Serviam remercie vivement le journal l'Homme Nouveau de son aimable autorisation de reproduction du remarquable article d'Armelle Signargout paru dans son numéro 1319 du 17 mars 2004 : " Un outil d'évangélisation sans précédent "

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Film d’une brutalité inouïe, le chef-d’œuvre de Mel Gibson rend intensément présentes à la fois l’horreur et la beauté de la Passion. Un outil d’évangélisation sans précédent.

De notre correspondante aux États-Unis, Armelle SIGNARGOUT

Les 126 minutes tant attendues ont envahi le 25 février pas moins de 4 000 écrans, soit deux fois plus que prévu. Un cinéma du Texas a commencé la projection dès 6 h 30 du matin, avec distribution gratuite de mouchoirs en papier. Une église baptiste avait loué ses 20 salles pour toute la journée. En Californie, une femme saisie d’un élan missionnaire s’est présentée à l’ouvreuse avec 11 000 dollars en liquide pour rafler le maximum de places. Après des mois d’intense controverse – The Passion of the Christ a été jugé tantôt antisémite, tantôt trop violent – les chrétiens américains ont exigé, en assaillant les cinémas locaux de coups de fil, que le film vienne à eux partout. Ils ont voulu juger sur pièce. Le lendemain, ceux qui l’ont vu en paraissent comme hantés. Jamais plus ils ne pourront lire l’Évangile, regarder un crucifix ou aller à l’église sans songer – selon le mot de Gibson – à « l’énormité du sacrifice ».
L’ensemble des chrétiens a vite compris que pour assurer le succès commercial de ce film non seulement édifiant mais techniquement éblouissant, il fallait se mobiliser dès les premiers jours. Et que ce triomphe espéré au box-office – on parle de 150 millions de dollars rien qu’aux États-Unis – pourrait conduire, sait-on jamais, à un véritable renouveau culturel. Si l’évènement fondateur du christianisme parvient à fasciner les foules, si le cinéma se met au service du salut des âmes, on a le droit de rêver…

Fidèle à l’Évangile

Enjeu décisif ! Les chrétiens évangéliques et les catholiques conservateurs ont saisi l’occasion. Le bouche à oreille, relayé par l’internet, a transformé un film sous-titré en « must-see » à ne manquer sous aucun prétexte. « Puissant et dérangeant », a commenté James Dobson, un protestant très écouté. « C’est la meilleure façon d’entamer le Carême », a lancé l’archevêque de Denver, Mgr Charles Chaput.
La célébrité de Mel Gibson a permis d’abord de financer le film – 30 millions de dollars sont sortis de sa poche – puis d’élargir considérablement le public potentiel. Le distributeur indépendant Newmarket Films l’a vendu comme « l’histoire de Jésus façon Braveheart » (l’épopée écossaise pleine de sang et de fureur dont Gibson fut la vedette). Comme le cinéaste l’a confié dans d’innombrables interviews, il « ne pouvait pas ne pas faire » ce film dans lequel il a versé son argent, son talent – et son âme. Le projet le taraudait depuis une douzaine d’années. Depuis ce jour où, après un verre de trop, sa belle gueule ne suffisant plus, il toucha le fond. Il s’en sortit en revenant à la foi de son enfance et en méditant… la Passion du Christ.
« Ses plaies ont pansé les miennes », dit-il. Il fallait que, caméra au poing, tôt ou tard, il exprime sa gratitude.
C’est essentiellement sur l’enthousiasme de pasteurs protestants, dont l’influent Billy Graham, que s’est appuyé Gibson pour empêcher ses adversaires de scier son projet. Des projections anticipées ont rallié les troupes. Son œuvre est non seulement fidèle aux Évangiles mais aussi, notons-le, profondément catholique. La Vierge Marie, jouée par Maia Morgenstern, actrice juive dont les parents survécurent à l’Holocauste, apparaît omniprésente aux côtés de son Fils souffrant, interprété par le catholique Jim Caviezel. Co-rédemptrice ? Certains protestants se disent – fait nouveau – gênés par l’importance du rôle accordé à Marie. Verra-t-on à ce sujet de fructueux débats doctrinaux, voire une avancée de l’œcuménisme ? Déjà, un livre contenant 100 questions sur le film*, destiné à aider les catholiques à défendre leur foi, s’est vendu à 150 000 exemplaires.

Préjugés et calomnies
Jusqu’à présent, c’est le prétendu antisémitisme du film qui a fait couler le plus d’encre. Mel Gibson a su dissiper avec patience ces injustes accusations. À la sempiternelle question, « Qui a tué Jésus ? », il répond simplement : « Chacun de nous. » Une autre question resta sans réponse : pourquoi l’élite hollywoodienne, si prompte à justifier toute attaque contre le christianisme au nom de la liberté d’expression, n’a-t-elle pas prêté main forte à Gibson en tant qu’artiste ? Déjà, ses 23 ans de mariage, ses sept enfants, ses cigarettes, son refus de la chirurgie esthétique à 47 ans et sa foi « d’un autre âge » (il s’est fait construire à Malibu une chapelle privée où est célébrée la messe tridentine) faisaient de lui un original. Avec ce film, l’anti-conformiste est devenu un fou à lier. Il est dangereux, il a donc reçu des coups. Mais, il le sait : pas de progrès spirituel possible sans souffrance acceptée.
Une fois le film terminé, il a tenu à y insérer une scène qui figure en « flashback ».
On y voit le Christ perché sur une montagne « Aimez ceux qui vous haïssent », dit-il. Ajoute notre croisé du nouveau millénaire : « Sinon, à quoi ça sert ? »

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* note de serviam : l'ouvrage en question " A guide to the Passion ", est présenté sur http://www.evangelization.com et sa commande en ligne est possible.
Sa traduction sera prochainement disponible en France et serviam devrait participer à sa distribution en faveur de ses adhérents et correspondants...


Avec les compliments de http://www.serviam.net