Maranatha ! : Chapitre 25
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Le
Libéralisme en Italie et le premier Concile du Vatican
( 1830 - 1870 )
par René Seignette de l'Association canonique
saint Charles Borromée
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La vague de libéralisme
atteignant l'Italie poussa les esprits, ici encore, à
réclamer un droit de regard sur les affaires des États,
y compris dans ceux du Saint-Siège. Mais les peuples italiens,
nous le savons, aspiraient depuis les traités de Vienne
à une seconde réforme : l'unification du sol
par la réunion des États.
Napoléon III, par sa politique
religieuse qui le conduisait à soutenir l'Église,
mais aussi par sa promesse d'aide aux princes italiens pour réaliser
l'unité italienne, se trouva impliqué dans ces
conflits de manière contradictoire. Car comment atteindre
ce second objectif sans spolier le pape des États pontificaux ?
L'Église,
dépouillée de toute puissance temporelle, et comme
transcendée par ces épreuves, montrera alors au
monde la grandeur de sa puissance spirituelle retrouvée :
l'encyclique Quanta cura portera remède aux erreurs du
modernisme, et le Concile du Vatican définira solennellement
l'infaillibilité pontificale.
- 1 Les causes
de la question romaine
- Ainsi nomma-t-on le problème
posé en Europe par l'exigence italienne de construire
son unité politique. Réunir sous son autorité
les sept États italiens : trois royaumes, trois duchés
et les territoires appartenant au Saint-Siège, telle fut
l'ambition du roi de Piémont, Victor-Emmanuel II.
- Après la chute de l'Empire napoléonien
et les traités de Vienne (1815), les princes d'Italie
avaient regagné leurs États : royaume de Sardaigne-Piémont-Savoie;
royaume de Lombardie-Vénitie (sous protectorat autrichien);
royaume des "Deux-Siciles"; duché de Parme;
duché de Modène; duché de Florence; territoires
auxquels s'ajoutaient les États pontificaux. Rétablis
dans leurs pouvoirs, ces princes, demeurés imbus des idées
joséphistes, vécurent cependant en bon intelligence
avec le Saint-Siège et réglèrent par des
conventions la situation de l'Église dans leurs pays.
Des concordats furent conclus entre
Pie VII et les royaume de
Sardaigne (1817), puis celui de Naples et des Deux-Siciles (1818).
- Le prince le plus attaché à
l'unification italienne était le roi de Sardaigne-Piémont-Savoie :
Victor-Emmanuel II, puissamment aidé en cela par son ministre
le comte de Cavour. Le plan évident de Victor-Emmanuel était
l'unification sous l'égide de son propre royaume, par
l'annexion des autres États de la péninsule, y
compris ceux du Saint-Siège. Nous verrons que Cavour et
lui surent utiliser des leviers tels que le nouveau parti La
jeune Italie que dirigeait
Mazzani, le condottiere Garibaldi et
ses troupes mercenaires, les sociétés
secrètes, puissantes sur
la péninsule, et enfin la
presse d'opinion. La menace,
puis l'annexion brutale de Rome posera la question romaine.
- Il faut reconnaître à l'Italie
la justification de son désir d'unité, droit revendiqué
par toutes les nations, qui correspondait au retour à
une réalité antique et de prestigieuse mémoire,
nécessaire à sa participation au concert des "grandes
puissances" et à leur plan d'expansion mondiale.
Il était justice également de libérer le
royaume lombardo-vénitien de la tutelle autrichienne,
et normal encore de se donner pour capitale la ville la plus
chargée d'histoire : Rome.
- Face à ces revendications, quels
étaient les droits du Saint-Siège ? Tout aussi
légitimes, car ils tenaient à un droit de propriété
accordé dans les conditions que l'on sait (Chap.7 §
8) par Pépin le Bref en 754, et portant sur Rome mais
aussi, sur l'Adriatique, Ravenne et la Pentapole (Marche d'Ancône).
À ceci s'ajoutèrent avec le temps d'autres territoires,
la propriété de l'ensemble étant reconnue
sans conteste par toutes les autres nations et États,
une propriété jugée nécessaire pour
servir de support matériel et indépendant à
la puissance spirituelle du monde. En 1830, les biens temporels
du Saint-Siège couvraient (voir carte en annexe) les provinces
actuelles du Latium (Rome), de l'Ombrie (Pérouse), des
Marches (Ancône) et de la Romagne (Bologne).
-
- 2 Le libéralisme
sous Grégoire XVI (1831-46)
- Dès les premiers
temps de son pontificat, Grégoire XVI vit ses États
troublés par les révolutionnaires italiens puis,
sous prétexte de pacification, occupés par les
Autrichiens et les Français.
- En 1831, les grandes puissances avaient invité
le pape à accorder à son peuple des réformes
administratives; il en avait opéré quelques unes,
mais demeurait énergiquement opposé aux idées
libérales. Les légations et la Marche d'Ancône
se soulevèrent en 1832, et les Autrichiens envoyèrent des troupes
au secours du pape. Le gouvernement de Louis-Philippe,
regardant cette intervention comme une injure, fit occuper Ancône par
un coup de main. Les troupes françaises restèrent
sept ans dans cette ville, pendant que les Autrichiens occupaient Bologne.
- En 1845 un nouveau
soulèvement éclata à Rimini et fut réprimé
par les troupes pontificales. Les meneurs furent emprisonnés
ou exilés.
-
- 3 Les premiers
troubles sous Pie IX (1846-78)
- Malgré ses mesures
de clémence et ses réformes, Pie IX souleva la
fureur des révolutionnaires en refusant le concours de
ses troupes contre l'Autriche. La démission des laïques
de son ministère, l'assassinat de son ministre de l'intérieur
par les sociétés secrètes, une nouvelle
émeute à Rome le contraignirent à se réfugier
à Gaète.
- Pape à la mort de Grégoire
XVI, Pie IX fut salué à son avènement
avec un enthousiasme unanime par les Italiens. Il inaugura son
règne en amnistiant d'abord les condamnés politiques
(1847), libérant les prisonniers et rappelant
les exilés. Puis il établit dans ses États
un gouvernement parlementaire (1848), promulguant un statut en forme de constitution
qui établissait deux Chambres, nommées l'une par
le pape, l'autre à l'élection, associées
au collège des cardinaux, et auxquelles appartiendraient
le vote des lois et de l'impôt. Il établit également
la municipalité romaine et admit plusieurs laïques
dans son ministère que présidait le cardinal Antonelli.
- Au moment de la révolution de 1848,
sollicité d'unir les troupes pontificales aux troupes
piémontaises contre l'Autriche, il hésita longtemps,
accorda son concours, puis le retira. Cette décision déclencha
la colère des révolutionnaires, à la tête
desquels était Mazzini, furieux lui-même de n'avoir
pu obtenir du pape une déclaration de guerre contre l'Autriche.
Joseph Mazzini (1805-72), homme d'influence, joua un rôle important
dans la constitution de l'unité italienne. De faible tempérament
mais doué d'une imagination ardente, mystique, il fut
un patriote acharné qui, en entretenant une agitation
perpétuelle, finit par imposer cette idée d'unification
à la fois au peuple italien et aux autres nations. Profondément
hostile à la France, affilié au carbonarisme,
société secrète formée au XIX°
siècle en Italie pour le triomphe des idées libérales,
il avait fondé tour à tour trois autres groupements,
mi-partis politiques, mi-sociétés secrètes :
Jeune Italie, Apostolato popolare et Italia del popolo,
avait aussi tâté de la prison et goûté
au statut de mercenaire chez Garibaldi, autre artisan de l'unité
italienne.
- Les ministres laïques et libéraux
du gouvernement pontifical, pour marquer leur adhésion
aux thèses révolutionnaires, démissionnèrent
en bloc. Pie IX dissolut la Chambre et chargea le comte Rossi,
le 15 septembre 1848,
de former le nouveau cabinet. Pelegrino Rossi (1787-1848)
était doyen de la faculté
de droit de Paris, membre de l'Académie des sciences morales
et politiques et pair de France. Guizot l'avait chargé
de traiter avec Rome de la question des Jésuites. En 1848,
il était ministre de l'intérieur de Pie IX. Après
deux mois de vains efforts pour composer un gouvernement, Rossi
tomba sous le poignard d'un assassin resté inconnu, en
plein palais de la Canullaria. Une nouvelle émeute souleva
alors Rome. Effrayé par les progrès des sociétés
secrètes, Pie IX quitta la Ville et se retira à
Gaète, sous la protection du roi des Deux-Siciles.
- À ce moment Ferdinand II (1830-59) constatait que la
révolution, qui avait gagné la Sicile et la Calabre,
était sur le point d'atteindre Naples, sa résidence.
Il entra donc dans ses calculs de soutenir bruyamment la cause
de Pie IX, réfugié dans ses États à
Gaète. Cette mesure ne le dispensera pourtant pas de promulguer
une constitution et de fournir un contingent pour affranchir
l'Italie de la domination autrichienne. Mais, quelques mois plus
tard, opérant chez lui une contre-révolution, il
reprendra son pouvoir absolu et fera bombarder ses propres villes
de Messine et de Palerme. Il mourra à la veille de l'unification
italienne, détesté par ses sujets, qui l'avaient
surnommé Bomba depuis le pilonnage scandaleux de
Messine.
-
- 4 La politique
religieuse de Napoléon III en France
- Revenons un instant en
France : de 1848 à 1859, sous la deuxième
République et le début du règne de Napoléon
III les catholiques, soutenus par les gouvernements successifs,
purent déployer leurs activités sans aucune entrave.
- Durant une première période,
de 1848 à 59, l'État, autoritaire, suivit une politique
favorable à l'Église et eut pour alliés
les catholiques dans leur grande masse, lorsque, par exemple,
il s'opposa à la Russie dans l'affaire des Lieux Saints
(septembre 1853).
- Napoléon III laissa d'abord à
l'Église une assez grande liberté d'action; il
rendit le Panthéon au culte, sous le nom d'église
Sainte-Geneviève, fit restaurer un grand nombre d'églises,
en fit bâtir de nouvelles. Des évêchés
furent créés à Laval, Oran, Constantine
et la Réunion; les sièges épiscopaux de
Rennes et d'Alger furent érigés en archevêchés.
Les congrégations religieuses prirent un développement
considérable dans les domaines de l'instruction des enfants
et du soin aux malades.
- Nous verrons que durant une seconde
période, qui commencera avec l'alliance franco-italienne
(1859) et ira jusqu'à la guerre franco-allemande (1870-71)
l'Empire se teintera de libéralisme et se verra combattu
par le parti catholique, du fait de sa politique concernant la
"question romaine". L'Empire se retournera alors contre
l'Église et s'appuiera sur les libéraux.
-
- 5 Napoléon
III et la question romaine
- Avant l'Alliance franco-italienne,
dont le but fut d'aider à l'unité de l'Italie,
Napoléon apporta son soutien sans compter aux entreprises
de Pie IX pour la défense de ses droits, notamment au
moments des troubles à Rome.
- Après le départ du pape
à Gaète, l'Autriche intervint. Les troupes autrichiennes
stationnées dans leur protectorat de Lombardie (Milan),
déboulèrent sur les italiennes du Piémont
(Turin) et les écrasèrent à Novare, avant
de pénétrer en Romagne (Bologne), territoire du
Saint-Siège, qu'elles occuperont jusqu'en 1859.
- Durant ce temps, à Rome et en
l'absence de Pie IX, une Assemblée constituante élue
par le suffrage universel s'était réunie (février
1849) et avait
proclamé la république. Le pape ayant réclamé
l'intervention des puissances catholiques, Napoléon III
répondit en envoyant une armée française
commandée par le général Oudinot. Elle entra
dans Rome (juillet 1849), après un siège de deux mois.
Tandis que Garibaldi,
général des insurgés,
et Mazzini, premier
membre du triumvirat qui dirigeait la toute nouvelle république,
étaient expulsés, Pie IX revenait dans sa capitale
(avril 1850), où le gouvernement français
s'engageait à entretenir une armée d'occupation.
Elle s'y maintiendra jusqu'en 1866. Après cette reprise
de la Ville, Mazzani conspirera, fomentera des insurrections
à Gênes, Livourne, Naples... Enfin rejeté
par tous, il verra son rôle devenir secondaire après
1859.
- Qui était Garibaldi ? Guiseppe
Garibaldi (1807-82) avait,
jusqu'en 1848, mené une véritable vie d'aventurier :
marin, conspirateur, mercenaire en Tunisie puis à Rio
de Janeiro, il avait pris part en 1836 à l'insurrection
du Rio-Grande contre le gouvernement brésilien. Cinq ans
plus tard il combattait à Montevideo, se rendit fameux
par ses faits d'armes et fut nommé général.
Rentré au Piémont, élu député,
il forma à Milan une légion de volontaires qui
se battit au Tyrol contre les Autrichiens. En 1849, après
le départ à Gaète de Pie IX, nous venons
de voir Garibaldi accouru à Rome pour y combattre les
Français et en être expulsé par Oudinot.
Garibaldi échaudé repartit cinq ans s'occuper d'industrie
aux Amériques et en Chine, puis cinq autres années
de culture en Italie. Nous le retrouverons.
-
- 6 L'Alliance
franco-italienne (1858)
- Les Autrichiens occupaient
toujours la Lombardie et la Romagne, ce qui contrecarrait les
projets d'unité italienne. L'alliance avec la France répondait
à un double but : chasser l'occupant et, vision plus
calculatrice, obtenir de l'allié Napoléon III qu'il
détourne le regard pendant la spoliation du Saint-Siège.
- Victor-Emmanuel et son
ministre Cavour,
toujours en quête d'unification
nationale, cherchèrent l'appui de la France. En juillet
1858, Cavour eut une entrevue décisive avec
Napoléon III dans les Pyrénées, à
Plombières. Un accord fut conclu : l'alliance française
devait permettre l'avènement d'une Italie libre des
Alpes à l'Adriatique, et la France recevrait en rétribution
le comté de Nice et la Savoie.
- Car le comte de Cavour (1810-61)
était un habile politique.
Esprit fortement teinté de libéralisme, il avait
fondé en 1847 le journal il Risorgimento, avec
lequel, après le désastre de l'armée piémontaise
à Novare, il combattit vaillamment pour sauver du naufrage
l'indépendance de la patrie et eut une influence considérable
sur la marche des événements. Député
au parlement piémontais, il fut successivement ministre
du commerce et de l'agriculture, des finances, puis président
du conseil, ce qu'il restera jusqu'à sa mort. À
l'intérieur, il affermit la liberté individuelle
et de presse, mais lutta contre le clergé, dont il s'attacha
à diminuer l'influence, fit vendre les biens de mainmorte
dont jouissait l'Église, et ôta aux congrégations
religieuses le monopole de l'enseignement. Cependant son oeuvre
principale resta l'unité italienne : c'est lui, et
non le roi du Piémont, qui au cours de l'entrevue de Plombières,
obtint de Napoléon III l'alliance de la France.
- Cavour sut ensuite habilement pousser
l'Autriche à la déclaration de guerre. Aussitôt
les troupes françaises, embarquées à Toulon,
vinrent battre les Autrichiens à Magenta,
puis à Solferino
(juin 1859). La paix fut signée
à Zurich : la Lombardie était abandonnée
par les Autrichiens, ce qui permit à Napoléon III
et Victor-Emmanuel de recevoir un accueil triomphal à
Milan. En 1860, après le départ des Autrichiens,
le traité de
Turin (mars) rattacha à
la France, après plébiscite favorable, la Savoie et
le comté de Nice. Garibaldi, qui avait combattu les Autrichiens
à la tête des chasseurs des Alpes, protesta hautement
contre l'abandon de la Savoie et de Nice à la France.
Pour apaiser sa colère, Victor-Emmanuel l'expédiera
cette même année, à la tête de mille
volontaires faire la conquête de la Sicile, dont il le
nommera dictateur.
-
- Début
de spoliation des États pontificaux
- Car les défaites de l'Autriche
en 1859 furent le signal de la reprise des efforts du
roi du Piémont pour unifier l'Italie. Donc de nouvelles
attaques contre les biens temporels du Saint-Siège. Poursuivant
sa politique d'unification par l'annexion, Cavour, agissant pour
le compte de son roi, sut exciter les populations à la
rébellion : la
Romagne se révolta,
fut occupée par les Italiens et annexée au royaume
du Piémont. Cavour savait aussi diriger secrètement Garibaldi : c'est le ministre qui, en août et septembre
de la même année, organisa l'expédition des Mille et la prise par le condottiere de Naples,
capitale des Deux-Siciles de Ferdinand II, le protecteur du Pape.
- Les victoires des Piémontais
fit encore perdre au pape la Marche
d'Ancône et l'Ombrie, et à Ferdinand II, nous venons de le
dire, le royaume des Deux-Siciles. Les trois États votent
en février 1861 leur union à Victor-Emmanuel.
Lequel se fait alors aussitôt proclamer roi d'Italie par
un premier Parlement italien, réuni à Turin, la
capitale piémontaise.
-
- Mesures
antireligieuses de Victor-Emmanuel
- Mais avant même l'alliance franco-italienne,
ce fut à partir du moment où Pie IX manifesta
son hostilité aux révolutionnaires italiens qui
avaient pris la tête du mouvement nationaliste, que le
roi du Piémont, Victor-Emmanuel, avait commençé
d'appliquer une politique hostile à l'Église. En
1854, après l'annexion de la Lombardie au
royaume du Piémont, il avait fait confisquer les biens
des couvents. L'année suivante, 1855,
les ordres religieux qui ne se consacraient
pas à l'enseignement ou au soin des malades furent abolis
dans le royaume de Piémont-Lombardie. Puis le roi avait
entamé le processus d'annexion des territoires appartenant
au Saint-Siège.
- À mesure que les diverses parties
des États pontificaux seront annexés au royaume
d'Italie, le gouvernement leur appliquera les lois relatives
aux ordres religieux; les couvents seront confisqués,
les biens de l'Église vendus, et leur prix placé
en rente sur l'État. Le pape interdira aux évêques
de ses États de reconnaître l'annexion, ce qui aura
pour résultat de laisser vacants de nombreux évêchés.
-
- 7 La prise
de Rome
- La jeune Italie voulait
Rome pour capitale; Rome, la ville où dormait Pierre,
et domaine de son successeur depuis onze siècles. Nous
savons que les droits s'équivalaient, mais que valent
les droits contre la force ?
- Des catholiques du monde entier s'étaient
portés volontaires pour défendre la Ville éternelle.
Ils y étaient groupés sous le commandement du général
français Lamoricière et firent des prodiges de
valeur. Ce ne fut pas Garibaldi qui s'affronta à la petite
troupe des volontaires français, mais la forte armée
piémontaise, que Cavour, se méfiant du condottiere,
lança sur Rome.
- Louis de
Lamoricière (1806-65),
qui avait gagné ses étoiles de général
au feu de la conquête algérienne entre 1830 et 1847,
avait tâté ensuite de la vie politique avec des
succès divers, ce qui l'avait engagé à se
retirer. En 1860, sur les instances de Mgr Mérode, un
prélat proche du pape et qui l'avait connu en Algérie,
il accepta de mettre son épée au service de la
papauté menacée par les exigences italiennes. Mais
la brusque invasion des troupes piémontaises en Romagne
ne lui avait pas laissé le temps d'achever ses préparatifs
de défense : écrasé à Castelfinardo (septembre 1860) par des
forces bien supérieures, il parvint à gagner Ancône,
où il dut capituler après quelques jours de résistance.
Son rapport officiel révéla beaucoup moins d'abus
de l'administration romaine que de duplicité du gouvernement
piémontais.
- Après la reconnaissance de la
royauté de Victor-Emmanuel sur l'Italie (février
1861), les
Italiens n'attendaient qu'une chose : que Rome, leur capitale,
leur soit rendue. Or les Français, présents, défendaient
toujours ce territoire du pape. Et Garibaldi rêvait de
marcher sur Rome. En 1862
il tenta bien un raid sur la
Ville, mais trouva encore devant lui les troupes du roi auxquelles,
grièvement blessé, il dut se rendre avec ses Mille.
Victor-Emmanuel n'entendait pas risquer une guerre avec la France.
Il fallait donc négocier avec Napoléon III. Les
discussions durèrent deux ans entre les souverains, puis
une convention fut enfin signée (septembre 1864),
d'après laquelle le souverain italien s'engageait à
respecter les dernières bribes des États pontificaux,
et qui stipulait un retrait progressif des troupes françaises,
étalé sur un an, le temps que le pape organisât
sa propre défense composée d'un corps volontaire
de gardes pontificaux.
- C'était sans compter avec Garibaldi
qui, pour la quatrième fois, organisa un raid sur Rome
en 1867. Sans autre avis, les troupes françaises
accoururent pour défendre le pape submergé et mettre
en déroute les bandes garibaldiennes à Mentana (novembre 1867). Rome semblait enfin protégée
de ce condottiere. Que devint-il ? Lors de la guerre franco-allemande
de 1870, il offrira ses services au gouvernement français,
qui les acceptera sans rancune, et combattra les Allemands en
France. En 1875, il sera élu député à
Rome. Patriote, apôtre de la liberté, chef prestigieux
pour ses hommes, il fut aussi ardent, hélas, comme libre
penseur que comme aventurier.
- Cependant cette incursion française
sur le sol italien avait fortement irrité le tout nouvel
esprit nationaliste, et les choses se seraient peut-être
envenimées si, peu après, la guerre n'avait éclaté
entre la France et la Prusse, motivant un rappel des troupes
extérieures : en juillet
1870, c'était l'affaire
de la dépêche d'Ems; le 2 septembre l'encerclement
à Sedan de l'armée de Mac Mahon et de la personne
de Napoléon III; l'empereur capitule. Dès le 20,
Victor-Emmanuel franchit la brèche de la Porta Pia
et pénètra dans Rome. Après un combat de
quatre heures, le pape ordonna à ses volontaires, les
zouaves pontificaux, de cesser le feu et demeura enfermé
dans le palais du Vatican.
-
- 8 La loi
des garanties
- Le Parlement italien pensa
obtenir la paix avec le Saint-Siège en lui accordant une
poignée de garanties. C'était faire table rase
des droits du spolié, et méconnaître la pugnacité
de Pie IX, puis de ses successeurs. Le problème ne sera
réglé que par les accords du Latran, en 1929.
- Au mois de décembre 1870,
le Parlement italien siégeant à Florence déclara,
après un plébiscite, Rome capitale de l'Italie
et l'annexion des États
pontificaux. Le roi s'installa
au Quirinal et, au mois de mai 1871, le Parlement votait, sous
le nom de Loi des Garanties une constitution qui déclarait
sacrée et inviolable la personne du pape, et lui reconnaissait,
avec l'indépendance de son pouvoir spirituel, la jouissance
du palais du Vatican, d'une résidence d'été
au palais de Castel-Gandolfo, et d'une rente annuelle de 3.225.000
francs. Le Parlement crut opportun de lui ajouter le droit aux
honneurs souverains.
- Pie IX refusa la loi des Garanties
et continua à protester contre l'envahissement de ses
États. Il ne voulut jamais user non plus de la latitude
qui lui était laissée de sortir de son palais entouré
d'une escorte italienne. Captif volontaire dans le palais du
Vatican, il ne cessa d'y recevoir les hommages des catholiques.
L'oeuvre du Denier de Saint-Pierre, faisant appel à
la charité des fidèles, fut alors établie
pour subvenir aux besoins du gouvernement de l'Église.
- Le 8 février 1878, Pie IX mourra
à l'âge de 86 ans, après un pontificat de
trente deux années, ce qui détruira la légende
selon laquelle aucun pape ne pouvait dépasser les vingt
cinq ans de pontificat de saint Pierre.
- Durant près de soixante ans,
ses successeurs (Léon XIII, Pie X, Benoît XV, Pie
XI) continueront à se considérer comme des "prisonniers"
et à protester contre cette situation qui portait une
intolérable atteinte aux droits et à la souveraineté
du Saint-Siège. La question ne sera résolue en
effet qu'avec les Accords
du Latran (1929), fruits de trois
années de négociations entre Pie XI et
le chef du gouvernement fasciste, Benito Mussolini. Le
Saint-Siège recouvrait, en toute souveraineté,
la possession territoriale de la Cité
du Vatican, et d'un certain nombre
de propriétés immobilières jouissant d'un
privilège d'extra territorialité : les quatre
basiliques majeures de
Saint-Jean-de-Latran, Saint-Pierre du Vatican (et la place
Saint-Pierre), Saint-Paul-hors-les-Murs et Sainte-Marie-Majeure; les édifices de la Curie romaine,
des collèges et séminaires, et la villa
de Castel Gandolfo. Mussolini
était disposé à donner au Vatican une superficie
de 15 à 20 kilomètres carrés d'un seul tenant,
comprenant le Borgo, le Janicule et Saint-Sixte du Transtevere,
mais Pie XI refusa de posséder plus de quarante quatre
hectares, pour ne pas administrer une population civile. Les
accords comportaient aussi un dédommagement financier
au titre des anciens États pontificaux, ainsi qu'une position
privilégiée en matière scolaire et matrimoniale.
Et les catholiques se réjouirent de voir le catholicisme
reconnu officiellement comme religion d'État par l'Italie.
-
- 9 Les catholiques
français durant l'Alliance
- Durant l'Alliance franco-italienne
(1859-70), la politique extérieure de l'empereur, notamment
dans la "question romaine", détacha de lui les
catholiques et développa l'influence des libéraux,
lesquels en profitèrent pour préparer leurs armes,
à la fois contre l'Empire et contre l'Église.
- En France, si Napoléon III avait
assisté à l'annexion progressive des États
pontificaux avec une apparente impassibilité, en réalité
ballotté par ses sentiments contradictoires, les catholiques,
pour leur part, les avaient vécus avec une intense émotion
et ne mâchaient pas leurs critique envers l'empereur. La
part que Napoléon III prenait à la formation de
l'unité italienne -laquelle ne pouvait se faire qu'au
détriment des États pontificaux- détacha
donc de lui tous les catholiques.
- Napoléon avait tenté sans
succès de porter la question romaine devant un congrès
des nations, puis d'influer sur la volonté du pape par
le biais de la presse. Mais Pie IX resta inflexible, appuyé
d'ailleurs par des voix autorisées, intransigeantes
telles celles du cardinal Pie et de Louis Veuillot, ou libérales
comme celles de Lacordaire, Montalembert, Mgr Dupanloup.
- Parmi les récriminations des
évêques, une brochure signée par Mgr Dupanloup
cristallisa les griefs de l'Église de France et porta
la contestation jusqu'aux extrémités de l'Europe :
Protestation de Mgr l'évêque d'Orléans
contre les attentats dont notre Saint Père le pape et
Sa Sainteté apostolique sont menacés et frappés
en ce moment. Villemain, catholique libéral, ancien
ministre, la doubla d'un manifeste sur La France, l'empire
et la Papauté. Montalembert, dans la presse, compara
l'empereur à Ponce-Pilate. Comparaison également
employée par le cardinal Pie, évêque de Poitiers.
Et chacun d'eux concluait à la légitimité
absolue de la possession, par le Saint-Siège, d'un État
pontifical.
- L'empereur prit alors des mesures de
rétorsion : il fit poursuivre le cardinal Pie et
supprima le journal L'Univers de Louis Veuillot.
Qui étaient ces hommes courageux ?
- Louis François Pie (1815-80),
évêque de Poitiers, était célèbre
par la sûreté de sa doctrine et la fermeté
de son caractère. C'est en 1861 qu'il fut déféré
comme d'abus au Conseil d'État pour avoir critiqué
sans un mandement la politique de Napoléon III à
l'égard du Saint Siège. Neuf ans plus tard, au
concile du Vatican, il présentera au nom de la commission
De la foi, le rapport qui concluait à la définition
de l'infaillibilité pontificale. Léon XIII le nommera
cardinal en 1879.
- Louis
Veuillot (1813-83), écrivain,
s'était converti au catholicisme lors d'un voyage à
Rome en 1838. Rédacteur en chef de l'Univers religieux
dix ans plus tard, il en fit l'organe de l'ultramontanisme. Il
accueillit avec joie, en 1848, la Seconde République qu'il
espérait favorable à l'Église, mais fut
déçu. Il attaqua alors avec violence les catholiques
libéraux, aux tendances gallicanes, et s'attira le blâme
de l'archevêque de Paris, Sibour (1850) puis de l'évêque
d'Orléans, Dupanloup (1851), mais reçut l'approbation
de Pie IX. En 1859, au plus fort des opérations de spoliation,
il soutint avec ardeur la cause du pouvoir temporel du pape,
rompit avec le gouvernement, qui supprima l'Univers (1860).
De ce moment datent les meilleurs ouvrages de Veuillot.
- En 1867, il put reprendre la publication
de l'Univers. Avant, pendant et après le concile
du Vatican, il se fit le défenseur du dogme de l'infaillibilité
pontificale contre certains prélats, dont Dupanloup. Après
la chute du pouvoir temporel du pape, ses attaques contre la
royauté italienne obligeront le gouvernement à
suspendre de nouveau l'Univers (1874).
- Partisan d'un catholicisme sans réserve,
fougueux défenseur du Saint-Siège et du Syllabus,
adversaire non seulement des libres penseurs de tout poil mais
encore des catholiques gallicans et libéraux, Louis Veuillot
a provoqué, par l'intransigeance de ses idées,
par la violence de ses polémiques, des inimitiés
et des colères qui ont fait méconnaître la
force de sa conviction, le désintéressement de
sa vie, l'unité et la logique de son oeuvre. Son talent
pour la satire, la clarté et l'harmonie de son style,
nourri des auteurs classiques, firent de lui le plus grand polémiste
catholique de son temps (voir en annexe sa défense de
Jeanne Jugan). À sa mort, son frère Eugène
reprit la direction de l'univers et poursuivit son oeuvre.
- L'abbé Félix Dupanloup (1802-78), ordonné prêtre à vingt
trois ans, fut vicaire à la Madeleine et à Saint-Roch,
aumônier et confesseur de la dauphine et du jeune duc de
Bordeaux, puis éducateur des fils de Louis-Philippe. En
1834 il ouvrit les Conférences de Notre-Dame et
trois ans plus tard fut nommé supérieur du petit
séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonneret. C'est lui
qui réconcilia Talleyrand en ses derniers moments avec
l'Église. Devenu chanoine de Notre-Dame il y prêcha
avec un vif succès. C'était aussi un remarquable
polémiste, qui prit une part active, entre 1844 et 1850
à la lutte de Lacordaire et de Montalembert pour la défense
de la liberté de l'enseignement. Évêque d'Orléans
(1849), il fut membre de la commission instituée par Falloux,
et l'un des promoteurs de la loi de mars 1850. Sous Napoléon
III il fut à la tête des catholiques libéraux,
mais lors du concile du Vatican (1869-70) se rallia avec docilité
au dogme de l'infaillibilité pontificale, après
avoir contesté son opportunité. La guerre de 1870
le vit défendre avec acharnement les intérêts
d'Orléans contre les exactions de l'occupant autrichien.
Quatre ans plus tard, député, il montera huit fois
à la tribune pour défendre avec une même
vigueur la loi sur l'enseignement supérieur, et démissionnera
avec autant d'éclat de l'Académie française
lors de l'élection du positiviste Littré.
- Plus tard, Napoléon III prendra
d'autres mesures à l'encontre de l'Église :
il malmènera les sociétés religieuses de Saint-Vincent-de-Paul. et remettra en vigueur les fameux Articles organiques de Napoléon
1er. Il interdira, le 1er janvier
1865, la publication du Syllabus,
recueil exprimant avec l'encyclique
Quanta cura la doctrine officielle
de l'Église. Il travaillera même à saper
le concile du Vatican
en 1869.
-
- 10 Le renouveau
spirituel
- Les tribulations et soucis
temporels accablèrent Pie IX, et cependant à aucun
moment le pasteur ne cessa de se préoccuper de son troupeau.
Sa réflexion et son action portèrent sur l'analyse
et le combat des erreurs de la pensée moderne, et sur
la victoire contre ce vieil adversaire : le gallicanisme.
L'encyclique Quanta cura, le Syllabus et le Concile
du Vatican en sont les témoignages.
- Pie IX, dont le pontificat fut l'un
des plus troublés, conserva dans l'adversité une
constance et une dignité qui fit l'admiration du monde
chrétien. Le pape dut affronter l'ambition de Victor-Emmanuel,
la ruse de Cavour, la violence de Garibaldi, les contradictions
de Napoléon III, et vivre jour après jour la spoliation
progressive de ses États, la prise de Rome et sa propre
séquestration. Mais en même temps que le pouvoir
temporel du pape diminuait chaque jour, son pouvoir spirituel
s'affirmait avec un nouvel éclat. On peut dire qu'au fur
et à mesure que s'effritait ce pouvoir temporel, se manifestait
un empressement grandissant de l'épiscopat à témoigner
de son union avec son chef.
- Le 8 décembre 1854, après
avoir consulté les évêques du monde, il proclama
le dogme de l'Immaculée Conception, confirmant
ainsi une intuition de Sixte IV, et une fête entrée
depuis quatre siècles dans la Tradition de l'Église.
Comme en réponse, le 11 février 1858, la Vierge
apparut pour la première fois à une bergère
de Lourdes, Bernadette Soubirous : "Je suis l'Immaculée
Conception" dit-elle à l'enfant étonnée
qui, n'en comprenait mot, authentifiait ainsi la citation.
- L'encyclique
Quanta cura et le Syllabus
- En ces temps de traverses, la réflexion
du pape s'était attachée à la menace créée
contre l'Église par la libre pensée, qui
avait envahi beaucoup d'intelligences du moment, et qui prétendait
apporter aux plus importantes questions des solutions totalement
étrangères à la foi. C'est dans cet esprit
qu'en 1869, avant d'ouvrir les travaux du concile, Pie IX condamnera
par bulle la franc-maçonnerie.
- La science enthousiasmait les esprits,
et l'on attendait d'elle, selon Renan, la réponse à
"tous les problèmes que la Révélation
résolvait jadis". L'écrivain paraissait
avoir oublié que si la puissance de la science aidait
l'homme à dominer la nature elle lui procurait aussi les
moyens de la détruire, ainsi que le progrès des
armements guerriers le prouvait, et que la nécessité
des valeurs chrétiennes s'en accroissait proportionnellement
pour équilibrer les pouvoirs.
- Ainsi donc, trois mois après
la fondation à Londres de la 1ère Internationale,
Pie IX publiait le 8 décembre 1864 une encyclique
célèbre où il condamnait les erreurs modernes
touchant les rapports de la foi et de la science, comme de l'Église
et de l'État :
- - il condamnait le naturalisme
dont l'État faisait preuve en mettant toutes les religions
sur un pied d'égalité,
- - il condamnait les libertés
d'opinions et d'expression accordées sans aucune limites
aux individus,
- - il condamnait les apôtres de
la "volonté du peuple", considérée
comme loi suprême, indépendante de tout droit divin
ou humain,
- - il affirmait le droit à l'existence
des ordres religieux,
- - il condamnait le socialisme et le
communisme qui détruit la cellule familiale au profit
de l'État,
- - il affirmait le droit de l'Église
à veiller sur l'éducation et l'instruction de la
jeunesse,
- - enfin, il condamnait le gallicanisme,
en tant qu'il subordonne l'Église à l'État.
- Un Syllabus, ou catalogue de
ces erreurs, était joint à l'encyclique.
- Les ennemis de l'Église crièrent
au scandale et à la guerre déclarée par
le pape au monde moderne. Les gouvernements de France, de Russie
et d'Italie refusèrent de laisser publier l'encyclique.
Les évêques français, quant à eux,
ne tinrent aucun compte de cette interdiction. Celui d'Orléans,
le libéral Dupanloup, la décrivit finement comme
une formulation de l'idéal chrétien qu'il
n'était pas interdit d'adapter aux conditions de la
vie.
- Le Concile
du Vatican
- Pie IX voulut fixer d'une manière
plus solennelle la doctrine de l'Église. Seul un concile
lui en donnait les moyens. Dès 1865 il consulta un certain
nombre d'évêques, qui tous rejoignirent la pensée
du pape sur la nécessité d'une telle assemblée.
Par une bulle de juin 1868 il convoqua à Rome un concile
oecuménique, le Concile du Vatican, dont la date
d'ouverture était prévue pour l'année suivante.
Son objet était de "pourvoir aux vexations dont l'Église
était l'objet, au misérable état de la société
civile, au trouble dans lequel les catholiques vivaient".
La convocation précisait sans ambages la nécessité,
pour le successeur de Pierre, de la "primauté
d'ordre et d'honneur, ainsi que l'autorité prédominante
et absolument complète, afin qu'il paisse agneaux et brebis,
régisse l'Église universelle et soit le portier
du ciel". Le projet de faire définir par le concile
l'infaillibilité du pape en matière doctrinale
donna lieu à de vives controverses, particulièrement
en Allemagne et en France. Mais une forte majorité de
l'épiscopat se prononça en faveur du projet.
- Le monde catholique apprit donc, avec
une réelle émotion, la convocation pour le 8
décembre 1869, en la fête de l'Immaculée Conception,
du vingtième
concile oecuménique au
palais du Vatican. Le pape adressa
en même temps, mais sans résultat, deux lettres :
l'une aux Grecs schismatiques, l'autre aux protestants, pour
les inviter à rejoindre le sein de l'Église.
- Pour la première fois depuis
le concile de Trente l'ensemble des Pères se réunissait.
La basilique Saint-Pierre les accueillit. Pie IX régla
lui même l'organisation du concile, en présenta
les thèmes et dirigea les discussions.
- En juillet 1870 les Pères votèrent
deux décrets. Un premier décret sur la foi, dans
lequel le concile définissait : la doctrine de l'Église
sur Dieu et sur la création; celle sur la révélation;
et celle sur la foi et les rapports entre la foi et la raison.
Puis l'assemblée vota un second décret, dans lequel
elle déclarait l'infaillibilité
pontificale. Le texte exact en
est celui-ci :
-
- "Nous définissons
comme un dogme révélé : le Pontife
romain, quand il parle ex-cathedra, c'est à dire lorsque
agissant comme pasteur et docteur de tous les chrétiens,
en vertu de sa suprême autorité apostolique, il
définit une doctrine concernant la foi ou les moeurs qui
doit être tenue par toute l'Église, grâce
à l'assistance divine qui lui a été promise
dans la personne du bienheureux Pierre, il possède cette
infaillibilité dont le Rédempteur a voulu que fut
munie son Église quand il s'agit de définir une
doctrine touchant la foi ou les moeurs; par conséquent,
ces définitions du Souverain Pontife sont irréformables
par elles-mêmes et non par consentement de l'Église."
-
- Les 55 évêques qui avaient
combattu la définition se soumirent par avance, avec la
plus grande facilité. Au scrutin définitif, sur
535 votants, les deux derniers opposants se rallièrent
immédiatement.
- Deux mois après ce vote, en septembre,
la guerre franco-allemande et la prise de Rome par les Italiens
empêchèrent le concile de poursuivre ses travaux.
-
- Conclusion
- L'Église, en perdant
toute puissance temporelle, au nom de l'unité italienne,
a retrouvé sa puissance spirituelle et sa propre unité.
Encore une fois, elle sort grandie de l'épreuve.
- Après trente deux
années de pontificat, Pie IX laisse l'Église infiniment
plus puissante et respectée qu'il ne l'a recueillie. Bien
qu'attaquée de tous côtés, elle se montre
plus vivante que jamais. Quant à la papauté, forgée
par les épreuves, renforcée par sa victoire sur
le gallicanisme, elle a recouvré une autorité plus
forte que jamais depuis le Moyen Âge.
- C'est de Pie IX, de son
labeur, de ses douleurs, qu'est née l'Église de
nos jours, telle que nous la reconnaissons, même à
travers les critiques qui peuvent lui être adressées.
Pour elle, le pape a lutté contre les erreurs du monde
moderne et la révolution libérale. A-t-il pressenti
une troisième révolution : le laïcisme ?
Elle sera l'objet des soucis de son successeur, Léon XIII.
Mais les réalisations de ce dernier n'auraient pas été
possibles si Pie IX, à travers ses combats et ses souffrances,
n'avait d'abord rétabli la grandeur spirituelle de l'Église
et celle du Siège de Pierre.
-
- ***
Annexes
-
- le
général Gaston de Sonis, miles Christi
- Gaston de Sonis naquit le 25 août
1825 à la Guadeloupe où son père était
officier. L'enfant vint en France faire ses études, fut
admis à Saint-Cyr et à Saumur, et en sortit sous-lieutenant
au 5° Hussards. En garnison à Castres, il épousa
Melle Anaïs Roger, fille d'un honorable notaire de cette
ville.
- Officier studieux, ferme sur le devoir
et la discipline, Sonis fut toujours estimé de ses soldats
et de ses chefs. Au soir de sa vie, ses égaux disaient
de lui : "le Général de Sonis, c'est
l'honneur". Père de douze enfants, il les
aima avec tendresse et s'imposa les plus grands sacrifices pour
leur donner la meilleure éducation. Chrétien fervent,
sans respect humain, et tertiaire du Carmel, il édifia
la population des villes où il séjourna par sa
charité envers les pauvres, son assistance quotidienne
à la messe, ses communions fréquentes, sa dévotion
au Sacré-Coeur de Jésus. Les Arabes, au milieu
desquels il passa de longues années, l'appelaient Maître
en piété.
- Commandant du 17° Corps d'Armée
pendant la guerre de 1870, il fit à Loigny (Eure-et-Loir),
le 2 décembre, à la tête des Zouaves pontificaux
que précédait l'étendard du Sacré-Coeur,
cette charge célèbre qui sauva d'une déroute
complète ses troupes et celles de Chanzy. Gravement blessé
il resta la nuit, par un froid de moins vingt degrés,
sur le champ de bataille; il y fut préservé de
la mort, fortifié et consolé par Notre-Dame de
Lourdes qu'il contemplait en esprit. Quoique amputé de
la jambe gauche bien au dessus du genou, il reprit aussitôt
remis son commandement, et continua de monter à cheval.
- En 1880 à Châteauroux,
en pleine persécution anticatholique, il se fit mettre
en disponibilité pour protester contre l'expulsion des
religieux. Puis ses infirmités, suites de ses blessures,
l'ayant forcé à quitter son commandement pour devenir
membre d'une commission au Ministère de la Guerre, il
offrit ses souffrances à Dieu pour expier les crimes de
l'impiété régnante. Il mourut à Paris
en réputation de sainteté, le 15 août 1887.
Son corps, transporté à Loigny, fut inhumé
dans la crypte de l'église, près des zouaves pontificaux
et des soldats (Français et Autrichiens) tombés
dans la bataille du 2 décembre 1870. Sur la pierre qui
le recouvre, on lit ces paroles de saint Paul qu'il avait choisies
lui-même : "Miles Christi", soldat
du Christ.
- Le 26 septembre 1929, au cours du procès
canonique qu'il instruisit sur sa réputation de sainteté,
Mgr Harscouët, évêque de Chartres, procéda
à l'exhumation des restes du pieux Général.
Après quarante-deux ans, sans le moindre embaumement,
le corps fut trouvé dans son cercueil de plomb, entier,
les membres souples, en parfait état de conservation.
- (D'après sonis-loigny,
par M. le curé de Loigny-la-Bataille, avril 1955)
-
- Jeanne
Jugan
- fondatrice
des Petites Soeurs des Pauvres
-
- Jeanne Jugan (1792-1879), fille de marin,
est née sur les hauteurs de Cancale, en pleine Terreur.
Vers 15 ans, placée comme aide-cuisinière dans
une famille des alentours, elle fut également associée
au service des pauvres, visitant avec sa patronne familles indigentes
et vieillards isolés. Lors d'une mission qui eut lieu
à Cancale en 1816, elle prit conscience du besoin de reconstruire
la foi et l'Église après la tempête révolutionnaire,
et décida de se réserver au service de Dieu. "Il
me veut pour lui" dit-elle à sa mère. "Il
me garde pour une oeuvre qui ne m'est pas connue, qui n'est pas
encore fondée."
- Attendant son heure, elle se dévoua
d'abord six années auprès des trois cents malades
de l'hôpital du Rosais à Saint-Servan. Elle s'y
épuisa et, à bout de forces, entra au service d'une
demoiselle Lecoq qu'elle servit jusqu'à la mort de celle-ci
en 1835. Elle dut alors reprendre le travail de journalière
dans les familles : ménage, lessive, garde-malade.
Entre-temps, Jeanne était entrée comme membre du
tiers-ordre eudiste. Elle y connut Françoise Aubert, dite
Fanchon; les deux femmes mirent leurs ressources en commun et
louèrent un logement. Une orpheline, Virginie Trédaniel
se joignit à elles. Mais bientôt, en accord avec
ses amies, Jeanne Jugan entreprit de recueillir dans le logement,
vite trop étroit, de pauvres femmes impotentes et dans
la misère, aux besoins desquelles elles subvenaient toutes
trois par leur propre travail, d'où la mendicité
ne fut bientôt pas exclue.
- "Soeur Jeanne, remplacez-nous,
quêtez pour nous!" Ainsi parlaient les bonnes vieilles
qui avaient longtemps vécu de mendicité. Ce ne
fut pas facile de prendre cette décision. Jeanne était
fière. "J'allais, mon panier au bras, chercher pour
nos pauvres.. Cela me coûtait, mais je le faisais pour
le bon Dieu et pour nos chers pauvres" Jeanne se fit donc
chercheuse de pain, demandant argent, nourriture (restes
de repas!), objets, vêtements. Elle n'était pas
toujours bien accueillie. Un trait resta célèbre :
un vieux célibataire, irrité, l'avait giflée;
elle répondit doucement : "Merci. Cela c'est
pour moi. Maintenant, donnez-moi pour mes pauvres, s'il vous
plaît!"
- En octobre 1840, les trois amies avaient
formé une association de charité qui adopta pour
loi un petit règlement élaboré par elles-mêmes.
C'était là l'embryon d'une grande congrégation
qui s'appellerait, bien plus tard, les Petites Soeurs des
Pauvres. C'est de Jeanne Jugan, qui sera béatifiée
le 3/10/1982 par Jean-Paul II, que parlait dans l'Univers
Louis Veuillot, en 1848, qui venait de visiter la maison de Tours
récemment fondée, et qui, s'en prenant violemment
aux parlementaires, leur vanta "ce personnage plus savant
en socialisme que vous ne l'êtes tous!"
- (D'après jeanne jugan, par
Paul Milcent, prêtre Eudiste. "La Presse de Bretagne",
1991)
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