Maranatha ! : Chapitre 16

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la réforme protestante en europe
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

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Si nous résumons ce que l'Église vient de vivre, nous constatons que le moteur de la Renaissance : l'humanisme, a engendré un déclin des valeurs morales et, partant, spirituelles. Mais que l'Église, elle-même corrodée par la révolution des esprits, a prêté le flanc à la critique : affaissement du sens de la mission, népotisme, fiscalité galopante, relâchement des moeurs du clergé. L'Église est salie. Il se lève un immense besoin de pureté, que traduit un regain de mysticisme. La Réforme correspond à une nécessité.

Mais les réformateurs eux-mêmes sombrèrent dans une double erreur : d'abord, en s'emmurant dans le biblicisme intégral ils rejetèrent une partie fondamentale de la parole du Christ et du dépôt sacré des Pères de l'Église; ensuite, par la pratique des propres excès qu'ils reprochaient aux représentants de l'Église, ils détruisirent de leurs mains cet idéal de pureté qu'ils entendaient promouvoir.
1 Origines de la réforme allemande

Puisque le mouvement prit naissance en Allemagne, quelles en furent les causes ? Elles eurent des origines tant religieuses que politiques.

Aux causes générales que nous venons d'évoquer, il faut ajouter celles propres à l'Allemagne, où nulle part ailleurs le clergé ne fut aussi riche et si peu édifiant : évêques et abbés affichant le même luxe insolent que les princes et les nouveaux riches du commerce et de l'industrie, cumulant les "bénéfices", portant tenue civile, vivant souvent en concubinage, se dispensant de célébrer la messe. À l'opposé, des prêtres sans revenus devaient pour subsister effectuer des métiers séculiers, aigris, prêts à toute révolte. Il en était de même de la population, oppressée, ouverte au progrès du socialisme, et pour qui la Réforme sera l'aube de la révolution sociale. Entre ces deux classes, une noblesse de bas étage, chevaliers sans scrupules à l'affût d'un pouvoir ou d'un domaine. Une autre cause, (lointaine conséquence de l'antique querelle entre guelfes et gibelins, membres des factions qui, au Moyen Âge, opposèrent germains et latins), fut la haine du Romain, ravivée en Allemagne par l'excès de fiscalité papale.

Cet ensemble de causes explique déjà l'humanisme frondeur d'un Érasme (cité au chapitre 15), son Éloge de la Folie qui railla toute la hiérarchie ecclésiastique, et sa critique libre de la Vulgate dont s'inspirera Luther.

Mais voici que de nouveaux théologiens redécouvrirent les écrits de John Wiclef et de Jean Hus (cités au chapitre 14) et la théorie de la Prédestination, qu'ils firent leur. Le Hollandais Johan Wessel Gansfort (1420-89), professeur de philosophie et de théologie à Cologne, au nom de cette fatalité nia toute hiérarchie, (jugée inutile puisque Dieu sauve qui Il veut. Un seul moyen de salut : faire de l'Écriture l'unique règle de foi). Il attaqua également l'infaillibilité du pape, les abus de l'Église, les pèlerinages, l'indulgence (qui ne peut être déduite ni du pouvoir du pape car l'Écriture n'en fait pas mention, ni des mérites personnels puisque l'on ignore si Dieu autorise une telle "compensation" ) et jusqu'à l'utilité de la communion sous les espèces, la spirituelle suffisant. En un mot, pour Wessel, le fidèle isolé se suffit à lui-même. Jean Pupper de Goch professa la même doctrine, ajoutant l'inutilité des bonnes oeuvres, voeux et obligations ecclésiastiques, au motif que seul serait méritoire le bien accompli librement.

2 La Réforme en Allemagne

Le moine augustin Luther en fut le maître d'oeuvre. Son enfance perturbée, sa nature inquiète en firent l'héritier des premiers écrivains réformateurs, le convainquant du bien fondé du salut par la foi et non par les oeuvres. Un prétexte déclencha sa révolte : l'affaire des indulgences. Les conséquences de cette lutte ouverte contre le pape s'enchaînèrent : secte des anabaptistes, guerre des paysans, rédaction d'une "profession de foi" et d'un "catéchisme". Les progrès de l'hérésie furent tels que les États allemands, l'un après l'autre, cédèrent sous la poussée. À la paix d'Augsbourg (1555), les protestants avaient réussi à imposer leur Église Réformée.

Martin Luther (1483-1546) fils d'un mineur saxon acquit à l'université d'Erfurt, à l'âge de vingt-deux ans, le grade de maître en Philosophie. La même année, rompant avec ses études de droit, il entra au couvent des augustins d'Erfurt et reçut la prêtrise en 1507. De caractère inquiet, de conscience facilement tourmentée, Luther fut obsédé par la notion du péché et la faiblesse de la nature humaine.

Cette vision est à l'origine de son Commentaire sur l'Épître aux Romains. (1515). Niant le libre arbitre, Luther y proclama que le péché originel vicie totalement la nature humaine, la livre à la concupiscence , et fait de chacun de nos actes un péché mortel. L'homme, incapable de bien, ne peut être sauvé que par la foi. Là sont les deux principes du luthérianisme. Et Luther résuma sa doctrine : nous avons la foi, il suffit, toutes nos angoisses de conscience deviennent superflues. Ainsi croyait-il sceller la certitude du salut.

C'est bien une disposition intérieure, et non le voyage qu'il avait fait à Rome cinq ans avant la rédaction du Commentaire, et où il y fut profondément scandalisé par l'état moral du clergé, qui est à l'origine de son raisonnement. Luther fut bien l'héritier d'Érasme, Wiclef, Hus, Wessel, Pupper, dont il partagea les vues sur le salut par la foi et non par les oeuvres, sur l'homme déchu incapable de s'extraire de son néant et sauvé par la pure grâce de Dieu. Pour étayer sa thèse, il s'adonna à l'étude de l'Écriture, saint Paul, saint Augustin, les mystiques allemands.

Luther était dans cet état d'esprit, en proie aux luttes intérieures et à l'angoisse, quand par ordre de l'archevêque de Mayence le dominicain Jean Tetzel fut chargé de prêcher les indulgences accordées par le pape à quiconque ferait aumône pour l'achèvement de la Basilique Saint-Pierre. Les exagérations de langage du prédicateur donnèrent à Luther l'occasion de l'attaquer et, à la veille de la Toussaint 1517, de publier contre lui 95 thèses dont les plus marquantes posaient que : les indulgences n'étaient pas applicables aux âmes du purgatoire - la vraie contrition, même sans indulgence, vaut au chrétien la rémission de la faute et de la peine encourue - tout vrai chrétien, même sans indulgences, participe à tous les mérites du Christ et de l'Église. Ces propositions émurent, tant à Rome qu'en Allemagne, et les dominicains répondirent par des écrits. Dans deux séries de thèses, Tetzel lui-même défendit la doctrine qu'il avait exposée dans ses sermons. Luther y riposta avec vivacité, et adressa au pape ses Résolutions, où il résumait sa pensée et réfutait ses adversaires. Mais, conciliateur, il ajoutait qu'il (1518).

Intervention de Léon X

Le pape Léon X n'avait d'abord vu dans les discussions entre Luther l'augustin et les dominicains qu'une "querelle de moines". Bientôt il s'aperçut que le péril était plus grand qu'il ne l'avait cru. Il invita donc Luther à se rendre à Rome. Mais le prince Frédéric de Saxe obtint que son ami le moine fût dispensé du voyage et comparût devant le cardinal Cajetan à la diète d'Augsbourg. Là on demanda à Luther de rétracter spécialement cette proposition :. Il refusa et ne consentit à promettre que de se taire, alléguant que jamais l'Église n'avait pris de décision doctrinale sur la question. Puis, craignant l'excommunication, il en appela du pape au concile général (oct. 1518). Léon X répondit en définissant la doctrine de l'Église sur les indulgences et envoya un légat auprès de Luther pour obtenir son silence et sa soumission.

La paix fut, mais de courte durée. Les dominicains ayant réclamé une discussion publique des doctrines luthériennes, Luther y prit la parole pour soutenir que la primauté du pape n'était pas d'inspiration divine, que l'épître de saint Jacques affirmant la nécessité des bonnes oeuvres n'était pas inspirée, et que d'ailleurs les conciles avaient plus d'une fois "condamné la vérité". Toutes les universités désavouèrent pourtant Luther. Cessant alors tout ménagement, il attaqua la papauté dans un premier livre. Dans un second, La Captivité de Babylone, il nia la doctrine de la Grâce, et rejeta tout sacrement excepté le Baptême et l'Eucharistie dont il niait pourtant la Transsubstantiation (d'où la simple Cène). D'autre part, ordination et hiérarchies étant nulles à ses yeux, le sacerdoce était commun à tous les chrétiens. Enfin il réaffirmait l'impossibilité, pour la nature humaine corrompue par le péché originel, de faire le bien.

Léon X, dans la bulle Exsurge Domine (Levez-Vous, Seigneur), condamna 41 propositions extraites de l'ouvrage et lança l'excommunication contre Luther s'il ne se rétractait pas dans les soixante jours. Loin d'obéir le moine nia l'authenticité de l'arrêt et multiplia ses écrits, attaquant tous les dogmes, exigeant l'abolition du célibat, traitant le pape d'Antéchrist puis, lorsque la bulle d'excommunication parvint, la brûla ainsi que la collection des livres de droit canonique. Cette révolte ouverte détacha de lui nombre de ses amis, en particulier Érasme. Quant à ceux qui désiraient secouer le joug de Rome et n'en avait pas le courage, il se réjouirent d'avoir trouvé un chef.

Diète de Worms (1521)

Pour faire exécuter les mesures décrétées par lui contre Luther et ses écrits, le pape dut demander l'appui du jeune empereur Charles-Quint. Celui-ci convoqua à Worms, pour janvier 1521, une diète des princes de l'empire pour entendre le "réformateur". Lorsque Luther fut sommé de comparaître, ses amis lui conseillèrent de ne pas s'y rendre en lui rappelant le sort de Jean Hus, brûlé vif à Constance malgré le sauf-conduit de l'empereur. Luther répondit non sans courage : Il vint donc, mais pour déclarer aux princes qu'il ne croyait ni au pape ni aux conciles, que sa conscience était enchaînée par la Parole de Dieu et que, par conséquent, il ne pouvait ni ne voulait rien rétracter. Toujours muni de son sauf conduit il repartit pour Wittemberg et, le 8 mai, Charles-Quint et la diète le mettaient au ban de l'empire et prenaient un certain nombre de mesures contre les réformateurs.

Frédéric de Saxe sut soustraire son ami aux conséquences de l'édit. Il le fit enlever et conduire à son château de la Wartbourg où il demeura plusieurs années, sous le nom de chevalier Georges. De cette retraite, Luther lança de nouveaux écrits, dans lesquelles il traitait la messe d'invention sacrilège et les prêtres de suppôts du démon. Tout en entreprenant la traduction de la Bible en langue vulgaire.

Premières conséquences de la révolte de Luther

Durant la retraite du réformateur au château de Frédéric, le mouvement qu'il avait lancé devenait révolution en Allemagne. Les conséquences pratiques de ses doctrines furent rapidement tirées par ses amis et d'autres novateurs ; Carlostadt, l'un des premiers conquis par la réforme parmi ses anciens confrères à l'université, publia des pamphlets virulents (tellement que Luther lui-même dut le désavouer!), les augustins de Wittemberg quittèrent leur couvent, des prêtres se marièrent, et bientôt l'adoration eucharistique fut dénoncée comme pratique idolâtrique. Le jour de Noël 1521, Carlostadt distribua la communion sans confession.

Le désordre fut à son comble lorsque se leva une troupe d'illuminés qui se disaient directement inspirés de Dieu. On les nomma anabaptistes parce qu'ils déclaraient nul le baptême des enfants. Sous la conduite de Thomas Munzer ils firent fermer l'Université de Wittemberg dont ils avaient jugé les études inutiles, et brisèrent statues et autels pour supprimer l'idolâtrie des catholiques. Luther dut quitter sa retraite pour les combattre et, en même temps, établir des institutions conformes à sa doctrine. Il abolit la messe privée, fit communier sous les deux espèces, engagea les religieux à dénoncer leurs voeux. Depuis 1518, son principal auxiliaire était Mélanchthon, un brillant professeur de grec et théologien qui travaillait à répandre par ses écrits la doctrine de son maître. Mélanchthon prit sa défense contre la Sorbonne, combattit la tendance extrémiste de Carlostadt, et se montra homme de conciliation en poursuivant malgré les critiques passionnées le rapprochement entre les fractions de la Réforme. Il tenta même de les rapprocher du catholicisme. À la mort de Luther, il prendra la tête des protestants d'Allemagne.

Mais voici qu'aux désordres religieux vont se mêler de sanglantes guerres. D'abord celle provoquées par une grande partie de la noblesse allemande, qui adopta la doctrine luthérienne, s'organisa en ligue et entra en campagne contre les princes électeurs et l'empereur. Charles-Quint la mata. Plus terrible fut la guerre des paysans. Ceux-ci souffraient, plus que les nobles, des abus du clergé. Aussi les prêches des réformateurs de Thomas Munzer furent-ils accueillis par eux avec enthousiasme : les paysans réclamaient entre autres la suppression des dîmes et le droit de nommer leurs pasteurs. De proche en proche l'insurrection gagna toute l'Allemagne : abbayes, couvents, châteaux furent incendiés. Luther tenta d'abord de se faire conciliateur. Mais débordé par l'ampleur du mouvement révolutionnaire, il crut pouvoir rendre l'ordre en publiant contre les paysans, les pillards et les assassins, un écrit demandant leur extermination. Les princes intervinrent avec énergie, anéantirent les 40 000 insurgés et firent mettre à la question et décapiter Munzer et 24 de ses complices (1525).

Les successeurs de Léon X et la Réforme

Hadrien VI (1522-23), dernier pape non italien et qui succéda à Léon X, voulut porter remède aux maux dont souffrait l'Église. Il promit de réformer les abus qui avaient servi de prétextes aux réformateurs et demanda l'appui des princes allemands. Ceux-ci, peu empressés, n'avaient pas encore répondu lorsque la mort surprit le pape après un an de pontificat.

Julien de Médicis lui succéda sous le nom de Clément VII (1523-34). Il convint avec les princes la tenue d'un concile oecuménique en Allemagne, mais fut réduit à l'impuissance par la guerre qui éclata entre Charles-Quint et François 1er. Les réformateurs profitèrent de ce contretemps pour recruter chaque jour de nouveaux adhérents et, à la ligue catholique qui fut conclue à Dessau, ils opposèrent le pacte de Torgau (1525) unissant les réformateurs sous la direction du landgrave Philippe de Hesse. Cette union ayant enhardis les princes qui avaient opté pour la doctrine de Luther, ceux-ci déclarèrent ouvertement, lors de la première diète de Spire (1526), qu'ils se séparaient de l'Église catholique. Charles-Quint, qui se sentait menacé par le roi de France François 1er, crut alors prudent de faire décréter par la diète la liberté pour chaque état allemand d'appliquer ou non les décrets de Worms (1521), et remit au futur concile oecuménique le soin de régler lui-même ses difficultés religieuses. Cette liberté fut évidemment mise à profit par les amis de Luther, et Frédéric de Saxe fut l'un des premiers à en user à sa guise.

Lors de la seconde diète de Spire (1529), les princes catholiques se montrèrent plus hardis : majoritaires, ils décidèrent l'interdiction de prêcher la Réforme dans de nouveaux états et qu'en aucun état il ne saurait être interdit de célébrer ou entendre la messe. Ce fut un tollé de la part des luthériens, qui de ce jour se virent dénommés protestants.. Quant au concile général, souhaité par l'empereur et le pape, il fut renvoyé à plus tard...

Confession d'Augsbourg

Aussitôt après la clôture de la seconde diète de Spire les protestants, afin de renforcer leur résistance aux catholiques, conclurent dans la ville même une alliance défensive où entrèrent les princes Frédéric de Saxe et Philippe de Hesse ainsi que ceux de quelques autres villes impériales. Philippe, pour tenter d'y faire adhérer la Suisse réformée invita à Marbourg son représentant, Zwingle (dont nous parlerons plus loin), ainsi que Luther et Mélanchthon. Mais les membres de cette conférence ne surent s'accorder sur la question de la présence réelle et se quittèrent sans avoir pu rédiger une profession de foi qui pût être adoptée par les réformateurs suisses. La Réforme, déjà, amorçait le clivage de ses doctrines et de ses sectes.

L'année suivante (1530) Charles-Quint, qui espérait encore ramener les protestants au sein de l'Église, convoqua à Augsbourg une nouvelle diète. Mais dès le début de l'assemblée ses illusions tombèrent : les luthériens refusèrent d'assister à la procession de la Fête-Dieu et, pour se justifier, présentèrent la célèbre profession de foi en vingt et un articles par Mélanchthon sous le nom de Confession d'Augsbourg. L'auteur avait essayé d'y présenter la doctrine luthérienne sous une forme qui la rapprochait autant que possible de la doctrine catholique.

Quelles en étaient les grandes lignes ? La confession affirmait que la foi seule justifiait l'homme, niait la liberté humaine, attaquait le culte des saints et les sacrements. Sous le prétexte d'épurer la messe elle supprimait le canon, la mutilant ainsi du dogme du sacrifice. L'empereur, déconcerté, soumit la confession au jugement d'un collège de théologiens qui dressèrent une réfutation écrite. Mélanchthon répondit par une apologie. Charles-Quint tenta vainement de rapprocher les points de vues, d'amener une entente, mais Philippe de Hesse et Luther exhortèrent leurs partisans à ne céder sur aucun point.

Le fossé s'élargissait, d'autant qu'au même moment quatre nouvelles villes : Strasbourg, Lindau, Constance et Memmingen rédigeaient une confession conforme aux doctrines de Zwingle le Suisse. La diète temporisa en accordant aux protestants un délai de six mois, soit jusqu'au printemps suivant, pour déterminer des moyens de rétablir l'union avec Rome; passé ce délai, l'édit de Worms de 1521 serait appliqué dans toute sa rigueur.

Non seulement les protestants ne cédèrent pas mais conclurent au contraire à Smalkade en 1531 une ligue pour une durée de six ans. Pour ne rien arranger les Turcs étaient aux portes de l'Autriche et l'empereur, qui ne pouvait négliger aucun appui, dut demander aux princes luthériens de s'unir à lui. Ils y mirent deux conditions : la libre pratique de leur culte, et la pleine propriété des biens ecclésiastiques dont s'étaient emparés certains d'entre eux. Charles-Quint n'avait plus le choix : il déféra à leurs exigences. La Paix de Nuremberg (1532) garantit le libre exercice de la religion nouvelle jusqu'à la tenue du futur concile général.

Progrès du protestantisme

En même temps qu'ils s'unissaient pour leur défense, les protestants s'organisaient. Luther et Mélanchthon donnèrent à la Saxe une constitution ecclésiastique. Le prince Philippe qui avait tenté d'organiser le protestantisme chez lui, dans la Hesse, adopta dès 1528 le régime institué dans la Saxe. Les deux princes, Frédéric et Philippe, furent déclarés chef de leur Église. Sous leurs ordres quatre surintendants avaient pour mission d'inspecter les "paroisses" et de régler les affaires matrimoniales. Le système saxon sera adopté, aux variantes près, dans la plupart des états allemands.

L'implantation des "paroisses" protestantes n'allait pas sans poser des difficultés. Tandis que dans les états catholiques les princes sévissaient avec rigueur contre les réformateurs, là où les princes avaient opté pour le luthérianisme les protestants étaient maîtres et ne reculaient, pour imposer la Réforme, devant ni la force ni la ruse. Ainsi conservait-on parfois les rites extérieurs de l'Église tout en enseignant peu à peu une nouvelle doctrine, que Luther diffusait dans son grand et petit catéchisme.

Ces efforts permirent au protestantisme de gagner chaque jour de nouvelles âmes. Le duc Ulric l'introduisit dans ses états de Würtenberg (Forêt Noire) et lui assura un puissant soutien en réorganisant l'Université de Tubingen. De leur côté les anabaptistes s'emparaient de la ville de Munster, sous la conduite du "prophète" Jean Mathys, boulanger de Harlem, et du tailleur Bockelson, de Leyde. Ces deux fanatiques imposaient par la terreur les doctrines les plus douteuses, très éloignées des luthériennes. Après un long siège, l'évêque François de Waldeck se rendit de nouveau maître de la ville et fit périr les principaux meneurs après les avoir fait soumettre à la question.

Articles de Smalkade - Mort de Luther

Tous ces événements rendaient urgent la convocation du concile général, réclamé depuis douze ans. Le nouveau pape Paul III (1534-49), successeur de Clément VII, le convoqua à Mantoue pour l'année 1537, mais des difficultés avec le duc de cette ville l'obligèrent à changer pour Vicence en 1538. Les protestants, avisés, se réunirent à Smalkade. Ils décidèrent d'abord de ne se rendre qu'à un concile tenu sur le territoire allemand. Ensuite, et sous l'inspiration de Luther présent, ils rédigèrent une profession de foi en vingt-sept articles, remplaçant la précédente confession d'Augsbourg, et que l'on nomma les Articles de Smalkade. C'était un exposé complété de la doctrine, où la primauté du pape était formellement rejetée.

Durant ce temps, Charles-Quint avait réuni les princes catholiques et formé entre eux une ligue à Nuremberg. Le but en était de faire exécuter par la force les décrets pris à Worms en 1521 et mettaient au ban de l'empire les princes usurpateurs des biens ecclésiastiques (malgré qu'il leur en ait reconnu la propriété en cette même ville de Nuremberg en 1532). L'effet fut immédiat; la guerre religieuse devenait inévitable et les deux partis allaient en venir aux armes lorsque deux faits l'évitèrent : une nouvelle pression des Turcs aux frontières et l'opportune maladie de Philippe de Hesse. On se contenta d'un compromis, signé à la diète de Francfort et suivi d'une conférence tenue à Ratisbonne (1541). On y rédigea une sorte de formulaire d'une rare hypocrisie, où péché originel, libre arbitre et justification relevaient d'une doctrine mi-catholique mi-protestante. Un tel accord ne pouvait mener loin, les négociations furent bientôt rompues, et le pire était de nouveau à craindre s'il n'y avait eu la nécessité urgente de repousser à nouveau les mahométans. Une nouvelle diète, tenue à Spire (1542), prorogea pour cinq ans la paix de Nuremberg.

Bien entendu le protestantisme, durant tous ces pourparlers, faisait de nouvelles conquêtes : le Brandebourg en 1540 et de nombreuses villes avaient entre temps adopté la réforme. Et le chef des protestants, Philippe de Hesse, en vint à un tel degré d'audace qu'il fit approuver par Luther et Mélanchthon un second mariage contracté du vivant et avec l'accord de sa première femme.

Rome trouva enfin une ville où tenir le concile général : Trente fut retenue, et le décret de convocation daté de 1542. Luther y répondit par un pamphlet : Contre la papauté romaine, oeuvre du démon. Lui et ses partisans refusant de s'y rendre, l'empereur conciliant tenta une nouvelle conférence à Ratisbonne en 1546, qui n'eut pas plus de succès que les précédentes. Durant les négociations Luther mourut, le 15 février.

Guerre de Smalkade - Traité de Passau - Diètes d'Augsbourg

Charles-Quint, sans cesse déçu dans son espoir de clore pacifiquement les querelles religieuses qui déchiraient l'Allemagne, mit au ban de l'empire Frédéric de Saxe et Philippe de Hesse, et marcha contre eux. La guerre de Smalkade (1547) ne fut pas de longue durée; les princes protestants, affaiblis par une discorde qui régnait depuis sept ans entre les différents chefs du parti de la réforme, furent battus l'un après l'autre. La victoire des troupes impériales obligea les protestants à se plier aux décisions de la première diète d'Augsbourg (1548), laquelle leur imposa deux choses : envoyer des députés au concile, officiellement ouvert depuis 1545 et, avec moins de bonheur, adopter un intérim : profession de foi "temporaire" qui maintenait le dogme et la hiérarchie catholiques, mais concédait des assouplissements sur la discipline, le célibat ecclésiastique, l'abstinence et d'autres points. Cette curieuse décision ne pouvait que mécontenter et le pape et les protestants. Lesquels envoyèrent cependant des délégués au concile de Trente, qui venait de reprendre en 1551 après une interruption due à une épidémie de peste. Entre temps Jules III (1550-55) avait succédé à Paul III.

Pendant que les cardinaux oeuvraient à Trente pour la paix de l'Église, la guerre se poursuivait sur le front de la réforme. Les délégués étaient encore en chemin vers l'Italie, que leurs chefs profitèrent de ce que l'empereur était aux prises avec les Français d'un côté et les Turcs de l'autre pour ravager les états catholiques. Charles-Quint, qui ne pouvait faire face à tous, choisit de calmer le jeu intérieur. Il signa avec les protestants le traité de Passau (1552), reculant ainsi pour mieux sauter dans les vues protestantes lors de la deuxième diète d'Augsbourg (1555). Cette fois, les protestants lui tinrent la dragée haute et obtinrent :

primo, que les articles de Smalkade (nouvelle version de la confession d'Augsbourg), auraient valeur légale dans l'empire, au même titre que la doctrine catholique,

secundo, que les princes et les villes, seuls, décideraient du choix de leur religion,

tertio, que les sujets refusant ce choix n'auraient que le droit de quitter le pays,

En contrepartie toutefois, l'empereur parvint à exiger que les prélats catholiques, s'ils entendaient renier, devraient abandonner leurs bénéfices ecclésiastiques. Cette dernière mesure souleva les vives protestations de certains des prélats. Ceux qui, vraisemblablement, hésitaient à franchir le rubicon.

Mais Charles-Quint était à bout, il avait trop donné de sa personne en cette affaire. Attristé de cette partition de son Église, comme de devoir reconnaître officiellement la division religieuse de son empire, il abdiqua pour se retirer parmi les moines de l'abbaye de San-Yuste en Espagne. Sans pour autant cesser de s'y occuper de politique.

3 La Réforme en Suisse

Si Zwingle en fut le précurseur, Calvin donna corps à un second mouvement réformateur qui, de la Confédération Helvétique, gagnera l'Allemagne pour y renforcer les rangs protestants. Et provoquera par contre coup de nouvelles réactions des princes catholiques. Les deux partis, plus puissants que jamais, se ligueront, face à face, procédant ainsi au premier acte de la guerre de Trente ans qui va mettre l'Europe à feu et à sang.

La théorie de Zwingle

Un mouvement semblable à celui qui bouleversait l'Allemagne s'était produit en Suisse. Il eut pour auteur Ulric Zwingle (1484-1531). Professeur, théologien de Bâle, puis curé de plusieurs lieux et coordinateur des pèlerinages à Notre-Dame-des-Ermites, il effaça sur la porte de l'abbaye l'inscription : Ici l'on trouve rémission de tous ses péchés, enterra les reliques et déclara aux pèlerins que les pratiques religieuses étaient désormais inutiles. Il devançait ainsi Luther d'un an (1514). comme lui, il avait pris prétexte de la prédication des indulgences pour prêcher sa doctrine. Menacé de destitution, ne tenant aucun compte des remontrances de Léon X puis d'Hadrien VI, il écrivit un pamphlet, puis adressa à la diète helvétique une pétition demandant la libre prédication de l'Évangile et l'abolition du carême et du célibat des prêtres. Les magistrats de Zurich lui prêtèrent concours : on tint conférences puis on établit dans la ville un nouveau culte (1525) où toute cérémonie était abolie; images, orgues et cloches furent proscrites; la communion réduite à un repas commémoratif et le baptême un simple signe d'entrée dans la communauté. Bien entendu, professer la foi catholique devenait un délit soumis aux peines les plus sévères. Entre temps Zwingle s'était marié en 1524, et un an plus tard, à Pâques, célébra à Zurich la première "Cène" selon sa doctrine.

Le curé de Bâle imita Zwingle et, en 1529, ses partisans s'emparèrent du pouvoir cantonal et brisèrent dans les églises oeuvres d'art et statues. La violence gagna d'autres cantons, on persécuta sans distinction catholiques et anabaptistes.

Les cantons catholiques s'unirent contre les Zurichois, la guerre fut déclarée en 1529. Zwingle accompagnait l'armée zurichoise en qualité d'aumônier; l'armée fut défaite (1531) et Zwingle mortellement blessé près de Cappel. Un officier ennemi l'acheva en lui plongeant son épée dans le coeur. Son corps, écartelé par les soldats, fut brûlé et ses cendres dispersées au vent. La victoire des catholiques amena enfin la paix (paix de Cappel, 1529 et 1531) qui garantissait aux cantons la liberté religieuse.

La réforme à Genève - Calvin

En pleine effervescence des cantons suisses, la ville de Genève, qui voulait échapper à l'emprise des ducs de Savoie, demanda son rattachement à la confédération (1530). Les Genevois crurent-ils faciliter leur admission en se disant protestants ? Toujours est-il qu'ils adoptèrent d'emblée les principes de la réforme. Les images pieuses furent détruites et la célébration de la messe interdite. L'organisation de la réforme à Genève sera l'oeuvre du Français Calvin.

Jean Calvin (1509-64) étudia la théologie à l'Université de Paris puis le droit à Orléans et Bourges. Ce fut l'époque où un cousin l'initia aux doctrines nouvelles et qu'il se détacha du catholicisme. En 1534, il versa complètement dans le protestantisme, vécut à Strasbourg, puis à Bâle. Là, il acheva pourtant son livre l'Institution chrétienne, publiée en latin et en français. Entre temps, ayant été appelé à Genève pour y enseigner la théologie, il y entreprit d'y réformer les moeurs et d'y introduire une telle discipline qu'il en fut proscrit (1538), ayant révolté les libertins qui trouvaient son despotisme odieux, et effrayé les catholiques car il prêchait des erreurs plus éloignées encore du dogme que celles de Luther. Il se retira alors à Strasbourg pour étudier la réforme allemande, assista aux conférences de Ratisbonne et de Worms et se lia avec Mélanchthon. Puis il se maria.

En 1541 le grand conseil de Genève l'ayant rappelé, il exigea que l'on procédât à la rédaction des Ordonnances ecclésiastiques qui devaient faire de la ville la citadelle du protestantisme. Il appliqua la réformation avec une inflexible sévérité, institua un consistoire chargé de veiller jusque dans les foyers à la stricte observation de ses ordonnances et poursuivit avec rigueur tous ceux dans lesquels il croyait trouver des adversaires. Parmi les victimes de son intolérance il faut citer Jacques Gruet et surtout Michel Servet qui, ayant refusé de rétracter des doctrines condamnées par Calvin, fut brûlé en place publique (1553).

À partir de ce moment son influence fut sans bornes : il fonda l'académie de Genève en 1559, l'un des plus brillants foyers de science en Europe dont il confia la direction à Théodore de Bèze; par ses écrits il propagea la doctrine en France, Pays-Bas, Écosse, Angleterre, Pologne; il forma des disciples pour instruire les églises dans la rigueur. Son activité fut prodigieuse, il en mourut épuisé.

La doctrine calviniste reposait sur l'absolue prédestination : seuls les élus sont sauvés par la foi, les autres n'ayant qu'une foi apparente. Deux sacrements étaient reconnus : le baptême et la cène; les élus seuls recevaient la grâce du sacrement, les autres seulement le signe. Le culte était réduit à sa plus simple expression. Et bien entendu l'État devait obéissance à l'Église réformée.

Effets de la seconde diète d'Augsbourg

Durant ces tribulations en Suisse, que donnait l'application de la paix d'Augsbourg de 1555 ? Loin d'arrêter les progrès de la réforme en Allemagne, elle favorisa sa propagation. En reconnaissant aux États la liberté de choix entre réforme et catholicité, elle permit à certains princes, jusque là retenus par scrupule ou pusillanimité, de se déclarer ouvertement en faveur du luthérianisme. L'Église perdit quatorze évêchés ou archevêchés, elle ne domina plus que dans le Nord-Ouest. En même temps le calvinisme pénétrait les états germains par le Palatinat, le Anhalt, la Hesse-Cassel, le Brandebourg. Et dans plusieurs états catholiques, les princes généreux autorisèrent aussi l'exercice du culte réformé.

À l'inverse, d'autres princes catholiques tentèrent d'endiguer le mouvement : Albert de Bavière, Rodolphe d'Autriche, aidés de leurs évêques, interdirent les offices protestants dans leurs états (1564 et 78). L'archiduc Ferdinand parvint à éradiquer le protestantisme dans ses trois états.

Les protestants en furent si irrités qu'ils rompirent, à la diète de Ratisbonne (1608), le pacte conclu à Augsbourg et fondèrent l'Union, plaçant à sa tête le prince Frédéric IV du Palatin. Aussitôt les catholiques y répondirent par l'établissement de la Ligue, dont le chef fut Maximilien de Bavière.

Tous les éléments étaient dès lors en place pour qu'éclate une guerre. Elle désolera l'Europe durant trente ans.

4 La réforme en Grande Bretagne

C'est paradoxalement par le fait d'un roi opposé à la réforme que l'Église de Grande Bretagne se détacha de Rome Mais Henri VIII, "défenseur de la foi", ne l'était pas de la vertu. Passions, colères et cruautés incontrôlées l'opposèrent tour à tour au pape, à son conseil, à ses épouses. Il n'eut de cesse que d'être le chef de l'Église d'Angleterre. Afin d'en saisir les biens, d'y imposer ses volontés et d'y persécuter les insoumis, qu'ils soient protestants ou catholiques fidèles au pape.

Qui eut cru que cette Église de la "troisième voie" ne choisirait un jour, soit de rentrer dans le rang romain, soit de tomber dans les griffes de la Réforme ? Elle hésita un moment, pour mieux fixer son choix typiquement britannique : l'Église Anglicane.

Schisme d'Henri VIII

Le roi d'Angleterre Henri VIII (1491-1547) fut l'un des adversaires les plus zélés de Luther. Se piquant de théologie, il avait défendu contre le réformateur la doctrine catholique sur les sacrements. Ce qui lui avait valu du pape le titre de défenseur de la Foi. À cette époque deux hommes exerçaient une forte influence sur le roi : Thomas Cranmer (1489-1556), fellow du collège des jésuites, et Thomas Cromwell (1485-1540), comte d'Essex, qui avait été condottiere au service de marchands vénitiens et n'en avait pas retenu les meilleures coutumes. De retour en Angleterre, Cromwell avait été attaché à la personne du cardinal Wolsey, premier ministre du roi.

Plus tard, Henri VIII éprouva une violente passion pour l'une des dames de la cour, demoiselle d'honneur de sa femme : Anne de Boleyn. Cette aventure l'entraîna en 1530 dans une révolte contre l'autorité pontificale. Désireux de contracter union avec elle, il sollicita de Clément VII une déclaration de nullité de son mariage avec Catherine d'Aragon. Or Catherine d'Aragon étant aussi la veuve du frère d'Henri. Le roi, sur les conseils de Thomas Cranmer, prétendit que la loi divine interdisait toute alliance entre un beau-frère et sa belle-soeur et que, par conséquent, la dispense accordée à l'époque par Jules II était sans valeur. Le cardinal Wolsey, prudent, se déclara pour la rupture. Clément VII ne refusa pas d'examiner la question. Il nomma même deux légats pour enquêter et juger le procès. Dont l'un était le cardinal premier ministre. Henri VIII n'eut guère de difficulté à faire juger en sa faveur par les universitaires d'Oxford, Cambridge et autres universités du continent. Mais la reine demanda à être jugée par le pape lui-même. Clément VII, qui s'était d'abord montré hésitant, fit preuve de plus d'énergie, résistant aux sollicitations des seigneurs anglais qui le pressaient de faciliter la succession au trône en cassant le mariage. Il refusa l'annulation.

Le roi se décida à parvenir à ses fins malgré le pape. Depuis quelque temps il prêtait l'oreille aux conseils de Cromwell qui l'engageait à imiter les princes allemands en "secouant le joug de Rome". L'homme lui sembla un auxiliaire précieux. Or le cardinal Wolsey, favorable à l'annulation du mariage du roi mais non à sa liaison avec Anne Boleyn, s'était attiré leur inimitié. Cela suffit pour qu'il tombât en disgrâce. Henri VIII le remplaça par Thomas Cromwell. Puis il éleva Thomas Cranmer à l'archevêché de Cantorbéry, lequel s'empressa d'annuler son mariage et de l'unir à Anne Boleyn. Excommunié, Henri VIII, soutenu par l'assemblée du clergé et les parlements asservis, nia la suprématie du pape sur le clergé anglais et se fit proclamer Chef de l'Église d'Angleterre (1531).

Aussitôt, sous l'autorité de Cromwell, commencèrent de terribles persécutions : en quelques années les monastères, accusés de toutes les infamies, furent spoliés et anéantis, leurs biens vendus au profit du roi. En même temps furent supprimés les pèlerinages, offrandes, images, disait le roi, . Trois ans plus tard il exigea du clergé le Serment de suprématie, et punit de mort ceux qui refusèrent de le prêter. Thomas Morus et l'évêque de Rochester Jean Fischer payèrent de leur tête leur fidélité au pape.

Pourtant, en se séparant de l'Église de Rome, Henri VIII n'en prétendit pas moins combattre les hérésies : il fit triompher l'orthodoxie dans le Statut des six articles (1539) qui légitima les pires cruautés. Là encore furent punis de mort ceux qui refusaient d'admettre : transsubstantiation, communion sous une seule espèce, célibat des prêtres, obligation des voeux, prière pour les morts, et confession. Ce "bill sanglant" visait les protestants, qui périrent en grand nombre dans les supplices. Parmi eux : Thomas Cromwell lui-même. L'arme de l'intrigue agit parfois comme un boomerang..

Aucun frein ne retenait plus les passions du roi. Anne de Boleyn avait une demoiselle d'honneur, Jane Seymour, dont le roi s'éprit. Une calomnie de cette rivale suffit pour conduire Anne au billot. Elle fut décapitée dans la Tour de Londres (1536). Mais laissons là ce roi dépravé, qui épousa successivement six femmes, envoyant les unes au supplice, répudiant les autres, à mesure qu'il se laissait aller à un nouveau caprice.

L'Église réformée d'Édouard

Il paraissait difficile à l'Angleterre, soustraite à l'autorité du pape, d'échapper longtemps aux atteintes de l'hérésie protestante, d'autant qu'à la mort d'Henri VIII (1547) le fils qu'il avait eu de Jane Seymour lui succéda sur le trône à l'âge de dix ans. Il se nommait Édouard VI (1547-53). Sous son règne le pays fut en réalité gouverné par le duc de Somerset, qui travailla à achever la séparation de l'Église de Grande Bretagne d'avec l'Église romaine. Une nouvelle liturgie fut rédigée en langue anglaise sous le nom de Livre de la prière commune (1548), et quarante-deux articles de foi devinrent le symbole imposé par l'autorité royale. Si la liturgie conservait une apparence catholique, les articles étaient bien d'essences luthérienne et calviniste. Hiérarchie épiscopale, chapitres, et paroisses étaient maintenus. Les évêchés restaient sous la juridiction des archevêques d'York et de Cantorbéry, ce dernier portant le titre de primat du royaume. Le jeune roi mourut à seize ans. Il avait deux demi-soeurs : Marie Tudor (fille de Catherine d'Aragon) et Élisabeth (fille d'Anne de Boleyn). Elles vont régner successivement à la mort de leur frère.

L'Église catholique de Marie

Marie Tudor (1553-1558), en cinq années de règne, réussit le triste exploit de gagner le surnom de Marie la Sanguinaire. Catholique, très liée avec le pape Paul IV, elle s'aliéna son peuple par l'excès de persécutions contre les protestants. Énergique et sans scrupules, elle abolit les lois organisant le culte réformé, emprisonna les évêques protestants, écrasa l'insurrection que ces mesures avaient provoquée (1554), envoya au billot nombre de ses adversaires et fit périr sur le bûcher plus de 300 de ses sujets. Son peuple se rebellait, ses troupes désertaient, et sa mort survint à point pour empêcher un soulèvement général du pays.

L'Église anglicane d'Élisabeth

Élisabeth Tudor (1558-1603), élevée au trône à la mort de sa demi-soeur qui la haïssait, commença par se heurter au refus malheureux du pape Paul IV de la reconnaître en tant que reine, au motif qu'elle était fille d'Anne de Boleyn. Elle reprit alors le rêve tout politique du catholicisme sans pape qu'avait prétendu instaurer Henri VIII son père, et se proposa un double but : conservatisme rigoureux à l'intérieur, ingérence perpétuelle au dehors sous prétexte d'y étendre l'influence du protestantisme adversaire de la papauté.

Elle commença par rappeler son ambassadeur à Rome, et se fit attribuer par le parlement la suprématie religieuse. Par l'Acte d'Uniformité (1559) elle imposa à l'Angleterre la liturgie d'Édouard VI modifiée : les 42 articles furent réduits à 39; l'ordination fut conservée mais on rejeta la transsubstantiation, le purgatoire, la primauté du pape, le culte des images et celui des saints. Cette nouvelle profession de foi fut nommée l'Église établie. D'autre part le serment de suprématie fut exigé de tous les ecclésiastiques. Les évêques récalcitrants furent destitués et remplacés. Des protestants n'acceptèrent pas ce nouveau régime et furent dès lors considérés comme Dissidents. Parmi eux les Puritains, qui rejetaient l'épiscopat. Saint Pie V excommunia Élisabeth. Celle-ci répondit en persécutant les prêtres catholiques.

Sous les Stuart

À la mort d'Élisabeth Tudor, les catholiques espérèrent un moment que l'avènement du nouveau roi Jacques 1er (1603-25), fils de Marie Stuart, mettrait fin à la persécution. Leur espoir fut bientôt déçu : leur traitement fut plus sévère que jamais. Quelques uns d'entre eux, désespérés, tramèrent contre le roi et le parlement un complot dit conspiration des poudres (1605). La découverte de cet attentat fit un tort immense à l'Église catholique d'Angleterre et servit à justifier une rigueur plus grande encore à son égard. On imposa aux catholiques le serment individuel de fidélité. Malgré l'interdiction de Paul IV, moins de 150 000 catholiques le refusèrent. Les excès du roi dans son gouvernement amenèrent une guerre civile et l'inculpation du souverain. Après son exécution, catholiques, aussi bien que les adhérents de l'Église établie, furent les uns et les autres persécutés par les Puritains, tout comme sous Charles 1er (1625-49) qui succéda à son père Jacques. Vint ensuite Charles II (1649-85), fils du précédent, qui rétablit l'église anglicane officielle et se heurta au refus de 2 000 ministres puritains d'y adhérer.

C'est sous ce règne qu'à la suite du grand incendie de Londres en 1666, (que les protestants attribuèrent aux catholiques), le bille du Test imposa à tous les aspirants aux fonctions publiques un serment par lequel ils reconnaissaient le roi comme chef de l'Église et devaient nier la transsubstantiation et le culte des saints. Ainsi écartait-on toute candidature catholique.

Jacques II (1685-88) prit la succession de son frère Charles II. Il s'était converti au catholicisme vers l'âge de trente ans, étant grand amiral. Il venait de battre de Ruyter et sa flotte hollandaise lorsqu'il fut touché par le bill du Test. Son refus de prêter serment l'avait privé de sa charge d'amiral et contraint à s'exiler. Mais sa conduite passée lui permit de revenir succéder à son frère. Peu de temps pourtant, car les protestants lui suscitèrent un rival en la personne de son propre gendre, Guillaume III d'Orange (1688-1702). Jacques II se laissa détrôner sans combattre. Sous le nouveau roi, les Dissidents obtinrent toutes libertés, mais les catholiques, s'ils ne furent pas punis de mort, furent cependant toujours privés de leurs droits de citoyens. Quant aux prêtres convaincus d'avoir célébrer la messe ou enseigné le catéchisme, ils goûtaient immédiatement aux geôles anglaises.

5 La Réforme en Écosse et Irlande

Écosse

Les doctrines de Luther firent leur apparition en Écosse dès 1525, mais le parlement de ce pays interdit la prédication de la réforme et punit de mort les partisans de l'hérésie. Une partie de la noblesse, cependant, adopta les idées nouvelles et, en 1557, les protestants formèrent une ligue, sous le nom de congrégation du Christ, pour combattre l'Église romaine qu'ils nommaient la congrégation de Satan.

En 1559, commença de prêcher le plus fougueux des réformateurs : John Knox. Excités par ses prédications, le peuple détruisit les couvents et brisa les images; bientôt la guerre religieuse dévasta le pays. En 1560 les protestants, soutenus par l'Angleterre, obtinrent du parlement l'abolition de la juridiction du pape en Écosse. Il fut défendu, sous peine de confiscation ou de bannissement, de célébrer ou d'entendre la messe. La hiérarchie épiscopale fut abolie et l'Église organisée sous la forme presbytérienne comme à Genève. Le roi catholique fut impuissant à vaincre le courant.

Après lui Marie Stuart (1561-68), nouvelle reine, fut obligée de se plier à la volonté du parlement et de la noblesse. À peine obtint-elle pour elle-même le droit de pratiquer la religion catholique. Son double mariage avec le comte de Darnley puis le comte de Bothwell, meurtrier de Darnley, lui créa de telles difficultés qu'elle fut contrainte d'abdiquer en faveur de son fils Jacques VI. Sa cousine Élisabeth d'Angleterre, auprès de qui elle chercha refuge, la fit jeter en prison. Elle y resta dix-neuf ans avant de mourir sur le billot en 1587.

Pendant ces événements les protestants écossais avaient formulé leur profession de foi dans la confession écossaise de 1560. Le rite qu'ils avaient adopté était celui du calvinisme. Hiérarchie supprimée, tous les ministres furent déclarés égaux, d'où le nom de presbytérianisme donné au protestantisme écossais. Une faible partie seulement du peuple écossais resta fidèle au pape.

Irlande

Les rois d'Angleterre qui, depuis Henri II, étaient souverains d'Irlande, n'avaient pu cependant la soumettre entièrement. Henri VIII se fit reconnaître comme chef de l'Église irlandaise par un prétendu parlement composé de colons anglais. Mais clergé et peuple demeuraient fidèles à Rome. Après une lutte sanglante, Élisabeth d'Angleterre s'empara de tout le pays et y établi un clergé anglican. Sans ouailles. Mais à qui les catholiques devaient verser la dîme. Plusieurs fois les Irlandais s'insurgèrent, notamment en 1641, mais sans succès. Au bout de onze ans de guerre, Londres en vint à bout et exila les survivants catholiques dans le stérile comté de Connaught avec interdiction d'en sortir. La tête des prêtres fut mise à prix comme celle des loups. À partir de ce moment, plus aucune maison régnante n'apporta de soulagement à l'Irlande. Plus tard on leur interdira même la propriété du sol, le droit de vote, la scolarisation et jusqu'à l'édification de clochers d'églises.

6 La Réforme dans le reste de l'Europe

Pays voisins de l'Allemagne

Les voisins de l'Allemagne subirent le contrecoup des agitations de l'empire. Les chefs des ordres militaires teutoniques du Nord embrassèrent pratiquement tous la réforme et sécularisèrent les biens de leurs ordres. Ainsi furent formés les états protestants de Prusse, Livonie et Courland.

En Pologne, la secte des frères Moraves avait depuis longtemps préparé les voies de la réforme. Malgré les efforts du roi Sigismond 1er pour le maintien de la foi catholique, Luther et Calvin gagnèrent de nombreux adhérents et, en 1573, la paix religieuse de Varsovie assura aux protestants les mêmes droits qu'aux catholiques.

En Bohême et en Moravie, les luthériens trouvèrent comme en Pologne l'appuis des frères Moraves et se multiplièrent. En 1609, la Lettre de Majesté assura aux Dissidents la liberté de conscience.

En Hongrie, la réforme fut prêchée par les étudiants de l'Université de Wittemberg. Un peu plus tard, le calvinisme fut encore plus favorablement accueilli et, en 1606, les protestants obtinrent (à main armée il est vrai) la Paix de Vienne qui leur garantissait pleine liberté religieuse.

La Transylvanie se partagea de même en deux confessions réformées et obtint la liberté de culte à la diète de Klausenbourg (1557).

En Scandinavie, le désir de briser la puissance du clergé catholique poussa le roi de Danemark, Christian II (1513-23) à favoriser la réforme. Ses successeurs l'imitèrent et, à partir de 1536, les catholiques furent privés de leurs droits civiques, et les prêtres interdit de séjour dans le royaume sous peine de mort. La Norvège et l'Islande partagèrent le sort religieux du Danemark auquel elles étaient unies.

Le luthérianisme fit son apparition en Suède dès 1519. À la suite d'une révolution qui sépara ce pays de la Norvège, Gustave Wasa fut élu roi. Ce prince adopta la doctrine nouvelle et l'imposa au peuple, en conservant toutefois une partie des rites catholiques. Sous ses successeurs, l'Église eut quelque temps l'espoir de reconquérir la Suède, espoir qui hélas s'évanouit en 1604 avec l'avènement de Charles IX Wasa, qui fit déposer son prédécesseur au motif que celui-ci avait tenté de rétablir le catholicisme.

Pays Bas

Luther eut des partisans dans les Pays-Bas qui, depuis 1477, étaient compris dans les possessions de l'Espagne. Charles-Quint le catholique chercha à y arrêter les progrès de la réforme, mais son fils Philippe II, par une domination oppressive, suscita maladroitement la révolte d'une partie de la noblesse. Guillaume 1er le Taciturne, secondé par les comtes d'Egmont et de Horn mena le mouvement (1565). Les mécontents prirent le nom de Gueux. Comme bon nombre d'entre eux avaient des sympathies pour la réforme, à commencer par le prince Guillaume, ils demandèrent dans le compromis de Bréda l'adoucissement des édits sur la religion réformée et l'abolition de l'Inquisition. La régente, Marguerite de Parme, soeur de Philippe II, tenta de les calmer en se montrant tolérante. Ils profitèrent de cette bonne disposition pour appeler trente prédicateurs de Genève qui ameutèrent le peuple, provoquant ainsi la destruction de couvents et d'églises. Philippe envoya alors le sévère duc d'Albe qui fit décapiter les comtes d'Egmont et de Horn. Guillaume leva une armée et l'Espagne allait perdre les Pays-Bas quand les provinces du sud, qui entendaient rester catholiques, se séparèrent de la ligue. Seules les provinces de Hollande, de Zélande et d'Utrecht proclamèrent la république (1609). Le calvinisme fut la religion de ces Provinces-Unies, et les catholiques y furent exclus des emplois publics. Ce qui ne diminua ni leur nombre ni leur ferveur.

Espagne et Italie

En Espagne, le cardinal Ximénès veilla avec énergie sur la préservation du clergé. Cependant, malgré la discipline qui y régnait, l'Université d'Alcala de Hénarès fut imprégnée des théories d'Érasme, soutenues par l'évêque de Tolède et l'archevêque de Séville. Les versions espagnoles des oeuvres d'Érasme s'étant multipliées, le Saint Office en prohiba la lecture. Les cénacles se dispersèrent mais il s'en forma d'autres, quelques centaines de luthériens et calvinistes. Charles-Quint, bien que retiré au monastère de San-Yuste en Estramadure après son abdication, puis son fils Philippe II, ordonnèrent plusieurs autodafés entre 1559 et 80. L'Inquisition sévit avec une rigueur extrême, et Philippe n'hésita pas à interdire à ses sujets d'aller étudier ou professer à l'étranger.

Mais, chassé d'Espagne, le mal émigra vers l'Italie. Ce fut en effet un castillan, Juan de Valdès, ancien élève d'Alcala, qui à Naples créa le centre protestant le plus actif. Adoptant le principe de la justification par la foi, il groupa des admirateurs enthousiastes, des dames illustres, quelques prêtres et religieux. La commerçante et cosmopolite Venise fut contaminée; Pierre Vergério, évêque de Capo d'Istria s'y fit le propagateur du luthérianisme. À la cour de Ferrare, Renée de France, fille de Louis XII, correspondait avec Calvin. L'Inquisition combattit l'erreur avec vigueur, et la double influence du pape et de l'empereur empêcha le mal de se répandre.

Cependant la meilleure défense fut encore, en Italie, la profonde transformation qui s'opéra dans la cour pontificale et le clergé durant le XVI° siècle, qui montra aux Italiens l'inutilité de la Réforme protestante. C'est cette transformation que nous allons examiner maintenant.

conclusion

Un idéal, respectable en soi, de retour à l'esprit de pureté et de pauvreté des premiers âges de l'Église, s'est donc mué, entre les mains de ses promoteurs, en une machine de guerre contre Rome. Reconnaissons que celle-ci n'était pas exempte de critiques, et qu'il fallait une héroïque vertu d'obéissance pour ne pas douter de la structure temporelle de l'Église. Il fallait aussi un sens aigu de la charité. Peut-être est-ce là deux points sur lesquels les esprits réformateurs montrèrent leur faiblesse.

Mais l'on peut aussi se poser une autre question. Au delà de la valeur de contre exemple, l'Église romaine répondait-t-elle à la mentalité de l'Europe nord-occidentale ? Tout semblait se passer comme si, d'Orient vers l'Occident et du Sud vers le Nord, l'homme intérieur, comme accordé à une horloge géographique, secrètement assujetti comme flore et faune aux lois du climat, devenait plus intérieur, plus nu, plus ramassé. Comme si le même écart qui existe entre l'Église d'Orient, ses rites et ses ors, et la relative retenue de celle de Rome, n'était pas secrètement ressenti par cet homme du Nord-Ouest comme un besoin, et qu'il lui faille accentuer dépouillement et rigueur.

Le brassage des populations lissera en partie le problème; mais, pour lors, indépendmment des erreurs doctrinales, se posait sans doute également la question des rites.

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N.B. : Nous traiterons de la Réforme en France avec les querelles religieuses sous Louis XIV (Chapitre 18).

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Annexe
la doctrine de Luther sur la justice du Christ

Luther, dans cette lettre de 1516, tente de calmer l'esprit d'un confrère en esquissant sa doctrine sur la justification :

" Que fera ton âme si, dégoûtée de sa justice propre, elle apprend enfin à respirer dans la justice du Christ et à se confier en elle. De nos jours, beaucoup sont tentés par la présomption, surtout ceux qui s'appliquent de toutes leurs forces à être justes et bons, ignorant que la justice dont Dieu veut nous voir revêtus, Il nous l'a donnée gratuitement et libéralement dans le Christ. Ceux-là cherchent à bien agir jusqu'à ce qu'ils pensent être ornés de vertus et de mérites aux yeux de Dieu. Ce qui est absolument impossible. Tu es dans cette erreur comme j'y ai été moi-même. Mais maintenant j'en suis sorti et je la combats. Apprends donc, mon doux frère, ce qu'est le Christ, et le Christ crucifié. Apprends à lui chanter et à lui dire, en désespérant de ta justice propre :

"Fais attention à ne pas aspirer à une si grande pureté que tu ne veuilles plus paraître un pécheur à tes propres yeux. Car le Christ n'habite que dans les pécheurs (Christus enim non nisi in peccatoribus habitat). C'est pour cela qu'il est descendu du ciel, où il habitait parmi les justes pécheurs (in peccatoribus). Réfléchis sur cette charité et tu sentiras une grande consolation. Si nos efforts et nos pénitences devaient nous conduite à la paix de notre conscience, pourquoi Jésus-Christ est-il mort ? C'est pourquoi, tu ne trouveras la paix que si tu désespère de toi et de toutes tes oeuvres. Tu apprendras de lui, au surplus, que de même qu'il a fait siens tous tes péchés, il t'a imputé toute sa justice "

Si l'on écoute Luther, devons-nous chercher à nous élever vers Dieu ? À devenir dignes de Sa confiance, nous, à qui il a confié la terre ? Devons-nous enfouir les talents et attendre l'arrivée du maître ? Avouons qu'il nous semblerait ainsi rester des enfants immatures, sur lesquels le Père ne pourrait se satisfaire de n'avoir qu'à étendre, sur cette progéniture bien peu digne de Lui, Son manteau de justice. Fort heureusement, en ce temps de rassemblement de l'Église, les vues de ses enfants (pécheurs et perfectibles) sont en voie de rapprochement.

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