Tout au long de l'Ancien Testament,
les anges furent présents pour instruire, protéger,
réconforter et conduire les hommes. Après l'expulsion
de nos premiers parents, l'ange à l'épée
flamboyante interdit l'entrée du Paradis terrestre (Genèse,
III 24). Un ange consola Agar dans le désert (Genèse,
XVI 9 & XXI 17). C'est un ange qui arrêta le bras d'Abraham
prêt à immoler Isaac (Genèse, XXII 11). Avant
que Sodome fût détruite par le feu du ciel, un ange
fit sortir Loth et sa famille de la ville (Genèse, XIX).
Le patriarche Jacob vit en songe des multitudes d'anges monter
et descendre l'échelle qui allait de la terre au ciel (Genèse,
XXVIII 12). Dieu envoya un ange pour conduire à travers
le désert les Hébreux vers la Terre Promise (Exode,
XXIII 20-23), voyage initiatique au cours duquel, disent les traditions
juives, la Loi leur fut donnée par un ange (Actes des Apôtres,
VII 53 ; épître de saint Paul aux Galates, III 19.
Saint Augustin : " La Cité de Dieu ",
X 15 : " De la Trinité ", III 11). Un
ange envoya Gédéon délivrer Israël des
Madianites (Juges, VI 14 et suivants) et un autre réconforta
Elie dans le désert (premier livre des Rois, XIX 5). Les
prophètes sont instruits par des anges (Ezéchiel,
XL 3) qui leur expliquent les visions symboliques (Zacharie, II
3, III 4 s., IV 1, VI) et leur révèlent l'avenir
(Daniel, IX 22).
Le Nouveau Testament est aussi
tout rempli du ministère des anges. L'archange Gabriel
fut le messager du mystère de l'Incarnation auprès
du prêtre Zacharie (évangile selon saint Luc, I 11-20)
et de la Vierge Marie (évangile selon saint Luc, I 26-38).
Un ange fut préposé à instruire saint Joseph
de ce mystère (évangile selon saint Matthieu, I
20-23), et à l'assister dans sa vocation de père
nourricier (évangile selon saint Matthieu, II 13-21). Un
ange annonça la naissance du Messie aux bergers de Bethléem
et des multitudes d'anges chantèrent dans le ciel de Noël
(évangile selon saint Luc, II 8-14). Un ange ordonna à
Joseph de fuir en Egypte (évangile selon saint Matthieu,
II 13) et d'en revenir (évangile selon saint Matthieu,
II 19). Des anges servirent Jésus après sa triple
victoire sur le tentateur, au sortir du jeûne au désert
(évangile selon saint Matthieu, IV 11), et un ange le réconforta
lors de son Agonie, dans les ténèbres du jardin
des Oliviers (évangile selon saint Luc, XXII 43). Des anges
furent envoyés par Dieu pour annoncer la Résurrection
du Sauveur aux saintes femmes (évangile selon saint Matthieu,
XXVIII 5-6 & Evangile selon saint Luc, XXIV 22), singulièrement
à Marie-Madeleine(évangile selon saint Jean, XX
11). Des anges, enfin, intruisirent les Apôtres après
l'Ascension (Actes des Apôtres, I 9). Dans son enseignement,
Jésus montra les anges comme ses auxiliaires à la
fin du monde (évangile selon saint Matthieu, XIII 36-43,
XVI 27 & XXIV 31), et il nous instruisit du ministère
des anges gardiens (évangile selon saint Matthieu, XVIII
10).
L'Eglise primitive, comme le
Seigneur, fut assistée par les anges dont l'un fait échapper
les Apôtres des mains des Saducéens (Actes des Apôtres,
V 19-20), et dont un autre délivre saint Pierre de la prison
dHérode (Actes des Apôtres, XII 6-17). Un ange conduisit
le centurion Corneille vers saint Pierre (Actes des Apôtres,
X 1-8), un autre sauva saint Paul dun naufrage (Actes des Apôtres,
XXVII 23-26). Un ange envoya le diacre Philippe vers le haut fonctionnaire
de la reine dEthiopie (Actes des Apôtres, VIII 26), un autre
frappa de mort Hérode Agrippa, le roi persécuteur
(Actes des Apôtres, XII 23). Saint Paul, dans ses épîtres,
et saint Jean, dans lApocalypse, enseignèrent encore bien
des choses sur les anges. Tout au long de lhistoire, les anges
arrachent les fidèles au mal pour les faire progresser
vers le bien et les amener jusquà la perfection (saint
Bonaventure : " De sanctis Angelis ", sermon
V).
Or, l'Ecriture ne nous a révélé
les noms que de trois d'entre les anges :
Gabriel
(Daniel, VIII 16 & IX 21 ; évangile selon saint Luc,
I 19 & I 26) dont le nom signifie " la force Dieu
", Raphaël (Tobie, III 17, V 4, VIII 2, VIII 3 &
XII 15) dont le nom signifie " Dieu guérit
", et Michel (Daniel, X 13, X 21, XII 1 ; épître
de saint Jude, IX ; Apocalypse, XII 7) dont le nom signifie "
Qui est comme Dieu ? " Les auteurs apocryphes imaginèrent
quatre autres archanges, fort vénérés en
Orient : Uriel, Salathiel, Jéhudiel
et Barachiel.
A un concile romain qui se
tint sous la présidence du pape Zacharie (745), on déclara
que les chrétiens ne connaissaient que trois noms danges
: Michel, Gabriel et Raphaël. Cette condamnation fut réitérée
par un concile dAix-la-Chapelle (789).
En 1516,
dans une église de Palerme dédiée au carme
martyr saint Ange, on découvrit une fresque sous le badigeon
dont on l'avait recouverte, et l'on y distingua sept archanges
nettement identifiés. Outre les archanges Michel, Gabriel
et Raphaël, on voyait Uriel, l'épée nue, foulant
des flammes, qui gardait l'entrée du Paradis terrestres
; on voyait aussi Jehudiel, muni dun fouet et d'une couronne,
qui exécutait les sentences divines ; on voyait encore
Barachiel, portant des roses blanches dans son manteau ; on voyait
enfin Salathiel, les mains jointes, portant le repentir de l'humanité
devant Dieu.
L'affaire fit grand bruit et le prêtre
Angelo Duca répendit si bien la dévotion au sept
archanges que Charles Quint dota une église construite
à Palerme en leur honneur (1523). Angelo Duca triompha
de la résistance de Pie IV et, après Naples et Venise,
Rome connut cette nouvelle dévotion, au point que lors
d'une " épidémie de possession "
on y invoqua les sept archanges (1553).
La grande
salle des Thermes de Dioclétien, transformée en
église par Michel-Ange, fut dédiée à
la Vierge Marie et aux sept archanges qui furent représentés
sur un rétable avec les attributs des archanges de Palerme
(1561).
Des missels contenant un office pour les
sept archanges furent imprimés à Rome d'où
les pèlerins d'Allemagne, de Flandre, de France et d'Espagne
rapportèrent chez eux la dévotion. Chacun des électeurs
du Saint-Empire choisirent un des sept archanges comme protecteurs.
Les Jésuites firent beaucoup pour la diffusion de cette
dévotion aux sept archanges et, en France, au siècle
suivant, le R.P. Paul de Barry, dans un livre publié à
Lyon (1644), affirmait : " le quatrième, Uriel,
illumine et instruit les hommes par ses inspirations ; le cinquième
les incite à la prière ; le sixième les invite
à la louange de Dieu ; le septième nous procure
les bénédictions du Ciel et nous exhorte au remerciement.
"
On trouvait encore des traces solides de
cette dévotion après le milieu du XIX° siècle
où, en 1860, on forma, en Italie et en Allemagne, une association
pour la défense et la promotion du culte des sept Esprits.
Nous n'évoquerons ici que le saint archange Michel, particulièrement
dans ses rapports avec la France dont il est le traditionnel protecteur.
La seule signification du nom
du saint archange Michel nous indique le rôle qui lui est
échu depuis le commencement jusquà la fin des temps.
A la tête des armées célestes, il rejeta Lucifer
des cieux, au moment de ce grand déchirement où
s'ouvre le porche tragique de l'histoire ; Lucifer qui, oubliant
son état de créature, ne veut pas servir les desseins
de Dieu, est repoussé par la victorieuse question de Michel
: " Qui est comme Dieu ? "
La
force de saint Michel archange ne procède pas de la cuirasse
ou des armes étincelantes que notre impuissance à
représenter les réalités spirituelles lui
attribue, mais de son amour de Dieu qui'l proclame vigoureusement.
Cet amour que les bons anges ont pour Dieu ne consiste pas seulement
à vouloir l'adorer, le servir et lui plaire, mais aussi,
et peut-être surtout, à se mettre au service de l'homme,
bien qu'ils sachent que, par le mystère de lIncarnation
du Verbe divin, cette créature moins parfaite qu'eux, leur
deviendra supérieure.
Il faut en convenir,
même si l'on peut considérer que les anges sont membres
du Christ, ils ne le sont pas aussi parfaitement que les hommes,
puisquils n'ont pas avec lui cette identité d'espèce
et cette solidarité en vertu desquelles la grâce
s'écoule du Christ en nous, d'un mouvement en quelque sorte
naturel (R.P. Emile Mersch : " Le Corps mystique du Christ
", Bruxelles, 1936).
De plus, n'ayant pas
péché, ils n'ont pas eu besoin de la Rédemption,
et la grâce leur a été conférée
indépendamment du sacrifice du Sauveur. Dieu nous dit,
affirme saint Jean Chrysostome : " Je commande aux anges,
et toi aussi par les prémices (le Christ). Je suis assis
sur le trône royal, et toi aussi par les prémices.
Il nous a ressuscités avec lui, est-il écrit,
et assis avec lui à la droite du Père (épître
de saint Paul aux Ephésiens, II 6) Les chérubins
et les séraphins et toute l'armée céleste,
les principautés, les puissances, les trônes et les
dominations t'adorent à cause des prémices "
(commentaire de la première épître de saint
Paul à Timothée, XV).
Si, à la seule question
de l'archange saint Michel, les cieux souvrirent pour précipiter
Lucifer et ses démons éternellement maudits, la
lutte, bien loin de se terminer, devint comme le moteur de l'histoire,
et saint Paul, dans un texte fameux, nous rappelle ces combats
terribles que ne cessent de se livrer les puissances invisibles
contre nous : " Car notre lutte n'est pas contre la chair
et le sang, mais contre les Principautés, contre les Pouvoirs,
contre les Souverains de ce monde de ténèbres, contre
les Esprits pervers qui sont dans les régions célestes
" (épître de saint Paul aux Ephésiens,
VI 12).
Si saint Michel archange fut, avant l'origine
des temps, le chef des cohortes célestes, il est raisonnable
de croire qu'il est encore aujourdhui et jusquà la fin
du monde, le stratège de cette guerre implacable où
nous sommes engagés. " Toutes les fois, dit
saint Grégoire le Grand, qu'il sagit d'une oeuvre de
merveilleuse puissance, c'est Michel que l'on nous dit envoyé,
pour que son intervention même et son nom nous donnent à
entendre que personne ne peut faire ce que Dieu seul a le privilège
de faire. L'antique ennemi, qui a désiré
par orgueil être semblable à Dieu, disait : J'escaladerai
les cieux, par-dessus les étoiles du ciel j'érigerai
mon trône, je ressemblerai au Très-Haut. Or, l'Apocalypse
nous dit qu'à la fin du monde, lorsqu'il sera laissé
à sa propre force, avant d'être éliminé
par le supplice final, il devra combattre contre l'archange Michel
: Il y eut un combat contre l'archange Michel " (homélie
XXXIV sur les péricopes évangéliques).
On comprend que saint Michel
archange, tant dans la tradition juive que dans la tradition chrétienne,
soit considéré comme le plus grand des anges puisqui'l
est préposé à la défense du peuple
élu (Daniel, X 13) dans l'unique combat qui fait toute
l'histoire du monde. Même si le nom du représentant
et protecteur d'Israël n'apparaît, dans le vieux Testament
que dans le livre de Daniel (X13 & 21 ; XII 1), les traditions
juives affirment qu'il présida aux dix plaies dEgypte,
et qu'il conduisit les Hébreux à travers le désert,
avant que de soutenir Josué prêt à investir
Jéricho (Josué, V 13-15).
Selon les
apocryphes judaïques, Michel qui se tient devant le trône
de Dieu (" Livre dHénoch éthiopien ",
XX 1 s & XL 1 s.), sera l'avocat des justes lors du jugement
après la mort, ce dont le saint apôtre Jude se fait
lécho en racontant la mort de Moïse (épître
de saint Jude, 9. Saint Jude fait état d'une tradition
juive rapportée par le " Targum de Jonathan
"). Maintenant que l'Eglise est le nouveau peuple de Dieu,
l'archange saint Michel est son protecteur et son soutien dans
toutes ses luttes pour la défense et l'expansion du Royaume
de Dieu sur la terre (Jean-Paul II : discours à Vieschi,
24 mai 1987).
Daucuns pourraient penser que cette
vision des choses est par trop dépassée, mais ce
que je viens dénoncer sort moins de ma bouche que de celle
du pape Jean-Paul II qui concluait : " Dans cette lutte,
larchange Michel est aux côtés de lEglise pour la
défendre contre toutes les iniquités du siècle,
pour aider les croyants à résister au démon
" (Jean-Paul II : discours à Vieschi, 24 mai 1987).
Ainsi la chrétienté s'est-elle très
tôt confiée à la protection de l'archange
saint Michel.
Il serait ici trop long de développer
les apparitions et les dévotions catholiques à saint
Michel, mais pour se convaincre, s'il en était besoin,
il suffirait de considérer les très nombreux sanctuaires
lui qui sont dédiés. Mais, direz-vous alors, l'archange
saint Michel n'est pas que le défenseur et le patron de
la France, mais de tous les Etats chrétiens du monde, puisqu'il
est de toute lEglise : " Il y a donc dans chaque royaume
deux rois : l'un, visible, l'homme ; l'autre, invisible, l'ange.
Et dans chaque Eglise, il y a deux évêques, l'un,
visible, l'homme ; l'autre, invisible, l'ange. Et dans l'Eglise
catholique, universelle, il y a deux souverains pontifes, constitués
sous le Christ : l'un, visible, l'homme ; l'autre, invisible,
l'ange. Nous croyons que cet ange est saint Michel. La Synagogue,
autrefois, le vénérait comme le patron des israélites
; l'Eglise, à présent, le vénère comme
celui des chrétiens " (saint Robert Bellarmin
: " La Montée de l'âme vers Dieu par l'échelle
des créatures ", neuvième degré
: " Considération des anges " chapitre
VI).
Certes, mais il l'est tout particulièrement
de la France parce quelle est et quelle demeure la Fille aînée
de l'Eglise (Jean-Paul II : homélie prononcé au
Bourget, 1° juin 1980).
Entendons-nous bien, Chrétiens, la France nest pas la fille aînée de lEglise parce quelle est le premier royaume authentiquement catholique né des ruines de lempire romain, ni même parce que ses rois acquirent ses Etats au souverain pontife, la France est la fille aînée de lEglise parce quelle a une destinée divine en faveur de la conversion des autres peuples. A peine Clovis était-il rené des eaux du Baptême, que le saint évêque Avit de Vienne lui assignait sa mission : " Puisque Dieu, grâce à votre zèle, va faire de votre peuple son peuple, il vous appartient de répandre chez les peuples d'au-delà, les trésors de votre cur, de propager les semences de la foi chez les peuples qui vous entourent et qui dans leur ignorance naturelle n'ont pas été touchés par la corruption de l'hérésie. N'épargnez rien pour leur envoyer des ambassadeurs et pour étendre le royaume d'un Dieu qui a tant glorifié le vôtre. Ainsi les peuples étrangers encore païens viendront au nom de la religion se ranger sous votre empire. " Tout doux, mes Frères, " se ranger sous votre empire " ne signifie pas être absorbé dans lunité nationale française dont personne na la moindre idée à lépoque dont on parle ; il sagit bien plutôt de se ranger sous sa mouvance, je veux dire dans son esprit, non point tant sous un empire temporel, mais sous lempire du Christ, comme voudra être la Chrétienté qui conjuguera dans un même ensemble de foi des éléments libres et divers. Simultanémment, le pape Anastase II, écrivant à Clovis pour le féliciter de son baptême, décrit avec l'autorité de chef de l'Eglise les conditions du pacte conclu en ce jour avec la nation des Francs qui, dit-il, " sera chargée de protéger l'Eglise de Dieu contre tous ses ennemis. " Si saint Michel est le protecteur de la France, ce n'est quen tant quelle est la Fille aînée de lEglise, peuple choisi comme propagateur de lEvangile et défenseur du siège de Pierre. Les temps étant passés, la conviction des souverains pontifes ne changea pas, et Grégoire IX, écrivant à saint Louis, ne craignait pas daffirmer que " La tribu de Juda était la figure anticipée du royaume de France ", ajoutant quil est " manifeste que le Rédempteur a choisi le béni royaume de France comme l'exécuteur de ses volontés ; il le porte suspendu en guise de carquois ; il en tire ordinairement ses flèches d'élection quand avec l'arc de son bras tout-puissant il veut défendre la liberté de l'Eglise et de la foi, broyer l'impiété et protéger la justice. " Est-il besoin d'en dire davantage à une assemblée aussi informée que vôtre ? Dois-je appeler encore les témoignage des papes, de Benoît XIV à Léon XIII, et de Pie X à Jean-Paul II ?
Nos ancêtres avaient parfaitement
conscience de ce rôle important de la France vis-à-vis
de l'Eglise et de l'amour de prédilection du Christ pour
eux. Nous en trouvons la preuve dans la vieille liturgie gallicane
où, au septième siècle, ils disaient : "
O Dieu tout-puissant et éternel, qui avez établi
l'empire des Francs pour être dans le monde l'instrument
de votre divine volonté, le glaive et le bouclier de votre
sainte Eglise, nous vous en prions, prévenez toujours et
en tous lieux de la céleste lumière les fils suppliants
de la nation française, afin qu'ils voient ce qu'il faut
faire pour l'établissement de votre règne en ce
monde, et afin que pour accomplir ce qu'ils auront vu, ils soient
remplis de charité, de force et de persevérance.
" Le prologue de la loi des Saliens commençait à
la fois par ce cri de reconnaissance et cette protestation de
fidélité : " Vive le Christ, qui aime les
Francs ! " Nos pères croyaient fermement que Dieu
a choisi la France parmi les nations pour être son instrument
dans le monde, comme il avait choisi autrefois le peuple juif
pour garder le dépôt de la révélation.
Souvent fidèle à sa mission, la France
en a reçu la récompense par une prospérité
qui a fait l'envie des autres nations. Infidèle à
certains moments, elle s'est vue punie, parfois durement, mais
jamais abandonnée. Aux moments les plus critiques, alors
que tout semble perdu pour elle, la Providence intervient directement
pour réparer en un clin d'oeil les blessures les plus mortelles.
Le miracle qui a inauguré son histoire à
Tolbiac se reproduira maintes fois en sa faveur, et, on pourrait
le croire aux apparences, dans le but unique de sauvegarder sa
vocation universelle, fût-ce contre les français
eux-mêmes. De toute cette conduite de la Providence à
notre égard, nous devons conclure que le vrai moyen de
grandeur pour la France, c'est, non pas de s'occuper de ses intérêts
personnels, mais de faire régner Jésus Christ chez
elle et dans le monde, et d'assurer la liberté du Pontife
romain contre tous ses ennemis. Imaginez les belles pages que
nous pourrions alors ajouter à notre histoire nationale,
si nous étions fidèles au prologue de la loi des
Saliens : " Vive le Christ, qui aime les Francs ! "
Si telle est la destinée de la France, comme
les papes nous l'affirment, il est bien évident qu'elle
est particulièrement protégée par l'archange
saint Michel. Outre que nos ancêtres crurent que le chrême
du baptême de Clovis avait été apporté
du Ciel par saint Michel, ils répondirent à voix
de l'archange qui, au mont Saint-Michel, voulut être honoré
" comme le patron et spécial protecteur de la France
", devant qui Childebert III (683-711), roi de Neustrie et
de Bourgogne de 695 à 711, vint déposer son sceptre
et sa couronne. Bien avant que l'archange pressentît saint
Aubert pour l'édification de sa basilique sur le mont Tombe
(709) qui deviendra le Mont Saint-Michel, la dévotion des
Gaules à saint Michel était déjà fort
ancrée. Pour mémoire, rappelons qu'une reine burgonde
lui avait élevé un sanctuaire à Lyon dès
506, que sainte Marcia avait introduit son culte en Arles dès
512, que Limoges lui avait dédié une église
dès 550, et le saint évêque Bertrand du Mans
avait dévolu des dîmes à l'un de ses sanctuaires
dès 614 ; la première mouture de ce qui deviendra
l'abbaye Saint-Michel-en-Thiérache date de la deuxième
moitié du VII° siècle.
Après que Charlemagne
eut fait représenter l'archange sur ses étendards
où il fit inscrire : " Saint Michel, patron et
prince de l'empire des Gaules ", Louis le Débonnaire,
avant que de se lancer à la conquête de la Bretagne,
vint pèleriner au mont Saint-Michel.
Souffrez
que je vous souligne que tant Louis le Débonnaire que son
père, Charlemagne, avaient une notion de la conquête
qui nous échappe aujourdhui totalement. Rappelez-vous la
guerre de charlemagne contre les Saxons. Dieu sait si l'on nous
en a raconté sur la conversion des Saxons ! La récente
histoire laïque et obligatoire se plaît à nous
montrer un petit peuple charmant, tout occupé de son bien-être
écologiste, assailli par des hordes de soudards avinés.
Or, s'il s'agissait pour les Francs de manger pour n'être
pas mangés, il sagissait aussi de faire de nos ennemis
nos frères. A cet égard, l'histoire de Wittikind,
leur prince, est bien instructive. Lorsque Charlemagne finira
par le prendre, il n'eut de cesse que de le convertir, non par
la force mais par la raison et la grâce ; lorsqu'il fut
baptisé, à Attigny (785), Charlemagne fut son parrain.
L'enferme-t-on dans quelque château ? Le tient-on au secret
dans quelque prison ? Point du tout, on lui donne la couronne
ducale de Westphalie, on lui rend ses armes et ses troupes : l'ennemi
était devenu le frère ; aujourdhui, si vous étiez
à Paderborn ou à Minden, vous pourriez honorer le
bienheureux confesseur Wittikind, fêté le 7 janvier.
Forts de cette conviction, les
vieux français attribuaient volontiers leurs succés
et leurs victoires à l'intervention de saint Michel. Ainsi,
Philippe II Auguste qui avait été baptisé
par l'évêque Maurice de Paris, le 25 août 1165,
dans le sanctuaire consacré à saint Michel dans
la Cité (la chapelle Saint-Michel-de-la-Place),
lui attribua sa victoire à Bouvines, tandis que les Croisés
le voyaient cachés dans tous leurs succés. Qui de
nous ignore la dévotion de nos rois à saint Michel
? Voyez Louis VII, Philippe III Auguste, saint Louis, Philippe
III le Hardi et Philippe IV le Bel venir en pèlerinage
au mont Saint-Michel, suivis par Philippe VI, Charles V et Charles
VI. Après que la France eut fait l'expérience de
la passion du Christ dans la guerre de Cent-Ans, et que saint
Michel eut conduit Jeanne dArc et ses armées à la
résurrection, Charles VII enrichit encore le culte de lArchange,
Charles VIII vint au Mont Saint-Michel, et Louis XI institua un
ordre de chevalerie en son honneur.
Que venaient-ils faire ? Implorer
parfois le secours de saint Michel, mais la plupart des fois le
remercier. On comprend que Charles VII eût impérieusement
éprouvé le désir de remercier l'Archange
qui avait appelé et conduit Jeanne dArc qui lui rendit
son trône ; lors de son entrée triomphale dans Paris
enfin reconquis (12 novembre 1437), " devant lui marchait
un écuyer qui portait un étendard de soie rouge,
tout semé détoiles dor, et au milieu l'image de
saint Michel. " Plus avant, au retour de la triste croisade
de Tunis, Philippe III le Hardi était venu remercier l'Archange
d'avoir protégé le Royaume de la peste ; c'eût
été normal si l'on avait fait alors force dévotions
à saint Michel pour obtenir que cessât l'épidémie,
mais rien ne vient au secours de cette hypothèse. Il faut
comprendre que le Roi croyait à une sorte d'harmonie entre
la France et son ange tutélaire, pensant qu'à chaque
instant il est là pour garder et conduire à la victoire.
La victoire, demanderez-vous, perplexes, mais n'avons-nous
pas eu des défaites, des épidémies, des famines,
des catastrophes ? Certes, nous avons eu des victoires, mais nous
navons guère été épargnés.
Et alors, Chrétiens, êtes vous si peu instruits des
réalités divines ? Ne voyez-vous pas que ces défaites
et ces calamités mêmes sont des victoires et des
guérisons ?
La Croix nest-elle pas une victoire
? Nest-il pas nécessaire de passer par la Passion et par
la Croix pour arriver jusquà la gloire de la Résurrection,
comme vous le dites à l'Angelus, introduit en France
par Louis XI ?
Si la France, pour parler comme
Grégoire IX, est le nouveau peuple de Juda, elle doit connaître,
elle aussi et elle surtout, non pas en figuration mais en continuation,
ce que le Christ a connu ; membre choisi du corps mystique du
Christ, comme tous et chacun des fidèles, elle doit souffrir
pour compléter en sa chair ce qui manque aux afflictions
du Christ, en faveur de son corps qui est l'Eglise, selon l'enseignement
de l'apôtre Paul au Colossiens (I 24 : " Maintenant
je me réjouis de mes souffrances pour vous, je complète
en sa chair ce qui manque aux afflictions du Christ, en faveur
de son corps qui est l'Eglise "). La vraie gloire ne
sacquiert que par la Croix. La souffrance et l'offrande de sa
souffrance est la gloire. La gloire c'est de souffrir, de tenir,
de se battre, quoi qu'il puisse en paraître, en sachant
que l'on aura un jour la victoire. Voilà la force et la
conviction que l'on obtient de saint Michel au cours du combat
pour le bien, pour Dieu et le salut du monde.
Représentez-vous la France
du XV° siècle. D'aucuns ne voient apparaître
saint Michel que lorsqu'il s'adresse à Jeanne pour l'investir
de son extraordinaire mission libératrice, mais on a passé
toute la guerre de Cent Ans à se battre au pied du Mont
Saint-Michel. Il nest pas sans intérêt de noter que
le malheureux roi contre lequel la guerre de Cent Ans a commencé,
Philippe VI de Valois, est le premier à avoir fait une
consécration officielle du Royaume à saint Michel.
Malgré la dévotion certaine de ses glorieux
prédécesseurs, Philippe VI semble bien être
le premier souverain à placer la France sous la protection
de l'archange saint Michel. Outre qu'il se montre fort soucieux
de protéger les privilèges de la chapelle Saint-Michel
de la Place et de l'abbaye du Mont Saint-Michel, veillant
aux rentes du chapelain de l'une (1328) et confirmant les biens
de l'autre (1334) qu'il exempte de charges militaires (1346 et
1347). Le Vrai Catholique Philippe le Fortuné
veut associer étroitement saint Michel aux succès
de ses armes et aux affaires de son royaume.
Ainsi,
bousculant les usages qui réservaient à cet effet
Noël, l'Epiphanie, la Chandeleur, Pâques, l'Assomption,
la Toussaint ou, surtout, la Pentecôte, à moins que
l'on voulût souligner l'importance d'un événement
particulier comme un départ en campagne ou un mariage éclatant,
Philippe VI choisit la Saint-Michel 1332 pour armer chevalier
son fils Jean, duc de Normandie et futur roi de France, au Palais.
Déjà, quatre ans auparavant, il avait
choisi la fête de l'archange saint Michel pour faire son
entrée solennelle à Paris, après la victoire
de Cassel. Là, tout au début de son règne,
il exploitait sa victoire sur les Flamands comme, en cas de besoin,
une preuve de sa légitimité face aux possibles prétentions
des Plantagenêts dont le chef, Edouard III d'Angleterre,
petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle, rechignait
à préter l'hommage comme duc de Guyenne, comte de
Ponthieu et de Montreuil. Louis de Nevers, comte de Flandres en
1322, contrairement à ses prédécesseurs,
jouait dans le gouvernement de ses Etats la carte du roi de France
et de l'aristocratie d'affaires alors qu'il devait affronter une
dure révolte du petit peuple de Flandres maritimes qui,
déjà serré dans les mailles d'une administration
de plus en plus inquisitoriale, subissait les malheurs d'une crise
économique sur fond de mauvaises récoltes et de
productions inadaptées.
Les couches des
villes et des campagnes, naguère prospères, ressentant
vivement la récession, soulevèrent et organisèrent
leurs compatriotes plus touchés encore pour une révolte
qui se voulait radicale, c'est-à-dire qui s'attaquait aux
hiérarchies établies pour détruire l'ordre
féodal.
Submergé et peu habile à
la guerre populaire, le comte de Flandres comprit qu'il perdrait
tout s'il n'obtenait le secours du roi de France qu'il demanda
par deux fois au nouveau monarque : quand il vint lui prêter
hommage et au jour du sacre. Philippe VI, tout juste sacré,
entraîna ses barons à Saint-Denis, convoqua son ost,
prit l'oriflamme de Saint-Denis, pria devant les reliques de saint
Louis, et malgré les conseils de prudence de ceux qui savaient
ce que valurent les campagnes de Flandre mal préparées,
courut à l'aide de Louis de Nevers.
En juin,
l'armée était rassemblée à Arras ;
les gens de Gand, fidèles à leur comte et au Roi,
attaquèrent Bruges, où ils retinrent une grande
part des forces insurrectionnelles, tandis que les maréchaux
ravageaient la Flandre occidentale et que les vingt-neuf bannières
du Roi marchaient sur le Mont-Cassel où s'étaient
retranchés les révoltés sous la conduite
de Nicolas Zannequin. Le 23 août, l'armée royale
était au complet sous Cassel et faisait la sieste dans
une chaleur torride quand les insurgés, à qui l'on
avait refusé une bataille en ordre, attaquèrent
par surprise: l'infanterie se débanda sans combattre, mais,
sous la conduite du Roi, la chevalerie fit face, entoura les troupes
de Zannequin et les extermina.
C'était la
victoire de la vieille chevalerie contre les arcs et les couteaux.
Cassel fut incendiée, Ypres se soumit, Bruges se rendit
et la pacification fut laissée aux soins du comte de Flandres
qui n'y alla de main morte, alors que Philippe VI rentrait à
Paris, auréolé de la victoire, chef d'une aristocratie
unie qui le reconnaissait d'autant mieux pour son suzerain qu'il
avait, sans hésitation, manifesté sa fidélité
au serment de l'hommage en secourant un vassal malheureux pour
lui rendre l'autorité bafouée.
Désormais,
Philippe VI est le garant de l'ordre et l'homme fort de l'Europe
: Edouard III prête l'hommage (6 juin 1329) en présence
des rois de Bohême, de Navarre et de Majorque ; Jean XXII
lui permet d'occuper Parme, Modène et Reggio (1330) ; Jean
de Bohême lui cède la ville et le comté de
Lucques (1334) ; il régle définitivement la succession
d'Artois (1332) ; il réunit les comtés de Brie et
de Champagne à la couronne (1336). C'est encore en action
de grâce pour la victoire de Cassel que Philippe VI offrit
à la Vierge le cheval et les armes qu'il portait à
la bataille (statue équestre à Notre-Dame de Paris),
et qu'il fit repeindre la chapelle Saint-Michel de l'abbaye
royale de Saint-Denis (1330). Plus tard, par une ordonnance, datée
du 27 janvier 1341, Philippe VI émet des deniers d'or fin
à l'ange : pour la première fois, sur une monnaie,
l'écu n'est pas un semé mais les trois fleurs de
lys de l'écu de France nouveau; l'archange saint Michel,
drapé dans les plis d'une longue robe, coiffé de
la couronne royale, est appuyé sur l'écu fleurdelysé
pendant, qu'avec la longue hampe d'une croix, il maintient la
tête du dragon gisant à ses pieds.
Outre
les trois fleurs de lys qui furent montrées dans une vision
pour manifester la singulière affection que la Trinité
a pour le pays de France, selon ce que rapporta Guillaume de Digulleville
(1338), Philippe VI voulut souligner la configuration du roi au
Christ et du royaume de la terre à celui des cieux, sur
son sceau secret, en entourant son écu des symboles des
évangélistes répartis en croix (1336). Saint
Michel, frappé sur le denier, appuyé sur l'écu
royal, voulait sans doute montrer l'union dans un même combat
des deux royaumes, donc des deux légitimités, à
une époque où Edouard III, allié aux Flamands,
s'est déjà proclamé roi de France (1340)
et a déjà remporté la victoire de l'Ecluse
avant de signer la trêve d'Esplechin (25 septembre 1340)
dont on sait bien qu'elle ne peut durer longtemps.
La guerre est pourtant arrivée,
et elle a durée, interminable, à une époque
où l'espérance moyenne de vie était de trente
ans ; des générations entières nont jamais
connu la paix, et pourtant, dans cette peine et cette obscurité,
les meilleurs tiennent les uns après les autres, inébranlablement
confiants en celui qui est le vrai chef du Royaume, le Christ,
et son ange, saint Michel.
Le Moyen Age s'achève
dans cette conviction ; la création de l'Ordre de Saint-Michel
par Louis XI (1° août 1469) est une action de grâces
en même temps qu'un encouragement pour ce qui va venir :
" A la louange et gloire de Dieu, notre Créateur
tout puissant, et révérence de sa glorieuse Mère,
et commémoration et honneur de Monsieur saint Michel archange,
premier chevalier, qui pour la querelle de Dieu, victorieusement
batailla contre le Dragon, ancien ennemi de la nature humaine,
et le trébucha du ciel, et qui son lieu et oratoire appelé
le Mont-Saint-Michel, a toujours sûrement gardé,
préservé et défendu, sans être pris,
subjugué ni mis ès-mains des anciens ennemis de
notre royaume, et afin que tous les bons, hauts et nobles courages
soient émus et incités à uvres vertueuses...
avons constitué, créé et ordonné...
un ordre de fraternité de chevalerie ou aimable compagnie
de certain nombre de chevaliers, lequel ordre nous voulons être
nommé l'ordre de Saint-Michel. "
La conviction s'affaiblit aux
siècles suivants. La Renaissance n'a pas trop parlé
de saint Michel, encore qu'il n'est pas tout à fait absent,
comme on peut le voir dans les arts. Il est cependant si bien
associé à la France que l'ambassadeur d'Angleterre
en Espagne, refuse d'assister à l'office en l'honneur de
saint Michel que Charles Quint fait célébrer à
Saragosse le 29 septembre 1518. Après le désartre
de Pavie (1525), François I° remplace la salamandre
de ses armes par la coquille de l'Ordre de Saint-Michel. Pendant
les guerres de religion, il ne manque pas de processions pour
implorer le secours de saint Michel contre l'hérésie,
comme celle qui se fait à Paris, le 29 septembre 1568,
à quoi le futur Henri III attribue les victoires de Jarnac
et de Montcontour (1570). D'aucuns, lorsque le roi Henri IV entra
à Notre-Dame de Paris, virent " près de
Sa Majesté, saint Michel, l'ange gardien de la France,
en façon d'un jeune enfant come en l'âge de six ou
sept ans,signalé par excellence en beauté et revêtu
de blanc, ainsi qu'ordinairement les peintres nous dépeignent
les anges ; qui, tout au long de la cérémonie, se
tint au côté du Roi, et, icelle finie, disparut aussitôt.
"
Lorsqu'on arrive, au début
du XVII° siècle, à la consolidation de la réformation
catholique en France, l'archange saint Michel est certes évoqué
mais plus avec cette force qu'on avait connue autrefois ; il suffira,
pour vous en convaince, d'aller consulter les tables des matières
des prédications et des pieux ouvrages des débuts
du siècle. Cest la Vierge Marie qui va ramener la France
à saint Michel.
Vous vous souvenez que Louis
XIII et le cardinal de Richelieu, largement aidés et soutenus
par le Père Joseph du Tremblay, entraînant derrière
eux des bataillons serrés de saintes âmes, ont consacré
(1638) le Royaume à la Vierge Marie. En cette consécration,
la pensée du Roi saccorde parfaitement avec ce que ses
lointains prédécesseurs ont professé par
l'intercession de saint Michel.
Songez-y, Louis
XIII remercie Dieu, par la Vierge, de ce qu'il na pas encore,
ni le Dauphin, ni la paix ; cependant il a la conviction que dans
la persévérance on obtient la gloire ; il ne fit
d'ailleurs pas cette consécration devant la Vierge en assomption,
mais devant la statue de la Vierge des douleurs. Dailleurs les
années qui suivent cette consécration sont bien
terribles ; après la mort de Louis XIII vient la Régence
avec les multiples révoltes de la Fronde où la guerre
civile se fait sur fond de guerre étrangère, d'épidémies
et de famines.
Nul ne sait alors comment sortir
de cet engrenage funeste. Au milieu des désastres de la
Fronde, Anne d'Autriche, pieuse reine s'il en fut, sans abandonner
rien du terrain politique et militaire, cherche ardemment un secours
dans le Ciel. C'est alors qu'après bien d'autres, la Régente
consulte M. Olier, fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice,
sur loeuvre de piété qu'il juge la plus propre à
fléchir la justice divine.
A cette occasion,
M. Olier lui rappelle (ou lui apprend, puisqu'elle est espagnole)
ce qu'est saint Michel pour la France ; il lui conseille de se
vouer à l'archange saint Michel, protecteur de la France,
et d'instituer la messe du premier mardi du mois dont les Compagnons
de Saint-Michel archange (53, rue Charles Gounod, 91120 Palaiseau),
demandent la propagation : " Vu et dévotion, très-humble
servante de Jésus-Christ. Abîmée dans mon
néant et prosternée aux pieds de votre auguste et
sacrée Majesté, honteuse dans la vue de mes péchés
de paraître devant vous, ô mon Dieu, je reconnais
la juste vengeance de votre sainte colère, irritée
contre moi et contre mon Etat ; et je me présente toutefois
devant vous, au souvenir des saintes paroles que vous dîtes
autrefois à un prophète, au sujet d'un Roi pécheur,
mais pénitent : J'aurai pitié de lui, et lui pardonnerai,
à cause que je le vois humilié en ma présence.
En cette confiance, ô mon Dieu, j'ose vous faire vu d'ériger
un autel à votre gloire, sous le titre de saint Michel
et de tous les Anges ; et, sous leur intercession, y faire célébrer
solennellement, tous les premiers mardis des mois, le très-saint
sacrifice de la Messe, où je me trouverai, s'il plaît
à votre divine Bonté de m'y souffrir, quand les
affaires importantes du royaume me le pourront permettre, afin
d'obtenir la paix de l'Eglise et de l'Etat. " M. Olier
composa cette prière pour la Reine : " Glorieux
saint Michel, Prince de la milice du ciel et général
des armées de Dieu, je vous reconnais tout-puissant par
lui sur les royaumes et les Etats. Je me soumets à vous
avec toute ma cour, mon Etat et ma famille, afin de vivre sous
votre sainte protection ; et je me renouvelle, autant quil est
en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs,
qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur
particulier. Donc, par l'amour que vous avez pour cet Etat, assujettissez-le
tout à Dieu et a ceux qui le représentent. "
Si vous pensez que les temps
sont mauvais et que nous sommes affrontés à de formidables
systèmes qui, s'arrogeant le droit de réviser la
Loi divine, veulent emprisonner les âmes pour les rendre
incapables de vivre avec " Dieu en esprit et en vérité
", qui pourriez-vous mieux appeler à votre secours
que saint Michel archange ? La sublime question qui nomme l'Archange,
" Qui est comme Dieu ? ", ne s'adresse
pas au seul Lucifer, ni même à ses seuls anges, elle
s'adresse aussi à chaque homme et, singulièrement,
aux chefs des peuples.
Si l'affreuse bête de
l'Apocalypse dont les exploits funèbres remplissent les
derniers temps, recule devant l'archange saint Michel, ce nest
point seulement parce qu'il crie sa formidable question, mais
parce qu'il est lui-même cette question. Vous aussi, à
son imitation, devenez cette question redoutable qui terrasse
les démons ; criez-la aux ténèbres répandues
sur le monde, par votre attention à la parole de Dieu,
par votre stricte observance et par votre pratique cultuelle.
Criez-la en appliquant votre intelligence à la vérité
révélée que l'Eglise vous enseigne, en soumettant
votre volonté aux commandements divins que l'Eglise vous
rappelle, en nourrisant vos vies des grâces que le Seigneur
vous a préparées et que l'Eglise vous distribue.
Vous demandez que saint Michel
vous protège et vous voulez gagner avec lui le combat contre
les puissances démoniaques, alors battez-vous avec ses
armes en étant, à la face du monde de ceux qui proclament
que nul n'est comme Dieu. Sachez-le bien, vous ne vous battez
pas, quoi qu'il puisse vous en paraître, contre des hommes,
sous leurs systèmes immondes qui offensent la face du Tout-Puissant
; ce sont les démons qui agissent et ceux-là, vous
n'en serez pas vainqueurs par des discours, par des suffrages
électoraux, par des finesses diplomatiques ou par les armes
du monde, mais par la pénitence, la prière, le sacrifice
et l'observance.
Puissent vos coeurs s'ouvrir largement au mystère de l'archange saint Michel de sorte qu'il vous aide à devenir plus droits, plus forts et plus purs, témoins incorruptibles de la vérité divine qui demande notre aveu.
serviam/cpC.
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