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Jamais l'Église de France n'a été
soumise à des épreuves semblables à celles
qu'elle vécut entre l'automne 1789 et le Concordat de 1801.
Certes le clergé réclamait des réformes,
mais tandis que des lois de plus en plus antireligieuses étaient
promulguées, et que les événements prenaient
une tournure dramatique, les prêtres, d'abord confiants,
devinrent inquiets et virent fondre sur eux la persécution.
Dans un premier temps, sous l'Assemblée Constituante, l'Église
fut dépouillée de ses biens temporels, par "nationalisation",
puis de ses droits, par la Constitution civile du clergé.
Dans un second temps, en majeure partie rebelle à cette
Constitution civile proprement schismatique l'Église se
vit soumise à une persécution organisée dans
la personne de ses ministres et de ses fidèles : aux massacres
de septembre 1792, sous l'Assemblée Législative,
succédera le régime de la Terreur sous la Convention.
À l'étranger, la barbarie de ces régimes
avait provoqué la stupeur, la crainte puis la coalition
des nations de l'Europe contre la France. Le péril extérieur
s'ajouta à la misère du peuple français.
Enfin sous le Directoire, la Révolution n'étant
pas parvenue à détruire l'Église s'efforça
de lui substituer deux nouveaux cultes : le "décadaire",
puis le "théophilanthropique".
Malgré ces assauts, qui saccageront les lieux de culte
et blesseront les âmes, l'Église restera attachée
à sa foi et à son chef suprême, le pape. Mais
Pie VI lui-même va être victime de ces sinistres événements,
qui porteront le feu jusqu'à Rome.
1 LE PRINTEMPS 1789
Le clergé de cette
fin du XVIII° siècle, notamment séculier, avait
l'audience et le respect des gens de toutes conditions. L'ascendant
d'un curé sur ses paroissiens trouvait une assise dans
ses qualités spirituelles et morales, mais aussi sa sérieuse
culture. Pourtant, en cette période de toutes les interrogations,
lui aussi répondit à la question du roi : que demande
mon peuple ? Sa position de directeur des consciences ne le mettait
à l'abri ni de la précarité ni de l'injustice.
"J'ai besoin d'honnêtes gens qui aient le courage de
m'avertir de mon devoir" avait
dit Louis XVI. Malgré son éclat culturel, ses succès
en Amérique, la France était pauvre, les idées
nouvelles fermentaient, contrastes et antagonismes s'accusaient
entre les classes sociales.
Dans un royaume soumis
à la crise économique, le roi ne sut pas résister
à l'influence de ceux qui bénéficiaient des
nombreux abus : la cour et les privilégiés. Un mouvement
de révolte, amorcé par les députés
du tiers état, s'organisa avec l'aide des bourgeois et
du peuple de Paris. Il fut bientôt suivi par les paysans
de province. La suite est dans les livres d'Histoire.
Les villageois de France sortaient de leur traditionnelle réserve,
malgré l'appel à la constance de leurs bergers spirituels.
Qui étaient ces curés et vicaires de paroisse ?
Plus instruit et plus vertueux que celui de Louis XIII, le clergé
de Louis XVI avait été formé dans les séminaires
sulpiciens, lazaristes ou eudistes, où il avait reçu
un solide bagage philosophique et théologique, une formation
liturgique et spirituelle sans faille.
Le prêtre
était étroitement intégré à
la vie de son village. Ses occupations étaient loin d'être
uniquement spirituelles : ainsi, depuis les ordonnances royales
de François 1er et d'Henri III il tenait les registres
des baptêmes, des mariages et des sépultures. Il
servait souvent de relais d'information entre l'autorité
et la population, commentant à l'issue de la messe les
édits royaux, ordonnances et arrêtés touchant
à la vie des habitants du village. Se dévouant à
ses tâches de bienfaisance, d'assistance, d'éducation,
il portait secours aux miséreux, visitait les malades,
assurait l'instruction religieuse.
Pour subvenir à ses besoins et aux charges qui lui incombaient,
le curé de campagne disposait de la dîme en nature,
de la portion congrue, pension que
le "bénéficiaire" d'une paroisse versait
au curé et fixée par édit royal à
750 livres par an en 1786, du
casuel pour l'administration
des sacrements et parfois d'un petit cadeau de bienfaiteurs. Mais
si de nombreux curés jouissaient d'une honnête aisance,
il existait de nombreuses inégalités. Les Cahiers de doléances
du clergé montrent suffisamment
que beaucoup d'entre eux manquaient du plus strict nécessaire.
Lors de la préparation des
États généraux de
mai 1789, le roi se montra sensible tant au fardeau de responsabilités
pesant sur les épaules des prêtres de paroisse, qu'à
leurs besoins et à ceux de leurs fidèles. Proches
les uns des autres, prêtres et paroissiens allaient pouvoir
en faire état dans les cahiers de doléances.
Les "Cahiers de
paroisse" furent rédigés
par les habitants du village, souvent avec l'aide de leur curé.
Les doléances étaient diverses, traitant aussi bien
de l'amélioration du sort de ce dernier que du calcul de
la dîme ou de l'entretien de l'église. Simultanément,
dans les "Cahiers
du clergé", les ecclésiastiques
firent part de leurs "remontrances, plaintes et doléances".
Par ces cahiers, de nombreuses réformes étaient
demandées, dont la liste devait être présentée
pour examen lors des États généraux de Versailles.
À cet effet des députés devaient être
élus pour représenter le clergé, la noblesse
et le tiers-État lors de la réunion des États
généraux. Ces
élections eurent lieu
au même moment que la rédaction des cahiers, soit
au printemps 1789.
2 LA CONFISCATION DES BIENS DE L'ÉGLISE
Liés aux votes majoritaires,
les députés du clergé furent entraînés,
de bon ou mauvais gré, dans l'abolition des privilèges,
la déclaration des droits de l'homme et la confiscation
de leurs propres biens. La nation leur attribuera un budget, ce qui en fera des
fonctionnaires asservis aux humeurs de l'État.
C'est avant tout l'état
déplorable des finances qui obligea Louis XVI à
convoquer les États
généraux. Ils s'ouvrirent
le lundi 4 mai 1789 par une cérémonie en l'Église
Saint-Louis de Versailles. Le 17 juin, les députés
du Clergé rejoignirent ceux du Tiers-État pour former
l'Assemblée nationale, qui se donna le nom d'Assemblée constituante. Rien d'important
n'advient jusqu'au 4 août.
Mais, dans la nuit du
quatre août 1789 fut votée l'abolition des privilèges. Par conséquent celle des dîmes,
que certains députés du clergé reconnaissaient
parfois abusives, mais dont ils affirmaient la nécessité
pour répondre à bien des actions de bienfaisance.
Vaine défense, malgré que le clergé s'offrit
à combler le déficit des finances publiques au moyen
d'un emprunt sur ses biens.
Trois semaines plus tard, le 26
août, la Déclaration des Droits de l'Homme
stipula que "nul ne doit être
inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses,
pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi
par la loi".
La Déclaration des
droits de l'homme proclamait donc la liberté des cultes.
Malgré cette proclamation, l'Assemblée s'immisça
peu à peu dans les affaires ecclésiastiques, tandis
que de nouvelles lois tombaient, de plus en plus restrictives
quant aux libertés. Après la suppression des vux
dans les monastères puis, en octobre, l'installation des
Jacobins au couvent dominicain de la rue Saint-Honoré et
le retour de force du roi de Versailles à Paris, l'Assemblée
vota le 2 novembre 1789,
sur demande de Talleyrand évêque
d'Autun, la confiscation
des biens du clergé, tant
séculier que régulier. Dans les paroisses, une partie
de l'année 1790 se passera à dresser l'inventaire
de ces biens.
Malgré les charges dont ils étaient grevés,
les biens de l'Église
de cette époque parurent à
la Constituante être le seul moyen de combler le gouffre
creusé par la banqueroute de l'État, et d'épauler
la monnaie-papier : l'assignat. Ils furent mis d'autorité
à la disposition de la nation, à charge pour celle-ci
de "pourvoir d'une manière convenable aux frais
du culte, à l'entretien de ses ministres et au soulagement
des pauvres". C'était bien le moins, vis à
vis de ceux qu'elle dépouillait de la sorte. Cette mesure
va rendre le clergé dépendant du pouvoir. La vente
des biens de l'Église fut faite en assignats à
des paysans, des nobles, des bourgeois, mais aussi à des
négociants des villes, dont certains se conduisirent en
spéculateurs.
3 LA CONSTITUTION
CIVILE DU CLERGE
Seconde contrainte imposée
au clergé : une constitution faisant fi, à la fois,
des règles de l'Église et de l'avis des parties
en cause : le pape, le roi, les ecclésiastiques et les
fidèles.
La spoliation des biens du clergé,
et la transformation de chacun de ses membres en fonctionnaire
de l'État, ne portaient atteinte qu'aux intérêts
matériels de l'Église. La Constituante voulut aller
plus loin; elle se proposa de modifier de son propre chef sa constitution
même, afin de réglementer ce qu'elle considérait
comme un nouveau service
public : celui du culte.
Ainsi l'Assemblée, en contradiction avec son engagement
de respecter l'Église catholique, violait immédiatement
les principes de celle-ci en la réformant sans assentiment
du pape, son chef suprême.
Un "comité
ecclésiastique", dont
les membres furent recrutés parmi les gallicans, jansénistes
et philosophes de l'Assemblée nationale, rédigea
une Constitution civile
du clergé. Celle-ci fut
votée le 12 juillet
1790. Élaborée sans
consultation des tenants du pouvoir et en violation des lois de
l'Église, elle ne pouvait être approuvée ni
par le pape, ni par le roi. Pas plus que par la majeure partie
du clergé dont le principal souci était la fidélité
à Rome.
Louis XVI l'approuvera pourtant, quarante jours plus tard (24
août), malgré une lettre de Pie VI et après
de longues hésitations. Elle outrepassait en effet les
souhaits qu'avaient formulés les Français dans leurs
cahiers de doléances. Que contenait-elle? Ceci :
le nombre des diocèses et évêques était
réduit de 135 à 83, répartis sous l'autorité
de 10 archevêques ("métropolitains")
les canonicats, chapelles, chapitres réguliers et séculiers,
abbayes et prieurés étaient supprimés,
les prêtres, fonctionnaires, recevraient un traitement de
l'État, en une dotation annuelle de 133 000 francs dite
"budget du culte",
le clergé serait tenu à résidence,
les paroisses étaient réparties de façon
différente,
l'évêque serait élu par le corps électoral
du département,
et le curé par celui du district, composé de citoyens
actifs, c'est à dire payant impôt (les
pauvres étant de ce fait exclus), croyants et incroyants.
Curés et évêques choisiraient leurs vicaires.
Ainsi l'Église passait sous tutelle de l'État, qui
abolissait sans consulter Rome les dispositions du Concordat de
François 1er en 1516. Les évêques de France
se trouvaient coupés du pape. La suppression des ordres religieux, sauf ceux ayant pour objet le soin des malades
et l'enseignement, "jetait à la rue" beaucoup
de religieux et religieuses. L'abus de pouvoir était flagrant.
4 LES DEUX PREMIERS SERMENTS
La Constitution civile ne
suffisait pas, il fallait encore tourmenter la conscience des
prêtres en exigeant d'eux un serment de fidélité.
Dès lors l'Église souffrit d'une partition : on
voulait l'abaisser, on réussissait mieux encore; on la
divisait.
L'Assemblée, devenue Législative (1er oct 1791), fut travaillée par de violentes passions.
Et parce qu'elle manquait de compétences juridiques et
techniques, ses difficultés s'accrurent, la poussant dans
une "fuite en avant". Courant 1791 l'anticléricalisme
se déchaîna, tandis qu'en juin le roi, qui tentait
de fuir, fut repris à Varennes; qu'en juillet l'empereur
d'Autriche appela les souverains à se concerter contre
la Révolution française; et qu'en septembre Louis
XVI accepta la Constitution et jura fidélité à
la nation.
Le 30 octobre 1791
tous les évêques de l'Assemblée,
à l'exception de
Talleyrand, évêque
d'Autun et de Gobel, archevêque de Paris, demandèrent
que l'on attende l'approbation du pape avant de mettre en vigueur
la Constitution civile du clergé qui va ôter toute
indépendance à l'Église vis à vis
du pouvoir civil. Mais la réponse de Pie VI tardait; comme
Louis XVI il hésitait.
Aussi, pour "prévenir ces résistances",
fut-il voté le 27
novembre 1791 l'obligation, pour les prêtres fonctionnaires
qui recevaient un traitement de l'État, de prêter serment de fidélité
à cette Constitution. Louis
XVI, encore une fois, hésita longuement avant de signer
le décret. Le serment devait être formulé
avant le 1er février suivant, à l'issue d'une messe
dominicale, en présence des fidèles et des autorités
municipales. Les réfractaires au serment seraient "prévenus
de révolte contre la loi, et de mauvaises intentions contre
la patrie".
Quel cas de conscience pour les prêtres, qui devaient
se rendre infidèles à l'Église pour pouvoir
continuer à la servir, cas d'autant plus douloureux que
le pape se taisait Tous les évêques sauf quatre refusèrent
de prêter le serment. On estime la proportion des prêtres
"jureurs", avant les rétractations, à
une moitié du bas-clergé, soit trente mille prêtres.
Le texte du serment était le suivant : "Je jure de veiller avec soin sur
les fidèles de ma paroisse, d'être fidèle
à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir
de tout mon pouvoir la Constitution décrétée
par l'Assemblée Nationale et acceptée par le roi".
Le schisme était dès
lors accompli, la Constituante venait de scinder la France religieuse
: d'un côté le camp des prêtres se soumettant
au serment, et nommés assermentés, jureurs
ou constitutionnels, et qui constitueront jusqu'en février
1795 la seule église
reconnue; de l'autre le camp des
opposés au serment, les insermentés ou réfractaires.
Par cette violation de la liberté
de conscience, qu'elle avait pourtant prétendu instituer
dans sa Déclaration des droits de l'homme, l'Assemblée
ne s'était pas seulement mise une nouvelle fois en contradiction
avec ses principes; elle avait commis une lourde faute dont les
conséquences seront la guerre de Vendée (fév.93)
et les persécutions religieuses.
Le pape répondit enfin, dans un premier bref du 10 mars 92, que la Constitution,
contraire au droit et à l'usage de l'Église, avait
pour but et effet la destruction de la religion catholique.
Un mois plus tard, un second bref de sa main demandait aux prêtres
assermentés de se rétracter. Lorsque les
réponses du pape furent connues, les rétractations
se firent nombreuses.
Là où le curé était réfractaire,
la cure fut déclarée vacante. Un nouveau titulaire
fut élu par l'Assemblée du district et confirmé
par l'évêque constitutionnel. Il dut venir
en chaire renouveler son serment de fidélité, mais
la plupart du temps resta considéré par le village
comme un intrus. Quant au réfractaire, déchu
de toutes fonctions religieuses et publiques, il dut quitter sa
paroisse. Certains se réfugièrent chez des amis
ou dans leur famille, d'autres se cachèrent, quelques rares
parvinrent, grâce à des complicités, à
rester près de leurs ouailles.
En avril 1792 la guerre, déclarée à la Bohème
et la Hongrie sans réflexion, accrut les problèmes,
et mena à la chute de la monarchie : juillet, "la
patrie est en danger", menace d'invasion du territoire; août,
commune insurrectionnelle à Paris, les Tuileries sont attaquées,
le roi est suspendu et remplacé par un Conseil exécutif
provisoire. Louis XVI et la famille royale sont prisonniers au
Temple. Saisie et mise en vente des biens des émigrés.
Enfin, le 20 septembre, c'est la victoire de Valmy, la France
est sauvée de l'invasion
Mais durant ce même temps, en avril 92 vint l'interdiction
de porter des vêtements ecclésiastique hors les lieux
de culte; en mai la soumission à déportation de
tout ecclésiastique dénoncé comme "fauteur
de troubles" par vingt citoyens, décret auquel le
roi opposera son veto; en juillet les palais épiscopaux
furent mis en vente. L'étau se resserrait : en août,
une rafle fut opérée contre les prêtres jugés
"mauvais citoyens". De nouvelles lois anticléricales
virent le jour et un nouveau
serment fut exigé du clergé
: "Je jure d'être
fidèle à la nation et de maintenir la liberté
et l'égalité ou de mourir en les défendant".
Ce serment était également
exigé du clergé régulier encore existant
dans les hôpitaux et écoles. Enfin, en septembre,
l'état-civil fut retiré aux curés, et le
divorce institué.
5 LES MASSACRES
DANS LES PRISONS
Trois ans suffirent pour
passer des mesures de rétorsion administrative à
l'effusion du sang. Fallait-il que le peuple soit au terme de
l'exaspération et aveuglé par sa haine pour se tromper
ainsi de cible...
L'Assemblée législative
termina sa carrière dans un bain de sang : celui des massacres
de septembre 92, qu'elle n'avait peut-être pas souhaités
mais qu'elle ne sut empêcher. À ce moment les ennemis
avaient pénétré sur le sol national et menaçaient
Paris; les révolutionnaires de la Commune perdirent alors
tout sang froid, jetant en prison tous ceux qu'ils considéraient
suspects d'hostilité à la Révolution, c'est
à dire les royalistes et les prêtres réfractaires.
Puis des bandes d'égorgeurs envahirent ces prisons : l'Abbaye,
les Carmes, la Force, le Châtelet, la Conciergerie, Bicêtre,
la Salpétrière. Durant quatre jours et quatre nuits,
du 2 au 6 septembre 92
ces fanatiques égorgèrent
plus de mille deux cents personnes dont le seul crime avait été
de demeurer fidèles à leur foi. Parmi elles, plus
de deux cents prêtres et religieux, ainsi que trois évêques.
Cent quatre-vingt onze de ces martyrs seront béatifiés
le 17 octobre 1926 par Pie XI.
Dès le 2, Danton
avait adressé une circulaire
aux départements, les avisant de la mise à mort
et engageant " la nation entière à adopter
ce moyen de salut public ". Ces suggestions ne seront
heureusement pas suivies. À Versailles, pourtant, les 9
et 10 septembre, cinquante prisonniers en transit seront massacrés
au carrefour des Quatre-Bornes et d'autres dans les prisons. Dans
toute la France, des émeutiers maltraitèrent, voire
assassinèrent des curés et des vicaires, tant dans
les prisons qu'à l'extérieur. Plusieurs parvinrent
à se cacher chez des fidèles dévoués,
continuant en secret à administrer les sacrements. Tous
ceux qui étaient découverts étaient immédiatement
condamnés et exécutés.
6 LA "DECHRISTIANISATION" S'ORGANISE
La Convention, s'était
unie pour abolir la royauté; elle y parvint de la façon
la plus radicale qui soit. Ainsi, selon la parole du Christ, se
condamnait-elle à périr par le glaive. Déjà
elle se déchirait elle-même de querelles entre Girondins
et Montagnards.
La Convention, ayant détrôné
l'Assemblée, se réunit le 21 septembre 92. Après
avoir aboli la royauté et proclamé la République,
elle mit en décembre le
roi en accusation. Le procès
dura quarante jours. Condamné à mort pour conspiration
contre la liberté et la nation, ainsi que pour attentat
contre la sûreté de l'État, le malheureux
Louis XVI monta sur l'échafaud. Courageux et résigné il mourut
en chrétien; sa suprême consolation fut que c'était
le jour du Seigneur, dimanche
21 janvier 1793.
Dès lors nombreux furent
les prêtres
qui, redoutant la mort ou la déportation,
préférèrent
émigrer. Cela était
encore possible : le décret d'août 92 leur avait
donné quinze jours pour quitter le territoire. Munis d'un
passeport ils s'enfuient par tous moyens. Plusieurs pays les accueillirent
: l'Angleterre en premier
lieu, quoique anglicane, en recueillit dix mille. Malgré
"cette effroyable multitude de prêtres papistes
sur le sol britannique" le Parlement déclara dépense
nationale tout secours à ces réfugiés. De
là, beaucoup repartiront vers l'Europe du Nord.
Simultanément la "déchristianisation"
se poursuivait : après avoir, nous l'avons dit, institué
le divorce et retiré aux curés la tenue de l'état-civil,
ôtant ainsi aux baptêmes, mariages et sépultures
toute valeur légale au profit des naissances, unions civiles
et décès enregistrés par l'officier municipal,
voici qu'au début de 1793 Girondins et Hébertistes
laïcisèrent les fêtes, interdirent toute manifestation extérieure
de culte, condamnèrent
enfin les prêtres sujets à déportation et
encore présents sur le sol. Leur convoi n'ayant pu appareiller
de Rochefort pour la Guyane, menacé d'arraisonnement par
la flotte anglaise, la plupart de ces
prêtres finiront leurs
jours au large sur des pontons, face à
la pointe sud de l'île
d'Aix, entassés à
huit cent quatre-vingt, victimes du typhus ou de mauvais traitements.
Leurs corps reposent encore dans l'île d'Aix et l'île
Madame.
7 LA COALITION EUROPEENNE (MARS 93)
La Convention s'était
lancée, fin 1792, dans une guerre de conquêtes qui
fit se dresser contre la France les nations européennes
dont la menace atteignit son maximum après l'exécution
du roi. Car cet acte eut une double conséquence : hors
des frontières, les puissances se levèrent en une
vaste coalition contre la Révolution française;
à l'intérieur du pays, royalistes et catholiques,
horrifiés, provoquèrent des insurrections.
Pendant que la Convention mettait
en place son sinistre Tribunal
révolutionnaire, de mars
à sept 1793, la situation de la France s'aggravait. Une
première coalition dressait contre la Révolution
la quasi totalité de l'Europe : Angleterre, Hollande, Autriche,
Russie, Sardaigne, Espagne, Naples, Prusse, Portugal, Bade, les
deux Hesses, Toscane et Hanovre En août les Anglais prirent
Toulon, qu'ils reperdirent en décembre. En mars également
le peuple se soulevait de tous côtés, particulièrement
celui de Vendée
et d'une partie de la Bretagne,
contre les prêtres assermentés et le nouveau régime.
Ce que nous verrons plus loin. Menacée par ce double péril,
l'Assemblée traita les émigrés et les catholiques
en ennemis : elle ordonna leur déportation sur une simple
demande formulée par vingt citoyens. À titre de
diversion, elle crut bon de distraire l'esprit du peuple en lui
offrant au Champs de Mars, en juin, la fête de l'Être
suprême, une caricature de Dieu
8 SOUS LA TERREUR
Les Girondins, "modérés",
perdirent le contrôle de la Convention. Les Montagnards,
par une politique de salut public et de dictature voulurent mater
les dangers internes et externes. Mais la Montagne éclata
elle-même après ses excès, au début
94 : Robespierre gouverna alors trois mois au moyen de la Grande
Terreur, avant de tomber devant la coalition du 9 thermidor.
Pour faire face sur les deux fronts
: coalition extérieure et insurrections intérieures,
la Convention prit plusieurs mesures : d'abord elle concentra
ses pouvoirs entre les mains d'un comité composé
de douze membres, nommé Comité
de Salut public (avril
93). Dirigé d'abord par Danton,
puis par Robespierre
(avr. à juil. 94), le comité
inaugura une ère de tyrannie dont le but était de
terroriser les adversaires de la Révolution, afin de leur
ôter toute velléité de résistance et
de les pousser, par la crainte, à prendre les armes contre
l'étranger menaçant. Ce régime implacable
dura quatorze mois, de mai 93 à juillet 94.
Ensuite, en septembre
1793, elle créa l'armée révolutionnaire de Paris
en levant un corps de 300 000 hommes, instrument de la répression.
Et la Terreur s'abattit sur le pays pour une longue nuit de
dix mois. Dès le 17, une loi fut votée, qui définissait
les suspects et les mesures répressives à prendre
contre eux: un "déportable" pouvait être
mis à mort sur la simple dénonciation de deux
témoins.
De cette période d'horreurs, l'Église fut une victime
particulièrement désignée, car tout prêtre,
jureur ou réfractaire, fut considéré en état
de suspicion légale. La Convention s'attaqua d'abord
aux prêtres réfractaires en les déportant
ou les faisant mourir sur l'échafaud. Ensuite elle s'occupa
du sort des fidèles de toutes conditions, au motif qu'ils
s'étaient rendus suspects de n'avoir rien fait de positif
pour la défense de la liberté, motif suffisant
pour les conduire par charretées à la guillotine.
Quant aux prêtres "jureurs" ils devaient, pour
ne pas se voir inquiétés, être en possession
permanente d'un certificat
de civisme décerné
par leur maire. À défaut, le versement de leur pension
était suspendu, et ils devenaient suspects.
Dix mois durant, réfractaires et jureurs vont subir la
même persécution : menaces pour extorquer leur abdication,
dénonciations, perquisitions, arrestations, accusations
de "fanatisme", trop souvent
exécution. Or en 93, vouloir maintenir la Tradition de
l'Église c'était aussitôt s'offrir à
l'accusation de fanatisme. À travers les prêtres,
qu'ils soient jureurs ou réfractaires, c'était bien
l'Église qui se trouvait visée, dans une politique
de déchristianisation parfois violente, parfois sournoise.
9 L'ANTICLERICALISME (DEPRETRISATION)
Tout signe extérieur
de l'Église dut disparaître, les hommes, les lieux,
les objets, pour laisser place nette à la Déesse Raison qui, sous les traits d'une femme sacrilège,
profana l'autel de Notre-Dame de Paris.
La déchristianisation était
donc systématique. Elle organisa la "déprêtrisation"
: après la création du calendrier républicain
et le remplacement du dimanche par le décadi, les ecclésiastiques furent poussés à devenir de simples citoyens, et à se marier pour accomplir ainsi un
"acte de pur civisme". Acte récompensé
d'ailleurs par un secours annuel de l'ordre de mille livres. Le
7 novembre 93, sommé d'abdiquer, l'évêque
constitutionnel et député Joseph Gobel déposa
sa croix pectorale, son anneau et ses lettres de prêtrise
sur le bureau de la Convention. L'abbé Henri Grégoire refusa.
D'autres prélats députés ayant abdiqué,
le clergé s'en trouva discrédité, et la Convention
en profita pour introduire le
culte de la Déesse
Raison ; la fête de la Raison
fut célébrée sous la nef de Notre-Dame
de Paris le 10 novembre 1793
Dès novembre les églises furent fermées au
culte, sauf celles changées en "Temples de la Raison",
ainsi que celles utilisées comme halles aux grains, ateliers,
magasins de l'armée ou fabriques de salpêtre pour
la poudre à canon. En
décembre 1793 un nouveau
décret réduisit
la liberté des cultes.
Vu ce qu'il en restait, ce fut pratiquement une abolition.
Alors la déchristianisation se montra sous un jour violent,
multipliant les actes de
vandalisme. Aucune paroisse
ne fut épargnée; on pilla, on mit le feu au mobilier,
on vendit bancs et chaises, on décapita les statues, on
mutila les bas reliefs, on vola les vases sacrés et objets
d'art, on défila en mascarades, affublés de vêtements
sacerdotaux, des banquets et des bals se perpétrèrent
dans les églises, dont les cloches étaient reparties
en fonderie pour couler les canons de la République.
Entre novembre 93 et juin 94, les derniers prêtres constitutionnels abdiquèrent pour la plupart, renonçant à leurs
fonctions sacerdotales. Outre l'abdication, la remise des lettres
de prêtrise était exigée nous l'avons vu.
Cette abdication ne fut, pour beaucoup, qu'une formalité
dictée par les circonstances, et, la Terreur passée,
ces prêtres s'empressèrent de reprendre l'exercice
de leur ministère.
Ses églises fermées ou saccagées, ses objets
du culte confisqués, ses paroisses sans desservants, ses
prêtres réduits à l'état laïc
ou en fuite, la France semblait déchristianisée.
Pourtant, malgré ce terrorisme spirituel, la vie religieuse
ne cessa pas un instant.
10 LE CULTE CLANDESTIN ET LA RESISTANCE
Le souvenir de temps plus
récents nous permet de comprendre l'attitude et les actes
de ceux qui firent la clandestinité et la résistance
sous la Révolution : cette même discrétion,
gage de sécurité; cette même crainte qui suit
les hommes comme leur ombre; ce même dénouement brutal,
parfois.
Nous savons que dès le
printemps 93, les prêtres réfractaires dénoncés
risquaient la peine de mort. Beaucoup, pourtant, vivant cachés,
ou gagnant leur vie par le travail de leurs mains, continuaient
à exercer leur ministère, célébrant
la messe chez quelque particulier, baptisant, unissant, confessant,
absolvant les mourants. Ainsi, clandestinement, grâce à
l'action de laïcs, des prêtres continuèrent
à exercer. Et tout ceci au péril de leur vie. Beaucoup
furent condamnés pour des motifs apparemment peu graves
: "n'avoir pas remis ses lettres de prêtrise",
"avoir conservé l'esprit de ses anciennes fonctions",
"fanatiser les habitants de la commune" Cela suffisait
pour connaître la prison. Mais si beaucoup furent libérés
après le 9 thermidor, d'autres gravirent les marches de
l'échafaud dès le lendemain de l'arrestation. En
1794, dénonciations, arrestations, jugements sommaires
et mort furent le lot de bien d'entre eux.
Qu'ils fussent on non réfractaires, les prêtres restés
en France tentèrent de résister à cette éradication
de l'Église. En cela ils furent grandement aidés
par les villageois, qui cachaient et nourrissaient les réfractaires,
leur décernaient des certificats de civisme. Si le protecteur
était un aristocrate il risquait l'échafaud. Mais
les actes de résistance se traduisaient aussi par le refus
de laisser enlever les cloches ou les objets du culte, par l'opposition
à la destruction des emblèmes religieux ou royaux
sur les monuments, ou par la dissimulation des reliques.
Quelque soit leur volonté pourtant, les villageois virent
partir leurs prêtres et fermer leurs églises. Toute
la vie chrétienne du village sembla disparaître durant
la Terreur
11 LE "NEUF THERMIDOR"
Voici venue l'heure où
celui qui prit l'épée périt par l'épée
L'un après l'autre les jugeurs sont jugés. Et l'on
pourrait croire close la liste des persécutions. Ce serait
mal connaître les ruses de l'Adversaire.
Les événements s'enchaînèrent
: mars 1794 fut le début de la "seconde Terreur";
après les Girondins, les Hébertistes furent à
leur tour arrêtés et exécutés; en avril,
arrestation et exécution des Cordeliers, parce qu'ils prônaient
la modération, et de Danton en butte à un plus sanguinaire
que lui : Robespierre, lequel institua et présida deux
mois plus tard la fête
de l'Être
suprême, pour la ci-devant
fête de la Pentecôte.
Ce fut le mois, juin, où atteignant son paroxysme, la Terreur
prit le qualificatif de "Grande" au temps du féroce
accusateur public Fouquier-Tinville. La justice révolutionnaire avait été
réorganisée, et durant sept semaines la guillotine
ne chôma pas : à Paris, barrière du Trône,
deux mille têtes roulèrent durant ce seul mois, dont
celles de nombreux prêtres. Tous pour des motifs futiles,
et à la suite de ragots. Quelques-uns ne durent leur salut
qu'à la chute
de Robespierre lui-même, et son exécution, le 9 thermidor (27 juillet). Mais, depuis un an, il n'y avait ni emprisonnement
ni mise à mort pour le ci-devant curé qui avait
épousé "une brave citoyenne". Bien
évidemment, beaucoup de ces mariages furent "blancs",
et révoqués après les événements.
La Convention thermidorienne élimina les sanglants Montagnards
et affaiblit les lois terroristes, accorda des concessions aux
Vendéens et aux Chouans, restaura certaines libertés,
calma la guerre extérieure à outrance. Mais n'évita
pas la crise économique et les émeutes de la faim.
Ni les poussées royalistes.
Alors la foi fait éclater le carcan de l'Église;
on voit reparaître des prêtres émigrés,
des réfractaires sortir de leur cachette, des villageois
forcer les portes de leur église confisquée, et
partout la célébration de la messe reprendre ouvertement.
Mais si les persécutions diminuent, si dès le 18
thermidor les libérations de suspects commencent, d'autres
épreuves surviennent. Non seulement de nombreux prêtres
restent encore sous les verrous, mais d'autres continuent d'être
accusés et écroués. Pire, en septembre, deux
mois après la fin officielle de la Terreur, certains sont
encore exécutés sur simple dénonciation calomnieuse.
C'est le moment où, une fois encore, les caisses de l'État
sont vides. Et la Convention décrète que "la
République ne paie plus les frais ni les salaires d'aucun
culte". En septembre
1794 intervient donc la suppression du budget des cultes.
12 SEPARATION DE L'ÉGLISE ET DE L'ÉTAT (21/2/95)
Ainsi, après thermidor,
l'Église, en cette Europe de l'Ouest, avait tout perdu
: ses biens par nationalisation, le traitement de ses prêtres
qui venait d'être supprimé. Il lui fallait encore
être définitivement rejetée par sa propre
fille, dite l'aînée : La France. Et il fallait en
outre qu'elle lui jure obéissance.
Le clergé, brutalement,
se retrouvait sans moyens d'existence. La plupart des curés
et vicaires durent exercer une activité lucrative. Si certains
eurent la chance de pouvoir embrasser l'enseignement, d'autres
des emplois juridiques ou des carrières libérales,
beaucoup durent tâter de l'artisanat, du commerce, des emplois
manuels. Certains, hélas, âgés ou mal portants,
vécurent dans la plus affreuse misère. Tous espéraient
que des lois allaient enfin leur permettre de reprendre leurs
fonctions sacerdotales.
C'est alors que la Convention entendit mettre fin à toute
relation avec l'Église au motif que, les crédits
étant coupés, le culte se trouvait aboli. L'abbé Grégoire, d'un avis
opposé, tenta pourtant à la tribune de la Convention,
ce qui ne manquait pas de courage, de défendre la liberté
religieuse en arguant que "la liberté des cultes
existe en Turquie, elle n'existe point en France". À
la suite des accords de la Jaunaye (17/2/1795), qui reconnaissaient
aux Vendéens le libre exercice de la religion, la Convention,
quatre jours plus tard, proclamait enfin la liberté des cultes et la séparation
de l'Église et de l'État. (21
février 1795)
Une liberté toute relative
d'ailleurs : pas de sonneries de cloches, pas de procession, aucun
habit ecclésiastique. Et pas d'églises, occupées
en tant que temples de la Raison, salles des fêtes ou granges
à foin. Mais rien ne put retenir les prêtres, jureurs
ou réfractaires sortis de l'ombre, d'exercer leur ministère
retrouvé. Ni les Français, privés de toute
cérémonie religieuse sauf clandestine depuis un
an, et constatant que leurs églises ne leur étaient
pas rendues, de les réclamer avec de plus en plus d'insistance.
En mai 95, la Convention plia, autorisant la réouverture
des églises. Mais sous contrôle de l'État.
Et à la condition que les ecclésiastiques prêtent
un nouveau serment dit de Prairial:
: "Je reconnais
que l'universalité des citoyens français est le
souverain et je promets soumission et obéissance aux lois
de la république".
Une partie des prêtres, parmi
lesquels Emery, supérieur général de Saint-Sulpice,
considéra ce serment comme permis et le prêta.
À la fin de 1795
les lois étaient en si grand
nombre, et si contradictoires, que la confusion atteignait au
comble. Aucun député ne savait plus dire si la religion
était admise, proscrite ou simplement tolérée,
ni si les prêtres restaient suspects ou ignorés de
la loi
13 LES RETRACTATIONS
Dans les mois qui suivirent
la chute de Robespierre, de nombreux prêtres jureurs avaient
rétracté leur serment de fidélité
à la Constitution civile du clergé.
Ils le firent devant des comités
épiscopaux chargés de recueillir les rétractations.
Prononcées à huis clos, car le danger de mort n'était
pas définitivement écarté, elles avaient
donné lieu à pénitence. En cette fin d'année
1795, pourtant, un certain nombre de jureurs refusaient encore
de se rétracter, et l'entente n'était pas toujours
parfaite entre réfractaires et jureurs. Ainsi, même
si le culte était à nouveau autorisé, l'Église
restait divisée. Les persécutions semblaient trop
proches et les dangers insuffisamment écartés pour
que fût venu le temps de la réconciliation.
14 LE PREMIER DIRECTOIRE (OCT 95-SEPT 97)
Le premier Directoire, mis
en place par la Constitution de l'An III, remporta des victoires
militaires mais ne maîtrisa pas la stabilité intérieure;
d'une part le peuple souffrait de la misère et des hostilités;
d'autre part royalistes et jacobins se livraient une guerre d'usure.
Et les églises ? Elles étaient vides et silencieuses,
attendant le retour de l'Église romaine et craignant la
venue de l'Église Gallicane.
Le directoire fut encore, durant
les quatre années de son existence, une période
de troubles et d'agitation. Les partis extrêmes (jacobins
à gauche, royalistes
à droite), cherchèrent
tour à tour à s'emparer du pouvoir et à renverser
le Directoire. Celui-ci, pour se défendre, recourut au
"coup d'État", tantôt contre un parti,
tantôt contre l'autre, jusqu'à ce que cette arme
se retourne contre lui et qu'il soit renversé. L'Église
dut subir les influences de cette politique de la bascule. Au
temps des royalistes apparut un réveil catholique. Puis,
sous le pouvoir jacobin, la persécution reprit de plus
belle, se prolongeant jusqu'à la fin du régime en
1799.
En 1795, les églises rouvertes étaient vides : plus
de mobilier, plus d'objets liturgiques, parfois plus d'autel.
Curés et paroissiens durent faire preuve de trésors
d'imagination et de courage pour reconstituer, et souvent exiger,
que l'on déconfisque mobilier et objets du culte.
Mais tandis que les prêtres restés fidèles
à Rome retrouvaient peu à peu l'exercice de leur
ministère, l'Abbé
Grégoire tentait toujours de réorganiser l'Église
constitutionnelle. Le 15
août 1795 il procéda
à la célébration solennelle du culte à
Notre-Dame. Sous le nom d'Église
gallicane, celle de l'abbé
Grégoire affichait sa double orthodoxie, catholique et républicaine.
Malgré les efforts de son promoteur, elle vit fondre le
nombre de ses fidèles qui, comme ses ministres d'ailleurs,
se réconciliaient avec Rome.
Au printemps 97 la paix semblait revenue, le clergé n'était
plus inquiété, en juin fut abrogée la loi
contre les prêtres réfractaires et les émigrés.
Mais la paix n'était que provisoire : les persécutions
allaient reprendre en septembre, après le coup d'État
du 18 fructidor.
15 LES PERSECUTIONS DU SECOND DIRECTOIRE
Le quatre septembre 1797
(18 fructidor An VI) ouvrait une nouvelle période de querelles
politiques et religieuses, comme de guerres de conquêtes.
Le pays se lassera et, en novembre 99 Bonaparte, par un autre
coup d'État (18 brumaire), abattra le Directoire sans difficulté.
Mais d'ici là, l'Église devra encore beaucoup souffrir,
pour sa plus grande gloire.
Au printemps de 1797 la conspiration
des royalistes et des modérés, appuyée par
l'Angleterre, avait été couronnée de succès
aux élections d'avril et, dès juillet, permit l'abrogation des mesures contre
les émigrés
et les
prêtres réfractaires.
Mais cette liberté retrouvée ne dura guère;
le coup d'État
du 4 septembre (18 fructidor),
dirigé contre ces mêmes royalistes, institua de nouveau
une politique anticléricale qui durera jusqu'au Concordat de 1801.
Les mesures qui venaient d'être abrogées furent rétablies,
et les décrets de 1792 et 93 remis en vigueur : comme au
plus mauvais temps de la Terreur, la célébration
dominicale fut interdite; les ecclésiastiques ayant refusé
les serments (à la "Constitution civile", à
la "liberté-égalité" ou à
la "soumission aux lois de la République"), les
émigrés revenus, les suspects de "royalisme"
et même les jureurs "trop respectueux de leur sacerdoce",
risquaient la peine de mort ou la déportation en Guyane.
Nous verrons plus loin quelles furent les condition d'existence
de ces déportés. Et les arrestations, les expulsions
reprirent, frappant tant l'Église dite constitutionnelle
que l'Église romaine. Et un nouveau serment, le quatrième,
fut exigé de tout prêtre, le serment dit "de haine" : "Je fais serment de haine à la royauté
et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité
à la République et à la constitution de l'an
III". Un tel serment,
opposé au commandement de charité, heurta les consciences;
beaucoup y souscrivirent pourtant, afin de rester auprès
de leurs ouailles. Enfin les prêtres furent "fichés"
: pour surveiller leur conduite et leur "civisme", une
enquête fut ordonnée, conduite par les commissaires
du Directoire. Les enquêteurs durent faire état,
pour chaque prêtre, des serments prêtés, du
métier qu'il pratiquait, de son comportement et de ses
opinions.
16 LE CULTE DECADAIRE ET LA THEOPHILANTHROPIE
Remplaçant le culte
de la Raison et celui de l'Être Suprême, deux religions
furent instaurées pour se substituer au christianisme :
le culte décadaire et la théophilanthropie.
Le culte décadaire, imposé en août 1798, suivit le
calendrier républicain en usage depuis octobre 93, lequel
prévoyait un jour chômé par décade,
le décadi, que l'on dédia aux célébrations
du culte : les églises furent donc ouvertes pour les offices patriotiques et laïques, les mariages (civils) et la lecture
des lois. C'était le culte réservé au
peuple.
Simultanément fut instituée la Théophilanthropie,
religion plus intellectuelle, dont le dogme se ramenait à
deux principes : l'existence de Dieu et l'immortalité de
l'âme; et dont la morale se résumait à la
solidarité et la tolérance. Elle fut célébrée
pour la première fois à Paris le 15 janvier 1797.
Le Directoire encourageant son développement, elle se répandit
dans l'ensemble du pays.
Ainsi, par ces nouvelles "religions", par la célébration
des différents cultes dans un même lieu, par la fermeture
de l'église le dimanche, le second Directoire reprenait
l'assidu travail de déchristianisation.
17 LES DEPORTATIONS
Ces dix années d'épreuves,
qui ne se termineront réellement qu'avec le Concordat de
1801, furent écrites jusqu'au bout avec des lettres de
larme et de sang.
En cette année 1798, juillet
avait vu se lever une seconde
coalition contre la France : Angleterre
Russie, Autriche, Naples, Turquie; en août Nelson détruisit
la flotte française à Aboukir, en septembre et octobre
la France perdit son empire colonial, saisi par les Anglais ou
coupé de la métropole. À l'intérieur
des frontières, une circulaire
du ministre de la Police du 7 janvier 98 rappelait
les mesures "de sévérité" qui venaient
d'être prises contre les
prêtres insoumis, prêchant le fanatisme, et recommandait la dénonciation de ces
"agitateurs". Les délations affluèrent,
et nombre de prêtres prirent, ou reprirent, le chemin de
la prison. Les souffrances de ces détenus furent pourtant
moindres que celles des condamnés transférés
à l'île de Ré ou en Guyane.
Mille trois cent quatre-vingt huit ecclésiastiques furent
déportés, sur dénonciation, et quelque soit
leur âge. Escortés à Rochefort, de nouveau
à pied sauf les malades et les vieillards transportés
en charrettes, ils furent ensuite répartis entre les îles
de Ré et d'Oléron, où ils vécurent entassés,
soumis aux intempéries, à la faim, à la vermine.
Les survivants y seront présents pratiquement jusqu'au Concordat, y ayant institué l'Association du Sacré-Coeur et l'adoration perpétuelle
du Saint-Sacrement. Pour deux cent soixante cinq de ces déportés,
ce séjour ne fut qu'une étape vers la Guyane,
mesure plus rigoureuse encore que la guillotine car elle fut une
mort lente. (Voir annexe)
Sur le sol national, les
persécutions, qui ne
semblèrent par comparaison que tracasseries, touchèrent
prêtres et fidèles durant l'année 1799 : médisances,
destruction des "calvaires" de carrefours, obstruction
à la célébration des offices, dispersion
des rassemblements religieux. Tandis qu'à Valence le pape
Pie VI, bafoué, prisonnier, malade, agonisait
18 LA GUERRE CIVILE DE VENDEE (fév.93-juil.96)
La France entière
subit le joug de la Révolution, mais, dominant le tumulte
des multiples insurrections régionales, la révolte
de laVendée et d'une partie de la Bretagne
fut massive.
Ces provinces, restées
profondément attachées à la foi catholique
et au clergé, furent blessées dans leurs sentiments
religieux par les décrets de la Législative concernant
la Constitution civile du clergé. Les troubles furent d'abord
locaux, organisés par le bûcheron Jean Cottereau,
dit Chouan, (d'où Chouannerie). Mais ce fut la levée
de l'armée révolutionnaire (fév.93) qui déchaîna
les royalistes vendéens. Ceux du Marais avaient à
leur tête le lieutenant de vaisseau François de Charette,
ceux du Bocage le voiturier
Cathelineau, qui réussit à s'emparer de Cholet.
Puis les nobles se joignirent aux paysans. Les Vendéens
furent d'abord victorieux, jusqu'à la prise de Saumur,
et la résistance de Nantes n'arrêta pas leurs progrès.
La Convention expédia
Canclaux en Vendée,
mais malgré la mort de Cathelineau tué à
Rennes, les Vendéens triomphaient toujours. Le comité
de Salut public obtint alors l'envoi de Kléber, Marceau et
l'armée de Mayence. Marceau n'arrêta les Vendéens
qu'au nord de la Loire, au moment où ils allaient opérer
leur jonction avec les insurgés normands, les émigrés
et les Anglais. Ils avaient déployé une indomptable
énergie pour la défense de leur Foi mais avaient
dû déposer les armes, vaincus au Mans et à
Savenay.
Les noyades de Carrier et
les excès des colonnes
infernales de Turreau
durant six mois ranimèrent
la révolte des Vendéens, jusqu'à la pacification
de la Jaunaye (fév.95)
signée entre la Convention
et Charette. Celui-ci n'avait pourtant pas renoncé à
lutter contre le régime révolutionnaire. Il reprit
les armes, mais avec Hoche
pour adversaire. Les deux derniers
chefs chouans furent pris et fusillés. Charette fut exécuté
à Nantes (mars 96), et la Vendée "proclamée
pacifiée" en juillet.
19 LES EVENEMENTS D'ITALIE (fév.97 à avr.99)
Le roi de France avait payé
de sa vie une débonnaireté suspecte, un manque de discernement
et parfois une faiblesse dont ses pires ennemis n'avaient pas
manqué de faire preuve eux-mêmes. Mais voici qu'à
la fin de cette phase de l'Histoire, inversant la parole du Christ
: "Ils
vous persécuteront comme ils m'ont persécuté" (Jn 15 v.20), le berger de l'Église
va subir, après eux, le sort réservé à
ceux qui furent son troupeau.
Tandis que la Révolution
malmenait ainsi l'Église de France, ses armées s'attaquaient,
à l'extérieur, à son chef même. Déjà
en 1791, le 12 septembre, la Constituante avait ratifié
la réunion à
la France de la ville d'Avignon
et des 180 000 hectares du Comtat Venaissin, états pontificaux.
Le nonce en avait été chassé, le territoire
occupé et tous les biens ecclésiastiques déclarés
biens nationaux.
Après avoir condamné la Constitution civile du clergé, Pie VI avait
accueilli avec charité tous les prêtres proscrits
qui s'étaient présentés à lui, mais
sans rompre ouvertement avec la France, qui elle-même continua
d'entretenir à Rome un chargé d'affaires. Mais celui-ci, Hugou de Bassville, périt dans une émeute. Le Directoire
fit envahir le Piémont en 1796, et le pape, son territoire
pontifical menacé, dut demander la paix puis signer avec
Bonaparte le traité, désastreux pour lui, de Tolentino (fév.1797).
Enfin, à la suite d'une
émeute où le général Duphot,
représentant du gouvernement français, fut assassiné
dans une rue de Rome en
janvier 1798, le Directoire
s'empara de la personne du pape et proclama à Rome la république.
Arrêté par le général Berthier (1798),
Pie VI fut conduit successivement à Sienne, à la
chartreuse de Florence, à Turin, enfin emmené en
France (avr.99) à Grenoble, puis à Valence où
il mourut la même année.
Le Premier Consul fit rendre les honneurs solennels à ses
restes, qu'il permit, deux ans plus tard, de transporter à
Rome.
CONCLUSION
Si la Révolution a
été un temps d'épreuves pour beaucoup de
Français, elle le fut particulièrement pour les
prêtres et le peuple chrétien. Mais ces épreuves
furent le creuset d'un renouveau de l'Église, fruit du
resserrement des esprits et des curs à un moment ou un
autre de la tourmente. Ce renouveau dans les relations a été
visible sous trois angles : entre prêtres, entre curés
et paroissiens, entre l'Église de France et Rome.
Le serment de fidélité à la Constitution
civile du clergé fut la source de la division entre les
prêtres, plus que la constitution elle-même. Car chaque
prêtre fut seul avec sa conscience, au moment de sa décision;
et c'est en regard d'une même foi, des mêmes Écritures,
que l'un a justifié son serment et l'autre son refus. Mais
séparés par la prestation de serment, ils seront
rapprochés par la persécution.
Dans le moindre des villages des hommes et des femmes, en l'absence
de prêtre, ont transmis la foi, ont défendu les biens
de l'Église désorganisée et divisée,
ont secouru leur curé, bravant souvent les foudres de l'autorité
despotique. Ainsi chacun prit-il conscience, les uns de l'importance
du ministère des prêtres, les autres de la participation
active que l'on peut attendre des paroissiens.
Enfin, les fidèles et leurs prêtres, qu'ils fussent
réfractaires ou jureurs, ont tous gardé dans ces
temps de désordre le sentiment très vif d'être
membres d'un corps unique : l'Église. Les souffrances et
la mort de leur chef, Pie VI, scella leur rapprochement avec le
Saint-Siège.
"Après le coup d'état
du 18 fructidor, le Directoire prend des mesures condamnant des
prêtres à l'incarcération à l'île
de Ré, étape préliminaire à la déportation
en Guyane. Sont atteints par cette mesure : les insermentés
de 1791 et de 1792, les rétractaires et non soumissionnaires
de 1795, les prêtres non fonctionnaires (donc non sujets
au serment), ainsi que les assermentés, les apostats et
les prêtres mariés, si leur attitude déplaît
à l'administration, et même le prêtre coupable
d'avoir laissé sonner les cloches (Victor Pierre).
"Les ecclésiastiques sont au nombre de
neuf cent vingt à être incarcérés à
l'île de Ré, cent quatre-vingt-dix à l'île
d'Oléron et deux cent soixante cinq à être
déportés en Guyane. La plupart sont originaires
de Belgique (V. Pierre). "À la guillotine pure
et simple on substitue la guillotine sèche, c'est à
dire la déportation. Elle entraîne la relégation
à la Guyane, mesure infiniment plus rigoureuse (que
celle qui consistait à gagner soi-même l'étranger)
et qui expose les délinquants à une mort lente,
sans effusion de sang" (Jacques Leflon).
"Les
mesures du Directoire visaient également les condamnés
politiques. Parmi eux se trouvait le jeune chansonnier Ange Pitou
qui, de retour en France, relate les circonstances de sa déportation.
Il parle des cent quatre-vingt-treize condamnés, dont des
sexagénaires, embarquant à Rochefort dans une frégate,
le 21 mars 1798. À l'approche d'Arcachon, celle-ci est
attaquée par les Anglais. Pitou se soucie de ses compagnons
d'infortune, au moment où tonne le canon ennemi : "Comment
vous peindre la situation des pauvres déportés ?
Les trois quarts sont d'anciens curés de campagne qui n'ont
jamais entendu que le bruit des cloches de leur paroisse"
(Louis Ange Pitou). La frégate étant devenue
inutilisable, les déportés, dont cent cinquante
cinq prêtres et religieux, sont embarqués sur la
Décade. Ils y sont plus entassés que dans
la Charente. Ange Pitou évoque la nourriture : "Nos
légumes sont des fèves de marais, grosses comme
des rognons de mouton, enveloppées d'un sac dur comme une
corne de cheval". Après quarante cinq jours d'une
traversée pénible, c'est l'arrivée à
Cayenne, et l'envoi à l'intérieur des terres.
"Près de cent cinquante prêtres
sont relégués à Kounamama, un coin perdu
dans la forêt au delà de Sinnamary. Des indiens y
avaient eu un village; très vite ils l'avaient abandonné
parce que le sol devenait marécageux par temps de pluie
et l'endroit était vraiment très malsain. "S'il
n'y avait eu que les serpents, les mygales, les jaguars et autres
bêtes très dangereuses, ça n'aurait pas été
grave. Mais cette région était infestée de
toutes sortes de vermines : moustiques en tous genres, chiques,
tiques, poux d'agouti, mouches et moucherons de toutes espèces.
Les détenus logeaient en plein air sous des toits de paille.
Pour tout mobilier, chacun avait un pauvre hamac, beaucoup étaient
en haillons. La nourriture très médiocre était
accompagnée d'eau polluée et d'un peu de tafia.
Dès l'arrivée, les conditions de vie tout à
fait inhumaines firent périr plus d'un malheureux. La cadence
s'est maintenue à plusieurs par semaine. Le fonctionnaire
chargé d'enregistrer les décès en notait
la cause. Pour plus d'un, on lit : mort de fièvre putride,
mort de dysenterie, mort de consomption. Il y avait bien un carbet
hôpital, mais c'était une case comme les autres,
sans lit, sans médecin, sans remèdes! Comme les
conditions de vie étaient trop dures, les soldats préposés
à la garde des prisonniers réclamèrent; ils
obtinrent la fermeture du camp. En quelques semaines, soixante
neuf prêtres y étaient morts. Les rescapés
se traînèrent jusqu'à Sinnamary. Barbe-Marois,
présent à leur arrivée, écrit : en
les voyant passer, des sauvages, témoins de ces misères
affreuses, maudirent les hommes civilisés qui se plaisaient
à tourmenter aussi cruellement d'autres hommes". (Père
Barbotin, curé de Maripasoula, Guyane)
"D'après
Victor Pierre, la mortalité en Guyane chez les prêtres
a été de 58%. Pour ceux du territoire du département
de Seine et Oise, elle a été de 100%, puisque les
quatre curés déportés y ont péri.
Les prêtres condamnés à la déportation
mais empêchés par la flotte anglaise de quitter le
sol français, et incarcérés à l'île
de Ré ont eu, par là-même, la vie sauve.
"Car la Guyane est un lieu de désolation
et de mort, où les déportés ont "l'impression
d'être pour toujours séparés du monde et comme
enterrés vivants" (Mémoires de M. de Beauregard).
Kounamama sera le tombeau du plus grand nombre de ces malheureux.
"Il serait moins inhumain de les tuer sur le champ à
coups de fusil, disait-on, on leur épargnerait ainsi les
souffrances d'une longue agonie On y enterrait jusqu'à
huit et dix déportés par jour. Bientôt ce
fut une véritable peste dans ce lieu de désolation.
L'air était entièrement vicié et corrompu
par les miasmes et les exhalaisons fétides des cadavres".
(L. A. Pitou).
Kounamama était vraiment
le cauchemar de la déportation. C'est là, et dans
ces conditions, qu'ont péri, peu après leur arrivée,
Marin Nicolas Segouin (Curé de Saint-Martin de Bréthencourt,
près Ablis), Lubin Millochau (Curé d'Orsonville,
près Ablis), André Leroy (Curé de Saint-Martin-la-Garenne,
près Mantes), Marin Laurence (Curé de Buchelay,
près Mantes) et tant d'autres (1)
Cette
persécution terrible se passait loin du territoire français.
Encore de nos jours, les Guyanais conservent "bien vivant
le souvenir de ces prêtres; ils les considèrent comme
des martyrs". (Père Barbotin)
Bernadette
DIEUDONNE
Curés et Vicaires des Yvelines au cours de la période
révolutionnaire 1789-1802
(Évêché de Versailles)
PRIX DEPARTEMENTAL D'HISTOIRE LOCALE, 1992
(1) À ces quatre curés de Seine-et-Oise morts en Guyane s'ajoutent Denis Soudé, curé de Villaines, et le curé de Luzarches. Un prêtre de Dourdan, Legueult, sera le seul survivant. Mais n'oublions pas d'y joindre, dans nos pensées, les martyrs des îles de Ré et d'Oléron, ni ceux des prisons du sol national.
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