Maranatha ! : Chapitre 25

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Le Libéralisme en Italie et le premier Concile du Vatican
( 1830 - 1870 )
par René Seignette de l'Association canonique saint Charles Borromée

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La vague de libéralisme atteignant l'Italie poussa les esprits, ici encore, à réclamer un droit de regard sur les affaires des États, y compris dans ceux du Saint-Siège. Mais les peuples italiens, nous le savons, aspiraient depuis les traités de Vienne à une seconde réforme : l'unification du sol par la réunion des États.
Napoléon III, par sa politique religieuse qui le conduisait à soutenir l'Église, mais aussi par sa promesse d'aide aux princes italiens pour réaliser l'unité italienne, se trouva impliqué dans ces conflits de manière contradictoire. Car comment atteindre ce second objectif sans spolier le pape des États pontificaux ?
L'Église, dépouillée de toute puissance temporelle, et comme transcendée par ces épreuves, montrera alors au monde la grandeur de sa puissance spirituelle retrouvée : l'encyclique Quanta cura portera remède aux erreurs du modernisme, et le Concile du Vatican définira solennellement l'infaillibilité pontificale.

 
1 Les causes de la question romaine
Ainsi nomma-t-on le problème posé en Europe par l'exigence italienne de construire son unité politique. Réunir sous son autorité les sept États italiens : trois royaumes, trois duchés et les territoires appartenant au Saint-Siège, telle fut l'ambition du roi de Piémont, Victor-Emmanuel II.
Après la chute de l'Empire napoléonien et les traités de Vienne (1815), les princes d'Italie avaient regagné leurs États : royaume de Sardaigne-Piémont-Savoie; royaume de Lombardie-Vénitie (sous protectorat autrichien); royaume des "Deux-Siciles"; duché de Parme; duché de Modène; duché de Florence; territoires auxquels s'ajoutaient les États pontificaux. Rétablis dans leurs pouvoirs, ces princes, demeurés imbus des idées joséphistes, vécurent cependant en bon intelligence avec le Saint-Siège et réglèrent par des conventions la situation de l'Église dans leurs pays. Des concordats furent conclus entre Pie VII et les royaume de Sardaigne (1817), puis celui de Naples et des Deux-Siciles (1818).
Le prince le plus attaché à l'unification italienne était le roi de Sardaigne-Piémont-Savoie : Victor-Emmanuel II, puissamment aidé en cela par son ministre le comte de Cavour. Le plan évident de Victor-Emmanuel était l'unification sous l'égide de son propre royaume, par l'annexion des autres États de la péninsule, y compris ceux du Saint-Siège. Nous verrons que Cavour et lui surent utiliser des leviers tels que le nouveau parti La jeune Italie que dirigeait Mazzani, le condottiere Garibaldi et ses troupes mercenaires, les sociétés secrètes, puissantes sur la péninsule, et enfin la presse d'opinion. La menace, puis l'annexion brutale de Rome posera la question romaine.
Il faut reconnaître à l'Italie la justification de son désir d'unité, droit revendiqué par toutes les nations, qui correspondait au retour à une réalité antique et de prestigieuse mémoire, nécessaire à sa participation au concert des "grandes puissances" et à leur plan d'expansion mondiale. Il était justice également de libérer le royaume lombardo-vénitien de la tutelle autrichienne, et normal encore de se donner pour capitale la ville la plus chargée d'histoire : Rome.
Face à ces revendications, quels étaient les droits du Saint-Siège ? Tout aussi légitimes, car ils tenaient à un droit de propriété accordé dans les conditions que l'on sait (Chap.7 § 8) par Pépin le Bref en 754, et portant sur Rome mais aussi, sur l'Adriatique, Ravenne et la Pentapole (Marche d'Ancône). À ceci s'ajoutèrent avec le temps d'autres territoires, la propriété de l'ensemble étant reconnue sans conteste par toutes les autres nations et États, une propriété jugée nécessaire pour servir de support matériel et indépendant à la puissance spirituelle du monde. En 1830, les biens temporels du Saint-Siège couvraient (voir carte en annexe) les provinces actuelles du Latium (Rome), de l'Ombrie (Pérouse), des Marches (Ancône) et de la Romagne (Bologne).
 
2 Le libéralisme sous Grégoire XVI (1831-46)
Dès les premiers temps de son pontificat, Grégoire XVI vit ses États troublés par les révolutionnaires italiens puis, sous prétexte de pacification, occupés par les Autrichiens et les Français.
En 1831, les grandes puissances avaient invité le pape à accorder à son peuple des réformes administratives; il en avait opéré quelques unes, mais demeurait énergiquement opposé aux idées libérales. Les légations et la Marche d'Ancône se soulevèrent en 1832, et les Autrichiens envoyèrent des troupes au secours du pape. Le gouvernement de Louis-Philippe, regardant cette intervention comme une injure, fit occuper Ancône par un coup de main. Les troupes françaises restèrent sept ans dans cette ville, pendant que les Autrichiens occupaient Bologne.
En 1845 un nouveau soulèvement éclata à Rimini et fut réprimé par les troupes pontificales. Les meneurs furent emprisonnés ou exilés.
 
3 Les premiers troubles sous Pie IX (1846-78)
Malgré ses mesures de clémence et ses réformes, Pie IX souleva la fureur des révolutionnaires en refusant le concours de ses troupes contre l'Autriche. La démission des laïques de son ministère, l'assassinat de son ministre de l'intérieur par les sociétés secrètes, une nouvelle émeute à Rome le contraignirent à se réfugier à Gaète.
Pape à la mort de Grégoire XVI, Pie IX fut salué à son avènement avec un enthousiasme unanime par les Italiens. Il inaugura son règne en amnistiant d'abord les condamnés politiques (1847), libérant les prisonniers et rappelant les exilés. Puis il établit dans ses États un gouvernement parlementaire (1848), promulguant un statut en forme de constitution qui établissait deux Chambres, nommées l'une par le pape, l'autre à l'élection, associées au collège des cardinaux, et auxquelles appartiendraient le vote des lois et de l'impôt. Il établit également la municipalité romaine et admit plusieurs laïques dans son ministère que présidait le cardinal Antonelli.
Au moment de la révolution de 1848, sollicité d'unir les troupes pontificales aux troupes piémontaises contre l'Autriche, il hésita longtemps, accorda son concours, puis le retira. Cette décision déclencha la colère des révolutionnaires, à la tête desquels était Mazzini, furieux lui-même de n'avoir pu obtenir du pape une déclaration de guerre contre l'Autriche. Joseph Mazzini (1805-72), homme d'influence, joua un rôle important dans la constitution de l'unité italienne. De faible tempérament mais doué d'une imagination ardente, mystique, il fut un patriote acharné qui, en entretenant une agitation perpétuelle, finit par imposer cette idée d'unification à la fois au peuple italien et aux autres nations. Profondément hostile à la France, affilié au carbonarisme, société secrète formée au XIX° siècle en Italie pour le triomphe des idées libérales, il avait fondé tour à tour trois autres groupements, mi-partis politiques, mi-sociétés secrètes : Jeune Italie, Apostolato popolare et Italia del popolo, avait aussi tâté de la prison et goûté au statut de mercenaire chez Garibaldi, autre artisan de l'unité italienne.
Les ministres laïques et libéraux du gouvernement pontifical, pour marquer leur adhésion aux thèses révolutionnaires, démissionnèrent en bloc. Pie IX dissolut la Chambre et chargea le comte Rossi, le 15 septembre 1848, de former le nouveau cabinet. Pelegrino Rossi (1787-1848) était doyen de la faculté de droit de Paris, membre de l'Académie des sciences morales et politiques et pair de France. Guizot l'avait chargé de traiter avec Rome de la question des Jésuites. En 1848, il était ministre de l'intérieur de Pie IX. Après deux mois de vains efforts pour composer un gouvernement, Rossi tomba sous le poignard d'un assassin resté inconnu, en plein palais de la Canullaria. Une nouvelle émeute souleva alors Rome. Effrayé par les progrès des sociétés secrètes, Pie IX quitta la Ville et se retira à Gaète, sous la protection du roi des Deux-Siciles.
À ce moment Ferdinand II (1830-59) constatait que la révolution, qui avait gagné la Sicile et la Calabre, était sur le point d'atteindre Naples, sa résidence. Il entra donc dans ses calculs de soutenir bruyamment la cause de Pie IX, réfugié dans ses États à Gaète. Cette mesure ne le dispensera pourtant pas de promulguer une constitution et de fournir un contingent pour affranchir l'Italie de la domination autrichienne. Mais, quelques mois plus tard, opérant chez lui une contre-révolution, il reprendra son pouvoir absolu et fera bombarder ses propres villes de Messine et de Palerme. Il mourra à la veille de l'unification italienne, détesté par ses sujets, qui l'avaient surnommé Bomba depuis le pilonnage scandaleux de Messine.
 
4 La politique religieuse de Napoléon III en France
Revenons un instant en France : de 1848 à 1859, sous la deuxième République et le début du règne de Napoléon III les catholiques, soutenus par les gouvernements successifs, purent déployer leurs activités sans aucune entrave.
Durant une première période, de 1848 à 59, l'État, autoritaire, suivit une politique favorable à l'Église et eut pour alliés les catholiques dans leur grande masse, lorsque, par exemple, il s'opposa à la Russie dans l'affaire des Lieux Saints (septembre 1853).
Napoléon III laissa d'abord à l'Église une assez grande liberté d'action; il rendit le Panthéon au culte, sous le nom d'église Sainte-Geneviève, fit restaurer un grand nombre d'églises, en fit bâtir de nouvelles. Des évêchés furent créés à Laval, Oran, Constantine et la Réunion; les sièges épiscopaux de Rennes et d'Alger furent érigés en archevêchés. Les congrégations religieuses prirent un développement considérable dans les domaines de l'instruction des enfants et du soin aux malades.
Nous verrons que durant une seconde période, qui commencera avec l'alliance franco-italienne (1859) et ira jusqu'à la guerre franco-allemande (1870-71) l'Empire se teintera de libéralisme et se verra combattu par le parti catholique, du fait de sa politique concernant la "question romaine". L'Empire se retournera alors contre l'Église et s'appuiera sur les libéraux.
 
5 Napoléon III et la question romaine
Avant l'Alliance franco-italienne, dont le but fut d'aider à l'unité de l'Italie, Napoléon apporta son soutien sans compter aux entreprises de Pie IX pour la défense de ses droits, notamment au moments des troubles à Rome.
Après le départ du pape à Gaète, l'Autriche intervint. Les troupes autrichiennes stationnées dans leur protectorat de Lombardie (Milan), déboulèrent sur les italiennes du Piémont (Turin) et les écrasèrent à Novare, avant de pénétrer en Romagne (Bologne), territoire du Saint-Siège, qu'elles occuperont jusqu'en 1859.
Durant ce temps, à Rome et en l'absence de Pie IX, une Assemblée constituante élue par le suffrage universel s'était réunie (février 1849) et avait proclamé la république. Le pape ayant réclamé l'intervention des puissances catholiques, Napoléon III répondit en envoyant une armée française commandée par le général Oudinot. Elle entra dans Rome (juillet 1849), après un siège de deux mois. Tandis que Garibaldi, général des insurgés, et Mazzini, premier membre du triumvirat qui dirigeait la toute nouvelle république, étaient expulsés, Pie IX revenait dans sa capitale (avril 1850), où le gouvernement français s'engageait à entretenir une armée d'occupation. Elle s'y maintiendra jusqu'en 1866. Après cette reprise de la Ville, Mazzani conspirera, fomentera des insurrections à Gênes, Livourne, Naples... Enfin rejeté par tous, il verra son rôle devenir secondaire après 1859.
Qui était Garibaldi ? Guiseppe Garibaldi (1807-82) avait, jusqu'en 1848, mené une véritable vie d'aventurier : marin, conspirateur, mercenaire en Tunisie puis à Rio de Janeiro, il avait pris part en 1836 à l'insurrection du Rio-Grande contre le gouvernement brésilien. Cinq ans plus tard il combattait à Montevideo, se rendit fameux par ses faits d'armes et fut nommé général. Rentré au Piémont, élu député, il forma à Milan une légion de volontaires qui se battit au Tyrol contre les Autrichiens. En 1849, après le départ à Gaète de Pie IX, nous venons de voir Garibaldi accouru à Rome pour y combattre les Français et en être expulsé par Oudinot. Garibaldi échaudé repartit cinq ans s'occuper d'industrie aux Amériques et en Chine, puis cinq autres années de culture en Italie. Nous le retrouverons.
 
6 L'Alliance franco-italienne (1858)
Les Autrichiens occupaient toujours la Lombardie et la Romagne, ce qui contrecarrait les projets d'unité italienne. L'alliance avec la France répondait à un double but : chasser l'occupant et, vision plus calculatrice, obtenir de l'allié Napoléon III qu'il détourne le regard pendant la spoliation du Saint-Siège.
Victor-Emmanuel et son ministre Cavour, toujours en quête d'unification nationale, cherchèrent l'appui de la France. En juillet 1858, Cavour eut une entrevue décisive avec Napoléon III dans les Pyrénées, à Plombières. Un accord fut conclu : l'alliance française devait permettre l'avènement d'une Italie libre des Alpes à l'Adriatique, et la France recevrait en rétribution le comté de Nice et la Savoie.
Car le comte de Cavour (1810-61) était un habile politique. Esprit fortement teinté de libéralisme, il avait fondé en 1847 le journal il Risorgimento, avec lequel, après le désastre de l'armée piémontaise à Novare, il combattit vaillamment pour sauver du naufrage l'indépendance de la patrie et eut une influence considérable sur la marche des événements. Député au parlement piémontais, il fut successivement ministre du commerce et de l'agriculture, des finances, puis président du conseil, ce qu'il restera jusqu'à sa mort. À l'intérieur, il affermit la liberté individuelle et de presse, mais lutta contre le clergé, dont il s'attacha à diminuer l'influence, fit vendre les biens de mainmorte dont jouissait l'Église, et ôta aux congrégations religieuses le monopole de l'enseignement. Cependant son oeuvre principale resta l'unité italienne : c'est lui, et non le roi du Piémont, qui au cours de l'entrevue de Plombières, obtint de Napoléon III l'alliance de la France.
Cavour sut ensuite habilement pousser l'Autriche à la déclaration de guerre. Aussitôt les troupes françaises, embarquées à Toulon, vinrent battre les Autrichiens à Magenta, puis à Solferino (juin 1859). La paix fut signée à Zurich : la Lombardie était abandonnée par les Autrichiens, ce qui permit à Napoléon III et Victor-Emmanuel de recevoir un accueil triomphal à Milan. En 1860, après le départ des Autrichiens, le traité de Turin (mars) rattacha à la France, après plébiscite favorable, la Savoie et le comté de Nice. Garibaldi, qui avait combattu les Autrichiens à la tête des chasseurs des Alpes, protesta hautement contre l'abandon de la Savoie et de Nice à la France. Pour apaiser sa colère, Victor-Emmanuel l'expédiera cette même année, à la tête de mille volontaires faire la conquête de la Sicile, dont il le nommera dictateur.
 
Début de spoliation des États pontificaux
Car les défaites de l'Autriche en 1859 furent le signal de la reprise des efforts du roi du Piémont pour unifier l'Italie. Donc de nouvelles attaques contre les biens temporels du Saint-Siège. Poursuivant sa politique d'unification par l'annexion, Cavour, agissant pour le compte de son roi, sut exciter les populations à la rébellion : la Romagne se révolta, fut occupée par les Italiens et annexée au royaume du Piémont. Cavour savait aussi diriger secrètement Garibaldi : c'est le ministre qui, en août et septembre de la même année, organisa l'expédition des Mille et la prise par le condottiere de Naples, capitale des Deux-Siciles de Ferdinand II, le protecteur du Pape.
Les victoires des Piémontais fit encore perdre au pape la Marche d'Ancône et l'Ombrie, et à Ferdinand II, nous venons de le dire, le royaume des Deux-Siciles. Les trois États votent en février 1861 leur union à Victor-Emmanuel. Lequel se fait alors aussitôt proclamer roi d'Italie par un premier Parlement italien, réuni à Turin, la capitale piémontaise.
 
Mesures antireligieuses de Victor-Emmanuel
Mais avant même l'alliance franco-italienne, ce fut à partir du moment où Pie IX manifesta son hostilité aux révolutionnaires italiens qui avaient pris la tête du mouvement nationaliste, que le roi du Piémont, Victor-Emmanuel, avait commençé d'appliquer une politique hostile à l'Église. En 1854, après l'annexion de la Lombardie au royaume du Piémont, il avait fait confisquer les biens des couvents. L'année suivante, 1855, les ordres religieux qui ne se consacraient pas à l'enseignement ou au soin des malades furent abolis dans le royaume de Piémont-Lombardie. Puis le roi avait entamé le processus d'annexion des territoires appartenant au Saint-Siège.
À mesure que les diverses parties des États pontificaux seront annexés au royaume d'Italie, le gouvernement leur appliquera les lois relatives aux ordres religieux; les couvents seront confisqués, les biens de l'Église vendus, et leur prix placé en rente sur l'État. Le pape interdira aux évêques de ses États de reconnaître l'annexion, ce qui aura pour résultat de laisser vacants de nombreux évêchés.
 
7 La prise de Rome
La jeune Italie voulait Rome pour capitale; Rome, la ville où dormait Pierre, et domaine de son successeur depuis onze siècles. Nous savons que les droits s'équivalaient, mais que valent les droits contre la force ?
Des catholiques du monde entier s'étaient portés volontaires pour défendre la Ville éternelle. Ils y étaient groupés sous le commandement du général français Lamoricière et firent des prodiges de valeur. Ce ne fut pas Garibaldi qui s'affronta à la petite troupe des volontaires français, mais la forte armée piémontaise, que Cavour, se méfiant du condottiere, lança sur Rome.
Louis de Lamoricière (1806-65), qui avait gagné ses étoiles de général au feu de la conquête algérienne entre 1830 et 1847, avait tâté ensuite de la vie politique avec des succès divers, ce qui l'avait engagé à se retirer. En 1860, sur les instances de Mgr Mérode, un prélat proche du pape et qui l'avait connu en Algérie, il accepta de mettre son épée au service de la papauté menacée par les exigences italiennes. Mais la brusque invasion des troupes piémontaises en Romagne ne lui avait pas laissé le temps d'achever ses préparatifs de défense : écrasé à Castelfinardo (septembre 1860) par des forces bien supérieures, il parvint à gagner Ancône, où il dut capituler après quelques jours de résistance. Son rapport officiel révéla beaucoup moins d'abus de l'administration romaine que de duplicité du gouvernement piémontais.
Après la reconnaissance de la royauté de Victor-Emmanuel sur l'Italie (février 1861), les Italiens n'attendaient qu'une chose : que Rome, leur capitale, leur soit rendue. Or les Français, présents, défendaient toujours ce territoire du pape. Et Garibaldi rêvait de marcher sur Rome. En 1862 il tenta bien un raid sur la Ville, mais trouva encore devant lui les troupes du roi auxquelles, grièvement blessé, il dut se rendre avec ses Mille. Victor-Emmanuel n'entendait pas risquer une guerre avec la France. Il fallait donc négocier avec Napoléon III. Les discussions durèrent deux ans entre les souverains, puis une convention fut enfin signée (septembre 1864), d'après laquelle le souverain italien s'engageait à respecter les dernières bribes des États pontificaux, et qui stipulait un retrait progressif des troupes françaises, étalé sur un an, le temps que le pape organisât sa propre défense composée d'un corps volontaire de gardes pontificaux.
C'était sans compter avec Garibaldi qui, pour la quatrième fois, organisa un raid sur Rome en 1867. Sans autre avis, les troupes françaises accoururent pour défendre le pape submergé et mettre en déroute les bandes garibaldiennes à Mentana (novembre 1867). Rome semblait enfin protégée de ce condottiere. Que devint-il ? Lors de la guerre franco-allemande de 1870, il offrira ses services au gouvernement français, qui les acceptera sans rancune, et combattra les Allemands en France. En 1875, il sera élu député à Rome. Patriote, apôtre de la liberté, chef prestigieux pour ses hommes, il fut aussi ardent, hélas, comme libre penseur que comme aventurier.
Cependant cette incursion française sur le sol italien avait fortement irrité le tout nouvel esprit nationaliste, et les choses se seraient peut-être envenimées si, peu après, la guerre n'avait éclaté entre la France et la Prusse, motivant un rappel des troupes extérieures : en juillet 1870, c'était l'affaire de la dépêche d'Ems; le 2 septembre l'encerclement à Sedan de l'armée de Mac Mahon et de la personne de Napoléon III; l'empereur capitule. Dès le 20, Victor-Emmanuel franchit la brèche de la Porta Pia et pénètra dans Rome. Après un combat de quatre heures, le pape ordonna à ses volontaires, les zouaves pontificaux, de cesser le feu et demeura enfermé dans le palais du Vatican.
 
8 La loi des garanties
Le Parlement italien pensa obtenir la paix avec le Saint-Siège en lui accordant une poignée de garanties. C'était faire table rase des droits du spolié, et méconnaître la pugnacité de Pie IX, puis de ses successeurs. Le problème ne sera réglé que par les accords du Latran, en 1929.
Au mois de décembre 1870, le Parlement italien siégeant à Florence déclara, après un plébiscite, Rome capitale de l'Italie et l'annexion des États pontificaux. Le roi s'installa au Quirinal et, au mois de mai 1871, le Parlement votait, sous le nom de Loi des Garanties une constitution qui déclarait sacrée et inviolable la personne du pape, et lui reconnaissait, avec l'indépendance de son pouvoir spirituel, la jouissance du palais du Vatican, d'une résidence d'été au palais de Castel-Gandolfo, et d'une rente annuelle de 3.225.000 francs. Le Parlement crut opportun de lui ajouter le droit aux honneurs souverains.
Pie IX refusa la loi des Garanties et continua à protester contre l'envahissement de ses États. Il ne voulut jamais user non plus de la latitude qui lui était laissée de sortir de son palais entouré d'une escorte italienne. Captif volontaire dans le palais du Vatican, il ne cessa d'y recevoir les hommages des catholiques. L'oeuvre du Denier de Saint-Pierre, faisant appel à la charité des fidèles, fut alors établie pour subvenir aux besoins du gouvernement de l'Église.
Le 8 février 1878, Pie IX mourra à l'âge de 86 ans, après un pontificat de trente deux années, ce qui détruira la légende selon laquelle aucun pape ne pouvait dépasser les vingt cinq ans de pontificat de saint Pierre.
Durant près de soixante ans, ses successeurs (Léon XIII, Pie X, Benoît XV, Pie XI) continueront à se considérer comme des "prisonniers" et à protester contre cette situation qui portait une intolérable atteinte aux droits et à la souveraineté du Saint-Siège. La question ne sera résolue en effet qu'avec les Accords du Latran (1929), fruits de trois années de négociations entre Pie XI et le chef du gouvernement fasciste, Benito Mussolini. Le Saint-Siège recouvrait, en toute souveraineté, la possession territoriale de la Cité du Vatican, et d'un certain nombre de propriétés immobilières jouissant d'un privilège d'extra territorialité : les quatre basiliques majeures de Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre du Vatican (et la place Saint-Pierre), Saint-Paul-hors-les-Murs et Sainte-Marie-Majeure; les édifices de la Curie romaine, des collèges et séminaires, et la villa de Castel Gandolfo. Mussolini était disposé à donner au Vatican une superficie de 15 à 20 kilomètres carrés d'un seul tenant, comprenant le Borgo, le Janicule et Saint-Sixte du Transtevere, mais Pie XI refusa de posséder plus de quarante quatre hectares, pour ne pas administrer une population civile. Les accords comportaient aussi un dédommagement financier au titre des anciens États pontificaux, ainsi qu'une position privilégiée en matière scolaire et matrimoniale. Et les catholiques se réjouirent de voir le catholicisme reconnu officiellement comme religion d'État par l'Italie.
 
9 Les catholiques français durant l'Alliance
Durant l'Alliance franco-italienne (1859-70), la politique extérieure de l'empereur, notamment dans la "question romaine", détacha de lui les catholiques et développa l'influence des libéraux, lesquels en profitèrent pour préparer leurs armes, à la fois contre l'Empire et contre l'Église.
En France, si Napoléon III avait assisté à l'annexion progressive des États pontificaux avec une apparente impassibilité, en réalité ballotté par ses sentiments contradictoires, les catholiques, pour leur part, les avaient vécus avec une intense émotion et ne mâchaient pas leurs critique envers l'empereur. La part que Napoléon III prenait à la formation de l'unité italienne -laquelle ne pouvait se faire qu'au détriment des États pontificaux- détacha donc de lui tous les catholiques.
Napoléon avait tenté sans succès de porter la question romaine devant un congrès des nations, puis d'influer sur la volonté du pape par le biais de la presse. Mais Pie IX resta inflexible, appuyé d'ailleurs par des voix autorisées, intransigeantes telles celles du cardinal Pie et de Louis Veuillot, ou libérales comme celles de Lacordaire, Montalembert, Mgr Dupanloup.
Parmi les récriminations des évêques, une brochure signée par Mgr Dupanloup cristallisa les griefs de l'Église de France et porta la contestation jusqu'aux extrémités de l'Europe : Protestation de Mgr l'évêque d'Orléans contre les attentats dont notre Saint Père le pape et Sa Sainteté apostolique sont menacés et frappés en ce moment. Villemain, catholique libéral, ancien ministre, la doubla d'un manifeste sur La France, l'empire et la Papauté. Montalembert, dans la presse, compara l'empereur à Ponce-Pilate. Comparaison également employée par le cardinal Pie, évêque de Poitiers. Et chacun d'eux concluait à la légitimité absolue de la possession, par le Saint-Siège, d'un État pontifical.
L'empereur prit alors des mesures de rétorsion : il fit poursuivre le cardinal Pie et supprima le journal L'Univers de Louis Veuillot. Qui étaient ces hommes courageux ?
Louis François Pie (1815-80), évêque de Poitiers, était célèbre par la sûreté de sa doctrine et la fermeté de son caractère. C'est en 1861 qu'il fut déféré comme d'abus au Conseil d'État pour avoir critiqué sans un mandement la politique de Napoléon III à l'égard du Saint Siège. Neuf ans plus tard, au concile du Vatican, il présentera au nom de la commission De la foi, le rapport qui concluait à la définition de l'infaillibilité pontificale. Léon XIII le nommera cardinal en 1879.
Louis Veuillot (1813-83), écrivain, s'était converti au catholicisme lors d'un voyage à Rome en 1838. Rédacteur en chef de l'Univers religieux dix ans plus tard, il en fit l'organe de l'ultramontanisme. Il accueillit avec joie, en 1848, la Seconde République qu'il espérait favorable à l'Église, mais fut déçu. Il attaqua alors avec violence les catholiques libéraux, aux tendances gallicanes, et s'attira le blâme de l'archevêque de Paris, Sibour (1850) puis de l'évêque d'Orléans, Dupanloup (1851), mais reçut l'approbation de Pie IX. En 1859, au plus fort des opérations de spoliation, il soutint avec ardeur la cause du pouvoir temporel du pape, rompit avec le gouvernement, qui supprima l'Univers (1860). De ce moment datent les meilleurs ouvrages de Veuillot.
En 1867, il put reprendre la publication de l'Univers. Avant, pendant et après le concile du Vatican, il se fit le défenseur du dogme de l'infaillibilité pontificale contre certains prélats, dont Dupanloup. Après la chute du pouvoir temporel du pape, ses attaques contre la royauté italienne obligeront le gouvernement à suspendre de nouveau l'Univers (1874).
Partisan d'un catholicisme sans réserve, fougueux défenseur du Saint-Siège et du Syllabus, adversaire non seulement des libres penseurs de tout poil mais encore des catholiques gallicans et libéraux, Louis Veuillot a provoqué, par l'intransigeance de ses idées, par la violence de ses polémiques, des inimitiés et des colères qui ont fait méconnaître la force de sa conviction, le désintéressement de sa vie, l'unité et la logique de son oeuvre. Son talent pour la satire, la clarté et l'harmonie de son style, nourri des auteurs classiques, firent de lui le plus grand polémiste catholique de son temps (voir en annexe sa défense de Jeanne Jugan). À sa mort, son frère Eugène reprit la direction de l'univers et poursuivit son oeuvre.
L'abbé Félix Dupanloup (1802-78), ordonné prêtre à vingt trois ans, fut vicaire à la Madeleine et à Saint-Roch, aumônier et confesseur de la dauphine et du jeune duc de Bordeaux, puis éducateur des fils de Louis-Philippe. En 1834 il ouvrit les Conférences de Notre-Dame et trois ans plus tard fut nommé supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonneret. C'est lui qui réconcilia Talleyrand en ses derniers moments avec l'Église. Devenu chanoine de Notre-Dame il y prêcha avec un vif succès. C'était aussi un remarquable polémiste, qui prit une part active, entre 1844 et 1850 à la lutte de Lacordaire et de Montalembert pour la défense de la liberté de l'enseignement. Évêque d'Orléans (1849), il fut membre de la commission instituée par Falloux, et l'un des promoteurs de la loi de mars 1850. Sous Napoléon III il fut à la tête des catholiques libéraux, mais lors du concile du Vatican (1869-70) se rallia avec docilité au dogme de l'infaillibilité pontificale, après avoir contesté son opportunité. La guerre de 1870 le vit défendre avec acharnement les intérêts d'Orléans contre les exactions de l'occupant autrichien. Quatre ans plus tard, député, il montera huit fois à la tribune pour défendre avec une même vigueur la loi sur l'enseignement supérieur, et démissionnera avec autant d'éclat de l'Académie française lors de l'élection du positiviste Littré.
Plus tard, Napoléon III prendra d'autres mesures à l'encontre de l'Église : il malmènera les sociétés religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. et remettra en vigueur les fameux Articles organiques de Napoléon 1er. Il interdira, le 1er janvier 1865, la publication du Syllabus, recueil exprimant avec l'encyclique Quanta cura la doctrine officielle de l'Église. Il travaillera même à saper le concile du Vatican en 1869.
 
10 Le renouveau spirituel
Les tribulations et soucis temporels accablèrent Pie IX, et cependant à aucun moment le pasteur ne cessa de se préoccuper de son troupeau. Sa réflexion et son action portèrent sur l'analyse et le combat des erreurs de la pensée moderne, et sur la victoire contre ce vieil adversaire : le gallicanisme. L'encyclique Quanta cura, le Syllabus et le Concile du Vatican en sont les témoignages.
Pie IX, dont le pontificat fut l'un des plus troublés, conserva dans l'adversité une constance et une dignité qui fit l'admiration du monde chrétien. Le pape dut affronter l'ambition de Victor-Emmanuel, la ruse de Cavour, la violence de Garibaldi, les contradictions de Napoléon III, et vivre jour après jour la spoliation progressive de ses États, la prise de Rome et sa propre séquestration. Mais en même temps que le pouvoir temporel du pape diminuait chaque jour, son pouvoir spirituel s'affirmait avec un nouvel éclat. On peut dire qu'au fur et à mesure que s'effritait ce pouvoir temporel, se manifestait un empressement grandissant de l'épiscopat à témoigner de son union avec son chef.
Le 8 décembre 1854, après avoir consulté les évêques du monde, il proclama le dogme de l'Immaculée Conception, confirmant ainsi une intuition de Sixte IV, et une fête entrée depuis quatre siècles dans la Tradition de l'Église. Comme en réponse, le 11 février 1858, la Vierge apparut pour la première fois à une bergère de Lourdes, Bernadette Soubirous : "Je suis l'Immaculée Conception" dit-elle à l'enfant étonnée qui, n'en comprenait mot, authentifiait ainsi la citation.
L'encyclique Quanta cura et le Syllabus
En ces temps de traverses, la réflexion du pape s'était attachée à la menace créée contre l'Église par la libre pensée, qui avait envahi beaucoup d'intelligences du moment, et qui prétendait apporter aux plus importantes questions des solutions totalement étrangères à la foi. C'est dans cet esprit qu'en 1869, avant d'ouvrir les travaux du concile, Pie IX condamnera par bulle la franc-maçonnerie.
La science enthousiasmait les esprits, et l'on attendait d'elle, selon Renan, la réponse à "tous les problèmes que la Révélation résolvait jadis". L'écrivain paraissait avoir oublié que si la puissance de la science aidait l'homme à dominer la nature elle lui procurait aussi les moyens de la détruire, ainsi que le progrès des armements guerriers le prouvait, et que la nécessité des valeurs chrétiennes s'en accroissait proportionnellement pour équilibrer les pouvoirs.
Ainsi donc, trois mois après la fondation à Londres de la 1ère Internationale, Pie IX publiait le 8 décembre 1864 une encyclique célèbre où il condamnait les erreurs modernes touchant les rapports de la foi et de la science, comme de l'Église et de l'État :
- il condamnait le naturalisme dont l'État faisait preuve en mettant toutes les religions sur un pied d'égalité,
- il condamnait les libertés d'opinions et d'expression accordées sans aucune limites aux individus,
- il condamnait les apôtres de la "volonté du peuple", considérée comme loi suprême, indépendante de tout droit divin ou humain,
- il affirmait le droit à l'existence des ordres religieux,
- il condamnait le socialisme et le communisme qui détruit la cellule familiale au profit de l'État,
- il affirmait le droit de l'Église à veiller sur l'éducation et l'instruction de la jeunesse,
- enfin, il condamnait le gallicanisme, en tant qu'il subordonne l'Église à l'État.
Un Syllabus, ou catalogue de ces erreurs, était joint à l'encyclique.
Les ennemis de l'Église crièrent au scandale et à la guerre déclarée par le pape au monde moderne. Les gouvernements de France, de Russie et d'Italie refusèrent de laisser publier l'encyclique. Les évêques français, quant à eux, ne tinrent aucun compte de cette interdiction. Celui d'Orléans, le libéral Dupanloup, la décrivit finement comme une formulation de l'idéal chrétien qu'il n'était pas interdit d'adapter aux conditions de la vie.
Le Concile du Vatican
Pie IX voulut fixer d'une manière plus solennelle la doctrine de l'Église. Seul un concile lui en donnait les moyens. Dès 1865 il consulta un certain nombre d'évêques, qui tous rejoignirent la pensée du pape sur la nécessité d'une telle assemblée. Par une bulle de juin 1868 il convoqua à Rome un concile oecuménique, le Concile du Vatican, dont la date d'ouverture était prévue pour l'année suivante. Son objet était de "pourvoir aux vexations dont l'Église était l'objet, au misérable état de la société civile, au trouble dans lequel les catholiques vivaient". La convocation précisait sans ambages la nécessité, pour le successeur de Pierre, de la "primauté d'ordre et d'honneur, ainsi que l'autorité prédominante et absolument complète, afin qu'il paisse agneaux et brebis, régisse l'Église universelle et soit le portier du ciel". Le projet de faire définir par le concile l'infaillibilité du pape en matière doctrinale donna lieu à de vives controverses, particulièrement en Allemagne et en France. Mais une forte majorité de l'épiscopat se prononça en faveur du projet.
Le monde catholique apprit donc, avec une réelle émotion, la convocation pour le 8 décembre 1869, en la fête de l'Immaculée Conception, du vingtième concile oecuménique au palais du Vatican. Le pape adressa en même temps, mais sans résultat, deux lettres : l'une aux Grecs schismatiques, l'autre aux protestants, pour les inviter à rejoindre le sein de l'Église.
Pour la première fois depuis le concile de Trente l'ensemble des Pères se réunissait. La basilique Saint-Pierre les accueillit. Pie IX régla lui même l'organisation du concile, en présenta les thèmes et dirigea les discussions.
En juillet 1870 les Pères votèrent deux décrets. Un premier décret sur la foi, dans lequel le concile définissait : la doctrine de l'Église sur Dieu et sur la création; celle sur la révélation; et celle sur la foi et les rapports entre la foi et la raison. Puis l'assemblée vota un second décret, dans lequel elle déclarait l'infaillibilité pontificale. Le texte exact en est celui-ci :
 
"Nous définissons comme un dogme révélé : le Pontife romain, quand il parle ex-cathedra, c'est à dire lorsque agissant comme pasteur et docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit une doctrine concernant la foi ou les moeurs qui doit être tenue par toute l'Église, grâce à l'assistance divine qui lui a été promise dans la personne du bienheureux Pierre, il possède cette infaillibilité dont le Rédempteur a voulu que fut munie son Église quand il s'agit de définir une doctrine touchant la foi ou les moeurs; par conséquent, ces définitions du Souverain Pontife sont irréformables par elles-mêmes et non par consentement de l'Église."
 
Les 55 évêques qui avaient combattu la définition se soumirent par avance, avec la plus grande facilité. Au scrutin définitif, sur 535 votants, les deux derniers opposants se rallièrent immédiatement.
Deux mois après ce vote, en septembre, la guerre franco-allemande et la prise de Rome par les Italiens empêchèrent le concile de poursuivre ses travaux.
 
Conclusion
L'Église, en perdant toute puissance temporelle, au nom de l'unité italienne, a retrouvé sa puissance spirituelle et sa propre unité. Encore une fois, elle sort grandie de l'épreuve.
Après trente deux années de pontificat, Pie IX laisse l'Église infiniment plus puissante et respectée qu'il ne l'a recueillie. Bien qu'attaquée de tous côtés, elle se montre plus vivante que jamais. Quant à la papauté, forgée par les épreuves, renforcée par sa victoire sur le gallicanisme, elle a recouvré une autorité plus forte que jamais depuis le Moyen Âge.
C'est de Pie IX, de son labeur, de ses douleurs, qu'est née l'Église de nos jours, telle que nous la reconnaissons, même à travers les critiques qui peuvent lui être adressées. Pour elle, le pape a lutté contre les erreurs du monde moderne et la révolution libérale. A-t-il pressenti une troisième révolution : le laïcisme ? Elle sera l'objet des soucis de son successeur, Léon XIII. Mais les réalisations de ce dernier n'auraient pas été possibles si Pie IX, à travers ses combats et ses souffrances, n'avait d'abord rétabli la grandeur spirituelle de l'Église et celle du Siège de Pierre.
 
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Annexes
 
le général Gaston de Sonis, miles Christi
Gaston de Sonis naquit le 25 août 1825 à la Guadeloupe où son père était officier. L'enfant vint en France faire ses études, fut admis à Saint-Cyr et à Saumur, et en sortit sous-lieutenant au 5° Hussards. En garnison à Castres, il épousa Melle Anaïs Roger, fille d'un honorable notaire de cette ville.
Officier studieux, ferme sur le devoir et la discipline, Sonis fut toujours estimé de ses soldats et de ses chefs. Au soir de sa vie, ses égaux disaient de lui : "le Général de Sonis, c'est l'honneur". Père de douze enfants, il les aima avec tendresse et s'imposa les plus grands sacrifices pour leur donner la meilleure éducation. Chrétien fervent, sans respect humain, et tertiaire du Carmel, il édifia la population des villes où il séjourna par sa charité envers les pauvres, son assistance quotidienne à la messe, ses communions fréquentes, sa dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Les Arabes, au milieu desquels il passa de longues années, l'appelaient Maître en piété.
Commandant du 17° Corps d'Armée pendant la guerre de 1870, il fit à Loigny (Eure-et-Loir), le 2 décembre, à la tête des Zouaves pontificaux que précédait l'étendard du Sacré-Coeur, cette charge célèbre qui sauva d'une déroute complète ses troupes et celles de Chanzy. Gravement blessé il resta la nuit, par un froid de moins vingt degrés, sur le champ de bataille; il y fut préservé de la mort, fortifié et consolé par Notre-Dame de Lourdes qu'il contemplait en esprit. Quoique amputé de la jambe gauche bien au dessus du genou, il reprit aussitôt remis son commandement, et continua de monter à cheval.
En 1880 à Châteauroux, en pleine persécution anticatholique, il se fit mettre en disponibilité pour protester contre l'expulsion des religieux. Puis ses infirmités, suites de ses blessures, l'ayant forcé à quitter son commandement pour devenir membre d'une commission au Ministère de la Guerre, il offrit ses souffrances à Dieu pour expier les crimes de l'impiété régnante. Il mourut à Paris en réputation de sainteté, le 15 août 1887. Son corps, transporté à Loigny, fut inhumé dans la crypte de l'église, près des zouaves pontificaux et des soldats (Français et Autrichiens) tombés dans la bataille du 2 décembre 1870. Sur la pierre qui le recouvre, on lit ces paroles de saint Paul qu'il avait choisies lui-même : "Miles Christi", soldat du Christ.
Le 26 septembre 1929, au cours du procès canonique qu'il instruisit sur sa réputation de sainteté, Mgr Harscouët, évêque de Chartres, procéda à l'exhumation des restes du pieux Général. Après quarante-deux ans, sans le moindre embaumement, le corps fut trouvé dans son cercueil de plomb, entier, les membres souples, en parfait état de conservation.
(D'après sonis-loigny, par M. le curé de Loigny-la-Bataille, avril 1955)
 
Jeanne Jugan
fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres
 
Jeanne Jugan (1792-1879), fille de marin, est née sur les hauteurs de Cancale, en pleine Terreur. Vers 15 ans, placée comme aide-cuisinière dans une famille des alentours, elle fut également associée au service des pauvres, visitant avec sa patronne familles indigentes et vieillards isolés. Lors d'une mission qui eut lieu à Cancale en 1816, elle prit conscience du besoin de reconstruire la foi et l'Église après la tempête révolutionnaire, et décida de se réserver au service de Dieu. "Il me veut pour lui" dit-elle à sa mère. "Il me garde pour une oeuvre qui ne m'est pas connue, qui n'est pas encore fondée."
Attendant son heure, elle se dévoua d'abord six années auprès des trois cents malades de l'hôpital du Rosais à Saint-Servan. Elle s'y épuisa et, à bout de forces, entra au service d'une demoiselle Lecoq qu'elle servit jusqu'à la mort de celle-ci en 1835. Elle dut alors reprendre le travail de journalière dans les familles : ménage, lessive, garde-malade. Entre-temps, Jeanne était entrée comme membre du tiers-ordre eudiste. Elle y connut Françoise Aubert, dite Fanchon; les deux femmes mirent leurs ressources en commun et louèrent un logement. Une orpheline, Virginie Trédaniel se joignit à elles. Mais bientôt, en accord avec ses amies, Jeanne Jugan entreprit de recueillir dans le logement, vite trop étroit, de pauvres femmes impotentes et dans la misère, aux besoins desquelles elles subvenaient toutes trois par leur propre travail, d'où la mendicité ne fut bientôt pas exclue.
"Soeur Jeanne, remplacez-nous, quêtez pour nous!" Ainsi parlaient les bonnes vieilles qui avaient longtemps vécu de mendicité. Ce ne fut pas facile de prendre cette décision. Jeanne était fière. "J'allais, mon panier au bras, chercher pour nos pauvres.. Cela me coûtait, mais je le faisais pour le bon Dieu et pour nos chers pauvres" Jeanne se fit donc chercheuse de pain, demandant argent, nourriture (restes de repas!), objets, vêtements. Elle n'était pas toujours bien accueillie. Un trait resta célèbre : un vieux célibataire, irrité, l'avait giflée; elle répondit doucement : "Merci. Cela c'est pour moi. Maintenant, donnez-moi pour mes pauvres, s'il vous plaît!"
En octobre 1840, les trois amies avaient formé une association de charité qui adopta pour loi un petit règlement élaboré par elles-mêmes. C'était là l'embryon d'une grande congrégation qui s'appellerait, bien plus tard, les Petites Soeurs des Pauvres. C'est de Jeanne Jugan, qui sera béatifiée le 3/10/1982 par Jean-Paul II, que parlait dans l'Univers Louis Veuillot, en 1848, qui venait de visiter la maison de Tours récemment fondée, et qui, s'en prenant violemment aux parlementaires, leur vanta "ce personnage plus savant en socialisme que vous ne l'êtes tous!"
(D'après jeanne jugan, par Paul Milcent, prêtre Eudiste. "La Presse de Bretagne", 1991)

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