les protestants.
Mais si, suivant une juste répartition, ils en devaient
loger dix, vous pouvez leur en faire donner vingt, et les mettre
tous chez les plus riches des religionnaires." Les dragons
se comportèrent, chez leurs hôtes forcés,
avec une brutalité de conquérants. La terreur qu'ils
répandirent provoqua immédiatement des milliers
d'abjuration de circonstance. Et un plus grand nombre encore de
préparatifs de fuite à l'étranger, le long
des côtes du Poitou et de l'Aunis. Au point que Colbert
s'alarmât de ce début d'exode et obtint, en 1681,
un arrêt du conseil interdisant "les violences qui
se faisaient en quelques lieux contre les religionnaires".
Les dragonnades furent pourtant reprises quatre ans plus tard,
en 1685. Foucauld, intendant du
Béarn et agent
dévoué de Louvois, lui promit de "convertir"
en masse sa province. Et sollicita des dragons. Lâchés
sur le pays, ces soudards saccagèrent les biens et outragèrent
les gens avec tant de malveillance qu'ils amenèrent, en
quatre mois, la "conversion" de vingt-deux mille protestants,
soit pratiquement tous ceux du Béarn. Les mêmes méthodes
donnèrent les mêmes résultats en Guyenne :
en trois semaines on consigna vingt mille "conversions"
dans la généralité de Montauban et
soixante mille dans celle de
Bordeaux. Le 15 août
1685, la basse Guyenne comptait cent-cinquante mille protestants;
il en restait dix mille à peine en fin septembre
La Guyenne domptée, Louvois expédia ses missionnaires
bottés en Limousin,
Saintonge, Poitou et bas Languedoc.
En Languedoc vivaient alors plus de deux-cent-quarante mille protestants.
Le duc de Noailles,
gouverneur, et l'intendant de Basville,
organisèrent avec soin la persécution
militaire : en trois jours, dans le seul diocèse de Nîmes,
soixante mille personnes abjurèrent. De semblables péripéties
se vivaient dans les Cévennes,
le Gévaudan, le Dauphiné et La Rochelle même. C'est alors que Louis XIV, s'abusant
sur la sincérité de ces conversions en masse, consentit
en octobre 1685, à révoquer l'édit de Nantes.
Tout en continuant de faire appliquer, plusieurs années
encore, l'exécrable pratique des dragonnades.
7 REVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES (1685)
Voici venu, pour la monarchie
absolue, le temps des épreuves. Au dehors, elle doit résister
à de vastes coalitions européennes qui affaiblissent
le royaume. Au plan religieux, après un conflit avec Rome
au sujet de la régale, Louis XIV obtient l'appui du pape
dans son rôle de défenseur de la foi contre de nouvelles
hérésies dont nous parlerons plus loin. Mais la
brutalité de sa politique religieuse, et notamment la révocation
de l'édit de Nantes, amorçait de nouvelles difficultés.
Le 17 octobre 1685, par
un édit daté de
Fontainebleau, Louis XIV révoqua
l'édit de Nantes, et abolit le culte protestant en France
(sauf en Alsace), donnant pour principal motif qu'il n'y avait
plus de huguenots. Les temples furent démolis, toute
réunion fut interdite, les ministres du culte eurent l'ordre
de quitter le royaume dans les quinze jours, tandis qu'il était
expressément interdit à tout autre réformé
de s'expatrier sous peine de galères. À part quelques
exemptions la mesure prise par le roi fut approuvée par
la nation.
Malgré les lois qui frappaient sévèrement
toute tentative de fuite, plus de deux cent cinquante mille protestants
quittèrent la France. Des régiments entiers de calvinistes
se formèrent en Hollande, en Angleterre
et en
Allemagne et prirent part aux
guerres dirigées contre Louis XIV. La marine, l'armée,
les arts, les lettres, les sciences fournirent leur contingent
à cette émigration qui eut surtout pour destination
l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne. Dans ce dernier pays
notamment, les souverains de Saxe et surtout de la Prusse eurent
soin d'attirer les réfugiés, qui portèrent
ainsi à l'étranger quelques-uns des secrets de l'industrie
française, notamment en optique. La lourde faute politique
que marquait la révocation de l'édit eut ainsi son
contrecoup économique. On a souvent rappelé que
la récente capitale de la monarchie prussienne, Berlin,
avait dû aux exilés français sa première
prospérité.
Les pauvres, qui ne purent quitter leur pays, se soulevèrent.
Les Cévennes furent le théâtre de luttes sanglantes.
Jean Cavalier se mit
à la tête de bandes armées, que l'on désigna
sous le nom de Camisards, du fait de la blouse ou chemise blanche que
ces réformés portaient par dessus leurs vêtements.
Pendant le seul mois de janvier 1703, les camisards brûlèrent
quarante paroisses et massacrèrent quatre-vingt prêtres.
Il fallut la valeur et l'énergie du maréchal de Villars pour vaincre les révoltés. Anglais
et Hollandais tentèrent de ranimer la lutte, mais l'intendant
Basville réprima
cruellement toute tentative de révolte. Une nouvelle insurrection
se produisit cependant, en 1709 dans le Vivarais, mais elle n'eut
pour résultat qu'un redoublement de cruauté dans
la répression.
La révocation de l'édit de Nantes a été
l'objet de vives discussions, soit entre catholiques et ennemis
de l'Église, soit entre les catholiques de diverses écoles.
La seule chose qu'il nous importe de savoir est que Louis XIV
et ses ministres en sont seuls responsables. La nation toute
entière les approuva, et ce fut dans le pays un concert
presque unanime de félicitations. Mais l'Église
y resta étrangère. À la veille même
de la révocation, l'assemblée du clergé protesta
qu'elle "n'était pour la révocation d'aucun
édit" (25 mai 1665). De plus, le pape Innocent XI
témoigna qu'il "n'approuvait ni le motif, ni les moyens
de ces conversion à milliers dont aucune n'était
volontaire".
Le 8 mars 1715 parut la première déclaration exprimant
la fiction qu'il n'y avait plus de huguenots en France.
Six mois plus tard mourait Louis XIV. Il laissait la France ruinée
par les guerres, après avoir provoqué l'Europe par
les persécutions exercées contre les protestants
et par la révocation de l'édit.
CONCLUSION
Ainsi donc, en France, la réforme protestante naquit-elle
à Meaux. Lefèvre d'Étaples et Budé
y furent nos premiers "réformateurs". N'ayons
cependant pas garde d'oublier que ces novateurs, conseillers de
l'évêques, furent des gens de parfaite bonne foi.
Ce qui nous rappelle le dicton selon lequel le mieux est l'ennemi
du bien, et que les meilleures intentions en viennent parfois
à fournir un beau pavage pour des lieux moins cléments.
Sous les pavés, la guerre : une interminable guerre de
religion, si longue qu'on prit l'habitude d'en distinguer huit
phases que l'on nomma "guerres", et que ponctuèrent
de hauts faits politiques et militaires si connus que nous ne
pouvons échapper à leur rappel :
Parmi les premiers : l'Édit de Nantes (1598) dont les clauses
ulcérèrent les catholiques mais, incomplètement
appliquées, déçurent les protestants; puis
sa révocation (1685) qui fit fuir nombre de nos beaux esprits,
à la satisfactions d'autres nations. Mais aussi la conversion
de Henri IV (1593), non dénuée de calcul, et son
meurtre (1610) dont les commanditaires, princes ligueurs ou ex-compagnons
huguenots, ne furent jamais inquiétés.
Parmi les seconds : le massacre des "infâmes parpaillots"
à la Saint-Barthélémy de l'an 1572, et encore
les "dragonnades" du Sud-Ouest (1685) qui épargnèrent
un protestant sur quinze en Basse-Guyenne, deux tueries dont l'horreur
nous soulève encore le cur; et enfin les sièges
de la Rochelle, dont le second (1627-28) décima la population
par famine et scorbut, et que nous allons vivre un instant avec
les yeux, tour à tour, d'un assiégé et de
Louis XIII.
Cent dix livres le boisseau
de blé; soixante sols la livre de pain; biscuits, quarante
sols la pièce.
Tout cela bon pour les riches.
Les autres vivent d'herbes, présau ou pourpier sauvage,
de coquillages pêchés sur les marais et dans les
fossés, de plus en plus rares; quelques meugles, anguilles
et chevrettes.
La pinte de vin de Bordeaux est
à trente-cinq sols, vingt-quatre pour le vin de Foy ou
de Gourville, mais on n'en trouve pratiquement plus et ce n'est
pas non plus pour les pauvres, pas plus que le boeuf à
soixante sols ou la vache qu'on paye sur pied, quand par hasard
un de nos soldats ramène une prise : sept cents livres.
Mêmes prix exorbitants pour pour les moutons
et les ouailles. Pour de l'argent, on en trouve un peu le samedi
à la boucherie. Une poule coûte sept livres, un oeuf
douze sols, la cassonade cinquante sols. Une feuille de chou un
sol pièce. Un melon dix livres, les concombre huit à
dix sols!
Les soldats se mettent à voler et à piller. Chaque
soir quatre cents personnes s'en vont quérir du vergue,
si bien que l'ennemi s'en étant aperçu, s'avise
maintenant de les en empêcher, les prend et nous les renvoie
tout nus à moins qu'il ne les tue, si bien que cela aussi
désormais se vend hors de prix.
On ne sait où mettre les corps dans les cimetières
et dix hommes sont employés du matin au soir à creuser
des fosses. Pas de jour où il n'en meure cent et six-vingt.
On fait les prières pour huit ou dix corps à la
fois. Et le froid, en une saison habituellement plus clémente,
fait périr ceux que la faim épargnerait
Dans l'excès de la misère, de pauvres êtres
se laissent aller. Une pauvre femme injuriait l'un de nos ministres
: "Je n'ai pas mangé de pain depuis quinze jours,
mon enfant va mourir sur le sein desséché de sa
nourrice; si vous n'avez pas d'aliments à me donner, il
ne vous reste qu'à implorer la clémence du Roi!"
Une vieille femme la souffleta
JOURNAL DES ASSIEGES
DE LA ROCHELLE
Pierre Villemain
Lettre du Roi Louis XIII
"à la Reine Mme ma Mère" à la date
du 29 septembre 1628
Madame,
Vous saurez par celle-ci que les Anglais sont arrivés ce
matin à la rade de l'île de Ré, et à
cette heure viennent à Chef de Bois.
Je
les ai voulu voir, devant que de vous rien mander, et je les ai
compté par deux fois : ils sont au nombre de soixante et
dix vaisseaux tant grands que petits.
S'il n'en
vient davantage, je ne crois pas qu'ils osent rien entreprendre.
J'ai visité les digues et toute notre armée navale
aujourd'hui : vous vous pouvez assurer qu'il ne saurait rien entrer,
et que quand toute l'Angleterre y serait, il leur serait du tout
impossible de rien faire, et je vous supplie de ne vous en mettre
point en peine.
J'oubliais à vous dire que
c'est le comte de Bristoc, lord Lindsay, qui commande l'armée,
à ce qu'on dit. Toutefois nous n'avons encore rien d'assuré.
Toute l'armée est résolue de bien faire, si ces
marauds hasardent le combat. Si cela est, il faut que ce soit
entre cy et lundi deuxième jour du mois d'octobre. J'espère
que le Bon Dieu nous donnera la victoire sur eux, comme il l'a
fait jusqu'à cette heure. Je finirai celle-ci en vous suppliant
de me tenir toujours en vos bonnes grâces, et de croire
que je serai jusqu'au dernier soupir de ma vie,
Madame,
votre très humble et très
obéissant fils,
LOUIS
À Laleu (1), ce 29ème
septembre 1628 à cinq heures du soir.
(1)
Bourg à 4 kilomètres au nord de La Rochelle
--------------------------------------
Les papes durant le règne d'Henri
IV : Urbain VII (1590), Grégoire XIV (1590-91), Innocent
IX (1591), Clément VIII (1592-1605), Léon XI (1605),
Paul V (1605-21)
Les papes durant le règne de Louis XIII : Paul V (1610-21),
Grégoire XV (1621-23), Urbain VIII (1623-44)
Les papes durant le règne de Louis XIV : Urbain VIII (1643-44),
Innocent X (1644-55, Alexandre VII (1655-67), Clément IX
(1667-69), Clément X (1670-76), Innocent XI (1676-89),
Alexandre VIII (1689-91), Innocent XII (1691-1700), Clément
XI (1700-21)
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