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Film dune brutalité inouïe, le chef-duvre de Mel Gibson rend
intensément présentes à la fois lhorreur et la beauté de la Passion.
Un outil dévangélisation sans précédent.
De notre correspondante aux États-Unis, Armelle SIGNARGOUT
Les 126 minutes tant attendues ont envahi le 25 février pas moins
de 4 000 écrans, soit deux fois plus que prévu. Un cinéma du Texas
a commencé la projection dès 6 h 30 du matin, avec distribution
gratuite de mouchoirs en papier. Une église baptiste avait loué
ses 20 salles pour toute la journée. En Californie, une femme
saisie dun élan missionnaire sest présentée à louvreuse avec
11 000 dollars en liquide pour rafler le maximum de places. Après
des mois dintense controverse The Passion of the Christ a été
jugé tantôt antisémite, tantôt trop violent les chrétiens américains
ont exigé, en assaillant les cinémas locaux de coups de fil, que
le film vienne à eux partout. Ils ont voulu juger sur pièce. Le
lendemain, ceux qui lont vu en paraissent comme hantés. Jamais
plus ils ne pourront lire lÉvangile, regarder un crucifix ou
aller à léglise sans songer selon le mot de Gibson à « lénormité
du sacrifice ».
Lensemble des chrétiens a vite compris que pour assurer le succès
commercial de ce film non seulement édifiant mais techniquement
éblouissant, il fallait se mobiliser dès les premiers jours. Et
que ce triomphe espéré au box-office on parle de 150 millions
de dollars rien quaux États-Unis pourrait conduire, sait-on
jamais, à un véritable renouveau culturel. Si lévènement fondateur
du christianisme parvient à fasciner les foules, si le cinéma
se met au service du salut des âmes, on a le droit de rêver
Fidèle à lÉvangile
Enjeu décisif ! Les chrétiens évangéliques et les catholiques
conservateurs ont saisi loccasion. Le bouche à oreille, relayé
par linternet, a transformé un film sous-titré en « must-see
» à ne manquer sous aucun prétexte. « Puissant et dérangeant »,
a commenté James Dobson, un protestant très écouté. « Cest la
meilleure façon dentamer le Carême », a lancé larchevêque de
Denver, Mgr Charles Chaput.
La célébrité de Mel Gibson a permis dabord de financer le film
30 millions de dollars sont sortis de sa poche puis délargir
considérablement le public potentiel. Le distributeur indépendant
Newmarket Films la vendu comme « lhistoire de Jésus façon Braveheart
» (lépopée écossaise pleine de sang et de fureur dont Gibson
fut la vedette). Comme le cinéaste la confié dans dinnombrables
interviews, il « ne pouvait pas ne pas faire » ce film dans lequel
il a versé son argent, son talent et son âme. Le projet le taraudait
depuis une douzaine dannées. Depuis ce jour où, après un verre
de trop, sa belle gueule ne suffisant plus, il toucha le fond.
Il sen sortit en revenant à la foi de son enfance et en méditant
la Passion du Christ.
« Ses plaies ont pansé les miennes », dit-il. Il fallait que,
caméra au poing, tôt ou tard, il exprime sa gratitude.
Cest essentiellement sur lenthousiasme de pasteurs protestants,
dont linfluent Billy Graham, que sest appuyé Gibson pour empêcher
ses adversaires de scier son projet. Des projections anticipées
ont rallié les troupes. Son uvre est non seulement fidèle aux
Évangiles mais aussi, notons-le, profondément catholique. La Vierge
Marie, jouée par Maia Morgenstern, actrice juive dont les parents
survécurent à lHolocauste, apparaît omniprésente aux côtés de
son Fils souffrant, interprété par le catholique Jim Caviezel.
Co-rédemptrice ? Certains protestants se disent fait nouveau
gênés par limportance du rôle accordé à Marie. Verra-t-on à
ce sujet de fructueux débats doctrinaux, voire une avancée de
lcuménisme ? Déjà, un livre contenant 100 questions sur le film*,
destiné à aider les catholiques à défendre leur foi, sest vendu
à 150 000 exemplaires.
Préjugés et calomnies
Jusquà présent, cest le prétendu antisémitisme du film qui a
fait couler le plus dencre. Mel Gibson a su dissiper avec patience
ces injustes accusations. À la sempiternelle question, « Qui a
tué Jésus ? », il répond simplement : « Chacun de nous. » Une
autre question resta sans réponse : pourquoi lélite hollywoodienne,
si prompte à justifier toute attaque contre le christianisme au
nom de la liberté dexpression, na-t-elle pas prêté main forte
à Gibson en tant quartiste ? Déjà, ses 23 ans de mariage, ses
sept enfants, ses cigarettes, son refus de la chirurgie esthétique
à 47 ans et sa foi « dun autre âge » (il sest fait construire
à Malibu une chapelle privée où est célébrée la messe tridentine)
faisaient de lui un original. Avec ce film, lanti-conformiste
est devenu un fou à lier. Il est dangereux, il a donc reçu des
coups. Mais, il le sait : pas de progrès spirituel possible sans
souffrance acceptée.
Une fois le film terminé, il a tenu à y insérer une scène qui
figure en « flashback ».
On y voit le Christ perché sur une montagne « Aimez ceux qui vous
haïssent », dit-il. Ajoute notre croisé du nouveau millénaire
: « Sinon, à quoi ça sert ? »
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* note de serviam : l'ouvrage en question " A guide to the Passion
", est présenté sur http://www.evangelization.com et sa commande
en ligne est possible.
Sa traduction sera prochainement disponible en France et serviam
devrait participer à sa distribution en faveur de ses adhérents
et correspondants...
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