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Examinons l'épanouissement
de l'Église, arbre de Vie qui au XVII° siècle
se pare de nouveaux rameaux, bourgeonne, fleurit, et dont les
fruits peuvent être considérés comme ceux
du concile de Trente.
Des ordres se réforment, des congrégations naissent,
des orateurs subjuguent leurs auditoires, des missionnaires portent
la Bonne Nouvelle en de lointaines terres. Partout des hommes
et des femmes, voués au service de Dieu, travaillent à
pleins bras la pâte de l'Église du Christ : revenant
vers l'austérité première faite d'amour et
de pauvreté, venant en aide à la formation des esprits
et aux maux du corps, priant, soignant, écrivant, prêchant,
ils uvrent pour la gloire du Créateur en sa cité
terrestre. À travers eux l'Esprit Saint est à l'oeuvre.
Nous avons vu l'ouvrage de deux saints évêques :
Charles Borromée et François de Sales. Voyons celles
de pieux ecclésiastiques, tels Vincent de Paul, le Cardinal
Pierre Bérulle, l'abbé Jean-Jacques Olier.
Nous avons vu éclore la Compagnie de Jésus, et Jeanne
de Chantal fonder avec l'aide de François de Sales l'ordre
de la Visitation. Voyons se réformer les anciens ordres
tandis que de nouveaux voient le jour; que les congrégations,
abeilles fécondes, dispensent le miel de la charité;
que se multiplient les ouvriers dans la vigne des missions; que
la Parole qui tranche du péché tombe des chaires
comme le "glaive" de saint Paul.
1 LE RENOUVEAU DU CLERGE
Le concile de Trente s'était donné
pour objets : d'une part de préciser les définitions du Dogme; d'autre part, de prendre des Décrets disciplinaires applicables tant aux laïques qu'au clergé.
Ce sont les résultats de cette transformation du clergé
qu'il s'agit bien d'examiner ici.
Le concile s'étant tenu de 1545 à 1563, les "fruits"
recueillis le furent principalement sous le pontificat des papes
successeurs de Sixte-Quint. Rappelons que leurs noms sont réunis
en annexe du chapitre traitant de la Réforme protestante
en France.
La réformation, comme se doit, concerna d'abord le choix
des évêques, trop souvent nommés au bon vouloir
du roi parmi les cadets de bonnes familles. En France, Richelieu voulut
"mettre de l'ordre dans l'Église comme dans l'État"
et n'hésita pas pour cela à prendre les conseils
d'un saint homme comme Vincent
de Paul. Oeuvrant à l'amélioration,
les évêques s'appliquèrent à leur tour
à veiller à la formation de leur clergé.
À cette époque la misère des curés
était grande; on ignore trop que la plupart, après
leur messe, devaient pour vivre travailler à toutes sortes
de métiers, ne pouvant même, bien souvent, se procurer
une soutane neuve. Mais saint Paul n'en fit-il pas autant ? On
peut considérer que, par un juste retour des choses, c'est
grâce à cet exemple, à cette humilité,
que le peuple à son contact conserva la foi et la pratique
religieuse.
Mais il convenait cependant de rendre sa dignité au ministère,
et assurer une meilleure formation des prêtres, ne serait-ce
que pour leur permettre de faire face aux controverses protestantes.
C'est ce à quoi s'attachèrent les initiateurs des
mouvements réformateurs et des uvres nouvelles.
2 LA REFORME DANS LES ORDRES ANCIENS
Comme l'eau use la pierre en façonnant vasques de roches et galets des grèves, le temps émousse la plus dure volonté humaine. Même celle d'hommes tels que moines mendiants ou contemplatifs. Et l'habitude ajoute, à cette usure, celle de l'acuité du regard. Il fallut çà et là un il et un jugement neufs pour saisir l'ampleur du danger et imaginer le remède. Ainsi parurent Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Mathieu de Bassi, l'abbé de Rancé, François Amet, Mathieu de Saint-François
Carmélites
L'ordre des Carmélites avait
été fondé en 1451 par Jean Soreth, le général
des carmes, qui donna à ces religieuses une règle
analogue à celle adoucie des carmes conventuels.
Approuvé par le pape Nicolas V, l'ordre se multiplia rapidement,
principalement aux Pays Bas et en Espagne. Au XVI° siècle sainte Thérèse, après avoir vécu vingt-sept ans
au couvent de l'Incarnation d'Avila, en Castille, conçut
le dessein de fonder un monastère où la règle
serait appliquée selon l'austérité primitive
des carmes.
Sainte Thérèse
d'Avila (1515-82), d'une foi ardente
et d'une fine intelligence, voulant se soustraire aux vanités
du monde, était entrée au carmel d'Avila où
elle fit profession à l'âge de dix-neuf ans. Là,
sa vie fut bientôt marquée par l'ardeur de ses pratiques
religieuses. Mais aussi par d'étranges maladies qui ruinaient
sa santé, des visions et des extases qui la plaçaient
en présence du Christ. Et, plus tard, par un long combat
en négociations pour réformer les monastères
de son ordre et en fonder de nouveaux.
Avec la protection de son évêque, et malgré
mille difficultés et embûches, elle fonda d'abord
dans cette même ville d'Avila le
couvent de Saint-Joseph qui
fut le berceau des carmélites réformées,
approuvées par
Pie IV en 1562. Puis elle voyagea
beaucoup. La réforme qu'elle introduisit dans les carmels
d'Espagne fut adoptée par la plupart des carmélites
du monde entier. En vingt ans elle fonda 17 monastères
de femmes, et 15 d'hommes avec le concours de saint Jean de la Croix.
Ceci explique pourquoi l'Espagne
l'a choisie pour patronne, avec saint Jacques, le "frère"
du Seigneur venu jusqu'à Compostelle, et pourquoi l'Église
l'a nommée la Vierge séraphique. Dans leur
querelle sur le quiétisme (chapitre "nouvelles hérésies"),
Bossuet et Fénelon s'inclinèrent tous deux devant
son autorité, et Rome lui a décerné, par
une exception unique à l'époque, le titre de docteur.
Il faudra attendre sa lointaine fille du carmel de Lisieux, sainte
Thérèse de l'Enfant-Jésus, pour que la distinction
soit renouvelée par Jean-Paul II.
Pour sa part l'Académie espagnole considère les
écrits de sainte Thérèse d'Avila, pourtant
tracés à la hâte et souvent sous l'empire
d'intolérables souffrances physiques, comme les plus beaux
monuments de la langue castillane. Ainsi, sont reconnus chefs
d'oeuvres de doctrine et de style : le Chemin de la Perfection
et le Château de l'âme. Citons encore, d'une
lecture plus aisée, la Vie de la sainte écrite
par elle-même. D'elle est cette maxime : "Que
rien ne te trouble, rien ne t'épouvante; Dieu seul suffit."
Parmi les figures de sainte Thérèse que l'on
doit à la statuaire, la plus célèbre est
bien celle du Bernin, en l'église Santa Maria della
vittoria à Rome : Thérèse est en extase
lorsque l'ange de Dieu perce son coeur d'une flèche. "la
douleur était si vive" dit-elle, "qu'elle
m'arrachait des gémissements, mais accompagnée d'une
telle volupté que j'aurais voulu qu'elle ne cessât
jamais."
La réforme de sainte Thérèse d'Avila
fut introduite en France par
Mme Acarie qui prit le voile
carmélite sous le nom de Marie de l'Incarnation,
puis elle fut propagée par le cardinal de Bérulle.
Louise de Lavallière et Louise de France, troisième
fille de Louis XV, s'y retireront pour revêtir la robe de
bure, le voile noir et le manteau de laine blanche, anonymes carmélites
dans l'un des quatre-vingt monastères que l'ordre possédait
en France
Si les carmélites n'usent plus de la discipline trois fois
par semaine, comme elles le firent longtemps, elles pratiquent
toujours et en toute rigueur l'abstinence, et ne peuvent rien
posséder qu'en commun. Leur clôture est rigoureuse;
toujours invisibles elles ne parlent aux visiteurs qu'à
travers une grille doublée d'un rideau.
Carmes
C'est d'après les conseils
et sous l'influence de sainte Thérèse d'Avila que
l'ordre des Carmes fut réformé par saint Jean de la Croix (1564). Avec ceux des Franciscains, des Dominicains
et des Ermites de saint Augustin il constitue les quatre
grands ordres mendiants confirmés par le concile
de Lyon (1274) (Chapitre 12 § 1).
Au XV° siècle un certain relâchement s'était
manifesté dans l'ordre, qui s'était traduit, avec
l'accord du pape Eugène IV d'ailleurs, par l'allégement
de la règle du silence et l'usage de la viande trois fois
par semaine. Les religieux préférant cependant conserver
l'ancienne règle le purent, et furent nommés observantins,
tandis que ceux appliquant les adoucissements prirent le nom de
conventuels. Un retour à plus de rigueur fut donc
l'objet de la réforme opérée par saint Jean
de la Croix.
Saint Jean de la Croix
(1542-91), théologien espagnol,
entra dans l'ordre des Carmes à 21 ans où il se
signala par sa douceur et sa gentillesse, mais aussi par ses austérités.
Quatre ans plus tard il rencontra sainte Thérèse,
qui le persuada donc d'appliquer à son ordre les réformes
qu'elle-même avait données au sien. Lui aussi connut
les pires difficultés, y compris le séjour en cachot,
avant de pouvoir fonder l'ordre réformé des carmes déchaussés
(1580). Ses ouvrages mystiques
furent traduits en français dès 1694. Benoît
XIII le canonisa en 1726.
Les carmes de la nouvelle observance, que Clément VIII affranchit
en 1593 de toute dépendance à l'égard
de l'ancien ordre, s'engagèrent à vaquer en simples
sandales de cuir (d'où leur nom de déchaux
ou déchaussés), en manteau brun et capuce
blanc. Ils prirent également l'engagement de se lever à
minuit pour célébrer l'Eucharistie, de jeûner
fréquemment et de s'abstenir de viande toute l'année.
Leur exemple conduisit les conventuels à opérer
un retour vers la règle ancienne et, au XVII° siècle,
plusieurs réformes furent accomplies en ce sens parmi les
couvents de cette observance (en 1604, 1619 et 1633).
Franciscains
Une fraction de l'ordre des frères
mineurs de saint François d'Assise, ou franciscains,
sous la conduite de Mathieu
de Bassi frère de la réforme
des observantins, avait résolu elle aussi de rendre
à la règle de saint François toute sa rigueur
primitive. Pour se reconnaître, les frères adoptèrent
un capuce (capuchon) plus ample et plus pointu que celui
de leurs confrères. D'où leur nom de capucins.
Ils furent encouragés par Clément
VII dès 1526 qui,
par une bulle de 1528 les autorisa à porter ce nouvel habit
et à demeurer dans des ermitages, mais qui les laissa sous
la juridiction des observantins. Ce qui fut source de toutes les
difficultés pour l'ordre naissant, car ils se virent bientôt
en butte aux persécutions de Jean de Fano, le provincial
observantin de l'ordre Les novices affluèrent cependant,
et le nombre de maisons augmenta. La règle, ébauchée
après la bulle, fut complétée en 1536, puis
1575, dans toute la rigueur franciscaine.
En 1608, Paul V déclara
les capucins "vrais fils de saint François",
et en 1619 les affranchit enfin de toute obéissance envers
le général des observantins. Ce fut alors l'essor.
Le nouvel ordre des capucins
apparut en France, autorisés
par Grégoire XIII, d'abord à Meudon, puis rue Saint-Honoré.
Fort appréciés dans la classe populaire, dont ils
partageaient la pauvreté, ils furent présents dans
toutes les oeuvres destinées à protéger la
foi et soulager la misère. À Paris, où ils
ne ménageaient pas leur dévouement, ils prirent
par exemple l'habitude de courir éteindre les incendies.
Des esprits remarquables portèrent aussi l'humble habit
à capuce, tel le Père Joseph (Leclerc
du Tremblay) l'ami et confident de Richelieu. Les capucins posséderont,
jusqu'à la Révolution, quatre cents couvents, dont
l'un est l'actuel Lycée Condorcet. Une de leurs chapelles
est devenue l'église de Saint-Louis-d'Antin.
Trappistes (cisterciens)
Armand-Jean de Rancé
(1626-1700), filleul du cardinal
de Richelieu, tonsuré à l'âge de dix ans,
devenu chanoine de Notre-Dame de Paris, prieur de deux abbayes,
abbé commendataire de trois autres dont la Trappe, ne
s'en livra pas moins à une vie de plaisirs et de dissipations
peu compatible avec son état.
Plus tard
archidiacre de l'évêque de Tours, docteur en Sorbonne,
député à l'assemblée du clergé,
aumônier du duc d'Orléans, il semblait appelé
aux plus grands honneurs lorsqu'en
1657, sur les conseils de quelques
évêques, il résolut de réformer son
existence et de se donner entièrement à Dieu. Renonçant
à tous ses bénéfices sauf l'abbaye de la
Trappe, il s'y retira et envisagea aussitôt d'y réintroduire
la règle d'origine, celle établie par Saint Benoît
: prière, silence, travail manuel et isolement complet
du monde.
Critiqué de son initiative par
les bénédictins, attaqué par les jansénistes,
attristé par le refus du pape d'étendre la réforme
à tout l'ordre de Cîteaux, Dom de Rancé mourut
à la Trappe, couché sur la paille et la cendre,
entre les bras de son ami l'évêque de Sées.
Il était demeuré toute sa vie lié à
Bossuet et le duc de Saint-Simon, et laissa une oeuvre écrite
remarquable.
La Trappe fut bâtie
à Soligny-la-Trappe, d'un mot percheron signifiant "degré",
dans le sens d'élévation, les lieux étant
adossés aux collines du Perche. L'abbaye appartient à
l'ordre de Cîteaux. Elle avait été fondée
en 1140 par le sire de Rotrou et, au XVII° siècle,
avait abandonné beaucoup de son austérité
primitive lorsque son abbé, Dom de Rancé
, décida de réformer la règle.
À titre d'exemple de vie monacale, décrivons sommairement
celle pratiquée à la Trappe. L'existence y est réglée
heure par heure. Couchés à 7h en hiver, 8h en été,
les religieux se lèvent toujours à 2h pour chanter
matines et laudes. Abandonnant toute occupation, les trappistes
se rendent en silence à la chapelle, à peu près
toutes les trois heures, pour prier et chanter ensemble : matines
et laudes avant l'aurore, prime à 6h, tierce à 9h,
sexte à midi, none à 15h, vêpres vers 18h,
complies juste avant le coucher. À complies est chanté
le Salve Regina , dans la chapelle sans lumière,
devant la statue de la Vierge seule éclairée.
Aucun trappiste n'est exempt du travail manuel, lequel est proportionné
aux forces de chacun : travaux de la terre, métiers et
industries diverses, tout est accepté par les trappistes.
Au siècle dernier, ils se sont rendus célèbres
par d'utiles travaux de défrichement, d'assèchement
et d'assainissement dans les Dombes, alors immenses marécages
de Bourgogne, comme dans la campagne romaine et en Algérie.
En période de chaleur, ils prennent une heure de sieste
l'après midi.
Les trappistes prient, mangent et dorment en commun. Ils couchent
sur une paillasse piquée, tout habillés, et recouverts
d'une simple couverture de laine. À midi chacun reçoit
une écuelle de potage, une assiette de légumes,
quelques fruits, une livre de pain et un pot de bière.
Privation de vin, de poisson et de viande. Le pape Léon
XIII leur a permis l'usage d'un peu de beurre et d'huile. Le jeûne
va du 14 septembre, fête de la Sainte Croix, à Pâques.
Ayant fait vu de silence, ils ne parlent que selon la plus stricte
nécessité, ou sur autorisation de l'abbé.
Le gouvernement est familial : l'abbé est aidé par
un prieur, un économe et un maître des novices. Les
religieux portent une ample robe nommée "coule"
faite de bure, grossière étoffe de laine, à
larges manches et capuche. La coule des pères de choeur
est blanche, et celle des frères convers, brune. À
leur mort, les trappistes sont enterrés autour de la chapelle,
dans leur coule, sans cercueil.
Citons enfin, parmi les ordres anciens réformés,
les Augustins déchaussés,
établis en France en 1596 par
François Amet
et Mathieu de Saint-François. Ils ont uvré au XVI° siècle
dans les missions et les Universités. Au XVII° ils
possédaient 2000 couvents dont 120 en France.
3 LA CREATION D'ORDRES NOUVEAUX
L'Église médiévale
avait vu se développer une intense vie intérieure,
l'Esprit poussant des âmes telles que Robert de Molesmes,
Bernard, François et Claire d'Assise, Dominique et d'autres
à développer le monachisme bénédictin.
Ce même mouvement se poursuivra, remettant sans cesse l'ouvrage
sur le métier. Les nouveaux artisans en seront encore des
saints : François de Paule, Angèle de Mérici,
Jean de Dieu, Jeanne de Chantal, Alphonse de Liguori
Minimes
Cet ordre eut pour fondateur saint
François de Paule, et fut institué sous le nom
d'ermites de saint François
d'Assise.
Saint François
de Paule (1416-1508), entré
dans l'ordre des franciscains à l'âge de treize ans,
se retira six ans plus tard dans une grotte de la côte calabraise,
son pays natal. Quelques disciples s'étant soumis à
sa direction, il leur donna une règle très sévère
et les nomma minimes pour les rappeler à l'humilité.
Adonnés à la contemplation et à l'étude,
leur devise était : Caritas. Le pape Sixte IV approuva
l'ordre en 1474, et les constitutions des minimes, approuvées
en 1502 par Alexandre VI, furent calquées sur la règle
des frères mineurs en leur imposant un carême permanent.
Louis XI roi de France, agonisant, et qui avait entendu vanter
la sainteté et les miracles de François de Paule,
le fit venir à Plessis-les-Tours et le supplia de prolonger
sa vie. Sagement, François se contenta de l'aider à
trépasser plus chrétiennement qu'il n'avait vécu.
Grâce aux libéralités de Charles VIII, édifié
par la mort du roi son père, le premier monastère
de minimes en France fut bâti à Plessis-les-Tours.
Saint François de Paul y mourra.
Ursulines
L'ordre des religieuses de
sainte Ursule fut fondé par
sainte Angèle de Mérici,
de Brescia, en 1506. Il avait pour vocation le soin des malades,
l'instruction et l'éducation des jeunes filles et la sanctification
personnelle de ses membres. Paul III en approuva la règle.
Les religieuses furent astreintes à la vie communautaire.
Grâce à saint Charles Borromée l'ordre se
répandit rapidement en Italie, puis en Avignon avant que,
protégé par Marie de Médicis, il gagne le
reste de la France. De là il se répandra en Allemagne
et dans le monde entier. Précisons que les communautés
enseignantes, qui seront fondées sous le même nom
au XIX° siècle, n'auront que de lointains rapports
avec l'ordre de sainte Ursule.
Frères de la Charité
Leur fondateur Saint Jean de Dieu (1495-1550), laïc portugais, mena une vie fort agitée,
tour à tour berger, soldat, intendant, colporteur, et parcourut
ainsi la Hongrie, l'Afrique du Nord et le sud de l'Espagne Il
se convertit à quarante ans, et se voua dès lors
au service des pauvres et des malades. Avec les aumônes
qu'il recueillit, il fonda en 1540 un hôpital, où
il conçut les premières bases de l'ordre qui porte
son nom.
Les frères de
Saint-Jean de Dieu ou de la Charité, furent approuvés dans leurs constitutions
par Pie V en 1571. Les frères, outre les trois voeux de
religion, faisaient celui de se consacrer au service des malades.
S'il y avait parmi eux quelques prêtres, la majorité
de l'ordre devait toujours être composée de laïques.
L'institut prit une grande extension en Espagne et au Portugal.
Introduit en France en 1601, il fut autorisé par Henri
IV puis par son fils Louis XIII, et donna son nom à l'hôpital
de la Charité qu'il créa à Paris. Les frères
de la Charité établirent bien d'autres maisons de
santé, asiles et hospices pour enfants infirmes avant d'être
dispersés, comme tous les autres ordres et instituts, par
la Révolution.
Religieuses de la Visitation ou Visitandines
Nous avons cité (Chap.17
§ 7) cet ordre fondé en
1610 par saint François
de Sales et sainte Jeanne de Chantal, dont l'objet
était de visiter les pauvres afin de leur porter des secours
spirituels et corporels. Les événements en firent
un ordre cloîtré, consacré à la prière,
à la récitation de l'office et à l'éducation
des jeunes filles. La supérieure générale,
résidant à Annecy, accordait à chaque monastère
son autonomie sous la juridiction des évêques. S'il
n'y avait que peu d'austérité corporelle de règle,
on s'attachait par contre beaucoup aux vertus de modestie, de
simplicité, d'obéissance et de ferveur.
Sainte Jeanne de Chantal
(1572-1641) la fondatrice, mariée à vingt ans,
avait perdu très tôt son mari qu'elle aimait profondément
et qui, blessé à la chasse, mourut entre ses bras.
Elle s'enferma alors, en Bourgogne, dans la solitude intérieure,
consacrant son temps à la prière, aux uvres de charité
et à l'éducation de ses quatre enfants. En 1604,
saint François de Sales, évêque de Genève,
vint prêcher à Dijon. Ce fut pour elle une illumination
: elle se mit sous sa direction spirituelle et obtint ensuite
son aide pour fonder à Annecy la congrégation de
la Visitation de Marie, qui comprenait à sa mort
87 couvents. Elle vint elle-même durant trois ans diriger
à Paris la maison qu'elle avait établie dans le
faubourg Saint-Antoine. Très attachée aux siens
elle fut éprouvée par les décès de
certains de ses enfants et dut lutter contre une tristesse et
des scrupules que son énergie parvint à surmonter.
Elle fut emportée brutalement au cours d'une visite de
ses couvents. Déclarée bienheureuse par Benoît
XIV, elle a été canonisée par Clément
XIII. Elle fut la grand-mère de Madame de Sévigné.
Rédemptoristes
L'ordre du Saint-Rédempteur
fut fondé par saint
Alphonse de Liguori (1696-1787),
un missionnaire de murs sévères, qui prêcha
d'abord de nombreuses missions avant de fonder, en 1749, son
ordre destiné à l'enseignement et à la propagation
de la foi, et uvrant ainsi à l'instruction des pauvres
et des paysans. Nommé évêque par Clément
XIII en 1762, il se démit de ses fonctions treize ans plus
tard, à 79 ans, pour se retirer dans le couvent de son
ordre, où il mourut. Béatifié par Pie VII.
Il sera canonisé par Grégoire XVI en 1839 et déclaré
docteur de l'Église par Pie IX. Parmi ses oeuvres, il faut
citer sa Théologie morale, ouvrage encore réédité
en italien.
4 L'APPARITION DES CONGREGATIONS
Toujours nées du souci
de réforme voulu par le concile de Trente, voici qu'apparaissent
les congrégations. Un visage, aussitôt, vient à
l'esprit : celui de saint Vincent de Paul.
Mais en quoi une congrégation,
du point de vue canonique, diffère-t-elle d'un ordre ?
En ceci qu'une congrégation religieuse associe des membres,
hommes ou femmes dont les vux ne sont pas "solennels"
mais "simples", soit temporaires soit perpétuels,
ou même ne sont liés que par un engagement ou une
promesse d'obéissance n'allant pas jusqu'au vu.
Toute congrégation doit voir ses statuts approuvés
par l'évêque du diocèse, puis celle du pape
lorsqu'elle a pris une certaine importance. Au plan civil, elle
est à présent soumise à la loi du 1er juillet
1901 relative au contrat d'association.
5 CONGREGATIONS VOUEES A L'INSTRUCTION DU CLERGE
Cet objet était le
premier peut-être, par l'urgence, dans l'esprit des Pères
du Concile. De grands noms de fondateurs y sont attachés
: Philippe de Néri, Pierre Bérulle, Jean Eudes.
Oratoriens
Les
Pères de l'Oratoire,
voués à l'enseignement, le furent aussi aux
missions et à la prédication. Deux congrégations
portaient ce nom, l'une en Italie, fondée par
saint Philippe de Néri,
celui-là même qui assista Pie IV dans ses travaux
de réforme de l'Église (voir Chap.17 § 5),
l'autre en France, fondée par le
Père de Bérulle.
Saint Philippe de Néri
(1515-95) fit ses études à Rome, puis vendit
ses livres pour se consacrer au service des malades et des pauvres.
En 1548, il établit la confrérie et l'hôpital
de la Sainte-Trinité pour l'assistance des indigents. Ordonné
à trente six ans, Philippe se joignit d'abord à
quelques prêtres séculiers qui vivaient ensemble
dans la maison dite "de saint Jérôme",
mais bientôt il réunit de jeunes ecclésiastiques
qu'il chargea de faire des prédications publiques dans
les rues de Rome. Le peuple les nomma les oratoriens. Le
fondateur ratifia le nom et désigna sa congrégation
l'Oratoire de Rome. Il n'y admit
que des prêtres qui s'engageaient à vivre pauvrement
dans l'étude et dans la pratique de la charité,
sans toutefois prononcer de vu.
Grégoire XIII, approuvant
l'institution, lui donna la maison et l'église de Sainte-Marie-de-la-Vallicelle
à Rome.
Le nouvel institut s'étant rapidement développé,
Philippe lui donna ses règles, imposant aux membres de
l'Oratoire de travailler en commun à leur propre
sanctification et à celle du prochain. Les différentes
maisons où ils s'établissaient demeuraient indépendantes
les unes des autres et devenaient ainsi le siège d'autant
d'Oratoires distincts. La congrégation donna à
l'Église un grand nombre de savants. Transportée
en Espagne dès le XVII° siècle, elle sera introduite
en Angleterre deux siècles plus tard par le cardinal Newman.
Béatifié par Paul V, Philippe de Néri fut
canonisé par Grégoire XV en 1622.
Pierre de Bérulle
(1575-1629), cardinal français
fondateur de l'Oratoire
de France, se fit remarquer dès
son entrée dans les ordres par son savoir, sa foi ardente,
son caractère doux et conciliant, sa modération
et son talent dans la controverse. Lors de la fameuse conférence
de Fontainebleau en 1600, qui mit en présence du Plessis-Mornay,
protestant, et du Perron, catholique, et à l'issue
de laquelle Henri IV trancha en faveur des catholiques, Bérulle
discuta vivement avec Plessis-Mornay. Il introduisit en France
l'ordre des carmélites et fonda, selon la demande du pape
Paul V, cette congrégation
de l'Oratoire (1613). Il participa
aussi à la vie politique auprès de Louis XIII et
fut nommé ambassadeur en Espagne. Ayant refusé toute
dignité ecclésiastique, il accepta pourtant par
soumission le cardinalat en 1627, avant de devenir ministre d'État.
En butte à une certaine hostilité de Richelieu il
se retira au sein de la congrégation qu'il avait fondée.
C'est dans une maison du faubourg Saint-Jacques à Paris
que le Père Bérulle avait créé cette
congrégation sur le modèle de l'institut de saint
Philippe de Néri. Il lui donna le nom d'Oratoire de Jésus. Contrairement à la règle italienne,
il voulut que ses maisons fussent soumises à l'autorité
d'un supérieur général. De son vivant les
oratoriens se transportèrent rue Saint-Honoré,
et y élevèrent en 1621 la célèbre
chapelle qui, consacrée aujourd'hui au culte protestant,
se nomme l'Église réformée de l'Oratoire
du Louvre. La prospérité de l'institut ne cessa
de s'accroître durant le XVII° siècle. Les oratoriens,
voués à l'enseignement et à la prédication,
dirigeront en France plusieurs collèges, notamment ceux
de Juilly, de Saint-Lô, et à Paris l'école
Massillon.
Eudistes
Les
Prêtres de Jésus et de Marie, ou Eudistes, de même vocation que
les Oratoriens, furent fondés par Jean Eudes.
Jean Eudes (1601-80), admis à 22 ans dans la congrégation
de l'Oratoire puis ordonné prêtre l'année
suivante, s'illustra par sa charité tout autant que par
l'éloquence de ses prédications. Supérieur
de la maison de l'Oratoire de Caen, il institua des conférences
ecclésiastiques pour l'instruction des prêtres de
la ville. Il quitta l'Oratoire pour fonder la congrégation
des Prêtres de
Jésus et Marie (1643) consacrée
à l'éducation sacerdotale des séminaristes,
et à la formation des prédicateurs populaires.
Elle fut fondée à Caen. Ses membres, sous l'habit
du clergé séculier mais liés par aucun voeu,
devaient se destiner à la direction des séminaires
et à la prédication des missions dans les campagnes.
La congrégation se répandit rapidement en Normandie
et jusqu'à la Loire. Sept ans plus tard, un moment arrêtée
dans son essor par l'opposition de l'évêque de Bayeux,
elle reprit son extension grâce à un sermon du Père
Eudes devant la cour à Paris, ce qui lui assura la protection
d'Anne d'Autriche.
Jean Eudes fut également le fondateur de la congrégation
des filles de Notre-Dame de la Charité de Caen,
et composa un grand nombre d'ouvrages de piété.
Sulpiciens
Jean-Jacques Olier (1608-57), fondateur de la
compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (1642),
vite surnommés sulpiciens,
était abbé de Pibrac et prieur de Bazainville lorsqu'il
se lia d'amitié avec saint Vincent de Paul et prêcha
plusieurs missions dans l'Auvergne, le Vélay et la Bretagne.
Il fonda son association de prêtres voués à
la formation des aspirants au sacerdoce, et devint curé
de Saint-Sulpice, dont il lancera l'édification de l'église
actuelle. Anne d'Autriche en posera la première pierre
(1646). Il fit élever également le séminaire
qui occupait alors l'emplacement de l'actuelle place Saint-Sulpice,
et fonda également de nombreux séminaires en France
et au Canada. L'assemblée du clergé de France le
qualifiera, en 1730, de prêtre éminent, gloire
et ornement insigne du clergé français. Jean-Jacques
Olier laissa un catéchisme, des lettres et des traités
de valeur, recueillis par ses premiers disciples.
6 CONGREGATIONS VOUEES A L'EDUCATION DE LA JEUNESSE
Nombreuses furent les congrégations
fondées pour cette vocation. La figure la plus marquante
en est saint Jean Baptiste de la Salle.
Barnabites
Fondés vers 1530 par trois
confrères de la Sagesse éternelle de Milan,
les Clercs réguliers de la congrégation de saint
Paul s'établirent en 1538 au cloître de Saint-Barnabé à Milan, d'où leur nom populaire
de Barnabites. Leurs constitutions, auxquelles saint Charles
Borromée donna, en 1579, une forme définitive, leur
assigna pour vêtement celui des prêtres séculiers,
et pour objet la prédication et l'éducation de la
jeunesse, avec défense d'accepter aucune charge, sinon
contraints par le pape. Appelés en Béarn par Henri
IV en 1608, ils se répandirent rapidement en France,
où ils avaient au milieu du XVII° siècle quatorze
maisons. Ils furent également appelés en Autriche
et en Espagne.
Frères des Écoles
Chrétiennes
Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719) leur fondateur, termina ses études au
collège Saint-Sulpice et fut ordonné prêtre
à vingt ans. Touché de l'ignorance où l'enseignement
primaire insuffisant laissait de son temps les enfants du peuple,
il fonda en 1679
une congrégation de frères
voués à la direction des écoles. À
la mort de leur fondateur les nouveaux religieux étaient
déjà établis dans les principales villes
de France. Béatifié par Grégoire XVI, il
fut canonisé en 1900 par Léon XIII. On a de lui
quelques très bons ouvrages sur les devoirs du chrétien
et la direction des écoles.
Citons encore, également voués à l'enseignement
: les Soeurs de l'Instruction
Chrétienne, les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, les Soeurs
de la Doctrine chrétienne, les
Dames de Saint-Maur, les Frères de Saint-Charles.
7 CONGREGATIONS VOUEES AUX MISSIONS
Si, dans ce que l'on nomme
le "grand public", on connaît surtout saint Vincent
de Paul au travers de son oeuvre (immense au demeurant) au profit
des déshérités de la vie, on ignore trop
souvent son importante contribution à l'oeuvre des missions.
Lazaristes
Les
Prêtres de la Mission,
qui furent institués en
1625 par saint Vincent de Paul, prirent
le nom de Lazaristes sept ans plus tard lorsque le siège
de la congrégation fut transporté au faubourg Saint-Denis
dans le prieuré de Saint-Lazare. Approuvés par les
papes Alexandre VII et Clément X, les lazaristes s'appliquaient
spécialement aux missions dans les pays islamistes et bouddhistes
Très répandus en Turquie, Asie Mineure et Chine,
ils y servaient à la fois la religion catholique et la
France. Mais leur vocation ne s'arrêtait pas là :
ils s'attachèrent également à la prédication
dans les campagnes et à la direction des grands séminaires.
L'actuelle Église Saint-Vincent-de-Paul est bâtie
sur les terres du prieuré de Saint-Lazare.
Saint Vincent de Paul
(1576-1660) fut d'abord gardien du troupeau de son père,
dans les Landes sur une paire d'échasses. Puis il commença
ses études chez les cordeliers à Dax, reçut
la tonsure à vingt ans et assura sa formation théologique
à Toulouse, tout en donnant des cours pour survivre. Lors
d'un voyage par mer de Marseille à Narbonne il fut capturé
par des barbaresques et vendu comme esclave à Tunis. La
conversion de son maître arabe à la religion du Christ
lui assura dit-on sa liberté. De retour en Aquitaine il
fut conduit à Rome où Paul V et l'ambassadeur de
France le chargèrent d'une mission auprès d'Henri
IV.
Plus tard Richelieu prendra son conseil dans
le choix des évêques aptes à appliquer les
réformes voulues par le concile de Trente. Nommé
tour à tour curé de Clichy, aumônier de l'ex-reine
"Margot", précepteur des enfants d'Emmanuel de
Gondi et curé de Bresse, il déploya partout son
zèle, son sens de l'organisation et surtout son immense
charité. Parmi les innombrables misères corporelles
et spirituelles qui sollicitèrent son dévouement,
il faut citer celles des galériens, celles des orphelins
et celles des paysans ignorants.
Il fit encore
des prodiges pendant la Fronde pour alléger les maux de
la famine et de la guerre civile. Dix ans avant il avait assisté
Louis XIII sur son lit de mort. Béatifié en 1729,
il fut canonisé huit ans plus tard par Clément XII.
Citons encore, au titre de la formation des missionnaires, la
Congrégation du
Saint-Esprit, les
Prêtres des missions étrangères, et la Société
des missions de Lyon
. Nous verrons également plus
bas (§ "L'oeuvre missionnaire") comment un prêtre
tourangeau, François Pallu, fonda en 1663 le Séminaire des Missions Étrangères.
8 CONGREGATIONS VOUEES AUX SOINS AUX PAUVRES ET AUX MALADES
La charité étant
la première des vertus théologales, nombreuses furent
ici les vocations; trois personnalités y brillent en toute
humilité d'un éclat particulier : Louise de Marillac,
saint Louis Grignion de Montfort et Frédéric Ozanam.
Filles de la Charité
En 1617 Saint Vincent de Paul,
alors curé de Châtillon-les-Dombes, avait institué
dans la Bresse une première confrérie de servantes
des pauvres, et une seconde à Châlons en 1623.
Six ans plus tard il en fonda plusieurs autres du même genre
à Paris. En 1634,
avec l'assistance de Louise de Marillac,
il les réunit en une même communauté. La nouvelle
congrégation, approuvée par Louis XIV, puis confirmée
par le pape en 1660, eut pour première supérieure
Louise de Marillac.
Les filles de la Charité, nommées aussi soeurs
grises et, dans la suite
soeurs de saint Vincent
de Paul, se répandirent
bientôt dans toute la France et les nations voisines. Elles
auront cinq cents établissement en France, dont la maison
mère est rue du Bac à Paris.
Après avoir institué les Prêtres de la
Mission et les soeurs de la Charité le surnom
de saint Vincent de Paul, de son vivant déjà, était
celui de père des enfants trouvés. Sa générosité
ne s'arrêta pas là : il créa aussi un refuge
pour les prostituées, et l'hôpital de la Salpétrière.
Filles de la Sagesse
et Compagnie de Marie (Monfortains)
Ces congrégations furent
fondées en Vendée par un prêtre breton : Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
(1673-1716), qui fut l'un des
prédicateurs populaires ayant réveillé la
foi dans nos campagnes. Louis-Marie évangélisa avec
zèle le Nord-Ouest de la France : Normandie, Bretagne,
Saintonge, Poitou, Anjou. Le titre de missionnaire apostolique,
conféré par le pape, lui donna le pouvoir de prêcher
même dans les diocèses où les évêques
jansénistes l'interdisaient. Son court mais très
riche traité de la Vraie
dévotion à la Sainte Vierge eut alors, et possède
toujours, une grande influence. Louis-Marie conserva jusqu'à
sa mort l'enthousiasme et l'entrain qu'il savait communiquer.
Ses Filles de la Sagesse
prononçaient leurs voeux
perpétuels après cinq ou six années de vie
religieuse. La supérieure partageait le gouvernement de
la congrégation avec le supérieur général
des prêtres de la compagnie de Marie. Leur commun
fondateur avait donné à ceux-ci la direction spirituelle
des Filles de la Sagesse au cours de retraites annuelles. Ces
religieuses exerçaient des ministères très
variés : l'éducation de filles en écoles
primaires, mais aussi l'assistance en asiles, instituts d'aveugles
et sourds-muets, ouvroirs, providences, bagnes et prisons, hôpitaux
civils et militaires, asiles d'aliénés, bureaux
de bienfaisance, etc. Elle s'employaient de surcroît à
toutes les oeuvres des paroisses.
Encore au service des souffrants de l'époque, notons :
les Soeurs gardes-malades
de Notre-Dame-de-Bon-Secours, les soeurs de Saint-Joseph. En 1842, l'abbé
Le Pailleur fondera les
Petites soeurs des Pauvres. Dans
un même ordre d'idée citons enfin l'Institut du Bon-Pasteur pour la
sauvegarde des filles repenties.
Disons enfin que l'oeuvre de saint Vincent de Paul inspirera au
XIX° siècle à un jeune étudiant en Droit,
Frédéric
Ozanam, la création des
Conférences de
saint Vincent de Paul, dont l'objet sera le culte de Jésus-Christ
dans la personne des pauvres en les visitant et secourant
à domicile. Approuvée par Grégoire XII, encouragée
par Pie IX, l'oeuvre gagna les villes de province, les campagnes
puis l'étranger.
9 AUTRES CONTRIBUTIONS A LA REFORME DE L'ÉGLISE
L'imagination étant
grâce à Dieu le propre de l'homme, celui-ci trouvera
d'autres chemins du coeur. Henri de Lévis, Dom Tarisse,
ou plus simplement sainte Marguerite-Marie Alacoque en ont apporté
le témoignage.
Théatins
La congrégation des Théatins fut instituée
en 1524 en Italie sous le titre de clercs réguliers avec
l'aide de Jean-Pierre Caraffa, archevêque de Théato,
aujourd'hui Chiéti près de Pescara sur la côte
adriatique. Cet évêque, qui sera pape sous le nom
de Paul IV, se proposait, par la vertu de l'exemple, de
réformer les murs du clergé et de toute la chrétienté.
C'est pourquoi, d'après leurs statuts, ces religieux devaient
non seulement vivre sans fonds ni revenus, mais encore ne jamais
mendier et s'en remettre totalement à la Providence et
la charité prévenante des fidèles. Malgré
ce sévère régime ils se répandirent
dans toute l'Europe et jusqu'en Orient. En 1642 Mazarin les
appela à Paris et leur donna une maison rue Malaquais,
où ils bénéficièrent de la protection
d'Anne d'Autriche.
Compagnie du Saint-Sacrement
Cette association, due à
une initiative d'Henri
de Lévis en 1630, vit le jour à Avignon et eut une vocation
aussi originale qu'utile : trente années durant elle s'efforça
d'unir toutes les bonnes volontés catholiques de quelque
poids, afin de combattre l'effet nocif de l'impiété
des libertins, et subvenir à toutes les oeuvres catholiques.
Elle groupera d'illustres personnalités telles que celles
de Bossuet et de l'évêque Charles de Noailles. Dans
la discrétion ("la société se tiendra
fort secrète" précise ses statuts) elle
accordera ses aides, et les oeuvres de saint Vincent de Paul en
furent souvent bénéficiaires. Elle disparut en 1660,
combattue à la fois par les libertins et les jansénistes.
Congrégation de
Saint-Maur
Cette société,
issue des bénédictins, brilla d'un grand
éclat du fait des travaux des moines érudits qui
la composèrent. Grâce au zèle de dom Tarisse elle
progressa rapidement. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés
à Paris était le siège du général
de la congrégation, laquelle compta de nombreux savants
de premier ordre, dont les moines
Jean Mabillon (1632-1707), dom Luc d'Achery (1609-85), Bernard
de Montfaucon ( 1655-1741),
tous auteurs d'uvres d'une grande importance. Des oeuvres
collectives, telles la Gallia christiana et l'Histoire
littéraire de la France, attestent également
le génie des moines de Saint-Maur.
Citons enfin l'exemple d'une vie religieuse qui fit beaucoup pour
ranimer la ferveur au coeur des chrétiens : celui de sainte Marguerite-Marie Alacoque
(1647-90). Elle avait ajouté
à son prénom celui de Marie à l'âge
de douze ans, pour remercier la sainte Vierge de l'avoir guérie
d'une paralysie. À vingt-cinq ans elle fit profession dans
le monastère de la Visitation à Paray-le-Monial
(Visitandines), où elle fut aussitôt chargée
de la direction des novices. Sa vie apparaît, dans les écrits
de ses biographes, comme une suite d'austérités,
de mortifications, d'extases, de révélations, de
miracles même et de prophéties, dont celle concernant
sa propre mort survenue, ainsi qu'elle l'avait exactement annoncé,
le 17 octobre 1690. Sur sa poitrine on trouva gravé à
la pointe d'un canif, en gros caractères, le nom de Jésus.
Un petit écrit mystique qu'elle avait composé :
la Dévotion au coeur de Jésus (1698) a donné
lieu à l'institution de la fête du Sacré-Coeur
(vendredi après l'octave de la Fête-Dieu) Ce fut
Tayllerand, alors évêque d'Autun, qui introduira
sa cause de béatification. Elle le sera en 1864.
10 LES ORATEURS VOUES A LA PREDICATION
Enfin des voix, au service
de l'intelligence de la Parole, se sont élevées
afin que, du peuple aux princes régnants, souffle sur toute
la chrétienté un nouveau vent de l'Esprit. Leurs
noms furent Bossuet, Bourdaloue, Fléchier, Fénelon.
Jacques Bossuet (1627-1704)
fit ses études chez les jésuites
à Dijon sa ville natale, puis au collège de Navarre.
À seize ans, il improvisa un sermon qui fit sensation,
et à vingt-et-un soutint sa thèse en Sorbonne devant
le grand Condé. Ordonné quatre ans plus tard il
fut archidiacre à Metz, où il prêcha durant
six ou sept ans maints sermons et panégyriques. De retour
à Paris, Bossuet se consacra à la prédication
de 1659 à 70; sermons isolés, Carêmes et Avents,
oraisons funèbres de grands de ce monde. Louis XIV fut
son auditeur.
Bossuet se préoccupait fort peu de la gloire littéraire;
il ne parlait, n'écrivait que pour l'instruction des âmes;
ce qu'il prêchait était d'abord le dogme, sans souci
des sentiments, des murs, du goût de ses contemporains.
Bien souvent sa parole les choquait par son audace. C'est pourquoi,
à l'époque, Bourdaloue plus conventionnel lui était
parfois préféré.
En 1670 Bossuet fut nommé précepteur du Dauphin
Louis de France (1661-1711). C'est pour cet élève
qu'il composa quelques uns de ses plus remarquables ouvrages,
tel le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même,
exposition magistrale de la théologie catholique inspirée
de saint Thomas. L'éducation du Dauphin terminée,
il fut nommé évêque de Meaux, tout en continuant
à écrire. Contre les protestants, entre autres,
il publia l'Histoire des variations, où il démontre
que l'individualisme est le vice fondamental de leur doctrine.
Aumônier de la duchesse de Bourgogne, supérieur
de la maison de Navarre, conservateur de l'Université,
conseiller d'État, mais surtout rigide gardien de l'orthodoxie
catholique (à preuve sa Défense de la tradition
et des saints Pères), les devoirs de ses diverses charges
ne freinaient aucunement son zèle dans le ministère
de son diocèse.
Bossuet fut, au XVII° siècle, le plus illustre représentant
du catholicisme, le dépositaire et l'interprète
d'une tradition qui n'admet aucun changement et dont la vérité
se prouve dans sa "suite" invariable. À ses
yeux, l'hérétique est celui "qui a une opinion".
Louis Bourdaloue (1632-1704), de cinq ans plus jeune, entra chez les jésuites
à seize ans, avant d'être vingt années professeur
en province. C'est en 1666 qu'il commença de prêcher,
et il eut tout de suite un succès éclatant. Envoyé
à Paris en 1669, il se fit d'abord entendre dans la maison
professe de son ordre; l'année suivante il prêcha
l'Avent en présence de la cour, et, en 1672 le Carême.
Il fut le prédicateur ordinaire de Louis XIV. Sa vie fut
une série de trente-quatre années de sermons. Éclatant
orateur, prêchant souvent les yeux fermés, il produisait
une vive impression sur ses auditeurs. Ses sermons se développaient
en une suite rigoureuse, et portaient plus sur la morale que le
dogme car il parlait en directeur de conscience, avec sévérité,
à la manière des jansénistes, "frappant
comme un sourd" disaient ses contemporains. Il brossait souvent
des portraits, afin de capter l'auditoire par des à propos
marquants. Il voulait instruire et convaincre. S'il n'avait pas
les magnifiques élans, les foudres et les éclairs
de Bossuet, ni sa sensibilité, ni son imagination, il lui
était supérieur par la clarté de l'exposé,
la force de la dialectique et sa connaissance des faiblesses humaines.
Valentin Fléchier
(1632-1710) écrivain, orateur, était le neveu
du supérieur des frères de la Doctrine chrétienne
de Tarascon. Il entra dans cet ordre et y acquit une précoce
réputation, par l'élégance de son style et
sa facilité à tourner des vers latins. Venu à
Paris, précepteur chez le conseiller d'État Caumartin
puis lecteur du Dauphin il se lança dans la prédication
et y obtint, vingt années durant, un grand succès.
Il excella surtout dans l'oraison funèbre et se mesura
plusieurs fois avec Bossuet. En 1673 il fut reçu à
l'Académie le même jour que Racine. Nommé
évêque de Lavaur, puis de Nîmes en 1687, il
sut, dans ce poste rendu difficile par la récente révocation
de l'édit de Nantes, atténuer par sa modération
et sa charité les effets des mesures ordonnées contre
les protestants.
En tant que prédicateur, Fléchier fut souvent comparé
à Bossuet et Bourdaloue, ses contemporains. Il resta cependant
inférieur à l'un comme à l'autre car son
style, un peu trop élégant et fleuri, était
assez peu digne de la chaire. Son uvre d'écrivain : oraisons
funèbres, mémoires, sermons, ouvrages historiques
pécha un peu, dit-on, par son emploi de l'antithèse
et de la sonorité du mot, ce qui n'était pas dans
le goût de l'époque. Mais marquait bien une tournure
de poète latin.
François de Fénelon
(1651-1715), né dans une
illustre famille du Périgord, séjourna à
l'université de Cahors avant de faire sa théologie
à Saint-Sulpice et y recevoir les ordres à vingt-quatre
ans. L'abbé de Fénelon rêve alors de partir
catéchiser en terre de mission, mais il est nommé
supérieur de la congrégation des Nouvelles-Converties
Il déploie, dans ces délicates fonctions, ses qualités
de directeur de conscience. Cette expérience lui inspire
son premier ouvrage sur l'Éducation des filles.
Nommé précepteur du jeune duc Louis de Bourgogne,
petit fils de Louis XIV et futur père de Louis XV, enfant
dur, orgueilleux et d'humeur violente, il en fit un modèle
de douceur et de piété. C'est pour lui qu'il écrivit,
entre autres ouvrages, les célèbres Aventures
de Télémaque. À la fin du XVII° siècle,
la réputation de Fénelon comme éducateur,
directeur d'âmes et prédicateur est à son
sommet. Ami de Bossuet, protégé de Mme de Maintenon,
il est admis à l'Académie Française, nommé
abbé de Saint-Valéry, archevêque de Cambrai.
C'est l'époque (1695) où Fénelon est un moment
séduit par les théories sur le quiétisme
(Chap.20 § 2 : "Nouvelles hérésies").
Il reviendra de son erreur, n'ayant par ailleurs jamais cessé
de consacrer à l'administration de son diocèse le
meilleur de lui-même.
Fénelon n'a eu ni l'éloquence, ni la souveraine
autorité, ni l'obstination de Bossuet, mais toute son uvre
de directeur, d'évêque, d'écrivain, de politique,
est empreinte d'intelligence et de talent de séduction.
"Ce grand homme maigre, bien fait, avec un grand nez et
des yeux dont le feu et l'esprit sortaient comme un torrent",
dit de lui Saint-Simon, fut, par son style et sa pensée
d'une sensibilité persuasive, le précurseur d'un
âge nouveau. Lorsque le Dauphin mourut (1711), on put croire
que le duc de Bourgogne allait régner après Louis
XIV vieillissant, et Fénelon, en son archevêché
de Cambrai, dessina le plan du gouvernement futur qui eut réparé
les ruines causées par la monarchie absolue. Mais l'année
suivante mourait l'élève de Fénelon, et disparaissait
avec lui la dernière espérance politique de son
ancien précepteur.
11 L'OEUVRE MISSIONNAIRE
Au XVI° siècle,
l'oeuvre missionnaire des jésuites avait trouvé,
en la personne de saint François-Xavier, un digne tenant
de la parole du Christ : "Allez
donc; de toutes les nations faites des disciples" (Mt 28-19). Un pape, en ce début
du XVII° siècle, fut lui aussi sensible à cette
vision de l'Église.
Grégoire XV (1621-23) organisa
la Congrégation
romaine de la Propagande (1622).
À partir de ce moment, toutes les mission relevèrent
de cette structure, destinée à subvenir aux besoins
de l'apostolat, et placée au dessus des compétences
nationales. La Congrégation romaine, dès lors, désira
voir des prêtres séculiers européens se consacrer
aux missions d'Orient, afin de pouvoir les investir des fonctions
épiscopales en ces terres étrangères.
Ce fut le cas, après bien d'autres et trente ans plus tard,
de François Pallu
(né en 1626), un prêtre
tourangeau, résolu à se consacrer aux missions.
Ayant reçu l'épiscopat il s'embarqua pour l'Extrême-Orient.
Là, la moisson lui parut si prometteuse qu'il décida
d'y envoyer de nombreux ouvriers : il rentra donc en France pour
y créer une maison destinée à la formation
et à l'envoi de futurs missionnaires. Ainsi fut fondé,
dans un immeuble de la rue du Bac, le
Séminaire des missions étrangères (1663), dont Bossuet prononça le sermon d'inauguration
en présence de Louis XIV.
Le champ était immense. Pendant qu'en Amérique
l'immense travail d'évangélisation des dominicains des jésuites et des capucins
était décuplé
par la pratique de l'esclavage et la traite des nègres,
les Portugais, aux Indes, établissaient autant d'évêchés
que de comptoirs : ce fut le travail des compagnons de saint François-Xavier,
avant leur départ pour le Japon et la Chine.
Au même moment, Lazaristes
et
capucins gagnaient l'Afrique,
évangélisant avec des succès divers, les
premiers Madagascar, les seconds le Congo, le Mozambique,
l'Île Bourbon (La Réunion) et l'Île
de France (Maurice)
CONCLUSION
On reste confondu devant
l'ampleur de la tâche accomplie. Bien entendu elle fut l'oeuvre
d'hommes et de femmes dont la vocation était l'armure et
les mille compétences autant de provisions. Mais rien ne
serait advenu sans un plan qui, de par son ampleur et sa cohérence,
dépassait l'ordre de l'humanité
Reste pourtant à l'homme d'avoir laissé ce témoignage,
qui est l'illustration la plus éclatante que la diversité
ne nuit ni à l'unité ni à l'efficacité.
Et la vivante image, qu'évoque saint Paul, des membres
de ce Corps du Christ, "lui qui des uns a fait des apôtres,
d'autres des prophètes, d'autres des évangélistes,
d'autres des pasteurs et des docteurs, pour le perfectionnement
des saints, pour l'accomplissement du ministère, en vue
de l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce
que tous ensemble nous parvenions à l'unité de la
foi et de la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l'état
d'homme parfait, à la taille qui convient à la plénitude
du Christ." (Eph 4-11à13)
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