Lettre sur La Passion du Christ,
de Monseigneur John F Donoghue
Archevêque d'Atlanta
( aimablement traduit de l'américain
par Claude Mahy*, pour Serviam )

Le 10 Février 2004

Aux Catholiques du diocèse d'Atlanta et à toutes les personnes de bonne foi

Chers amis en Christ,

Le mercredi 25 février, nous allons célébrer le mercredi des Cendres, début du Carême en l'année 2004 de notre Seigneur. Comme tout bon Catholique le fait chaque année, nous allons entreprendre, pendant les quarante jours qui suivent, des efforts de pénitence, en particulier, comme notre Seigneur nous l'a enseigné, la prière, le jeûne et l'aumône. Si nous le faisons, c'est pour purifier nos esprits et disposer nos âmes à accepter plus volontiers, le cadeau que Jésus Christ, le Fils de Dieu nous fait : Sa vie et Sa mort, Sa souffrance et la rédemption de toute l'humanité.

Cette année, un événement particulier va pouvoir contribuer à rendre ce Carême différent de tous les précédents et, peut-être, à nous transformer définitivement, spécialement dans la manière dont nous concevons et essayons de partager le grand amour que notre Seigneur nous a manifesté. Cet événement, c'est la sortie du film, la Passion, conçu, produit et réalisé par Mel Gibson.

L'été dernier, Mel Gibson a montré son film, à Atlanta, à un petit nombre de responsables religieux locaux. J'ai pu, à cette occasion, discuter longuement, en privé, avec Mr Gibson et je suis entièrement convaincu qu'il n'a fait ce film que pour des motifs totalement religieux et qu'il manifeste une foi et une dévotion sincères. Je suis également impressionné, d'une part, par l'enthousiasme avec lequel il a fait face à ce défi monumental que représente l'illustration exacte des événements de l'Évangile, relatifs à la Passion de notre Seigneur, et d'autre part, par son courage pour affronter l'opposition qu'une telle illustration a suscitée et qu'elle suscitera encore.

Mel Gibson, pour son message, s'est éclairé du message de l'Église. Plus spécifiquement, quand il décrit l'arrestation, le procès et la condamnation de Jésus Christ, il n'en fait porter sur personne la responsabilité exclusive, ni sur les Juifs, ni sur les Romains, ni sur les Hérodiens. Les souffrances et la mort de Notre Seigneur résultent d'une seule et unique cause : la présence du mal dans le monde, suite au péché, et la faiblesse des hommes et des femmes lorsqu'ils sont assaillis par les tentations de Satan. Tout le monde est responsable de la souffrance et de la mort de notre Seigneur. Chacun devrait ressentir douleur ou contrition en voyant que, seul le sacrifice de l'innocence du Christ, pouvait valablement expier nos péchés. C'est une dure leçon pour nous, si orgueilleux. Et c'est une leçon presque impossible à entendre pour notre culture moderne, tant celle-ci semble se consacrer à nier totalement le péché et le mal. Mel Gibson souhaite montrer que le péché et le mal existent vraiment et que Satan est bien réel. Et que c'est seulement en participant humblement aux mérites gagnés par notre Seigneur, seulement en regardant, ressentant et partageant Sa souffrance et Sa mort que nous obtiendrons la grâce, c'est-à-dire le don d'être, de nouveau, rendus digne de partager la compagnie de Dieu. C'est le don que Jésus Christ fait à tous les hommes et toutes les femmes : don qui ne dépend ni de la race ni de la croyance, don qui saisit celui qui s'en saisit. La responsabilité de Sa mort repose sur la tête de chacun des enfants d'Adam et Ève. Et s'il y en a un qui peut être accusé d'avoir condamné Jésus, c'est celui qu'Il a appelé "meurtrier depuis le commencement", Satan.

Je crois que tout le monde doit voir ce film. En tant que leur évêque, j'exhorte tous les Catholiques du diocèse d'Atlanta à aller voir ce film. Mais ne vous attendez pas à le voir d'un œil neutre ou sans en être changé. Vous n'en ressortirez pas la même personne qu'avant : plus jamais vous ne serez dans l'incapacité de vous représenter l'étendue des souffrances de notre Seigneur et l'indicible prix qu'Il a payé pour nous sauver. Et, par conséquent, vous ne pourrez plus jamais vous considérer comme innocent ou relativement peu responsable des événements de Sa Passion. C'est ce qui se dégage de la manière véritablement artistique dont Mel Gibson a traité sa production; avec, en outre, une stupéfiante distribution et une époustouflante réalisation, qui élèvent ce film au niveau des plus grands jamais réalisés. Mais, plus important que tout, ce film est le produit de l'adhésion fidèle de Mel Gibson aux mots et à l'esprit de l'Évangile.

Un important avertissement doit être donné. Ce film n'est pas pour les enfants, et en disant cela, je pense particulièrement aux enfants qui ne sont pas encore en âge de faire face à l'expression brutale de la violence que des humains peuvent exercer sur d'autres humains et sur eux-mêmes. Il serait imprudent pour moi d'essayer de définir l'âge précis dont il s'agit - et c'est une responsabilité que je considère être le privilège inaliénable des mères et des pères. Par sécurité, je suggérerais qu'aucun enfant avant l'âge du lycée n'aille voir ce film, à moins que les parents, l'ayant vu d'abord, ne donnent leur consentement. En tout cas, les jeunes gens auront besoin des conseils d'hommes et de femmes plus âgés, ainsi que de prêtres et d'éducateurs de l'Église, pour amortir le choc de ce film.

Chers amis, La Passion est un enseignement, terrible à contempler et magnifique. Mais, en acceptant cet enseignement, et en l'intégrant dans notre propre vie, nous approfondirons notre foi dans le but suprême de la venue du Christ parmi les hommes : Sa victoire sur la mort, notre mort, "... pour donner sa vie en rançon pour la multitude". Puisse ce film splendide, véritable cadeau de Dieu, nous aider à apprendre ce que nous avons besoin de savoir. Puissent nos célébrations de Carême et de Pâques, cette année, nous apporter, en abondance, contrition, repentir et une nouvelle espérance dans la puissance de Jésus Christ pour nous sauver et nous donner la vie éternelle.

Sincèrement vôtre.

Mgr John F. Donoghue, Archevêque d'Atlanta
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Publié avec l'autorisation de Eternal Word Television Network
5817 Old Leeds Road, Irondale, AL 35210

* Claude Mahy a traduit par ailleurs le livre " Rome, sweet home " de Scott et Kimberly Hahn, publié aux Editions de l'Emmanuel

Avec les compliments de http://www.serviam.net