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Le coup d'État du
18 brumaire amena le général Bonaparte au pouvoir
et remplaça le Directoire par le Consulat, puis par l'Empire.
Que vécut l'Église ? Le Consulat fut marqué
par la conclusion d'un concordat, entre Rome et le Gouvernement
français. Pour l'application de ce texte, Bonaparte imposa
par sa seule volonté des articles "organiques",
opposant ainsi sa puissance temporelle à celle spirituelle
du Saint-Siège. Bientôt, après l'instauration
de l'Empire, Napoléon usa envers le pape d'une désinvolture
et d'une brutalité qui ne pouvait que choquer le clergé
de France et le détacher de l'empereur. Pie VII fut bientôt
dans l'alternative de se soumettre aux ordres de l'empereur ou
de rompre avec lui.
Le conflit surgit
à propos du "Blocus continental" dirigé
contre l'Angleterre. Le Souverain Pontife ayant affirmé
sa neutralité, fut dépouillé de ses États
et traîné en captivité. Il ne recouvrera sa
liberté que le jour où Napoléon, vaincu,
perdra la sienne.
Bonaparte, homme
d'État et fin stratège, avait voulu gagner les esprits
en remettant de l'ordre dans les faits et dans les idées.
Sur ce second plan, le Concordat favorisa un renouveau catholique
en France, dont le symbole fut la pensée de Chateaubriand
et son ouvrage : "le Génie du Christianisme".
Cette oeuvre majeure influencera les "romantiques" mais
ne les écartera pas de leur vision individualiste des choses.
Succédant à l'Empire,
la Restauration luttera contre les idées révolutionnaires
toujours effervescentes, se rapprochera du pape et permettra la
renaissance des ordres religieux.
1 La préparation du Concordat
Le premier objectif de Bonaparte
répondait à une nécessité criante :
mettre fin au chaos dans lequel la Révolution avait plongé
la France. Considérant que la religion était un
facteur d'ordre, il songea à négocier avec Rome
un accord de réorganisation de l'Église. "L'idée
de la forme se confond avec l'idée de l'ordre" définira
Cournot, philosophe mathématicien de la Restauration.
Après dix ans de révolution, un
sentiment de lassitude et un profond dégoût de la
politique régnait en France. Tous les esprits éprouvaient
un puissant désir d'apaisement et de sécurité.
Or, la pacification religieuse était bien la condition
première de la paix intérieure, pour la raison essentielle
que le catholicisme, malgré la tourmente, avait conservé
intactes ses racines puissantes dans l'âme du Français,
quelque soit sa condition.
"À
l'époque de l'avènement de Bonaparte" dit Madame
de Staël, "les partisans les plus sincères du
catholicisme, après avoir été si longtemps
victimes de l'inquisition politique, n'aspiraient qu'à
une parfaite liberté religieuse". Ils n'étaient
pas demandeurs d'un nouveau cadre réglementaire. C'est
donc bien Bonaparte qui prit l'initiative du Concordat.
Aucun des hommes politiques du moment, et Bonaparte
moins que tout autre, ne pouvait avoir oublié l'échec
de toutes les tentatives faites sous la Révolution pour
extirper l'infâme, selon le mot de Voltaire parlant de la
religion catholique. Le Premier Consul avait une suffisante étoffe
d'homme d'État pour juger que le seul moyen de rendre la
paix sociale et sortir la France de sa triste situation intérieure,
était de restaurer cette religion. Il fallait, d'abord,
abolir la Constitution civile du Clergé et, ensuite, négocier
avec Rome un nouvel accord. Bonaparte s'attela à la tâche.
Durant ce temps, Pie VI étant mort en exil
le 29 août 1799, le conclave réuni à Venise
avait mis trois mois pour élire Barnabé de Chiaramonti,
un bénédictin évêque d'Imola, qui prit
le nom de Pie VII (1800-23). Son caractère doux et conciliant trompa
le général Bonaparte qui crut pouvoir lui imposer
facilement ses vues. C'était méconnaître une
qualité majeure du nouveau pape : la fidélité,
qui l'eut fait préférer mourir que de sacrifier
un des intérêts essentiels de l'Église.
Bonaparte demanda à Rome l'envoi de plénipotentiaires
pour discuter du texte qu'il avait préparé. Deux
prélats se rendirent à Paris : Mgr Spina et
le Père Caselli, qui ne firent pas le poids devant le Premier
Consul, autour duquel se groupaient
Joseph Bonaparte son frère, le conseiller d'État Crétet et
l'abbé Bernier. Bernier (1762-1806), était ce curé d'Angers qui en
1793 avait soulevé les paysans d'Anjou et de Vendée
contre la République après l'exécution de
Louis XVI, exerçant sur eux une influence prépondérante.
Il avait rallié ensuite Bonaparte après le 18 brumaire,
avant d'être le négociateur entre lui et les chouans.
Il en avait été récompensé par le
siège épiscopal d'Orléans.
Après l'échec de Spina dans les
négociations du Concordat, le pape délégua
le cardinal Consalvi
(1757-1824), l'ancien secrétaire
du conclave, qui fut à Venise l'un des promoteurs de l'élection
de Pie VII, lequel en fit alors son secrétaire d'État.
Accompagné du cardinal
Caprara, il se rendit
en hâte à Paris. Reçu solennellement par les
trois consuls, il déploya dans les négociations
difficiles qui suivirent autant de fermeté que de prudence,
ce qui permit la conclusion de l'accord. Les négociations,
longues et parfois tendues nécessitèrent 21 rédactions
successives du texte avant la version finale.
2 Le Concordat de 1801
Par cet accord entre le pape
et le premier consul, il s'agissait, pour ramener la paix dans
l'Église, de mettre fin au schisme entre prêtres
"constitutionnels" et prêtres "réfractaires",
ainsi qu'au trouble des consciences que la vente des biens de
l'Église avait occasionné.
À
la différence du concordat de 1516, qui fut décidé
par Léon X et approuvé ensuite par François
1er, celui de 1801 fut dû à l'initiative de Napoléon.
De ce fait, ce contrat mutuel entre les deux puissances devint
à la foi loi d'Église et loi d'État.
Le texte définitif (voir en annexe), fut
un compromis tenant compte des multiples concessions mutuelles.
Il était composé de 17 articles précédés
d'un préambule, que l'on peut ainsi résumer :
* La Religion Catholique y était reconnue,
non en tant que religion d'État, mais comme celle de la
majorité du peuple français.
*
Son culte serait librement exercé, et publiquement.
* Succédant à la démission
de tous les évêques, la nomination des nouveaux évêques
appartiendrait au chef de l'État, et le Saint-Siège
posséderait en propre le pouvoir de leur donner l'institution
canonique.
* Évêques
et curés seraient tenus de prêter serment de fidélité
au gouvernement
* Enfin, le pape acceptait,
pour le bien de la paix, la nationalisation des biens du Clergé,
moyennant un traitement convenable versé aux évêques
et aux curés.
Il
était précisé en outre que les acquéreurs
des biens ecclésiastiques ne seraient pas inquiétés
dans leur propriété. Le cardinal Consalvi signa
le Concordat au nom du pape le 15
juillet 1801. Le texte fut converti
en loi le 8 avril 1802 et solennellement promulgué le 18
avril, jour de Pâques. Un Te Deum fut chanté à
Notre-Dame. Mais le cardinal protesta hautement contre les Articles
organiques.
3 Les Articles organiques
Ces Articles, rédigés
en octobre 1801, trois mois après le Concordat, lui furent
adjoints par la seule volonté de Bonaparte. Imposant d'anormales
contraintes à l'Église de France, ils ne furent
jamais acceptés par Pie VII.
La
promulgation des Articles organiques intervint en même temps
que celle du Concordat. Ce qui ne devait être qu'un règlement
d'application du dit concordat fut en réalité une
ordonnance intervenant largement dans un domaine qui n'était
pas de la compétence de l'empereur mais du pape, comme
la discipline et même le dogme, et souvent en contradiction
avec les accords difficilement obtenus.
Ce
nouveau texte, de 77 articles, tendait à faire de l'Église
de France une Église nationale aussi peu dépendante
de Rome que possible et asservie au pouvoir civil. Qu'on en juge :
les évêques, choisis par le gouvernement, étaient
astreints aux règles appliquées aux fonctionnaires;
ils ne pouvaient publier de leur autorité un bref ou un
décret pontifical ou conciliaire; ne pouvaient se rendre
à Rome sans autorisation; ne pouvaient sans permission
des autorités civiles établir une fête religieuse
ni même organiser une procession.
Plus
grave : en reprenant une décision prise cent vingt
ans plus tôt par Louis XIV, les Articles organiques imposaient
l'enseignement, dans les séminaires, des Quatre articles
gallicans de 1682 (chap.20 § 3, gallicanisme sous Louis XIV),
diminuant ainsi l'autorité pontificale vis à vis
du pouvoir temporel et réaffirmant la supériorité
du concile sur le pape.
Ces
articles ne furent jamais soumis au pape ni approuvés par
lui. Mais malgré les protestations de Pie VII et de son
secrétaire d'État, Bonaparte resta sourd. Et, ne
considérant plus le catholicisme comme la religion d'État,
il réglementa également par articles organiques,
et sur le même pied d'égalité, les cultes
protestants et israélite, qu'il plaça sous l'autorité
de l'État.
4 L'application du Concordat
Dès sa mise en application,
le Concordat souleva maintes difficultés dues au despotisme
de Bonaparte. Sa volonté de domination fut, là encore,
visible. Il autorisa cependant des congrégations religieuses;
mais s'il laissa refleurir ces associations ce fut uniquement
parce que leur utilité sociale servait plus sa cause qu'elle
ne gênaient son pouvoir.
La
mission de l'application du Concordat fut confiée par Pie
VII au cardinal Caprara,
l'un des signataires. Les difficultés
ne devaient pas tarder. C'est ainsi que Bonaparte nomma douze
évêques constitutionnels déjà en poste,
alors que l'accord stipulait que tous les évêques
devaient préalablement remettre leur démission.
Des évêques, émigrés en Angleterre,
refusèrent de démissionner de leur diocèse
en France. Afin de trancher ces difficultés Pie VII supprima
tous les évêchés par la bulle du 29 novembre
1801. À de rares exceptions près les évêques,
canoniquement sans juridiction, se soumirent.
Ce
Concordat fut diversement apprécié. Ses adversaires
soutinrent qu'il ne fut jamais, dans l'esprit de Napoléon,
qu'un instrument supplémentaire de règne, un moyen
d'exercer pression sur Rome et de transformer à nouveau
le clergé en un corps de fonctionnaires de l'État.
Ses partisans firent remarquer qu'il avait rétabli l'ordre,
la paix et la hiérarchie canonique dans l'Église
de France, renoué les relations officielles entre le pape
et le gouvernement français, inauguré entre les
deux pouvoirs un accord qui a persisté à travers
les événements politiques. Les points de vues ne
se contredisent pas : ils se complètent.
Bonaparte et les congrégations
religieuses
La Révolution
avait supprimé toutes les congrégations, ce qui
explique que ni le Concordat ni les Articles organiques n'en fissent
état. Le Premier consul en autorisa pourtant quelques unes
à prendre ou reprendre leurs oeuvres. Ainsi en fut-il pour
les Soeurs de Saint-Vincent-de-Paul en 1800, les Dames hospitalières
de Saint-Thomas, les Filles de Saint-Charles et les Dames de la
Charité en 1801, et d'autres encore, telles la Marmite
des Pauvres ou l'oeuvre des Pauvres honteux.
C'est
en cette même année que renaquit la Congrégation de la Sainte Vierge. Créée
en 1560 par un jésuite sous la forme d'une association
de jeunes gens à qui il donna un règlement, elle
devint le modèle d'associations semblables qui lui furent
affiliées. Devenues fort nombreuses en France, elles avaient
disparu avec la dispersion des jésuites au XVIII° siècle.
En 1801, la Congrégation de la Sainte Vierge s'affilia
à celle du collège Romain. Elle compta parmi ses
membres des hommes aussi connus que le docteur Laënnec,
le baron Cauchy membre de l'Académie des sciences ou le
duc de Montmorency.
L'association, frappée par
un Bonaparte méfiant à son égard, reprendra,
nous le verrons, un grand essor sous la Restauration (1814-1830).
Et l'étoile du Premier Consul montait toujours,
comme son ambition : Bonaparte se fit élire président
de la République italienne en janvier 1802; en mai 1803
il rompait avec les Anglais qui refusaient d'évacuer Malte
et deux mois plus tard, projetant des représailles à
la taille de sa rancune, forma un camp à Boulogne-sur-mer
en vue d'une invasion de l'Angleterre.
5 Le sacre de Napoléon
Le souvenir de Charlemagne
hantait Napoléon : il se voulait un destin de même
grandeur, et à l'origine d'une dynastie. Le fruit de cet
orgueil démesuré sera que, empereur, il ne mettra
aucune borne à ses rêves d'hégémonie,
ne supportera aucun obstacle sur son chemin et s'abandonnera à
ces dangereux excès qui devaient le conduire à sa
perte en dix ans.
En mai 1804, reconnu
sur la proposition de Fouché empereur héréditaire
par trois millions et demi de suffrages, Napoléon Bonaparte
ne douta pas de son avenir, et se voulut encore élu de
droit divin, par la grâce du sacre conférée
par le pape. Or un obstacle s'y opposait : son mariage civil
avec Joséphine de Beauharnais. Le pape exigeait préalablement
une union religieuse. Le violent Napoléon eut beau se livrer
à ses colères, il dut céder, la veille du
sacre, et accepter la bénédiction nuptiale de son
oncle, le cardinal Fesch.
Ce
même cardinal avait obtenu du pape qu'il se rende à
Paris pour la cérémonie du sacre. Pie VII n'avait
osé refuser, espérant en échange de cette
complaisance quelques aménagements dans le concordat et
les articles organiques, voire la restitution des Légations
supprimées par le Premier consul. C'était trop espérer
d'un empereur qui, trente cinq jours après sa propre proclamation,
soumettait à son autorisation toutes les congrégations
religieuses. Le pape eut au moins la joie d'être acclamé
tout au long de son parcours à travers la France. Mgr Caselli,
l'évêque de Parme, signataire du concordat, l'accompagnait.
Le 2 décembre 1804, Napoléon se
rendit à Notre-Dame, précédé de la
couronne de Charlemagne. Pie VII consacra l'empereur, "mais",
écrit Benjamin Constant, "bien qu'il eut promis de
se conformer aux règles du cérémonial, Napoléon
devança le pape étonné par son audace, monta
à l'autel, s'empara de la couronne et se la posa lui-même
sur la tête." . Puis il réitéra en couronnant
Joséphine. Quant à Pie VII, il prolongea son séjour
à Paris jusqu'au printemps sans obtenir la moindre concession.
Tout juste put-il arracher au schisme et réconcilier avec
l'Église de nombreux prêtres restés jusque
là "constitutionnels", et obtenir la reconnaissance
officielle de plusieurs congrégations religieuses. Citons
les Lazaristes, le séminaire des Missions étrangères
et celui des Pères de Saint-Esprit.
Tout
en réorganisant la Grande Armée pour faire face
à la seconde coalition européenne, Napoléon
prit le temps de se faire sacrer roi d'Italie, en 1805, par Mgr
Caprara, signataire du Concordat et ensuite nommé archevêque
de Milan. Le 1er janvier 1806 marqua le retour au calendrier grégorien.
Le 4 avril fut publié le catéchisme impérial
définissant les devoirs chrétiens d'obéissance
à l'empereur. En 1807, Napoléon ouvrira un concours
pour l'édification du temple de la Gloire, qui deviendra
l'église de la Madeleine.
6 La rupture entre pape et empereur
Napoléon, devant qui
tout devait plier, ne concevait en réalité l'Église
que comme un instrument docile entre ses mains. Il était
manifestement prévisible, dans de telles conditions :
clergé aux ordres et pape vassalisé, qu'il ne restait
à l'Église que de choisir entre la servitude et
la rupture.
Peu de temps après
le sacre de l'empereur, Jérôme Bonaparte, grand maître
de la loge maçonnique du Grand Orient, divorça (mai
1805). Napoléon sollicita du pape une déclaration
en nullité de ce premier mariage afin que son frère
puisse contracter une nouvelle union devant l'Église. Après
examen de la cause, le pape crut devoir refuser. L'empereur, répondant
au refus par le canon fit occuper une partie des États
pontificaux.
Or, à ce moment
(1806), Napoléon entendait abattre son ennemie l'Angleterre.
Son plan comportait, sous le nom de
Blocus continental, l'interdiction
d'importer des marchandises anglaises, même pour les neutres.
Napoléon ordonna à Pie VII de se plier à
la règle et de fermer ce qui lui restait de ses États
aux marchandises anglaises, invoquant son titre d'empereur qui
lui conférait prétendument des droits sur Rome.
Le pape refusa d'adhérer au blocus, déclarant
que sa charge de pasteur universel lui imposait la neutralité.
Aucune foudre impériale ne frappa Pie VII sur l'instant,
mais le cardinal Consalvi, qui par l'énergie avec laquelle
il soutenait ici encore le pape dans la défense des intérêts
de l'Église et de l'indépendance du Saint-Siège,
encourut la colère de Napoléon au point qu'il dut
se démettre de ses fonctions de secrétaire d'État
(juin 1806).
Puis Napoléon
menaça de nouveau Pie VII. Celui-ci ayant refusé
de sortir de sa neutralité, l'empereur s'empara de la totalité
des États pontificaux (1807) et fit occuper Rome (1808).
Et l'année suivante, il supprima d'abord unilatéralement
par décret la donation territoriale de Rome, Ravenne et
la Pentapole faite par Pépin le Bref et confirmée
par Charlemagne à Hadrien 1er (voir chap.7 § 8, fondation
de l'État pontifical). Ensuite il annexa l'ensemble à
l'Empire. Pie VII répondit par une bulle d'excommunication
frappant l'empereur et tous ceux qui avaient participé
à la spoliation du Saint-Siège. Ce fut le signal
de la rupture.
7 La captivité de Pie VII (1809-14)
Le despotisme de l'empereur
sembla ne plus avoir de bornes : après avoir humilié
le pape à l'occasion du couronnement, du divorce de son
frère et du sien, puis du Blocus continental; après
avoir ensuite saisi ses États, voici qu'il va l'emprisonner
durant cinq années, et tenter de lui extorquer par chantage
un nouveau concordat.
Pourtant le
pape, libéré, tendra la main à son bourreau
vaincu.
Furieux de cette audace,
l'empereur fit trois semaines plus tard procéder à
son arrestation. Le palais du Quirinal fut cerné par les
troupes du général Radet (6 juillet 1809), et l'on
se saisit de la personne de Pie VII qui, prisonnier, fut emmené
à Savone. Tous les cardinaux valides furent conduits à
Paris. Parmi eux se trouvait le cardinal Consalvi, qui fut interné
à Reims et à Mézières. Il ne sera
rendu à la liberté qu'en 1813.
L'empereur
agit encore avec la plus grande insolence à l'endroit du
Souverain Pontife, prisonnier, dans l'affaire de sa séparation
d'avec l'impératrice Joséphine. Sans même
s'adresser au pape, il introduisit sa demande en nullité
de mariage à l'Officialité de Paris, et obtint la
sentence désirée. Ce qui lui permit, en avril 1810,
d'être uni à Marie-Louise d'Autriche par une nouvelle
bénédiction de son oncle Fesch. Un certain nombre
de cardinaux protesta contre l'irrégularité du jugement
et refusa d'assister au mariage. Mal lui en prit : les protestataires
se virent déchus de leur dignité, privés
de leurs revenus et exilés en diverses villes sous la surveillance
de la police. On les désigna sous le nom de cardinaux noirs,
car il leur était interdit de porter leurs insignes, que
gardèrent les cardinaux rouges dévoués à
l'empereur.
Durant ce temps le
pape, dans sa prison de Savone, refusait toujours de signer l'abandon
de ses États démantelés par Napoléon
et d'instituer les évêques nommés par lui,
au juste prétexte que, prisonnier, il se trouvait dans
l'impossibilité de prendre les renseignements nécessaires
à sa décision. Bientôt vingt évêchés
se trouvèrent sans titulaire légitime. Ne pouvant
plier le pape à sa volonté, Napoléon décida
de s'en passer. Il convoqua à Notre-Dame de Paris un concile
national (1811) présidé par l'oncle Fesch, archevêque
de Lyon. Mais Napoléon trouva de la part de la majorité
des prélats une résistance à laquelle il
ne s'attendait pas. Pour la vaincre, il fit jeter en prison quelques
uns d'entre eux; d'autres repartirent pour leur diocèse.
Ceux qui demeurèrent cédèrent à la
volonté impériale et l'assemblée finit par
décréter qu'au cas où le pape n'accorderait
pas l'institution canonique dans les six mois de la nomination,
le métropolitain la donnerait. Et le captif, circonvenu
par les prélats soumis à l'empereur, ratifia ce
décret par un bref du 20 novembre 1811.
Ce n'était pas assez. Napoléon fit
transférer Pie VII de Savone au château de Fontainebleau
et ne le laissa approcher que par les cardinaux rouges, qui s'appliquèrent
à dresser pour lui un sombre tableau de l'anarchie qui
régnait dans l'Église de France, et à laquelle
la réconciliation du pape avec l'empereur pourrait seule
porter remède. À son retour de la sombre campagne
de Russie, Napoléon, qui en février 1812 avait annulé
le Concordat, entra lui-même en négociation avec
Pie VII et, début 1813, arracha à cet homme âgé
et éprouvé la signature des onze articles préliminaires
d'un nouveau concordat dit de Fontainebleau. D'après ce
texte, d'esprit gallican, le pape devait fixer son séjour
en Avignon et recevoir un revenu annuel de deux millions; l'empereur
devenait maître de presque toutes les nominations épiscopales
en France et en Italie, et le pape reconnaissait et acceptait
l'annexion des États pontificaux.
Dès
que les cardinaux noirs purent pénétrer auprès
du pape, celui-ci réalisa le piège tendu par l'empereur
et dans lequel il était tombé : pendant que
Napoléon publiait le texte du concordat sous la forme d'une
loi d'État, Pie VII, ressaisi, rétracta les concessions
qui lui avaient été arrachées sous la pression
des menaces impériales. Par une lettre de sa main en date
du 23 mars 1813, deux mois donc après son moment de faiblesse,
n'acceptant ni la fraude ni la violence il protesta contre le
projet de concordat, le déclarant nul et dénué
de valeur.
Le conflit menaçait
de prendre une tournure dramatique lorsque les événements
changèrent le cours des choses et vinrent dénouer
la situation. Un mois après la courageuse rétractation,
le 25 avril, Napoléon partait pour la campagne d'Allemagne.
En décembre les "Alliés" déclaraient
"paix à la France, guerre à Napoléon".
En mars 1814 ils entraient dans Paris. Puis ce fut la déchéance
de Napoléon par le Sénat en avril, suivie de son
abdication quarante huit heures plus tard, dans ce même
château de Fontainebleau que le pape venait de quitter.
Par un revirement de l'Histoire, Pie VII rentrait
triomphalement à Rome et recouvrait la liberté de
ses États, tandis qu'au même moment ou presque, Napoléon
vaincu perdait son Empire et partait à son tour en captivité
sur l'île d'Elbe. Chassé un instant de Rome par l'invasion
de Murat en 1815, Pie VII, après les Cent-Jours et le Congrès
de Vienne (voir prochain chapitre) qui lui rendit ses États,
put gouverner l'Église en toute paix, secondé par
le cardinal Consalvi que les Romains surnommaient le "grand
cardinal". Il reprit ses tâches interrompues, rétablit
l'ordre des Jésuites
(1816), et conclut des concordats
avec Espagne, Sardaigne, Deux-Siciles, Bavière, Prusse
et Provinces rhénanes.
La
"vengeance" du pape fut celle d'un véritable
chrétien : dès la chute de Napoléon,
se refusant à toutes représailles politiques, Pie
VII accueillit sa famille à Rome, intercéda auprès
des cours d'Europe et du prince régent d'Angleterre en
faveur du captif de Sainte-Hélène afin d'adoucir
le régime du prisonnier, et enfin lui délégua
un prêtre en son île africaine pour l'assister dans
ses derniers moments.
À
la mort de Pie VII (23/9/1823), le cardinal Consalvi se retira
dans sa villa d'Anzio. Léon XII le rappelait aux affaires
lorsqu'il mourut, léguant sa modeste fortune aux pauvres
et aux enfants. Consalvi ne fut jamais prêtre, se jugeant
indigne d'un autre ordre sacré que celui du diaconat.
8 Chateaubriand et "le Génie du Christianisme"
Pendant les tribulations
de l'Église et de son chef, une soif de spiritualité
assaillait le monde intellectuel. Elle prit la voix de Chateaubriand
pour faire une nouvelle apologie de la religion chrétienne.
François René, vicomte de Chateaubriand (1768-1848), publia après la Terreur, à l'âge
de vingt neuf ans, un essai sur les révolutions où
le jeune écrivain désirait démontrer que
l'humanité tourne dans un même et éternel
cercle d'erreurs et de misères. Il n'avait, à cet
instant aucune foi. Son livre dénote cependant un malaise
d'âme qui peut expliquer la conversion proche de ce sceptique
inquiet.
Les disparitions de
sa mère et de sa soeur le convertirent : "J'ai
pleuré et j'ai cru", dira-t-il. Et il débute
aussitôt une apologie du christianisme. Elle paraît
en 1802; c'est le Génie du christianisme, où Chateaubriand
montre, non pas directement que la religion chrétienne
repose sur la Vérité, mais qu'elle est d'une telle
splendeur qu'elle ne peut avoir qu'une origine divine. Chateaubriand
a voulu, dit-il lui-même, "montrer que de toutes les
religions qui ont existé, la religion chrétienne
est la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable
à la liberté, aux arts et aux lettres; que le monde
moderne lui doit tout, depuis l'agriculture jusqu'aux sciences
abstraites, depuis les hospices pour les malheureux jusqu'aux
temples bâtis par Michel-Ange et décorés par
Raphaël; qu'il n'y a rien de plus divin que sa morale, rien
de plus aimable, de plus pompeux que ses dogmes, sa doctrine et
son culte; qu'elle favorise le génie, épure le goût,
développe les passions vertueuses, donne de la vigueur
à la pensée, offre des formes nobles à l'écrivain
et des moules parfaits à l'artiste".
Ce livre, d'un style neuf et quelque peu exalté,
s'offrait au public au moment où celui-ci en avait faim.
Son succès fut immense, même parmi quelques sceptiques
révolutionnaires.
Ce
n'était pourtant pas une véritable apologie, laquelle
consisterait à présenter le christianisme comme
un message divin, révélé par Jésus-Christ
Fils de Dieu, qui a prouvé sa propre divinité et
qui, pour continuer son oeuvre, a institué l'Église.
Le Génie du Christianisme fut une apologie "de circonstance",
mettant en relief tels aspects du christianisme correspondant
aux préoccupations du moment, apologie qui amena seulement
les incroyants à désirer qu'il soit vrai.
Il n'en reste pas moins que cette oeuvre fut l'amorce
d'une révolution des esprits et de la littérature.
Au paganisme, dont les traditions avaient perdu leurs vertus,
s'opposait une renaissance chrétienne, qui débordait
à nouveau les limites de la vie intérieure et bouleversait
jusqu'à la conception de l'art. Le Génie contenait
en germe tout ce qui allait porter le nom de romantisme. Chateaubriand
a créé une mentalité nouvelle, et même
ses censeurs ont subi son influence. Citons-les :
Sainte-Beuve (1804-69), poète et critique, lié à
Hugo et Vigny. D'abord d'un romantisme militant, il s'en détachera,
comme de ces deux poètes. En 1860 il fera paraître,
en deux volumes, Chateaubriand et son groupe littéraire.
Taine (1828-93),
philosophe et critique, qui publia la mordante Étude sur
les philosophes français du XIX° siècle où
il malmena l'école spiritualiste.
Ernest
Renan (1823-92), cet ancien séminariste ayant perdu la
foi, qui, chargé de cours au Collège de France,
fut suspendu dès sa première leçon pour avoir
appelé Jésus "un homme incomparable",
et qui persista dans cette vue à travers toute son oeuvre
historique sur le Christ et son Église.
Chateaubriand, homme politique, s'était
rallié au Consulat et en fut ambassadeur et ministre. Mais,
démissionnaire à la criminelle exécution
du duc d'Enghien, il devint dès cet acte un ardent défenseur
du trône légitime et de l'autel. En 1809 parurent
Les Martyrs ou le Triomphe de la religion chrétienne. La
Restauration inaugura pour lui une nouvelle période d'activité
politique.
9 Les "Romantiques"
Chateaubriand ouvrit la voie
aux "Romantiques" : esprits sensibles, inquiets,
travaillés par les idéaux révolutionnaires,
en quête d'une spiritualité qu'ils ne savaient devoir
rattacher à la nature, à une divinité ou
à l'homme lui-même.
En
France le romantisme, en s'affranchissant des règles de
la composition classique, procéda de la révolution
morale qui, après la sociale et politique, transforma toutes
les façons de penser et de ressentir. Le romantisme fut
caractérisé par la prédominance de la sensibilité
et de l'imagination sur la raison; en un mot l'individualisme. Ce fut l'instant
de la rupture avec règles et modèles, de la liberté
donnée au génie individuel. Si Jean-Jacques Rousseau en
fut un précurseur, ses deux principaux initiateurs furent Madame de Staël et Chateaubriand. Tous deux firent renaître le lyrisme.
Et tous deux défendirent la religion chrétienne.
Mais ce n'est pas pour autant qu'il faille considérer le
romantisme comme un état d'âme religieux. Il s'en
faut. Souvent révolté, ou mélancolique, le
romantique manque de cet esprit chrétien d'humilité
et de discipline. Autre réserve : le romantique conserve
un goût marqué pour la Révolution. Seul Chateaubriand
ne la considère pas comme messianique et libératrice.
Que proclament les autres ? Pour Lamartine la Révolution
représente un "évangile des droits sociaux";
pour Michelet, "l'avènement tardif de la justice éternelle";
pour Edgar Quinet, "elle a dépassé toutes les
bornes. le dieu d'aucun sacerdoce ne lui a dit : tu n'iras
pas plus loin"; et pour Victor Hugo "après la
Révolution il y a espoir, il y a certitude : l'histoire
n'est plus souterraine". Qui sont ces Romantiques ?
Madame de
Staël (1766-1817) femme de
lettre, fille de Necker, le ministre de Louis XVI, connut dans
les salons de sa mère toutes les célébrités
du temps. À son tour elle brilla à la cour et rêva
d'y jouer un rôle politique. Après le 9 thermidor
elle ouvrit salon et son prestige littéraire grandit. Elle
devint l'âme du parti constitutionnel et libéral
Mais ses idées de conciliation et de tolérance seront
suspectes aux gouvernants, et son désir de conseiller le
jeune Bonaparte ne rencontrera que méfiance. En 1803, sommée
de quitter Paris elle entra dans l'opposition et voyagea à
travers l'Europe. Par ses écrits, reflets d'une existence
agitée et enthousiaste, elle a parfaitement représenté
les début du romantisme français.
Alphonse de
Lamartine (1790-1869) fit ses
études au collège des jésuites. Ses Méditations
et ses Harmonies poétiques et religieuses, dénotent
son sentiment du divin, puisé comme il le dit lui-même
"dans cette région du coeur où tout ce qui
s'élève à Dieu se rencontre et s'accorde".
Mais, à lire plus avant, on devine en cette expression
une tendance panthéiste. La philosophie de Lamartine est
un spiritualisme éthéré, épaulé
d'aucune doctrine, une simple harmonie entre l'âme du poète
et celle du monde, s'ouvrant sur un large optimisme et des espérances
infinies. Lamartine déploie des rêves purs.
La révolution de 1830 exaltera le libéralisme
d'un historien romantique : Jules
Michelet (1798-1874). Il y
verra le triomphe de ce peuple auquel il appartenait par ses origines
et ses premières souffrances. Durant la Monarchie de Juillet
(1830-48) il prendra part au combat au nom de l'esprit de la Révolution,
contre les tendances "rétrogrades" qu'il voyait
dominer au gouvernement et dans les idées ultramontaines
(soutenant la primauté du pape contre les gallicans) qui
renaissaient dans l'Église. Après la parution de
l'Étude sur les Jésuites, en collaboration avec
Edgar Quinet, suivi de Le prêtre, la femme et la famille,
il sera en 1848 suspendu de cours au Collège de France
sur demande du Clergé.
Victor
Hugo (1802-85) écrivit à l'âge de vingt
cinq ans Cromwell, dont la préface fut un manifeste du
romantisme. Pair de France à quarante trois ans il s'engagea
en politique, y donnant de sa personne et de sa plume. Il avait
été d'abord un "Vendéen" comme
sa mère, un légitimiste et un catholique. Il devint
de plus en plus libéral et, après la révolution
de février 1848, deviendra le chef et l'orateur de la gauche
démocratique.
Alfred
de Musset (1810-57), fut l'enfant gâté du cercle des
romantiques. À vingt trois ans il découvrit l'Italie
avec George Sand. Le chagrin de leur rupture tira de lui des pages
qui sont des cris de souffrance et de doute dont, en 1836, l'Espoir
en Dieu.
Alfred de Vigny (1797-1863) fut le plus personnel des romantiques, exprimant
un "moi" hautain et jaloux. Ses oeuvres furent des symboles :
la solitude à laquelle condamne le génie, l'indifférence
des hommes, la trahison de la femme, l'impassibilité de
la nature et le silence de Dieu en présence de nos maux,
la résignation stoïque qu'il convient de leur opposer,
telles sont les idées maîtresses de ce poète
philosophe.
Le romantisme dominera
la littérature française et l'ensemble des arts
durant toute la première moitié du XIX° siècle.
Après lui, l'esprit positiviste imposera le Réalisme.
10 L'Église sous la Restauration
Si Louis XVIII était
un fin politique, son ministre Villèle, ultra-royaliste,
n'eut pas le sentiment des puissantes idées libérales
et révolutionnaires qui fermentaient dans la population.
Des mesures impopulaires, qui s'accentuèrent à l'accession
au trône de Charles X en 1824, furent utilisées par
les adversaires du régime et finiront par provoquer sa
chute six ans plus tard.
La
Restauration fut inspirée par une vigoureuse réaction
contre les idées révolutionnaires, où l'Église
n'était point oubliée ; à preuve cette affirmation
de Louis XVIII parlant de lui-même : "roi par
la grâce de Dieu".
La Charte de Louis XVIII
En avril 1814, le Sénat fit appel à
Louis de France en vue du rétablissement de la monarchie;
quelques jours plus tard Louis XVIII débarquait à
Calais. Onze mois plus tard Napoléon en faisait autant
à Golfe-Juan et gagnait Lyon. Louis XVIII, effrayé,
s'enfuit à Gand. De mars à juin 1815, Napoléon
reprit les rênes du pouvoir : ce furent les Cent-Jours,
où la Chouannerie se réveilla. Définitivement
vaincu à Waterloo, Napoléon abdiqua pour la seconde
fois et se rendit aux Anglais, montant l'échelle de coupée
du Bellerophon, au large de Rochefort. Dans six ans il mourra
à Sainte-Hélène. Enfin libre, Louis XVIII
donna à la France une constitution, que l'on nomma la Charte.
Au plan religieux, la
Charte de 1814 proclamait la
liberté religieuse des cultes, et déclarait irrévocable
la vente des biens nationaux. Mais, en même temps, elle
reconnaissait le catholicisme comme
religion de l'État.
La Charte permit quelques mesures, qui marquèrent
l'action du roi en faveur de l'Église et de son oeuvre.
Citons les plus marquantes :
-
le budget du Clergé fut augmenté,
- le repos du dimanche fut rétabli,
- le divorce fut abrogé en 1816
- le monopole universitaire maintenu mais christianisé
et élargi,
- le droit de surveillance
fut accordé au évêques sur les collèges
de leur diocèse,
-
le droit fut donné aux établissements privés,
ayant mérité la confiance des familles, d'être
élevés au rang de collèges.
- beaucoup de congrégations religieuses
furent autorisées. Ainsi fut créée à
Lyon la Société pour la
Propagation de la Foi (1822).
Le "Concordat de
1817"
Une
des principales préoccupations de Louis XVIII en matière
religieuse fut d'entamer avec le Saint-Siège des négociations
afin de remplacer le Concordat de 1801, qui avait révolté
les ultras, par celui en vigueur auparavant, à savoir celui
co-signé par Léon X et François 1er. Un traité
fut conclu le 16 juillet 1816 par le comte de Blacas, au
nom de Louis XVIII, et le cardinal
Consalvi représentant Pie VII.
Mais le nouveau texte rencontra un vive opposition
d'une partie du Gouvernement et des Chambres, qui jugèrent
certains articles contraires aux libertés de l'Église
gallicane et refusèrent de le ratifier en 1817, à
l'exception des dispositions relatives à la création
de nouveaux évêchés. Un texte remanié
parvint à Pie VII, qui le jugea inacceptable et suspendit
toutes tractations.
De ce concordat mort-né
n'a donc subsisté que la nouvelle circonscription des diocèses,
qui portait le nombre des évêchés de 50 à
80, soit à peu près un siège épiscopal
par département. Cette décision de 1821 est toujours
en vigueur.
Charles X et les Libéraux
Plus encore que son frère, Charles X (1824-30)
voulut être le protecteur officiel de l'Église. Après
s'être fait sacrer à Reims suivant l'antique coutume
des rois de France, il fit voter en 1825 la loi du sacrilège
qui punissait des travaux forcés à perpétuité
le vol des vases sacrés dans les églises, et de
la peine de mort la profanation publique de l'Eucharistie. Ces
lois quelque peu excessives eurent pour effet de soulever la colère
des adversaires du régime. À partir de ce moment
la lutte s'engagea entre le parti de la Révolution, dit parti Libéral et le parti de la
Réaction.
Le parti libéral tourna d'abord sa fureur
contre les jésuites
et la Congrégation, qui n'était
en réalité qu'une association pieuse de catholiques
pour des oeuvres de charité, mais que l'on présentait
comme une organisation politique dirigée par les jésuites.
La Congrégatio
La Congrégation de la Sainte Vierge, qui avait repris vie en 1801 avant d'être
frappée par Napoléon, s'était relevée
en 1824. Les libéraux créèrent une légende
autour d'elle : on la prétendait dirigée par
le comte d'Artois, qui n'y fut jamais affilié; on l'estimait
à 50 000 membres, quand la liste aujourd'hui connue,
n'en comportait que 1 400. Bientôt elle fut accusée
par ses ennemis de prendre trop d'influence dans le parlement,
l'administration, l'armée, les écoles et même
les ateliers, et d'être ainsi devenue une véritable
puissance politique.
La
réalité était bien différente :
composée en majorité de laïques, elle développait
des oeuvres telles que la Société des bonnes oeuvres
(1812), pour visiter malades et prisonniers; l'Association Saint-Joseph
(1822), pour le placement des chômeurs; la Société
des bonnes études (1823), cercle d'études; la Société
des bons livres (1824), pour la diffusion de lectures saines.
Contrairement aux dires de ses détracteurs, son influence
religieuse fut appréciable et étendue, et son influence
politique négligeable.
Mais
tandis qu'à la Chambre le député Viennet
s'écriait : "les deux plus grands fléaux
du royaume sont les jésuites et la Congrégation!",
les libéraux trouvèrent un appui inattendu auprès
des royalistes gallicans et jansénistes : en 1826
leur chef de file, comte de Montlosier, dénonça
l'existence de la Congrégation, association dirigée
par les Jésuites et qui, disait-il, tendait à renverser
la religion (la gallicane!) et la société.
Le ministre des affaires ecclésiastiques,
Frayssinous, reconnut le droit à l'existence de la congrégation
et des collèges dirigés par la compagnie. Montlosier
déposa alors contre les jésuites une dénonciation
formelle devant la cour d'appel de Paris qui, tout en se déclarant
incompétente, proclama les principes de cette société
incompatibles avec l'ordre public. Les libéraux, de leur
côté, profitèrent de quelques imprudences
des missionnaires pour susciter des troubles à l'occasion
des missions qui étaient alors prêchées dans
toute la France.
L'opposition des gallicans
et des libéraux, pour une fois réunis, devint si
forte que le ministère
Martignac (juin 1828) jugea
bon de la désarmer par deux ordonnances. La première
soumettait les petits séminaires au régime de l'Université
et interdisait l'enseignement à tout membre d'une congrégation
non autorisée. Cette mesure visait les jésuites.
La seconde limitait le nombre des petits séminaires, les
réduisant à une capacité globale de 20 000
séminaristes.
Ces
mesures furent saluées comme des victoires par les Libéraux.
Elles ne firent qu'encourager, par ailleurs, leurs exigences.
Charles X répliqua par les Ordonnances de Juillet, qui
restreignaient la liberté de presse et le droit de vote.
Cette imprudente décision eut pour conséquences
le soulèvement du peuple de Paris, la défaite des
troupes royales après trois journées de lutte et
la fuite de Charles X à Rambouillet, puis à Cherbourg
d'où il s'embarquera pour l'Angleterre.
La révolution de 1830 venait d'emporter
son trône dans la tourmente, mais en compromettant gravement
la cause des catholiques. On put croire l'Église vaincue
avec la royauté, et il y eut un grand déchaînement
de passions sectaires contre le clergé : les processions
furent poursuivies à coup de pierres, les croix renversées,
on envahit des églises, on pilla des autels
Le vieux
démon révolutionnaire se réveilla un instant.
La chute de Charles X en 1830 entraînera
celle de la Congrégation. Elle renaîtra pourtant,
en 1852, lorsque les Jésuites établiront, dans leur
collège de Vaugirard récemment fondé, une
congrégation de jeunes gens qui, encore une fois, va se
multiplier sous divers noms.
Conclusion
Des ruines de la Révolution
un homme s'est levé, ralliant tous les espoirs, de quelque
tendance qu'ils fussent. Formé à l'école
de la violence et de l'incertitude des destins, il commença
par confisquer tous les pouvoirs. Son génie se déploya
dans sa volonté de rendre une grandeur à sa nation,
et dans son sens des moyens d'y parvenir, à commencer par
l'ordre. Il ne nous appartient pas de juger de son orgueil, qui
entraînera sa perte, mais on ne peut que pleurer sa vision
simpliste et temporelle de l'Église, pour lui un moyen
parmi d'autres, et le pape un lieutenant de l'Empire.
Nous devons pourtant retenir ceci :
d'abord, que le Concordat de 1801 mit fin aux désordres
structurels de l'Église de France et au trouble de ses
consciences; ensuite, que la persécution exercée
contre le pape resserra les catholiques autour de celui qui donna
de si grands témoignages de constance et de charité;
enfin, qu'au moment où l'Église n'est qu'un instrument
du pouvoir, le cri d'une conscience convertie secoue la foi latente
qui sommeillait en nombre d'âmes, et canalise l'expression
de leur spiritualité. Même si elle manque d'orthodoxie,
aucune voix n'est inutile pour ramener les hommes à Dieu.
Convention entre le Gouvernement français
et Sa Sainteté Pie VII
Le
Gouvernement de la République française reconnaît
que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion
de la grande majorité des Français.
Sa Sainteté reconnaît également
que cette religion a retiré et attend encore en ce moment
le plus grand bien et le plus grand éclat de l'établissement
du culte catholique en France, et de la profession particulière
qu'en font les consuls de la République.
En conséquence, d'après cette reconnaissance
mutuelle, tant pour le bien de la religion que pour le maintien
de la tranquillité intérieure, ils sont convenus
ce qui suit :
article premier.-
La religion catholique, apostolique et romaine sera librement
exercée en France, et son culte sera public, en se conformant
aux règlements de police que le Gouvernement jugera nécessaire
pour la tranquillité publique.
art.
2.- Il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le
Gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses
français.
art. 3.- Sa Sainteté
déclarera aux titulaires des évêchés
français qu'elle attend d'eux avec une ferme confiance,
pour le bien de la paix et de l'unité, toute espèce
de sacrifices, même celui de leurs sièges. D'après
cette exhortation, s'ils se refusaient à ce sacrifice commandé
par le bien de l'Église (refus néanmoins auquel
Sa Sainteté ne s'attend pas), il sera pourvu par de nouveaux
titulaires au gouvernement des évêchés de
la circonscription nouvelle, de la manière suivante :
art. 4.- Le premier consul de la République
nommera dans les trois mois qui suivront la bulle de Sa Sainteté,
aux archevêchés et évêchés de
la circonscription nouvelle; Sa Sainteté conférera
l'institution canonique, suivant les formes établies par
rapport à la France avant le changement de gouvernement.
art. 5.- Les nominations aux évêchés
qui vaqueront dans la suite seront également faites par
le premier consul, et l'institution canonique leur sera donnée
par le Saint-Siège, en conformité de l'article précédent.
art. 6.- Les évêques, avant d'entrer
en fonction, prêteront directement, entre les mains du premier
consul, le serment de fidélité qui était
en usage avant le changement de gouvernement, exprimé dans
les termes suivants : "Je jure et promets à Dieu,
sur les saints Évangiles, de garder obéissance et
fidélité au gouvernement établi par la constitution
de la République française. Je promets aussi de
n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil,
de n'entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors,
qui soit contraire à la tranquillité publique; et
si, dans mon diocèse ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame
quelque chose au préjudice de l'État, je le ferai
savoir à mon gouvernement."
art.
7.- Les ecclésiastiques du second ordre prêteront
le même serment entre les mains des autorités civiles
désignées par le Gouvernement.
art.
8.- La formule de prière suivante sera récitée
à la fin de l'office divin, dans toutes les églises
catholiques de France : "Domine, salvam fac rem publicam.
Domine, salvos fac consules."
art.
9.- Les évêques feront une nouvelle circonscription
des paroisses de leur diocèse, qui n'aura effet qu'après
le consentement du Gouvernement.
art.
10.- Les évêques nommeront aux cures. Leur choix
ne pourra tomber que sur les personnes agréées par
le Gouvernement.
art. 11.- Les évêques
pourront avoir un chapitre dans leur cathédrale, et un
séminaire pour leur diocèse, sans que le Gouvernement
s'oblige à les doter.
art.
12.- Toutes les églises métropolitaines, cathédrales,
paroissiales et autres non aliénées, nécessaires
au culte, seront mises à la disposition des évêques.
art. 13.- Sa Sainteté, pour le bien de
la paix et l'heureux rétablissement de la religion catholique,
déclare que ni elle ni ses successeurs ne troubleront en
aucune manière les acquéreurs des biens ecclésiastiques
aliénés, et qu'en conséquence la propriété
de ces mêmes biens, les droits et revenus y attachés,
demeureront incommutables entre leurs mains ou celles de leurs
ayants cause.
art. 14.- Le Gouvernement
assurera un traitement convenable aux évêques et
aux curés dont les diocèses et les paroisses seront
compris dans la circonscription nouvelle
art.
15.- Le Gouvernement prendra également des mesures pour
que les catholiques français puissent, s'ils le veulent,
faire en faveur des églises, des fondations.
art. 16.- Sa Sainteté reconnaît dans
le premier consul de la République française les
mêmes droits et prérogatives dont jouissait près
d'elle l'ancien gouvernement.
art.
17.- Il est convenu entre les parties contractantes que, dans
le cas où quelqu'un des successeurs du premier consul actuel
ne serait pas catholique, les droits et prérogatives mentionnés
dans l'article ci dessus et la nomination aux évêchés
seront réglés, par rapport à lui, par une
nouvelle convention.
Les
ratifications seront échangées à Paris dans
l'espace de quarante jours.
Fait
à Paris, le 26 messidor an IX.
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