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Le sel


par M. L'Abbé C.P. Chanut

Dans l'Ancien Testament, le sel n'est pas seulement un condiment mais surtout un moyen de conserver les aliments; puisque que le sel conserve et donne de la valeur aux aliments, il est tout naturellement regardé comme le symbole de ce qui enrichit et de ce qui demeure, ainsi le mêle-t-on aux sacrifices selon les prescriptions du Lévitique et l'ajoute-t-on à l'encens en si grande quantité que, dans le Temple de Jérusalem, il fallut constituer un grenier à sel. On purifiait l'enfant nouveau-né en le frottant de sel comme le prophète Elisée assainit l'eau des sources de Jéricho en y jetant du sel ou comme l'on exorcisait les terres conquises en répandant le sel. Manger le sel de quelqu'un signifie être attaché à sa maison et le salaire est le prix du sel. Les alliances se concluaient souvent au cours d'un repas sacrificiel où le sel symbolisait la convivialité des commensaux, comme il ressort d'un passage du Livre d'Esdras (IV 14) où les Samaritains font appel au partage du sel avec le roi des Perses comme preuve de leur amitié ; d'ailleurs, dans les Actes des Apôtres, nous traduisons improprement par manger ensemble, le mot sunalizomenos qui signifie littéralement prendre du sel ensemble. On notera cependant que le sel, en gardant son caractère d'éternité, n'était pas toujours un signe de bénédiction et pouvait, au contraire, être regardé comme un signe de malédiction : ainsi, la terre " de fruit se change en saline à cause de la malice de ses habitants ", et le prophète Jérémie annonce que la terre promise sera transformée en " terre salée où nul n'habite " à l'image de la femme de Lot devenue colonne de sel. Dans le Nouveau Testament, le sel est l'image de la sagesse et de la pureté morale, et lorsque le chrétien est infidèle à sa vocation, il devient stupide et insensé.

Dans la liturgie chrétienne, dès le quatrième siècle et jusqu'à la réforme de Paul VI (1969), le sel a été utilisé comme nourriture symbolique dans la préparation au Baptême ; le Prêtre impose la main droite sur la tête de l'enfant et dit : Dieu tout-puissant et éternel, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, daignez regarder votre enfant, N., que vous avez appelé à la foi catholique. Ecartez de lui (d'elle) tout aveuglement du coeur ; brisez tous les liens par lesquels Satan la tenait attaché (e). Ouvrez-lui, Seigneur, la porte de votre amour ; que, marqué (e) du signe de votre sagesse, il (elle) ne soit point atteint (e) par l'infection des passions mauvaises, mais qu'attiré (e) par le parfum de vos commandements, il (elle) progresse de jour en jour. Nous vous le demandons par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. Puis le Prêtre met un grain de sel dans la bouche de l'enfant, en disant : N. , reçois le sel de la sagesse ; qu'il t'aide à obtenir le pardon pour parvenir à la vie éternelle.

Depuis au moins le VI° siècle, dans la liturgie romaine, on ajoute du sel à l'eau pour confectionner l'eau bénite.

Celui qui est doux, modeste, miséricordieux et juste, ne garde pas pour lui le fruit de ses oeuvres, mais ses vertus deviennent des sources fécondes qui servent à l'utilité d'autrui. La vie de celui qui est pur, pacifique, qui souffre persécution pour la justice, devient une vie d'utilité publique (...) Pour leur montrer combien ces devoirs sont importants, leur apprendre avec quelle rigueur il les leur impose, il leur montre en jeu non pas seulement leur salut, mais celui du monde entier. Je ne vous envoie pas à quelques villes, ni à une seule nation comme autrefois les prophètes, mais au monde entier, et au monde affligé de maladies nombreuses (...) Et s'ils n'ont pas en eux une vertu capable de sauver le monde, ils seront au-dessous de leur tâche. (...) Jésus voulut que ses apôtres fussent dans le monde entier des docteurs redoutables, ne sachant ni flatter ni déguiser, mais ayant une saveur mordante comme le sel (...) Le sel a la vertu d'affermir les substances trop molles et de leur donner du piquant. "

Saint Jean Chrysostome :
homélie XV sur l'évangile selon saint Matthieu (6).

La Loi ordonnait que toute victime que l'on offrait à Dieu fût aspergée de sel ; et l'Evangile rappelle cette prescription. C'était un signe que l'homme qui voudrait devenir une offrande digne de Dieu devrait être imprégné du sel de la sagesse céleste. Aussi Dieu, voulant exposer pourquoi il avait repoussé Jérusalem, disait : " Elle n'a pas été lavée dans l'eau, ni salée avec du sel " (...) Le sel est d'un usage universel ; les rois et les pauvres, les maîtres et les serviteurs en ont un égal besoin, et il est le même pour tous : il en est de même de la sagesse céleste qui a été apportée au monde par les apôtres : tous en ont un égal besoin et elle est la même pour tous (...) De même que le sel se forme de l'eau de la mer sous l'action du soleil, de même les apôtres ont puisé cette sagesse céleste dans les eaux du baptême sous l'action du Saint-Esprit.

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