Encore qu'on lit dans le Liber
Pontificalis que le pape Télesphore réforma
la fête de la nativité du Seigneur pour instituer
la messe de minuit en 138, on ne trouve pas d'attestation certaine
de Noël avant le deuxième quart du IV° siècle.
Au III° siècle, Tertullien et Origène, n'en
parlent pas plus que le Testament du Seigneur ou le comput
pascal de 243, il faut attendre le calendrier philocalien,
probablement composé en 336, pour trouver mention de la
naissance du Christ à Bethléem de Juda le huit des
calendes de janvier (25 décembre), ce que l'on célébrait
jusque là, depuis plus d'un siècle, au jour de l'Epiphanie.
Ainsi, on peut raisonnablement
penser que la fête de Noël a été instituée
entre 243 et 336 dans l'Eglise de Rome d'où elle se répandit
assez lentement, l'Afrique romaine et l'Italie du Nord mises à
part, dans le reste du monde chrétien puisque saint Jean
Chrysostome, en 386, attestait qu'elle n'existait à Antioche
dont il était alors évêque, que depuis moins
de dix ans, c'est-à-dire à peu près en même
temps que dans les églises de Cappadoce et un peu avant
que saint Grégoire de Nazianze ne l'introduisît dans
son patriarcat de Constantinople (379). Les églises d'Egypte
l'établirent, au plus tôt, dans le premier tiers
du V° siècle, suivies par les églises de Palestine
d'où elle se généralisa, vers le milieu du
VI° siècle, à l'ensemble de l'Orient, à
l'exception de l'Eglise arménienne qui la célèbre
encore au jour de l'Epiphanie.
L'Eglise primitive, toute centrée
sur la Passion et la Resurrection du Sauveur, ne s'occupait guère
du jour de sa naissance, au point que si on ne peut raisonnablement
rien avancer avec certitude sur le jour, il est aussi à
peu près certain que l'année présumée
est fausse. L'évangile selon saint Luc dit : " ces
jours là parut un édit de César Auguste,
ordonnant de recenser le monde entier. Ce premier recensement
eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. "
Chacun sait que le règne de d'Auguste, commencé
en 30 avant Jésus-Christ, se termine en 14 après
Jésus-Christ, mais on sait aussi que Quirinius n'est mentionné
comme gouverneur de Syrie qu'en 6 après Jésus-Christ
; or, l'évangile selon saint Matthieu affirme que, lors
de la naissance de Jésus, Hérode le Grand était
roi et l'on sait que son règne, ouvert en 37 avant Jésus-Christ,
s'achève en 4 avant Jésus-Christ. On peut supposer
que Quirinius fut nommé gouverneur de Syrie en 4 avant
Jésus-Christ, c'est-à-dire après le départ
de Varus, puisqu'on ne trouve guère d'autre légat
nommé entre le départ de Varus et l'arrivée
de Volusius Saturninus, en 4 av. J.-C. Rien n'interdit non plus
de songer à une double légation dont certains historiens
pensent qu'elle se serait exercée dès 11 av. J.-C.
On peut aussi penser que le recensement des fortunes fut précédé
par un recensement des personnes. Quoi qu'il en fût, il
est certain que Jésus ne naquit pas en l'an zéro,
ce que l'on peut d'ailleurs déduire de l'évangile
selon saint Luc lorsqu'il situe le début de la vie publique
du Seigneur, alors âgé d'environ trente ans
: " L'an quinze du principat de Tibère César,
Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, et Hérode
trétrarque de Galilée, Philippe, son frère,
trétarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, et
Lysanias trétrarque d'Abilène, sous le pontificat
d'Anne et Caïphe, la Parole de Dieu advint à
Jean, fils de Zacharie, dans le désert. "
Il donc raisonnable, compte tenu du ministère de Jean-Baptiste
et du vague chronologique, de faire naître Jésus
vers moins quatre.
L'Eglise, pour que les fidèles
ne continuassent point à célébrer les fêtes
païennes, y substitua parfois des fêtes chrétiennes
et d'aucuns s'autorisèrent de cet usage pour prétendre
que la fête de Noël avait été instituée
afin de remplacer les Saturnales du calendrier romain ; il s'agissait
de sept jours de fête en l'honneur de Saturne où
l'on se baignait dès le matin pour pouvoir banqueter jusqu'à
la nuit et où l'on échangeait des présents.
Malheureusement, les Saturnales, commencées le 17 décembre,
s'achevaient le 23 et, de plus, à l'époque de l'institution
de Noël, n'avaient plus guère de caractère
religieux. En revanche, au cours du III° siècle, sous
l'influence des religions à mystère, le culte du
soleil divinisé s'était puissamment implanté
dans le monde romain qui, le 25 décembre, célébrait
la fête du Natalis Solis Invicti. C'est sans doute
là qu'il faut trouver l'origine de la fête de Noël,
naissance selon la chair du Soleil de justice.
Si, avant la fin des persécutions,
les églises se soucient peu de la naissance du Christ,
il n'en va pas de même après, non seulement à
cause d'une bien légitime curiosité des fidèles
qui produira des calculs douteux, mais aussi à cause de
la contestation nestorienne qui prétendait que l'union
en Jésus du divin et de l'humain avait été
postérieure à la naissance charnelle du fils de
Marie.
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