Dieu existe-t-Il ? ( 2 )
Par le Doyen Pasqua,que Serviam remercie vivement de son aimable contribution à ce travail...

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" Si Dieu n'existe pas tout est permis ! "
(Dostoïevsky)

La connaissance de Dieu engage le sens de la vie. Elle ne répond pas à un besoin exclusivement intellectuel, elle exprime aussi le désir pathétique de connaître l'origine et la fin de l'existence. Autrement dit, il y a volonté de savoir et non simple curiosité de la raison. Or cette volonté de savoir exprime une disposition morale, car de la droiture de la volonté dépend le rejet ou l'adhésion à la vérité reconnue. Cela signifie que les preuves de l'existence de Dieu peuvent ne pas convaincre celui qui a décidé de ne pas en accepter les conclusions. L'athéisme, sous toutes ses formes, trouve là son origine. Il faut donc que ces preuves entraînent non seulement l'adhésion de la raison, mais encore la conviction de la volonté. Quelle doit en être la nature si elles veulent satisfaire à ces conditions ?

***

L'Eglise enseigne que " Dieu, principe et fin de toutes choses peut être connu de manière certaine à partir des choses créées, moyennant la lumière naturelle de la raison " . L'homme qui cherche Dieu a donc le moyen d'y parvenir intellectuellement. Son effort consistera, dés lors, à trouver des arguments convergents et convaincants permettant d'adhérer à des vérités certaines. Cependant, cette exigence, aussitôt formulée, se heurte à une difficulté qui est un constat : s'il y avait, en effet, des preuves concluantes de l'existence de Dieu, comme il en existe des vérités géométriques, il n'y aurait pas d'athées ; de même, s'il y en avait que Dieu n'existe pas, il n'y aurait pas de croyants. Mais, ce n'est pas le cas. Cette difficulté, à vrai dire, n'en est pas une car elle suppose que ces preuves sont des démonstrations scientifiques. Or, il s'agit de démonstrations métaphysiques.
La démonstration scientifique est expérimentale ou mathématique. Une expérience est une observation invoquée ou provoquée en vue de vérifier une hypothèse. Une vérification expérimentale est un objet de perception sensible. Or, les objets de la connaissance théologique échappent à la perception sensible. Ils ne sont dés lors pas vérifiables, on ne peut donc parler d'expérience scientifique.
A défaut d'en faire une démonstration scientifiquement vérifiable, Descartes, Malebranche, Leibniz, pour ne citer que les plus illustres d'entre eux, figurent parmi les philosophes qui ont tenté de faire de l'existence de Dieu une conclusion mathématiquement démontrée. Ils échouèrent, car les mathématiques sont un langage parfaitement formalisé et pour cette raison, précisément, leurs objets ne sont pas des choses, mais des signes créés par le mathématicien. Comme l'a dit Bertrand Russel : " Les mathématiques sont une science dont on sait pas de quoi l'on parle et si ce que l'on dit est vrai ". Le discours mathématique ne mord pas sur le réel qui lui échappe par définition. Comment pourrait-il atteindre la source du réel ?
Un tel objectif ne peut être atteint que par une démonstration métaphysique. Celle-ci consiste en un raisonnement partant du monde visible pour conclure à l'existence d'une réalité invisible. Toute connaissance a, en effet, son origine dans la perception sensible : " Rien ne se trouve dans l'intelligence qui n'y soit entré par les sens ". Or, une preuve de l'existence de Dieu doit conclure à l'existence d'un être qui ne peut faire l'objet d'une perception sensible. Seuls les mystiques affirment avoir une expérience du divin, mais cette expérience mystique se situe au-delà des sens. Si leur témoignage vaut quelque chose, c'est pour confirmer que ce n'est pas parce que l'invisible est de l'ordre de l'invérifiable qu'il est moins réel que le visible. La tâche du métaphysicien est de nous faire accéder à cette réalité. Comment la notion d'un être qui n'est pas donné dans l'expérience peut-elle se trouver dans l'esprit ? Telle est la question que le philosophe doit résoudre.

***

Ce que nous venons de dire montre que l'existence de Dieu ne se perçoit pas comme une réalité évidente. C'est la raison pour laquelle l'homme peut la nier et se dire athée. L'athéisme, cependant, demeure problématique. Car il s'emploie avec énergie à vouloir démontrer que "Dieu est mort". Or, comme l'écrit Etienne Gilson : " On sait que Napoléon 1er est mort, Dieu, c'est moins sûr. Le seul fait que tant d'hommes croient encore utile de faire profession d'athéisme et de justifier leur incroyance par des arguments tels, par exemple, que l'existence du mal, fait assez voir que la question reste encore vivante. Si la mort de Dieu signifie sa mort finale et définitive dans les esprits des hommes, la vitalité persistante de l'athéisme constitue pour l'athéisme même sa plus sérieuse difficulté. Dieu ne sera mort dans les esprits que lorsque nul ne pensera plus à nier son existence. "
Cette remarque est judicieuse et explique pourquoi il y a non pas un, mais plusieurs athéismes. L'athéisme positif, raisonné et philosophiquement établi, se rencontre difficilement. Jean-Paul Sartre reconnaissait que ce n'est pas chose facile, ni plaisante, mais une vérité âpre et dure, à conquérir de haute lutte et pour laquelle, une fois conquise, il faut accepter de souffrir. Ce qui se rencontre plus communément est l'athéisme pratique, un athéisme de pacotille, d'indifférence, d'indolence, de distraction ou d'inattention. Il n'a aucun rapport avec l'athéisme prométhéen d'un Nietzsche et il ne prouve qu'une chose, à savoir, qu'il est difficile de penser que Dieu n'est pas. Car, il n'existe pas de raisons philosophiques invincibles pour nier l'existence de Dieu. Le divin a la peau dure, si l'on ose dire, et la mort de Dieu n'a réussi qu'à engendrer les idoles. Tel est le drame de l'athéisme politico-scientiste qui, forcé d'inventer des explications imaginaires de la réalité, devient mythogène.
Le plus fréquemment, l'athéisme se fonde sur une fausse conception de l'autonomie humaine consistant à rejeter toute forme de dépendance par rapport à Dieu, ce qui est une erreur dans la mesure où précisément la reconnaissance de l'existence de Dieu, loin de s'opposer à la dignité de l'homme, la fonde au contraire. Un autre préjugé est de penser que la religion constitue un obstacle au progrès puisqu'elle détourne l'homme de la construction de la cité terrestre en lui donnant l'illusion de la cité future, à quoi l'on peut répondre que le message chrétien résidant dans la pratique de la charité pousse l'homme à bâtir la civilisation de l'amour.
Les esprits religieux sont accoutumés à penser que les révolutions scientifiques et les idéologies politiques ne concernent pas les vérités religieuses.

***

Venons-en aux preuves. On les appelle aussi des " voies ". Leur point de départ est la création : le monde matériel et la personne humaine. Les Pères de l'Eglise, en suivant saint Paul, ont répété que Dieu a laissé sa marque sur son ouvrage et qu'il est pour l'homme inexcusable de prétendre ignorer son existence. Saint Thomas d'Aquin dénombre cinq argumentations . Toutes reposent sur le principe que ce qui est, mais n'est pas par soi, est par un autre. Principe irréfutable, car si ce n'est pas par un autre c'est par soi ou ce n'est pas du tout. Ainsi, chaque preuve conduit à l'existence d'un Être premier dans un certain ordre de réalité : mouvement, causalité efficiente, possibilité et nécessité, degrés de l'être, finalité. Au terme de sa démonstration, l'Aquinate ajoute " Tout le monde comprend que c'est Dieu ".
Une remarque s'impose ici. Il y a donc une pré-connaissance de Dieu antérieure aux preuves. Que peut bien être l'origine de cette prénotion ? La première éducation de l'enfant ? Le consentement universel ? Sans doute, mais on redemande d'où elle leur est venue ? La notion de Dieu est antérieure aux preuves, certes, mais cette anticipation n'est pas une preuve. Elle joue cependant un rôle dans l'interprétation de la preuve. Sans cela nous ne saurions pas que le Premier Moteur, le Premier Nécessaire, la Fin Dernière, sont l'être que nous nommons Dieu.
On peut connaître Dieu comme origine et fin de l'univers à partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l'ordre et de la beauté du monde,. 1) La première voie se fonde sur le mouvement au sens large de changement. L'origine du mouvement ne peut être le mouvement, car qu'est-ce qui expliquerait la mise en mouvement du premier mouvement ? Elle doit donc être immobile et cause de tout ce qui se meut. Aristote l'appelait le Moteur immobile. Tel est Dieu. 2) La deuxième voie part du constat que tout effet a une cause. Or, rien de ce qui est n'est la cause de soi : l'origine de l'univers n'est pas dans l'univers. Il y a donc une première cause de tous les êtres au-delà de tous les êtres et qui est sans cause. Tel est Dieu. 3) La troisième voie part du constat que tout ce qui existe dans le monde est contingent, c'est-à-dire, pourrait ne pas être. Or, tout ce qui peut ne pas être n'est pas nécessairement ce qui peut être. Il faut donc bien un être qui ne peut pas ne pas être, un être nécessaire qui soit toujours s'il est une fois. Cet Être est Dieu. 4) La quatrième voie considère les degrés de perfection qu'il y a dans les choses qui sont plus ou moins belles, bonnes, vraies. Ce qui est plus ou moins parfait l'est par rapport à ce qui est parfait absolument. Il doit donc y avoir un Être à l'origine de tout ce qui est moins que lui. Cet Être est Dieu. 5) La cinquième voie part de l'observation que le monde est ordonné et finalisé. "La chose la plus inintelligible au monde, déclarait Einstein, est que le monde soit intelligible". On voit, en effet, que tout agit en vue d'une fin. Cette fin est atteinte de la même façon par tous, même par les être irrationnels, elle exclut le hasard. Or, ce qui poursuit une fin sans la connaître agit comme une flèche dans les mains de l'archer qui la dirige. Il existe donc un être intelligent qui dirige toutes les choses naturelles vers leur fin. Cet Être est Dieu.
Saint Anselme fournit une autre preuve connue, dans son Proslogion : l'essence de Dieu renfermant toutes les perfections contient nécessairement celle de l'être, donc Dieu est. " Si Dieu est Dieu, disait saint Bonaventure, Dieu est ". Saint Thomas a critiqué cet argument, mais il le récupère en le renforçant puisque, pour lui, non seulement Dieu ne peut pas être conçu comme non-être, mais son essence est d'être l'Être : " Absolument parlant, il est connu par soi que Dieu est, puisque cela même que Dieu est est son être " .
A ces preuves s'ajoutent d'autres arguments qui partent de l'esprit humain. Ils sont au nombre de trois. 1) Le premier : chaque homme expérimente sa dimension immatérielle, non seulement il agit, mais il sait qu'il agit et il sait qu'il sait. Cela, la matière en est incapable : un âne ne sait pas qu'il est un âne, mais un homme sait qu'il peut se comporter comme un âne. Il est donc doté de quelque chose en lui de non matériel, l'esprit, qu'il éprouve comme étant limité et fini. Il doit donc y avoir nécessairement un esprit infini qui en est la source : Dieu. 2) Le deuxième : tout homme désire être heureux, " même ceux qui vont se pendre ". Or, ce désir de bonheur, aucun bien fini ne peut le combler. L'homme reste insatisfait. " Mon cur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en toi ", clame saint Augustin. Il doit donc y avoir un Bien infini à l'origine de ce désir. Ce Bien infini est Dieu. Le cur humain, en effet, a été créé par Dieu et pour Dieu. 3) La troisième part de la loi naturelle inscrite dans la conscience qui sait spontanément qu'il faut faire le bien et éviter le mal. Cette loi qui n'a pas été posée par l'homme doit avoir son origine au-delà de lui : en Dieu. On le voit, cette dernière série d'arguments parle plus au cur qu'à la raison.

***

Au terme de ce rapide aperçu, on peut constater que les preuves ne manquent pas. Toutefois, il importe de retenir que les preuves de l'existence de Dieu ne sont pas la cause de la foi. La foi, en effet, n'est pas le fruit d'une démonstration de l'existence de Dieu. Seul Dieu en est la cause. Autrement dit, la certitude de l'existence de Dieu est indépendante des démonstrations de son existence. S'il faut accorder quelque importance à celles-ci c'est parce que, en fondant les motifs de crédibilité, elles mettent sur le chemin de la foi, mais en aucun cas elles ne sauraient la causer. Il reste que, devant tant de raisons de croire, ce qui fait question au terme d'une réflexion purement rationnelle, et ne cesse de nous interroger, est moins l'affirmation de l'existence de Dieu à laquelle elle conduit que celle de sa non-existence.

Hervé Pasqua

" Si Dieu n'existe pas tout est permis ! "
(Dostoïevsky)

 

 

Dieu existe-t-il ?

 

 

La connaissance de Dieu engage le sens de la vie. Elle ne répond pas à un besoin exclusivement intellectuel, elle exprime aussi le désir pathétique de connaître l'origine et la fin de l'existence. Autrement dit, il y a volonté de savoir et non simple curiosité de la raison. Or cette volonté de savoir exprime une disposition morale, car de la droiture de la volonté dépend le rejet ou l'adhésion à la vérité reconnue. Cela signifie que les preuves de l'existence de Dieu peuvent ne pas convaincre celui qui a décidé de ne pas en accepter les conclusions. L'athéisme, sous toutes ses formes, trouve là son origine. Il faut donc que ces preuves entraînent non seulement l'adhésion de la raison, mais encore la conviction de la volonté. Quelle doit en être la nature si elles veulent satisfaire à ces conditions ?

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L'Eglise enseigne que " Dieu, principe et fin de toutes choses peut être connu de manière certaine à partir des choses créées, moyennant la lumière naturelle de la raison " . L'homme qui cherche Dieu a donc le moyen d'y parvenir intellectuellement. Son effort consistera, dés lors, à trouver des arguments convergents et convaincants permettant d'adhérer à des vérités certaines. Cependant, cette exigence, aussitôt formulée, se heurte à une difficulté qui est un constat : s'il y avait, en effet, des preuves concluantes de l'existence de Dieu, comme il en existe des vérités géométriques, il n'y aurait pas d'athées ; de même, s'il y en avait que Dieu n'existe pas, il n'y aurait pas de croyants. Mais, ce n'est pas le cas. Cette difficulté, à vrai dire, n'en est pas une car elle suppose que ces preuves sont des démonstrations scientifiques. Or, il s'agit de démonstrations métaphysiques.
La démonstration scientifique est expérimentale ou mathématique. Une expérience est une observation invoquée ou provoquée en vue de vérifier une hypothèse. Une vérification expérimentale est un objet de perception sensible. Or, les objets de la connaissance théologique échappent à la perception sensible. Ils ne sont dés lors pas vérifiables, on ne peut donc parler d'expérience scientifique.
A défaut d'en faire une démonstration scientifiquement vérifiable, Descartes, Malebranche, Leibniz, pour ne citer que les plus illustres d'entre eux, figurent parmi les philosophes qui ont tenté de faire de l'existence de Dieu une conclusion mathématiquement démontrée. Ils échouèrent, car les mathématiques sont un langage parfaitement formalisé et pour cette raison, précisément, leurs objets ne sont pas des choses, mais des signes créés par le mathématicien. Comme l'a dit Bertrand Russel : " Les mathématiques sont une science dont on sait pas de quoi l'on parle et si ce que l'on dit est vrai ". Le discours mathématique ne mord pas sur le réel qui lui échappe par définition. Comment pourrait-il atteindre la source du réel ?
Un tel objectif ne peut être atteint que par une démonstration métaphysique. Celle-ci consiste en un raisonnement partant du monde visible pour conclure à l'existence d'une réalité invisible. Toute connaissance a, en effet, son origine dans la perception sensible : " Rien ne se trouve dans l'intelligence qui n'y soit entré par les sens ". Or, une preuve de l'existence de Dieu doit conclure à l'existence d'un être qui ne peut faire l'objet d'une perception sensible. Seuls les mystiques affirment avoir une expérience du divin, mais cette expérience mystique se situe au-delà des sens. Si leur témoignage vaut quelque chose, c'est pour confirmer que ce n'est pas parce que l'invisible est de l'ordre de l'invérifiable qu'il est moins réel que le visible. La tâche du métaphysicien est de nous faire accéder à cette réalité. Comment la notion d'un être qui n'est pas donné dans l'expérience peut-elle se trouver dans l'esprit ? Telle est la question que le philosophe doit résoudre.

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Ce que nous venons de dire montre que l'existence de Dieu ne se perçoit pas comme une réalité évidente. C'est la raison pour laquelle l'homme peut la nier et se dire athée. L'athéisme, cependant, demeure problématique. Car il s'emploie avec énergie à vouloir démontrer que "Dieu est mort". Or, comme l'écrit Etienne Gilson : " On sait que Napoléon 1er est mort, Dieu, c'est moins sûr. Le seul fait que tant d'hommes croient encore utile de faire profession d'athéisme et de justifier leur incroyance par des arguments tels, par exemple, que l'existence du mal, fait assez voir que la question reste encore vivante. Si la mort de Dieu signifie sa mort finale et définitive dans les esprits des hommes, la vitalité persistante de l'athéisme constitue pour l'athéisme même sa plus sérieuse difficulté. Dieu ne sera mort dans les esprits que lorsque nul ne pensera plus à nier son existence. "
Cette remarque est judicieuse et explique pourquoi il y a non pas un, mais plusieurs athéismes. L'athéisme positif, raisonné et philosophiquement établi, se rencontre difficilement. Jean-Paul Sartre reconnaissait que ce n'est pas chose facile, ni plaisante, mais une vérité âpre et dure, à conquérir de haute lutte et pour laquelle, une fois conquise, il faut accepter de souffrir. Ce qui se rencontre plus communément est l'athéisme pratique, un athéisme de pacotille, d'indifférence, d'indolence, de distraction ou d'inattention. Il n'a aucun rapport avec l'athéisme prométhéen d'un Nietzsche et il ne prouve qu'une chose, à savoir, qu'il est difficile de penser que Dieu n'est pas. Car, il n'existe pas de raisons philosophiques invincibles pour nier l'existence de Dieu. Le divin a la peau dure, si l'on ose dire, et la mort de Dieu n'a réussi qu'à engendrer les idoles. Tel est le drame de l'athéisme politico-scientiste qui, forcé d'inventer des explications imaginaires de la réalité, devient mythogène.
Le plus fréquemment, l'athéisme se fonde sur une fausse conception de l'autonomie humaine consistant à rejeter toute forme de dépendance par rapport à Dieu, ce qui est une erreur dans la mesure où précisément la reconnaissance de l'existence de Dieu, loin de s'opposer à la dignité de l'homme, la fonde au contraire. Un autre préjugé est de penser que la religion constitue un obstacle au progrès puisqu'elle détourne l'homme de la construction de la cité terrestre en lui donnant l'illusion de la cité future, à quoi l'on peut répondre que le message chrétien résidant dans la pratique de la charité pousse l'homme à bâtir la civilisation de l'amour.
Les esprits religieux sont accoutumés à penser que les révolutions scientifiques et les idéologies politiques ne concernent pas les vérités religieuses.

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Venons-en aux preuves. On les appelle aussi des " voies ". Leur point de départ est la création : le monde matériel et la personne humaine. Les Pères de l'Eglise, en suivant saint Paul, ont répété que Dieu a laissé sa marque sur son ouvrage et qu'il est pour l'homme inexcusable de prétendre ignorer son existence. Saint Thomas d'Aquin dénombre cinq argumentations . Toutes reposent sur le principe que ce qui est, mais n'est pas par soi, est par un autre. Principe irréfutable, car si ce n'est pas par un autre c'est par soi ou ce n'est pas du tout. Ainsi, chaque preuve conduit à l'existence d'un Être premier dans un certain ordre de réalité : mouvement, causalité efficiente, possibilité et nécessité, degrés de l'être, finalité. Au terme de sa démonstration, l'Aquinate ajoute " Tout le monde comprend que c'est Dieu ".
Une remarque s'impose ici. Il y a donc une pré-connaissance de Dieu antérieure aux preuves. Que peut bien être l'origine de cette prénotion ? La première éducation de l'enfant ? Le consentement universel ? Sans doute, mais on redemande d'où elle leur est venue ? La notion de Dieu est antérieure aux preuves, certes, mais cette anticipation n'est pas une preuve. Elle joue cependant un rôle dans l'interprétation de la preuve. Sans cela nous ne saurions pas que le Premier Moteur, le Premier Nécessaire, la Fin Dernière, sont l'être que nous nommons Dieu.
On peut connaître Dieu comme origine et fin de l'univers à partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l'ordre et de la beauté du monde,. 1) La première voie se fonde sur le mouvement au sens large de changement. L'origine du mouvement ne peut être le mouvement, car qu'est-ce qui expliquerait la mise en mouvement du premier mouvement ? Elle doit donc être immobile et cause de tout ce qui se meut. Aristote l'appelait le Moteur immobile. Tel est Dieu. 2) La deuxième voie part du constat que tout effet a une cause. Or, rien de ce qui est n'est la cause de soi : l'origine de l'univers n'est pas dans l'univers. Il y a donc une première cause de tous les êtres au-delà de tous les êtres et qui est sans cause. Tel est Dieu. 3) La troisième voie part du constat que tout ce qui existe dans le monde est contingent, c'est-à-dire, pourrait ne pas être. Or, tout ce qui peut ne pas être n'est pas nécessairement ce qui peut être. Il faut donc bien un être qui ne peut pas ne pas être, un être nécessaire qui soit toujours s'il est une fois. Cet Être est Dieu. 4) La quatrième voie considère les degrés de perfection qu'il y a dans les choses qui sont plus ou moins belles, bonnes, vraies. Ce qui est plus ou moins parfait l'est par rapport à ce qui est parfait absolument. Il doit donc y avoir un Être à l'origine de tout ce qui est moins que lui. Cet Être est Dieu. 5) La cinquième voie part de l'observation que le monde est ordonné et finalisé. "La chose la plus inintelligible au monde, déclarait Einstein, est que le monde soit intelligible". On voit, en effet, que tout agit en vue d'une fin. Cette fin est atteinte de la même façon par tous, même par les être irrationnels, elle exclut le hasard. Or, ce qui poursuit une fin sans la connaître agit comme une flèche dans les mains de l'archer qui la dirige. Il existe donc un être intelligent qui dirige toutes les choses naturelles vers leur fin. Cet Être est Dieu.
Saint Anselme fournit une autre preuve connue, dans son Proslogion : l'essence de Dieu renfermant toutes les perfections contient nécessairement celle de l'être, donc Dieu est. " Si Dieu est Dieu, disait saint Bonaventure, Dieu est ". Saint Thomas a critiqué cet argument, mais il le récupère en le renforçant puisque, pour lui, non seulement Dieu ne peut pas être conçu comme non-être, mais son essence est d'être l'Être : " Absolument parlant, il est connu par soi que Dieu est, puisque cela même que Dieu est est son être " .
A ces preuves s'ajoutent d'autres arguments qui partent de l'esprit humain. Ils sont au nombre de trois. 1) Le premier : chaque homme expérimente sa dimension immatérielle, non seulement il agit, mais il sait qu'il agit et il sait qu'il sait. Cela, la matière en est incapable : un âne ne sait pas qu'il est un âne, mais un homme sait qu'il peut se comporter comme un âne. Il est donc doté de quelque chose en lui de non matériel, l'esprit, qu'il éprouve comme étant limité et fini. Il doit donc y avoir nécessairement un esprit infini qui en est la source : Dieu. 2) Le deuxième : tout homme désire être heureux, " même ceux qui vont se pendre ". Or, ce désir de bonheur, aucun bien fini ne peut le combler. L'homme reste insatisfait. " Mon cur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en toi ", clame saint Augustin. Il doit donc y avoir un Bien infini à l'origine de ce désir. Ce Bien infini est Dieu. Le cur humain, en effet, a été créé par Dieu et pour Dieu. 3) La troisième part de la loi naturelle inscrite dans la conscience qui sait spontanément qu'il faut faire le bien et éviter le mal. Cette loi qui n'a pas été posée par l'homme doit avoir son origine au-delà de lui : en Dieu. On le voit, cette dernière série d'arguments parle plus au cur qu'à la raison.

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Au terme de ce rapide aperçu, on peut constater que les preuves ne manquent pas. Toutefois, il importe de retenir que les preuves de l'existence de Dieu ne sont pas la cause de la foi. La foi, en effet, n'est pas le fruit d'une démonstration de l'existence de Dieu. Seul Dieu en est la cause. Autrement dit, la certitude de l'existence de Dieu est indépendante des démonstrations de son existence. S'il faut accorder quelque importance à celles-ci c'est parce que, en fondant les motifs de crédibilité, elles mettent sur le chemin de la foi, mais en aucun cas elles ne sauraient la causer. Il reste que, devant tant de raisons de croire, ce qui fait question au terme d'une réflexion purement rationnelle, et ne cesse de nous interroger, est moins l'affirmation de l'existence de Dieu à laquelle elle conduit que celle de sa non-existence.

Hervé Pasqua
Directeur de l'Institut Universitaire Saint-Melaine

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