La guerre est une chose si
horrible que je m'étonne comment le seul nom n'en donne
pas l'horreur",
s'écrie Bossuet. "La guerre est un mal qui déshonore
le genre humain", continue Fénelon. Et Paul VI
aux Nations-Unies en 1965 de poursuivre par cette exclamation
: "Jamais plus la guerre !".
D'ailleurs dans ce code qu'est le Décalogue, résumé
de la loi propre à notre nature humaine, n'est-il pas commandé
: "Tu ne tueras pas" (1) ? Et cependant, cette
conscience, où la voix de Dieu se fait entendre, et cette
raison, qui doit permettre à chacun de lire dans sa nature
cette loi confirmée par le Décalogue, n'ont pas
empêché l'homme de se battre jusqu'à tuer
son prochain. Conséquences du péché originel,
la colère et la convoitise sont présents en l'homme.
Depuis le meurtre d'Abel par son frère Caïn, les hommes
n'ont pas cessé de s'entretuer. ..
Sans même s'appuyer sur la révélation
du péché originel, le constat reste le même
si l'on observe l'histoire de l'humanité. L'homme, animal
raisonnable, recourt la plupart du temps pour résoudre
ses problèmes au hasard ou à la force brutale, ces
puissances aveugles contraires à la raison.
"C'est dans la mesure où l'on ne peut plus faire
"entendre raison", dans la mesure où la sagesse
est impuissante à résoudre telles difficultés
que les hommes en viennent aux mains, aux armes, à la violence,
à la guerre" (2).
Que ce soit entre individus ou entre communautés,
le recours à la force brutale jusqu'à ce jour n'a
pas cessé. Et si "l'Eglise presse instamment chacun
de prier et d'agir pour que la Bonté divine nous libère
de l'antique servitude de la guerre" (3), aussi longtemps
"que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas
d'autorité internationale compétente et disposant
de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements,
une fois épuisées toutes les possibilités
de règlements pacifiques, le droit de légitime défense"
(4).
L'autorité se doit de préserver le bien commun de
la société dont elle a la responsabilité,
ce qui, lisons-nous dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique,
"exige la mise hors d'état de nuire de l'agresseur"
(5). "La légitime défense peut être
non seulement un droit, mais un devoir grave, pour celui qui est
responsable de la vie d'autrui, du bien commun de la famille ou
de la cité" (6). Ainsi "les détenteurs
de l'autorité ont le droit de repousser par les armes les
agresseurs de la cité dont ils ont la charge"
(7).
"Tu ne tueras pas"
A la guerre, c'est un fait, on tue. La
guerre serait-elle alors une exception au "Tu ne tueras
pas" ? Bien sûr que non. A ce commandement, si
souvent rappelé et trop souvent incompris, l'Ecriture ne
manque pas d'ajouter quelques précisions.
Dans la Genèse, il est écrit : "Je
demanderai compte du sang de chacun de vous (...). Qui verse le
sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé. Car à
l'image de Dieu l'homme a été fait" (8).
Au livre de l'Exode, s'il est écrit "Tu
ne tueras pas", les versets suivants prescrivent la mise
à mort des fautifs dans les cas les plus graves : "Quiconque
frappe quelqu'un et cause sa mort sera mis à mort"
(9); "Si un homme va jusqu'à en tuer un autre par
ruse, tu l'arracheras même de mon autel pour qu'il soit
mis à mort" (10); "Qui frappe son père
ou sa mère devra être mis à mort"
(11); "Qui enlève un homme - qu'il l'ait déjà
vendu ou qu'on le trouve en sa possession - sera mis à
mort" (12)... Condamnation à mort de la magicienne
(13), du zoophile (14), etc.
Dans le Lévitique, les prescriptions ne sont pas
moins sévères (15). La raison en est donnée
au verset 7 du chapitre 23 du livre de l'Exode, repris
au livre de Daniel (16) : "Tu ne tueras pas l'innocent
et le juste".
Et le Christ lui-même ne proclame-t-il pas : "Si
quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi,
il serait préférable pour lui de se voir suspendre
autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et
d'être englouti en pleine mer" (17). Et notre Rédempteur
va même jusqu'à reconnaître à Pilate
ce pouvoir de crucifier, donc de le mettre à mort : "Tu
n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été
donné d'En Haut" (18). Saint Paul précisera
qu'en principe "les magistrats ne sont pas à craindre
quand on fait le bien, mais quand on fait le mal (...). (L'autorité)
est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains,
si tu fais le mal ; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le
glaive : elle est un instrument de Dieu pour faire la justice
et châtier qui fait le mal" (19).
"Le droit de glaive"
C'est de ce dernier texte que la tradition
catholique a retiré ce qu'on a appelé "le droit
de glaive". Le droit de glaive est ce droit qu'a le pouvoir
civil d'user de la force armée au service du bien, tant
sur le plan national qu'international.
Il n'y aurait donc pas de contradiction entre le fait d'être
chrétien et celui d'être soldat. Cependant l'enseignement
de Tertullien, d'Origène et de Lactance condamne tout service
militaire en raison d'une incompatibilité avec les devoirs
du chrétien. Il est vrai qu'avant Constantin des chrétiens
se sont fait un devoir de quitter l'armée romaine ou de
n'y pas rentrer. Mais s'"ils ont pris une telle décision,
ce n'était pas parce qu'ils considéraient la guerre
comme absolument immorale, mais parce qu'ils estimaient que les
coutumes idôlatriques en usage dans l'armée (20)
étaient incompatibles avec leur profession de la foi
chrétienne" (21).
D'ailleurs dans Saint Luc, des soldats interrogent Saint Jean
le Baptiste : "Et nous, que nous faut-il faire ?".
Il leur dit : "Ne molestez personne, n'extorquez rien,
et contentez-vous de votre solde" (22). Il ne leur demande
pas de quitter l'armée, mais seulement de ne pas mettre
leur force, leurs armes, au service du mensonge ou de l'injustice.
Et le Christ lui-même, s'il dit aux riches : "Quittez
vos richesses", ne dit pas au centurion "quitte
l'armée". Bien au contraire, il louera sa foi exprimée
en termes de pure hiérarchie militaire. Ernest Psichari
l'a remarquablement écrit : "un soldat a été
proclamé le premier dans l'ordre chrétien et un
autre est au pied de la croix, qui se découvre devant la
Face misérable, et qui dit : "cet homme était
vraiment le fils de Dieu". Et un autre encore s'appelle Corneille
(23), qui était le centenier dans une cohorte de
la Légion nommée l'Italienne et celui-là
fut le premier parmi les Gentils qui reçut le Saint-Esprit
avec la Parole de Jésus-Christ" (24). "Entre
tous les hommes, c'est le soldat qu'Il (le Christ) a choisi,
afin que la grandeur et la servitude du soldat fussent la figuration,
sur la terre, de la grandeur et de la servitude du chrétien"
(25).
Pas de société politique, pas de civilisation sans force
Il n'est pas de cité, pas de société
politique qui ne soient d'abord fondées sur la force.
Aristote l'avait dit : "Les villes sont nées de
l'amitié de quelques-uns contre quelques autres".
Les attributs du pouvoir souverain ont été, demeurent
et resteront : le glaive et la balance, c'est-à-dire la
force et la justice. Et la justice ne sera qu'un rêve chimérique
si la force d'un glaive n'est là pour en imposer les prescriptions,
appliquer les verdicts. Un pouvoir politique peut durer même
s'il est injuste alors qu'il s'effondrera certainement s'il n'est
suffisamment fort.
Pascal l'a fort bien dit : "Il est juste que ce qui est
juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus
fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante : la
force sans la justice tyrannique. La justice sans force est contredite,
parce qu'il y a toujours des méchants; la force sans la
justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice
et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort,
ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à
dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute.
Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que
la force a dit que c'était elle qui était juste.
Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort,
on a fait que ce qui est fort fût juste" (26).
Le militaire doit avoir la vertu de force et non le culte de la
force. C'est en cela qu'il est au service de la justice et qu'il
est artisan de paix.
Le militaire, artisan de paix
Car "la paix est oeuvre de justice"
(27). Le guerrier est donc un parfait pacifique s'il met sa force
au service de la justice. Pour la paix, certaines personnes peuvent
être prêtes à sacrifier quelques biens corporels
et spirituels. D'autres consacrent tout leur temps et leur réputation
à maintenir la paix comme certains diplomates.
Le militaire accepte plus, il accepte de sacrifier sa propre vie,
et de souffrir loin des siens, loin de tout, une mort souvent
tragique. C'est une des plus grandes preuves d'amour de la paix
que de s'exposer à ce qu'il y a de plus haïssable
: la mort souvent cruelle et douloureuse des champs de bataille.
Sa force est mise au service de l'amour de cette paix que Saint
Augustin appelle "la tranquillité dans l'ordre"
(28), et cela jusqu'à en mourir.
Tranquillité dans l'ordre qui permettra le bien commun
de tous, le bien de toutes ces personnes vivant dans la communauté
qui les a vu naître, les a nourris non seulement matériellement
mais aussi culturellement et moralement. "L'amour et le
service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance
et de l'ordre de la charité" (29). Or "il
n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on
aime" (30). Saint Grégoire de Nazianze, Père
de l'Eglise, a écrit que "si l'ordre sacerdotal
est le plus saint de tous, le militaire est le plus excellent".
Voilà pourquoi dans l'ordre temporel, le militaire,
le guerrier, qui donne sa vie pour les siens, se trouve à
la pointe suprême du politique dans ce qu'il a de plus grand.
Péguy contemple ce rôle du soldat dans l'ordre temporel,
ce temporel "essentiellement militaire" : "le
soldat mesure la quantité de terre où on parle une
langue, où règnent des moeurs, un esprit, une âme,
un culte, une race, le soldat mesure la quantité de terre
où une âme peut respirer. Le soldat mesure la quantité
de terre où un peuple ne meurt pas... le soldat romain
a mesuré la terre et séparé les peuples en
deux. Il y a ceux qui en ont été et ceux qui n'en
ont pas été. Ce qui fait que Virgile est dans Racine
et dans Victor Hugo, et Homère dans Racine et le Virgilien
dans le racinien, non point comme un étranger appris, mais
comme un frère et comme un père, ce n'est point
Virgile, même, c'est le soldat romain qui l'a fait"
(31). "Et c'est de même le chevalier qui a fait
la chrétienté, qui l'a rendue possible, et le glaive
royal qui a fait l'unité française" (32).
La constitution du Concile Vatican II "Gaudium et spes"
définit ainsi la vie militaire : "Ceux qui se dévouent
au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs
de la sécurité et de la liberté des peuples.
S'ils s'acquittent correctement de leur tâche, ils concourent
vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix"
(33).
Dans l'histoire de l'Eglise et la vie des saints
Les guerres et les guerriers ont joué
un rôle indéniable dans l'histoire de l'Eglise et
la vie des saints. Les exemples ne manquent pas.
Sans parler des guerres de l'Ancien Testament longues, cruelles,
et souvent sans pitié, mais cependant déclarées
sur l'ordre même de Dieu, dès les premiers siècles
chrétiens, des chefs et des soldats dans les légions
romaines, comme Saint Georges et Saint Maurice, combattent les
barbares qui menacent la paix romaine.
C'est après avoir vu dans le ciel, en pleine bataille,
une croix lumineuse avec cette inscription : "Par ce signe
tu vaincras" (34), que Constantin remportera la victoire
de Pont-Milvius et mettra fin aux persécutions chrétiennes.
"Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je croirai
en Toi", s'écrira Clovis au moment le plus incertain
de la bataille : la victoire de Tolbiac sera "le premier
sourire du Christ à la France chrétienne".
Si, en l'an 800, le jour de Noël, Charlemagne est couronné
Empereur d'Occident par le Pape Léon III, c'est pour le
récompenser d'avoir défendu la Chrétienté
les armes à la main contre les barbares.
Saint Louis sera célébré sur les autels pour
servir de modèle à tous les gouvernants non seulement
parce qu'il rendit la justice le plus parfaitement possible (la
balance) mais aussi parce qu'il sut tirer l'épée
(le glaive) pour défendre la terre temporelle témoin
du passage du Christ et surtout les chrétiens persécutés
de Palestine.
Sainte Jeanne d'Arc recevra de Dieu l'ordre de bouter les Anglais
hors de France.
Le premier dimanche d'octobre 1571, c'est la célèbre
victoire navale de Lépante qui sauvera la Chrétienté
de l'invasion musulmane. La fête de Notre-Dame de la Victoire,
qui deviendra la fête du Saint Rosaire, sera instituée
par le pape Saint Pie V car, outre la bravoure des marins, le
rosaire récité par la Chrétienté favorisa
la victoire.
C'est deux ans avant sa mort que Saint Vincent de Paul, ce grand
apôtre de la charité, offrira 20.000 livres d'or
pour financer (avec l'argent des pauvres !) une expédition
contre les pirates Turcs d'Alger qui ravageaient les rivages des
pays chrétiens, prenant les habitants en esclavage. Il
n'en reste pas moins le grand apôtre de la charité
car il aida et assista des frères en danger de mort.
Ces quelques mots du chanoine Henry Houche suffiront à
nous éclairer davantage : "Dans sa sagesse, Dieu
tire souvent le bien du mal, et même de la folie sanguinaire
des hommes. Les guerres ont parfois des répercussions inattendues
sur l'établissement du Royaume de Dieu en ce monde. La
victoire de Constantin et la défaite de Maxence donnèrent
la paix à l'Eglise. La victoire de Tolbiac inaugure la
vocation chrétienne de la France. La victoire de Lépante
sauva la Chrétienté. Les victoires de Jeanne d'Arc
préservèrent la France du schisme d'Henri VIII.
La victoire des Alliés en 1945 empêcha le racisme
et le néo-paganisme nazis de se répandre dans toute
l'Europe... " (35).
L'objecteur de conscience
Que penser alors, après tout ce
qui vient d'être dit, de ceux qui refusent, pour des motifs
de conscience, l'emploi des armes ?
L'Eglise enseigne que "la soumission à l'autorité
et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement
le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote, la
défense du pays" (36) car "l'amour et
le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance
et de l'ordre de la charité" (37).
Il est évident que ce refus est souvent dû à
une conscience mal formée méritant d'être
éclairée. L'Eglise, mère et maîtresse,
dans son infinie sagesse, propose que "les pouvoirs publics
pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des
motifs de conscience, refusent l'emploi des armes, tout en demeurant
tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine"
(38).
Quant aux motifs de conscience, une autre question se pose : quelle
doit être l'attitude du combattant en face du problème
de la guerre ? En principe, nous dit Vitoria : "Les simples
combattants auxquels il ne serait ni possible ni prudent de rendre
compte de toutes les raisons qui peuvent justifier une déclaration
de la guerre et dont l'opinion d'autre part n'aurait aucune influence
sur les décisions à prendre, ne sont pas tenus à
discuter les causes de la guerre; ils peuvent combattre en faisant
confiance à leurs supérieurs et se contenter de
savoir que la guerre est déclarée par suite d'une
délibération du conseil d'Etat" (39).
Mais si l'injustice de la guerre est évidente et donc contraire
à la loi naturelle, Léon XIII n'a pas craint d'affirmer
: "le commandement et l'exécution sont également
criminels" (40).
Les conditions de la "guerre juste"
Quelles sont donc les conditions de la
"juste guerre" ? Sa doctrine s'est élaborée
au cours des siècles essentiellement à partir de
Saint Augustin qui posa les bases de son développement.
Saint Thomas d'Aquin le reprenant dégagera trois conditions
essentielles dans sa "Somme" : l'autorité
du prince, une cause juste, l'intention droite (41).
Au XVIe siècle, en Espagne, à l'école de
Salamanque, le dominicain Francisco de Vitoria (1496-1546) et
le jésuite Francisco Suarez (1548-1617), tous deux théologiens
reconnus comme les véritables fondateurs du droit international,
développeront cette doctrine.
Vitoria insistera sur deux autres conditions essentielles : la
guerre doit être un moyen nécessaire (tous les autres
recours ont été épuisés) et un moyen
proportionné. Suarez ajoutera à la condition de
la juste cause, l'espérance fondée de la victoire.
Dans le "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
nous lisons : "Chacun des citoyens et des gouvernants
est tenu d'oeuvrer pour éviter les guerres (c'est là
l'intention droite). Aussi longtemps cependant que le risque
de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale
compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait
dénier aux gouvernements (c'est-à-dire à
l'autorité du prince), une fois épuisées
toutes les possibilités de règlements pacifiques,
le droit de légitime défense" (42).
Et le Catéchisme de préciser sur ce dernier point
: "Il faut considérer avec rigueur les strictes
conditions d'une légitime défense par la force militaire.
La gravité d'une telle décision la soumet à
des conditions rigoureuses de légitimité morale.
Il faut à la fois :
- que le dommage infligé par l'agresseur à la nation
ou à la communauté des nations soit durable, grave
et certain (la juste cause)
- que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés
impraticables ou inefficaces (le moyen nécessaire de
Vitoria)
- que soient réunies les conditions sérieuses
de succès (c'est-à-dire l'espérance de
la victoire de Suarez)
- que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des
désordres plus graves que le mal à éliminer.
La puissance des moyens modernes de destruction pèse très
lourdement dans l'appréciation de cette condition (nous
retrouvons là le moyen proportionné de Vitoria).
Ce sont les éléments traditionnels énumérés
dans la doctrine dite de la "guerre juste""
(43).
Première condition : une autorité légitime...
Tant que l'autorité mondiale espérée
par les Souverains Pontifes manquera de compétence et ne
disposera pas de forces suffisantes, c'est aux Etats, aux gouvernements
que revient le droit de légitime défense.
Mais quelle est cette autorité internationale souhaitée,
encouragée par les papes ? Le Pape Benoit XV, dans l'encyclique
"Pacem Dei munus" du 23 mai 1920, appelle "l'ensemble
des Etats", à s'unir "pour ne plus former
qu'une société". Tous ses successeurs le
feront également après lui.
Et c'est en 1963 que Jean XIII réaffirme avec force la
nécessité de promouvoir le bien commun universel
au moyen d'une autorité mondiale disposant d'un véritable
pouvoir de juridiction sur les Etats particuliers. "De
nos jours, proclame-t-il dans "Pacem in terris",
le bien commun universel pose des problèmes de dimensions
mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une
autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les
moyens d'action prennent eux aussi des dimensions mondiales et
qui puisse exercer son action sur toute l'étendue de la
terre. C'est donc l'ordre moral lui-même qui exige la constitution
d'une autorité publique de compétence universelle".
C'est pourquoi la constitution de la Société
des Nations (S.D.N.) en 1920 et celle de l'Organisation des Nations
Unies (O.N.U.) en 1945 ont été approuvées
dans leur principe. Mais Jean XXIII prend la précaution
de rappeler, toujours dans "Pacem in terris"
: "l'organisme de caractère général
dont l'autorité veille au plan mondial et qui possède
les moyens efficaces pour promouvoir le bien universel doit être
constitué par un accord unanime et non pas imposé
par la force". Et rappelant le principe de subsidiarité
il précise qu'"Il n'appartient pas à l'autorité
de la communauté de limiter l'action que les Etats exercent
dans leur sphère propre, ni de se substituer à eux".
Car de même que la famille est antérieure à
l'Etat, l'Etat est antérieur à la constitution de
cette "société des Etats" qui n'existe
qu'à l'état virtuel . L'autorité mondiale
dont parle l'Eglise n'a donc rien du "Super-Etat" désiré
par tant de lobbies mondialistes. Le Cardinal Casaroli, le 18
octobre 1985 aux Nation-Unies, après avoir rappelé
que l'O.N.U. "paraît réunir toutes les conditions
pour constituer d'une manière de plus en plus efficace
cette autorité régulatrice nécessaire",
prendra soin d'ajouter : "Votre organisation n'est pas
un gouvernement mondial !".
L'émergence d'une autorité mondiale effectivement
capable d'assurer le bien commun de l'humanité est inimaginable
dans le contexte actuel. C'est parce qu'elle dépend étroitement
d'un ensemble complexe de conditions politiques, économiques,
sociales et culturelles que le Père de Soras, dans son
manuel de "Morale internationale" (44), reconnaît
que "la mise en place d'une Haute Autorité mondiale
ainsi équilibrée ne saurait se faire d'un seul coup,
c'est sans doute une affaire de siècles; peut-être
même n'est-ce qu'une idée directrice destinée
à jouer à longueur d'Histoire le rôle "d'asymptote"
pour orienter au fil des événements l'effort de
création permanente auquel les hommes d'Etat doivent se
livrer. Il faut s'attendre à ne voir, en fait, établies
que des organisations internationales imparfaites, comme tout
ce qui est humain, comme le sont toutes les organisations nationales
réellement existantes. En d'autres termes, l'Organisation
internationale est une réalité à envisager
comme une réalité soumise à un perfectionnement
continu". Les gouvernements, les Etats, auront encore
pour longtemps un droit légitime de défense.
Deuxième et troisième conditions : une juste cause et une intention droite
Quel est donc le bien qui mérite
d'être défendu au point d'en arriver à la
guerre ? Si tout se vaut, ou si tout ne dépend que de simples
conventions, il est vain et même criminel de se battre pour
quelque motif que ce soit.
C'est tout différent si l'on peut observer, comme Saint
Augustin, que "toujours assurément les bons ont
persécuté les méchants : mais ceux-là
pour servir leur passion, ceux-ci la charité. Celui qui
assassine ne considère pas ce qu'il déchire; celui
qui soigne considère ce qu'il coupe. Celui-là en
veut à la santé, celui-ci à la gangrène.
Les impies ont tué les prophètes. Les prophètes
aussi ont tué les impies. Les juifs ont fouetté
le Christ. Le Christ aussi a fouetté les juifs. Les Apôtres
ont été livrés par des hommes à la
puissance des méchants. Mais les Apôtres aussi ont
livré des hommes à la puissance de Satan. En tout
cela, donc, que faut-il considérer, sinon lequel agit pour
la vérité, lequel pour l'iniquité, lequel
en vue de nuire, lequel en vue de corriger ?".
Texte qui ridiculise l'hypocrisie de ceux qui prétendent
condamner "toutes les violences d'où qu'elles viennent";
pareilles conceptions conduisant droit... "au renard libre
dans le poulailler libre".
D'ailleurs chacun croit légitime de se battre quand ce
qu'il préfère se trouve menacé. Cette réaction
est universelle. Mao Tse Toung avouait avec une franchise remarquable
: "nous sommes pour les guerres justes et contre les guerres
injustes. Toutes les guerres contre-révolutionnaires sont
injustes, toutes les guerres révolutionnaires sont justes"
(45).
L'Eglise, elle, exige qu'il y ait un dommage. C'est donc pour
rétablir l'ordre, cette "tranquillité de l'ordre"
qu'est la paix, qu'il y aura légitime défense, "guerre
juste". Cette guerre doit exclusivement concerner la défense
du bien commun menacé, bien commun de la nation ou de la
communauté des nations subissant un "dommage...
durable, grave et certain".
Le jésuite Taparelli d'Azeglio (1793-1862), qui affirma
la nécessité d'une organisation internationale chargée
de veiller au bien commun des peuples dans la lignée de
Vitoria et de Suarez, remarquait déjà en 1840 dans
son traité de droit naturel :
"Les rapports sont plus nécessaires et plus continuels
entre les nations qu'entre les individus et le triomphe de l'oppression
peut offrir des dangers plus grands et plus imminents pour tous
les peuples voisins; de là vient que la défense
de la nation opprimée n'est pas seulement un devoir de
bienveillance pour les peuples limitrophes, c'est encore pour
eux une question de salut public et d'intérêt international...
".
Dans un discours prononcé le 5
décembre 1992, au siège de la F.A.O.(46), le Saint-Siège
fait pour la première fois référence au devoir
d'ingérence humanitaire : "La conscience de l'humanité,
désormais soutenue par les dispositions du droit international
humanitaire, demande que soit rendue obligatoire l'ingérence
humanitaire dans les
situations qui compromettent gravement la survie de peuples et
de groupes ethniques entiers : c'est là un devoir pour
les nations et la communauté internationale, comme le rappellent
les orientations proposées à cette Conférence".
Le 16 janvier 1993, à
l'occasion de la cérémonie des voeux du corps diplomatique
accrédité auprès du Saint-Siège, en
présence des représentants de 145 pays différents,
Jean-Paul II précisa à propos du devoir d'ingérence
et des conditions dans lesquelles il s'impose : "le coeur
même de la vie internationale, ce ne sont pas tant les Etats
que les hommes (...). Il existe des intérêts qui
transcendent les Etats : ce sont les intérêts de
la personne humaine, ses droits". Ces "situations
qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes
ethniques entiers", "les intérêts
de la personne humaine, ses droits" fondent la juste
cause du devoir d'ingérence humanitaire.
Pour mieux comprendre, comparons la croisade et la "guerre
sainte" musulmane, dite Djihad. La "guerre sainte"
est une guerre offensive et permanente contre les impies; la cause
: c'est l'impiété. La croisade fut, au contraire,
une guerre défensive et n'a pas eu pour but de propager
par les armes la Foi mais de secourir d'anciens pays chrétiens
où le peuple fidèle à l'Eglise était
persécuté. Quelle que fut l'attitude des croisés,
la croisade eut une juste cause.
Cependant, il faut aussi qu'il y ait, comme le dit Saint Thomas,
"une intention droite chez ceux qui font la guerre;
c'est-à-dire qu'on doit se proposer de promouvoir le bien
ou d'éviter le mal (...). Ceux qui font des guerres justes
se proposent la paix. Et par suite, ils ne s'opposent pas à
la paix, sinon à la paix mauvaise que le Seigneur "n'est
pas venu apporter sur terre", selon Saint Matthieu"
(47).
Si le devoir d'ingérence conduit à l'emploi des
armes, pour qu'il y ait intention droite, l'intervention doit
avoir pour seul objectif de désarmer l'injuste agresseur.
Ajoutons que dans le même camp, certains peuvent mener une
guerre juste car ils ont pour souci premier de rétablir
la justice et la paix, et d'autres non, s'ils sont motivés
par le désir de vengeance, la volonté de puissance,
l'esprit de lucre, etc.
Quatrième,
cinquième et sixième conditions :
le
dernier recours, un moyen proportionné à l'enjeu
et une chance raisonnable de succès
Il faut encore, pour qu'il y ait guerre
juste, "que toutes les possibilités de règlements
pacifiques" soient épuisées, "que
tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés
impraticables ou inefficaces", rappelle Jean-Paul
II qui, dans le même discours du 16 janvier 1993, précise
plus loin à propos du devoir d'ingérence humanitaire
: "Une fois que toutes les possibilités offertes
par les négociations diplomatiques, les processus prévus
par les conventions et les organisations internationales, ont
été mis en oeuvre et que, malgré cela, des
populations sont en train de succomber sous les coups d'un injuste
agresseur, les Etats n'ont plus le "droit à l'indifférence".
Il semble bien que leur devoir soit de désarmer cet agresseur,
si tous les autres moyens se sont avérés insuffisants".
"Ainsi donc, commente "Permanences", le
"droit" d'ingérence (mais Jean-Paul II parle
plus volontiers d'un "devoir" d'ingérence) peut
aller jusqu'à légitimer l'emploi de la force militaire.
A condition que les critères qui traditionnellement sont
ceux de la "juste guerre" (critères dont on ne
peut faire abstraction), soient effectivement réunis, à
savoir : une juste cause (la sauvegarde des droits fondamentaux
de la personne humaine ou la survie de peuples entiers), l'intention
droite (l'intention ayant pour seul objectif de désarmer
l'injuste agresseur) et le dernier recours (toutes les possibilités
de règlement pacifique du conflit offertes par la diplomatie
ayant réellement échoué)... étant
entendu que le remède ne doit pas non plus s'avérer
pire que le mal (proportionnalité des moyens par rapport
à l'enjeu)" (48).
Quant à ce dernier point relatif à la cinquième
condition, le "Catéchisme de l'Eglise Catholique"
confirme qu'il faut que "l'emploi des armes n'entraîne
pas des maux et des désordres plus graves que le mal à
éliminer". Or "la puissance des moyens
modernes de destruction pèse très lourdement dans
l'appréciation de cette condition" (49).
Ce qui fit dire à Pie XII que si les dommages entraînés
par la guerre étaient plus graves que ceux de l'injustice
tolérée, on pouvait avoir l'obligation morale de
subir l'injustice...
Enfin, quant à la sixième et dernière condition
: une chance raisonnable de succès, l'autorité légitime
devra se demander si les dommages entraînés par la
guerre ne le seront pas en pure perte.
Toutes ces conditions doivent être réunies et "loin
de remettre en cause la théorie de la "juste guerre",
les dimensions terrifiantes et parfaitement inédites que
la guerre moderne peut prendre depuis l'apparition des armements
nucléaires et autres moyens de destruction et d'extermination
massives, ne font que renforcer le bien-fondé de ces différents
critères, en particulier la proportionnalité des
moyens à la gravité des enjeux" (50).
Comment l'Eglise humanisa la guerre
Et cependant l'amiral Auphan n'a pas craint
de dire : "en vérité (...) ces considérations
sur la légitimité de la guerre ont moins d'importance
pratique que ce que l'Eglise enseigne sur la manière de
la faire" (51).
Dans toutes les guerres, chacune des parties se croit dans son
droit. "C'est pourquoi (...) au niveau de l'exécutant,
la manière de faire la guerre sans traiter autrui, fût-il
ennemi, comme on ne voudrait pas soi-même être traité,
a plus d'importance en définitive que sa justification
de principe devant Dieu, dont, sur l'heure, il est difficile de
juger" (52).
Et l'Eglise l'a bien compris, elle qui s'est surtout attachée
à humaniser la manière de faire la guerre. La distinction
fondamentale qu'elle fit entre les combattants et les non-combattants
est la "clef de l'action civilisatrice de l'Occident au
cours des siècles".
Cette distinction commence avec la "paix de Dieu"
instituée par l'Eglise au Xè siècle : elle
défend de faire violence aux femmes, aux paysans, à
tous ceux qui se sont réfugiés dans un lieu de culte
ou sur une terre ecclésiastique.
Au siècle suivant, cette distinction se fortifie avec la
"trêve de Dieu" : tout acte de guerre est interdit
du 1er dimanche de l'Avent à l'Epiphanie, du mercredi des
Cendres à l'Ascension et toutes fins de semaines du mercredi
soir au lundi matin, c'est-à-dire environ les deux tiers
de l'année.
Les prisonnier ne sont plus mis à mort ou asservis comme
autrefois. La rançon est limitée à 50% du
revenu annuel du captif. L'usage de l'arbalète est interdit
entre chrétiens, car jugé trop cruel. Enfin l'Eglise
institue la chevalerie et cherche ainsi à développer
le sens moral de ceux qui portent les armes. Le militaire dans
la droite ligne de la chevalerie fait le sacrifice de sa vie pour
protéger ses semblables ou défendre les valeurs
qu'ils incarnent, il est comme nous l'avons vu le parfait pacificateur.
Les conventions de La Haye (1899-1907) codifièrent cette
distinction fondamentale entre combattants et non-combattants.
"D'une manière générale, de 1914
à 1918, sur le front terrestre, on ne s'est battu qu'entre
militaires en uniforme et pour des objectifs d'intérêt
militaire sans chercher systématiquement à nuire
aux non-combattants. Si ceux-ci attrapaient parfois des éclaboussures,
on ne le faisait pas exprès" (53).
Deux techniques nouvelles vont tout changer : d'une part la guerre
subversive, d'autre part le bombardement systématique des
non-combattants.
La guerre subversive
"La guerre subversive se caractérise par une perversion égale et fatale de la fin et des moyens. La fin n'est pas comme auparavant la défense d'une frontière, l'occupation d'une province contestée, l'obtention d'un avantage économique... Non. C'est le renversement par la violence du régime en place chez l'adversaire et l'instauration d'un autre incarnant l'idéologie soi-disant plus démocratique pour laquelle on combat. Les moyens, ce sont le martelage cérébral par la radio, les attentats, les sabotages, les assassinats ordonnés dans l'ombre par des anonymes ou des irresponsables, tombant le plus souvent sur d'innocentes victimes, provoquant l'escalade d'injustes représailles ou d'indignes tortures, faisant perdre la tête aux mainteneurs de l'ordre, préparant en définitive le peuple, lassé par un tel laminage, à accepter n'importe quelle servitude" (54).
Le bombardement systématique des non-combattants
C'est à partir de la seconde guerre
mondiale que le bombardement systématique des agglomérations
urbaines a commencé.
Avant les objectifs n'étaient que militaires. L'amiral
Auphan rapporte : "L'Angleterre eut 62.000 civils tués.
Le bombardement terroriste des villes allemandes, même sans
aucun intérêt industriel, prit une ampleur jamais
atteinte auparavant : 55.000 morts à Cologne, 50.000 à
Hambourg, plus de 100.000 à Dresde en une seule nuit. Pour
finir, les bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki ont donné
à la guerre moderne une dimension inhumaine" (55).
Le Concile Vatican II a qualifié de "crime contre
Dieu, tout acte de guerre qui tend indistinctement à la
destruction de villes entières ou de vastes régions
avec leurs habitants" (56).
La guerre subversive est en un sens plus terrible. Car là
où le bombardement détruit physiquement, la guerre
subversive s'attaque aux âmes.
Ces deux nouveautés sont aux antipodes de ce que l'Eglise
avait progressivement façonné dans les moeurs. Cependant
cette Mère bienveillante continue d'enseigner ce que la
raison humaine devrait sans cesse reconnaître : "la
validité permanente de la loi morale durant les conflits
armés" (57) ainsi que le devoir de "respecter
et de traiter avec humanité les non-combattants, les soldats
blessés, et les prisonniers" (58). Toutes les
actions et les ordres contraires à tout cela sont des crimes
et "une obéissance aveugle ne suffit pas à
excuser ceux qui s'y soumettent" (59).
Le désarmement
Il est un dernier point qu'il nous faut
aborder : c'est le problème du désarmement. L'accumulation
des armes, la course aux armements et le surarmement multiplient
les risques de guerre. En principe, supprimer ou au moins limiter
les armements de chaque puissance contribuerait donc à
empêcher la violence internationale.
Mais une fois le principe posé, son application est autrement
plus délicate. Il faut pour cela une confiance réciproque.
Jean XXIII souligne dans l'encyclique "Mater et Magistra"
: "Les hommes n'arrivent pas à s'entendre faute
de confiance réciproque (...). La confiance réciproque
ne peut naître et se renforcer que dans le respect de l'ordre
moral (...). Mais l'ordre moral ne peut s'édifier que sur
Dieu" (60). Sans morale commune, il sera difficile pour
les différents Etats d'avoir assez confiance les uns dans
les autres. Pie XII préconise à défaut de
cette morale commune l'acceptation d'un contrôle international
comme test de l'intention droite : "Accepter le contrôle,
dit-il dans son message de Noël 1956, voilà le
point crucial à franchir sur lequel chaque nation montrera
sa volonté même de paix ".
"Aucune procédure internationale, poursuit l'amiral
Auphan, ne doit être négligée pour tâcher
de réduire d'un commun accord les armements atomiques ou
pas; pour humaniser la guerre, comme l'Eglise y a réussi
autrefois, en limitant, détail par détail, les dégâts
qu'elle fait dans le tissu social des non-combattants; pour prohiber
au moins des procédés comme la guerre des microbes,
capables de ravager l'espèce humaine aussi radicalement
que la myxomatose l'a fait pour les lapins. Mais un accord à
l'échelle de la planète n'est viable que si le dénominateur
commun entre les hommes qu'est la loi naturelle est admis par
tous" (61).
Seule la loi naturelle propre à tout homme peut fonder
la paix. La loi naturelle, c'est la paix parce que la suivre c'est
agir selon l'ordre voulu par Dieu, c'est faire Sa Volonté.
C'est répondre à Celui qui nous a aimé le
premier. Or c'est cette loi naturelle qui aujourd'hui subit le
plus d'attaques.
D'où le rappel de son importance par Jean-Paul II dans
ses encycliques les plus récentes : "Veritatis
Splendor" et "Evangelium vitae". C'est
parce que cette loi n'est pas suivie que les injustices, les inégalités
excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance
et l'orgueil sévissant entre les hommes et les nations
menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout faire
et bien le faire, dans le respect de la loi propre à notre
nature, pour vaincre ces désordres contribue à édifier
la paix et à éviter la guerre.
Il serait bon cependant de se rappeler que "dans la mesure
où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre
menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans
la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent
le péché, ils surmontent aussi la violence jusqu'à
l'accomplissement de cette parole : "Ils forgeront leurs
glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne lèvera
pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre"
(Is 2, 4)" (62).
Bien des étapes doivent être franchies avant d'en
arriver là. Le péché actuel est essentiellement
social : on vit comme si Dieu n'existait pas. Or rien ne peut
se construire de durable sans le Prince de la Paix. Ainsi le laïc
chrétien et l'homme de bonne volonté, qu'il soit
soldat ou simple civil, se doivent de connaître, d'aimer
et donc de servir l'enseignement social et politique de l'Eglise,
fille de Notre Dame de la Paix et Corps Mystique du Prince de
la Paix, et c'est ainsi qu'ils deviendront artisans de paix. Jésus-Christ
n'a-t-il pas dit dans son Sermon sur la montagne : "Bienheureux
les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu"
(63) ?
PERMANENCES
337
Jean-Sébastien SARNY
1 - "Exode", 20, 13.
2 - André Roche, "Force ou raison ?"
in "Permanences" n° 89, p. 23.
3 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2307.
4 - "Gaudium et spes", 79, § 4.
5 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2266.
6 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2265.
7 - Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2266.
8 - "Genèse", 9, 5-9.
9 - "Exode", 21, 12.
10 - "Exode", 21, 14.
11 - "Exode", 21, 15.
12 - "Exode", 21, 16.
13 - "Exode", 22, 17.
14 - "Exode", 22, 18.
15 - Cf. par exemple : Lv 20 (1-3, 9-18, 27 ; 21,
9 ; 24, 16...).
16 - Dn, 13, 53.
17 - Matthieu, 27, 6.
18 - Jean, 19, 11.
19 Romains, 13, 3-4. Les chrétiens pacifistes brandissent
à chaque instant le précepte évangélique
"Qui se sert de l'épée,périra par
l'épée" (Saint Matthieu, 26, 52). On trouve
également dans l'Evangile ce précepte : "Que
celui qui n'a point d'épée vende son manteau pour
en acheter une" (Saint Luc, 22, 36),prononcé après
la Cène, lors du départ pour le Mont des Oliviers,
qui exprime clairement le droit et la nécessité
d'être armé quand les circonstances l'exigent; ces
deux préceptes ne s'excluent pas, mais se complètent.
20 - Après la victoire, il fallait prononcer la
formule rituelle : "Voici ô Jupiter que nous te
consacrons et t'offrons un boeuf aux cornes dorées".
21 - René Coste, "Le problème
du droit de guerre dans la pensée de Pie XII",
Aubier, 1962, p. 31.
22 - Luc 3, 14.
23 - Ac, 10.
24 - Ernest Psichari, "Le voyage du Centurion",
Ed. Conard, Paris 1937, p. 156.
25 - Ibid. p. 179.
26 - Pascal, "Pensées", n°
298.
27 - Isaïe, 32, 17. "Opus justitiae pax"
fut la devise de Pie XII.
28 - Saint Augustin, "La Cité de Dieu",
19, 13.
29 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2239.
30 - Jean, 15, 13.
31 - Charles Péguy, "L'argent "suite,
La Pléïade, oeuvre en prose, p. 1216 et 1217.
32 - Jean-Marie Schmitz, "La guerre moderne",
in "Force et violence", Actes du congrès de Lausanne,
1972, p. 40.
33 - "Gaudium et spes", 79, § 4 et
dans le "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2310.
34 - "In hoc signo vinces".
35 - Discours du 11 novembre 1960 en la cathédrale
de Bône.
36 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2240.
37 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2239.
38 - "Gaudium et spes", 79, § 3 et
C.E.C. n° 2311.
39 - Vitoria, "De Jure Belli", 25.
40 - "Diuturnum", 1881.
41 - Cf. "Somme théologique", IIa
IIae, qu. 40, art. 1.
42 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2308.
43 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique,
n° 2309.
44 - Alfred de Soras s.j., "Morale internationale",
Ed. Fayard coll. Je sais-Je crois, 1961.
45 - Mao Tse Toung, "Oeuvres choisies",
T. I, p. 215.
46 - Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation
et l'Agriculture.
47 - "Somme théologique" IIa IIae,
qu. 40, art. 1 : "est-ce toujours un péché
de faire la guerre ?".
48 - Olivier Drapé, "Droit d'ingérence
: à la recherche d'une légitimité",
in "Permanences" n° 306, p. 12-13.
49 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2309.
50 - "Permanences" n° 306, p. 7.
51 - Amiral Paul Auphan, "La guerre et le droit
naturel", in "Politique et loi naturelle",
Actes du congrès de Lausanne 1967.
52 - Ibid.
53 - Ibid.
54 - Ibid.
55 - Ibid.
56 - "Gaudium et spes", 80, § 4.
57 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2312.
58 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique",
n° 2313.
59 - Ibid.
60 - Encyclique "Mater et Magistra", §
204 à 209.
61 - Amiral Auphan, opus cit.
62 - "Gaudium et spes", 78, § 3.
63 - Matthieu, 5, 9.
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