Existe-t-il de justes guerres ?

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La guerre est une chose si horrible que je m'étonne comment le seul nom n'en donne pas l'horreur", s'écrie Bossuet. "La guerre est un mal qui déshonore le genre humain", continue Fénelon. Et Paul VI aux Nations-Unies en 1965 de poursuivre par cette exclamation : "Jamais plus la guerre !".
D'ailleurs dans ce code qu'est le Décalogue, résumé de la loi propre à notre nature humaine, n'est-il pas commandé : "Tu ne tueras pas" (1) ? Et cependant, cette conscience, où la voix de Dieu se fait entendre, et cette raison, qui doit permettre à chacun de lire dans sa nature cette loi confirmée par le Décalogue, n'ont pas empêché l'homme de se battre jusqu'à tuer son prochain. Conséquences du péché originel, la colère et la convoitise sont présents en l'homme. Depuis le meurtre d'Abel par son frère Caïn, les hommes n'ont pas cessé de s'entretuer. ..



Sans même s'appuyer sur la révélation du péché originel, le constat reste le même si l'on observe l'histoire de l'humanité. L'homme, animal raisonnable, recourt la plupart du temps pour résoudre ses problèmes au hasard ou à la force brutale, ces puissances aveugles contraires à la raison.
"C'est dans la mesure où l'on ne peut plus faire "entendre raison", dans la mesure où la sagesse est impuissante à résoudre telles difficultés que les hommes en viennent aux mains, aux armes, à la violence, à la guerre" (2).

Que ce soit entre individus ou entre communautés, le recours à la force brutale jusqu'à ce jour n'a pas cessé. Et si "l'Eglise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bonté divine nous libère de l'antique servitude de la guerre" (3), aussi longtemps "que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlements pacifiques, le droit de légitime défense" (4).
L'autorité se doit de préserver le bien commun de la société dont elle a la responsabilité, ce qui, lisons-nous dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique, "exige la mise hors d'état de nuire de l'agresseur" (5). "La légitime défense peut être non seulement un droit, mais un devoir grave, pour celui qui est responsable de la vie d'autrui, du bien commun de la famille ou de la cité" (6). Ainsi "les détenteurs de l'autorité ont le droit de repousser par les armes les agresseurs de la cité dont ils ont la charge" (7).

"Tu ne tueras pas"

A la guerre, c'est un fait, on tue. La guerre serait-elle alors une exception au "Tu ne tueras pas" ? Bien sûr que non. A ce commandement, si souvent rappelé et trop souvent incompris, l'Ecriture ne manque pas d'ajouter quelques précisions.
Dans la Genèse, il est écrit : "Je demanderai compte du sang de chacun de vous (...). Qui verse le sang de l'homme, par l'homme aura son sang versé. Car à l'image de Dieu l'homme a été fait" (8).
Au livre de l'Exode, s'il est écrit "Tu ne tueras pas", les versets suivants prescrivent la mise à mort des fautifs dans les cas les plus graves : "Quiconque frappe quelqu'un et cause sa mort sera mis à mort" (9); "Si un homme va jusqu'à en tuer un autre par ruse, tu l'arracheras même de mon autel pour qu'il soit mis à mort" (10); "Qui frappe son père ou sa mère devra être mis à mort" (11); "Qui enlève un homme - qu'il l'ait déjà vendu ou qu'on le trouve en sa possession - sera mis à mort" (12)... Condamnation à mort de la magicienne (13), du zoophile (14), etc.
Dans le Lévitique, les prescriptions ne sont pas moins sévères (15). La raison en est donnée au verset 7 du chapitre 23 du livre de l'Exode, repris au livre de Daniel (16) : "Tu ne tueras pas l'innocent et le juste".
Et le Christ lui-même ne proclame-t-il pas : "Si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer" (17). Et notre Rédempteur va même jusqu'à reconnaître à Pilate ce pouvoir de crucifier, donc de le mettre à mort : "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'En Haut" (18). Saint Paul précisera qu'en principe "les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal (...). (L'autorité) est un instrument de Dieu pour te conduire au bien. Mais crains, si tu fais le mal ; car ce n'est pas pour rien qu'elle porte le glaive : elle est un instrument de Dieu pour faire la justice et châtier qui fait le mal" (19).

"Le droit de glaive"

C'est de ce dernier texte que la tradition catholique a retiré ce qu'on a appelé "le droit de glaive". Le droit de glaive est ce droit qu'a le pouvoir civil d'user de la force armée au service du bien, tant sur le plan national qu'international.
Il n'y aurait donc pas de contradiction entre le fait d'être chrétien et celui d'être soldat. Cependant l'enseignement de Tertullien, d'Origène et de Lactance condamne tout service militaire en raison d'une incompatibilité avec les devoirs du chrétien. Il est vrai qu'avant Constantin des chrétiens se sont fait un devoir de quitter l'armée romaine ou de n'y pas rentrer. Mais s'"ils ont pris une telle décision, ce n'était pas parce qu'ils considéraient la guerre comme absolument immorale, mais parce qu'ils estimaient que les coutumes idôlatriques en usage dans l'armée (20) étaient incompatibles avec leur profession de la foi chrétienne" (21).
D'ailleurs dans Saint Luc, des soldats interrogent Saint Jean le Baptiste : "Et nous, que nous faut-il faire ?". Il leur dit : "Ne molestez personne, n'extorquez rien, et contentez-vous de votre solde" (22). Il ne leur demande pas de quitter l'armée, mais seulement de ne pas mettre leur force, leurs armes, au service du mensonge ou de l'injustice.
Et le Christ lui-même, s'il dit aux riches : "Quittez vos richesses", ne dit pas au centurion "quitte l'armée". Bien au contraire, il louera sa foi exprimée en termes de pure hiérarchie militaire. Ernest Psichari l'a remarquablement écrit : "un soldat a été proclamé le premier dans l'ordre chrétien et un autre est au pied de la croix, qui se découvre devant la Face misérable, et qui dit : "cet homme était vraiment le fils de Dieu". Et un autre encore s'appelle Corneille (23), qui était le centenier dans une cohorte de la Légion nommée l'Italienne et celui-là fut le premier parmi les Gentils qui reçut le Saint-Esprit avec la Parole de Jésus-Christ" (24). "Entre tous les hommes, c'est le soldat qu'Il (le Christ) a choisi, afin que la grandeur et la servitude du soldat fussent la figuration, sur la terre, de la grandeur et de la servitude du chrétien" (25).

Pas de société politique, pas de civilisation sans force

Il n'est pas de cité, pas de société politique qui ne soient d'abord fondées sur la force.
Aristote l'avait dit : "Les villes sont nées de l'amitié de quelques-uns contre quelques autres". Les attributs du pouvoir souverain ont été, demeurent et resteront : le glaive et la balance, c'est-à-dire la force et la justice. Et la justice ne sera qu'un rêve chimérique si la force d'un glaive n'est là pour en imposer les prescriptions, appliquer les verdicts. Un pouvoir politique peut durer même s'il est injuste alors qu'il s'effondrera certainement s'il n'est suffisamment fort.
Pascal l'a fort bien dit : "Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante : la force sans la justice tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu'il y a toujours des méchants; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n'a pu donner la force à la justice, parce que la force a dit que c'était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste" (26). Le militaire doit avoir la vertu de force et non le culte de la force. C'est en cela qu'il est au service de la justice et qu'il est artisan de paix.

Le militaire, artisan de paix

Car "la paix est oeuvre de justice" (27). Le guerrier est donc un parfait pacifique s'il met sa force au service de la justice. Pour la paix, certaines personnes peuvent être prêtes à sacrifier quelques biens corporels et spirituels. D'autres consacrent tout leur temps et leur réputation à maintenir la paix comme certains diplomates.
Le militaire accepte plus, il accepte de sacrifier sa propre vie, et de souffrir loin des siens, loin de tout, une mort souvent tragique. C'est une des plus grandes preuves d'amour de la paix que de s'exposer à ce qu'il y a de plus haïssable : la mort souvent cruelle et douloureuse des champs de bataille. Sa force est mise au service de l'amour de cette paix que Saint Augustin appelle "la tranquillité dans l'ordre" (28), et cela jusqu'à en mourir.
Tranquillité dans l'ordre qui permettra le bien commun de tous, le bien de toutes ces personnes vivant dans la communauté qui les a vu naître, les a nourris non seulement matériellement mais aussi culturellement et moralement. "L'amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l'ordre de la charité" (29). Or "il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" (30). Saint Grégoire de Nazianze, Père de l'Eglise, a écrit que "si l'ordre sacerdotal est le plus saint de tous, le militaire est le plus excellent".
Voilà pourquoi dans l'ordre temporel, le militaire, le guerrier, qui donne sa vie pour les siens, se trouve à la pointe suprême du politique dans ce qu'il a de plus grand. Péguy contemple ce rôle du soldat dans l'ordre temporel, ce temporel "essentiellement militaire" : "le soldat mesure la quantité de terre où on parle une langue, où règnent des moeurs, un esprit, une âme, un culte, une race, le soldat mesure la quantité de terre où une âme peut respirer. Le soldat mesure la quantité de terre où un peuple ne meurt pas... le soldat romain a mesuré la terre et séparé les peuples en deux. Il y a ceux qui en ont été et ceux qui n'en ont pas été. Ce qui fait que Virgile est dans Racine et dans Victor Hugo, et Homère dans Racine et le Virgilien dans le racinien, non point comme un étranger appris, mais comme un frère et comme un père, ce n'est point Virgile, même, c'est le soldat romain qui l'a fait" (31). "Et c'est de même le chevalier qui a fait la chrétienté, qui l'a rendue possible, et le glaive royal qui a fait l'unité française" (32).
La constitution du Concile Vatican II "Gaudium et spes" définit ainsi la vie militaire : "Ceux qui se dévouent au service de la patrie dans la vie militaire sont des serviteurs de la sécurité et de la liberté des peuples. S'ils s'acquittent correctement de leur tâche, ils concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix" (33).

Dans l'histoire de l'Eglise et la vie des saints

Les guerres et les guerriers ont joué un rôle indéniable dans l'histoire de l'Eglise et la vie des saints. Les exemples ne manquent pas.
Sans parler des guerres de l'Ancien Testament longues, cruelles, et souvent sans pitié, mais cependant déclarées sur l'ordre même de Dieu, dès les premiers siècles chrétiens, des chefs et des soldats dans les légions romaines, comme Saint Georges et Saint Maurice, combattent les barbares qui menacent la paix romaine.
C'est après avoir vu dans le ciel, en pleine bataille, une croix lumineuse avec cette inscription : "Par ce signe tu vaincras" (34), que Constantin remportera la victoire de Pont-Milvius et mettra fin aux persécutions chrétiennes.
"Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je croirai en Toi", s'écrira Clovis au moment le plus incertain de la bataille : la victoire de Tolbiac sera "le premier sourire du Christ à la France chrétienne".
Si, en l'an 800, le jour de Noël, Charlemagne est couronné Empereur d'Occident par le Pape Léon III, c'est pour le récompenser d'avoir défendu la Chrétienté les armes à la main contre les barbares.
Saint Louis sera célébré sur les autels pour servir de modèle à tous les gouvernants non seulement parce qu'il rendit la justice le plus parfaitement possible (la balance) mais aussi parce qu'il sut tirer l'épée (le glaive) pour défendre la terre temporelle témoin du passage du Christ et surtout les chrétiens persécutés de Palestine.
Sainte Jeanne d'Arc recevra de Dieu l'ordre de bouter les Anglais hors de France.
Le premier dimanche d'octobre 1571, c'est la célèbre victoire navale de Lépante qui sauvera la Chrétienté de l'invasion musulmane. La fête de Notre-Dame de la Victoire, qui deviendra la fête du Saint Rosaire, sera instituée par le pape Saint Pie V car, outre la bravoure des marins, le rosaire récité par la Chrétienté favorisa la victoire.
C'est deux ans avant sa mort que Saint Vincent de Paul, ce grand apôtre de la charité, offrira 20.000 livres d'or pour financer (avec l'argent des pauvres !) une expédition contre les pirates Turcs d'Alger qui ravageaient les rivages des pays chrétiens, prenant les habitants en esclavage. Il n'en reste pas moins le grand apôtre de la charité car il aida et assista des frères en danger de mort.
Ces quelques mots du chanoine Henry Houche suffiront à nous éclairer davantage : "Dans sa sagesse, Dieu tire souvent le bien du mal, et même de la folie sanguinaire des hommes. Les guerres ont parfois des répercussions inattendues sur l'établissement du Royaume de Dieu en ce monde. La victoire de Constantin et la défaite de Maxence donnèrent la paix à l'Eglise. La victoire de Tolbiac inaugure la vocation chrétienne de la France. La victoire de Lépante sauva la Chrétienté. Les victoires de Jeanne d'Arc préservèrent la France du schisme d'Henri VIII. La victoire des Alliés en 1945 empêcha le racisme et le néo-paganisme nazis de se répandre dans toute l'Europe... " (35).

L'objecteur de conscience

Que penser alors, après tout ce qui vient d'être dit, de ceux qui refusent, pour des motifs de conscience, l'emploi des armes ?
L'Eglise enseigne que "la soumission à l'autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l'exercice du droit de vote, la défense du pays" (36) car "l'amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l'ordre de la charité" (37).
Il est évident que ce refus est souvent dû à une conscience mal formée méritant d'être éclairée. L'Eglise, mère et maîtresse, dans son infinie sagesse, propose que "les pouvoirs publics pourvoiront équitablement au cas de ceux qui, pour des motifs de conscience, refusent l'emploi des armes, tout en demeurant tenus de servir sous une autre forme la communauté humaine" (38).
Quant aux motifs de conscience, une autre question se pose : quelle doit être l'attitude du combattant en face du problème de la guerre ? En principe, nous dit Vitoria : "Les simples combattants auxquels il ne serait ni possible ni prudent de rendre compte de toutes les raisons qui peuvent justifier une déclaration de la guerre et dont l'opinion d'autre part n'aurait aucune influence sur les décisions à prendre, ne sont pas tenus à discuter les causes de la guerre; ils peuvent combattre en faisant confiance à leurs supérieurs et se contenter de savoir que la guerre est déclarée par suite d'une délibération du conseil d'Etat" (39).
Mais si l'injustice de la guerre est évidente et donc contraire à la loi naturelle, Léon XIII n'a pas craint d'affirmer : "le commandement et l'exécution sont également criminels" (40).

Les conditions de la "guerre juste"

Quelles sont donc les conditions de la "juste guerre" ? Sa doctrine s'est élaborée au cours des siècles essentiellement à partir de Saint Augustin qui posa les bases de son développement.
Saint Thomas d'Aquin le reprenant dégagera trois conditions essentielles dans sa "Somme" : l'autorité du prince, une cause juste, l'intention droite (41).
Au XVIe siècle, en Espagne, à l'école de Salamanque, le dominicain Francisco de Vitoria (1496-1546) et le jésuite Francisco Suarez (1548-1617), tous deux théologiens reconnus comme les véritables fondateurs du droit international, développeront cette doctrine.
Vitoria insistera sur deux autres conditions essentielles : la guerre doit être un moyen nécessaire (tous les autres recours ont été épuisés) et un moyen proportionné. Suarez ajoutera à la condition de la juste cause, l'espérance fondée de la victoire.
Dans le "Catéchisme de l'Eglise Catholique", nous lisons : "Chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'oeuvrer pour éviter les guerres (c'est là l'intention droite). Aussi longtemps cependant que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements (c'est-à-dire à l'autorité du prince), une fois épuisées toutes les possibilités de règlements pacifiques, le droit de légitime défense" (42).
Et le Catéchisme de préciser sur ce dernier point : "Il faut considérer avec rigueur les strictes conditions d'une légitime défense par la force militaire. La gravité d'une telle décision la soumet à des conditions rigoureuses de légitimité morale. Il faut à la fois :
- que le dommage infligé par l'agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain
(la juste cause)
- que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces (le moyen nécessaire de Vitoria)
- que soient réunies les conditions sérieuses de succès (c'est-à-dire l'espérance de la victoire de Suarez)
- que l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l'appréciation de cette condition (nous retrouvons là le moyen proportionné de Vitoria).
Ce sont les éléments traditionnels énumérés dans la doctrine dite de la "guerre juste"" (43).

Première condition : une autorité légitime...

Tant que l'autorité mondiale espérée par les Souverains Pontifes manquera de compétence et ne disposera pas de forces suffisantes, c'est aux Etats, aux gouvernements que revient le droit de légitime défense.
Mais quelle est cette autorité internationale souhaitée, encouragée par les papes ? Le Pape Benoit XV, dans l'encyclique "Pacem Dei munus" du 23 mai 1920, appelle "l'ensemble des Etats", à s'unir "pour ne plus former qu'une société". Tous ses successeurs le feront également après lui.
Et c'est en 1963 que Jean XIII réaffirme avec force la nécessité de promouvoir le bien commun universel au moyen d'une autorité mondiale disposant d'un véritable pouvoir de juridiction sur les Etats particuliers. "De nos jours, proclame-t-il dans "Pacem in terris", le bien commun universel pose des problèmes de dimensions mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique dont le pouvoir, la constitution et les moyens d'action prennent eux aussi des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l'étendue de la terre. C'est donc l'ordre moral lui-même qui exige la constitution d'une autorité publique de compétence universelle".
C'est pourquoi la constitution de la Société des Nations (S.D.N.) en 1920 et celle de l'Organisation des Nations Unies (O.N.U.) en 1945 ont été approuvées dans leur principe. Mais Jean XXIII prend la précaution de rappeler, toujours dans "Pacem in terris" : "l'organisme de caractère général dont l'autorité veille au plan mondial et qui possède les moyens efficaces pour promouvoir le bien universel doit être constitué par un accord unanime et non pas imposé par la force". Et rappelant le principe de subsidiarité il précise qu'"Il n'appartient pas à l'autorité de la communauté de limiter l'action que les Etats exercent dans leur sphère propre, ni de se substituer à eux".
Car de même que la famille est antérieure à l'Etat, l'Etat est antérieur à la constitution de cette "société des Etats" qui n'existe qu'à l'état virtuel . L'autorité mondiale dont parle l'Eglise n'a donc rien du "Super-Etat" désiré par tant de lobbies mondialistes. Le Cardinal Casaroli, le 18 octobre 1985 aux Nation-Unies, après avoir rappelé que l'O.N.U. "paraît réunir toutes les conditions pour constituer d'une manière de plus en plus efficace cette autorité régulatrice nécessaire", prendra soin d'ajouter : "Votre organisation n'est pas un gouvernement mondial !".
L'émergence d'une autorité mondiale effectivement capable d'assurer le bien commun de l'humanité est inimaginable dans le contexte actuel. C'est parce qu'elle dépend étroitement d'un ensemble complexe de conditions politiques, économiques, sociales et culturelles que le Père de Soras, dans son manuel de "Morale internationale" (44), reconnaît que "la mise en place d'une Haute Autorité mondiale ainsi équilibrée ne saurait se faire d'un seul coup, c'est sans doute une affaire de siècles; peut-être même n'est-ce qu'une idée directrice destinée à jouer à longueur d'Histoire le rôle "d'asymptote" pour orienter au fil des événements l'effort de création permanente auquel les hommes d'Etat doivent se livrer. Il faut s'attendre à ne voir, en fait, établies que des organisations internationales imparfaites, comme tout ce qui est humain, comme le sont toutes les organisations nationales réellement existantes. En d'autres termes, l'Organisation internationale est une réalité à envisager comme une réalité soumise à un perfectionnement continu". Les gouvernements, les Etats, auront encore pour longtemps un droit légitime de défense.

Deuxième et troisième conditions : une juste cause et une intention droite

Quel est donc le bien qui mérite d'être défendu au point d'en arriver à la guerre ? Si tout se vaut, ou si tout ne dépend que de simples conventions, il est vain et même criminel de se battre pour quelque motif que ce soit.
C'est tout différent si l'on peut observer, comme Saint Augustin, que "toujours assurément les bons ont persécuté les méchants : mais ceux-là pour servir leur passion, ceux-ci la charité. Celui qui assassine ne considère pas ce qu'il déchire; celui qui soigne considère ce qu'il coupe. Celui-là en veut à la santé, celui-ci à la gangrène. Les impies ont tué les prophètes. Les prophètes aussi ont tué les impies. Les juifs ont fouetté le Christ. Le Christ aussi a fouetté les juifs. Les Apôtres ont été livrés par des hommes à la puissance des méchants. Mais les Apôtres aussi ont livré des hommes à la puissance de Satan. En tout cela, donc, que faut-il considérer, sinon lequel agit pour la vérité, lequel pour l'iniquité, lequel en vue de nuire, lequel en vue de corriger ?".
Texte qui ridiculise l'hypocrisie de ceux qui prétendent condamner "toutes les violences d'où qu'elles viennent"; pareilles conceptions conduisant droit... "au renard libre dans le poulailler libre".
D'ailleurs chacun croit légitime de se battre quand ce qu'il préfère se trouve menacé. Cette réaction est universelle. Mao Tse Toung avouait avec une franchise remarquable : "nous sommes pour les guerres justes et contre les guerres injustes. Toutes les guerres contre-révolutionnaires sont injustes, toutes les guerres révolutionnaires sont justes" (45).
L'Eglise, elle, exige qu'il y ait un dommage. C'est donc pour rétablir l'ordre, cette "tranquillité de l'ordre" qu'est la paix, qu'il y aura légitime défense, "guerre juste". Cette guerre doit exclusivement concerner la défense du bien commun menacé, bien commun de la nation ou de la communauté des nations subissant un "dommage... durable, grave et certain".
Le jésuite Taparelli d'Azeglio (1793-1862), qui affirma la nécessité d'une organisation internationale chargée de veiller au bien commun des peuples dans la lignée de Vitoria et de Suarez, remarquait déjà en 1840 dans son traité de droit naturel :
"Les rapports sont plus nécessaires et plus continuels entre les nations qu'entre les individus et le triomphe de l'oppression peut offrir des dangers plus grands et plus imminents pour tous les peuples voisins; de là vient que la défense de la nation opprimée n'est pas seulement un devoir de bienveillance pour les peuples limitrophes, c'est encore pour eux une question de salut public et d'intérêt international... ".


Dans un discours prononcé le 5 décembre 1992, au siège de la F.A.O.(46), le Saint-Siège fait pour la première fois référence au devoir d'ingérence humanitaire : "La conscience de l'humanité, désormais soutenue par les dispositions du droit international humanitaire, demande que soit rendue obligatoire l'ingérence humanitaire dans les situations qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques entiers : c'est là un devoir pour les nations et la communauté internationale, comme le rappellent les orientations proposées à cette Conférence".
Le 16 janvier 1993, à l'occasion de la cérémonie des voeux du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, en présence des représentants de 145 pays différents, Jean-Paul II précisa à propos du devoir d'ingérence et des conditions dans lesquelles il s'impose : "le coeur même de la vie internationale, ce ne sont pas tant les Etats que les hommes (...). Il existe des intérêts qui transcendent les Etats : ce sont les intérêts de la personne humaine, ses droits". Ces "situations qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques entiers", "les intérêts de la personne humaine, ses droits" fondent la juste cause du devoir d'ingérence humanitaire.
Pour mieux comprendre, comparons la croisade et la "guerre sainte" musulmane, dite Djihad. La "guerre sainte" est une guerre offensive et permanente contre les impies; la cause : c'est l'impiété. La croisade fut, au contraire, une guerre défensive et n'a pas eu pour but de propager par les armes la Foi mais de secourir d'anciens pays chrétiens où le peuple fidèle à l'Eglise était persécuté. Quelle que fut l'attitude des croisés, la croisade eut une juste cause.
Cependant, il faut aussi qu'il y ait, comme le dit Saint Thomas, "une intention droite chez ceux qui font la guerre; c'est-à-dire qu'on doit se proposer de promouvoir le bien ou d'éviter le mal (...). Ceux qui font des guerres justes se proposent la paix. Et par suite, ils ne s'opposent pas à la paix, sinon à la paix mauvaise que le Seigneur "n'est pas venu apporter sur terre", selon Saint Matthieu" (47).
Si le devoir d'ingérence conduit à l'emploi des armes, pour qu'il y ait intention droite, l'intervention doit avoir pour seul objectif de désarmer l'injuste agresseur. Ajoutons que dans le même camp, certains peuvent mener une guerre juste car ils ont pour souci premier de rétablir la justice et la paix, et d'autres non, s'ils sont motivés par le désir de vengeance, la volonté de puissance, l'esprit de lucre, etc.

Quatrième, cinquième et sixième conditions :
le dernier recours, un moyen proportionné à l'enjeu et une chance raisonnable de succès

Il faut encore, pour qu'il y ait guerre juste, "que toutes les possibilités de règlements pacifiques" soient épuisées, "que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces", rappelle Jean-Paul II qui, dans le même discours du 16 janvier 1993, précise plus loin à propos du devoir d'ingérence humanitaire : "Une fois que toutes les possibilités offertes par les négociations diplomatiques, les processus prévus par les conventions et les organisations internationales, ont été mis en oeuvre et que, malgré cela, des populations sont en train de succomber sous les coups d'un injuste agresseur, les Etats n'ont plus le "droit à l'indifférence". Il semble bien que leur devoir soit de désarmer cet agresseur, si tous les autres moyens se sont avérés insuffisants".
"Ainsi donc,
commente "Permanences", le "droit" d'ingérence (mais Jean-Paul II parle plus volontiers d'un "devoir" d'ingérence) peut aller jusqu'à légitimer l'emploi de la force militaire. A condition que les critères qui traditionnellement sont ceux de la "juste guerre" (critères dont on ne peut faire abstraction), soient effectivement réunis, à savoir : une juste cause (la sauvegarde des droits fondamentaux de la personne humaine ou la survie de peuples entiers), l'intention droite (l'intention ayant pour seul objectif de désarmer l'injuste agresseur) et le dernier recours (toutes les possibilités de règlement pacifique du conflit offertes par la diplomatie ayant réellement échoué)... étant entendu que le remède ne doit pas non plus s'avérer pire que le mal (proportionnalité des moyens par rapport à l'enjeu)" (48).
Quant à ce dernier point relatif à la cinquième condition, le "Catéchisme de l'Eglise Catholique" confirme qu'il faut que "l'emploi des armes n'entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer". Or "la puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l'appréciation de cette condition" (49).
Ce qui fit dire à Pie XII que si les dommages entraînés par la guerre étaient plus graves que ceux de l'injustice tolérée, on pouvait avoir l'obligation morale de subir l'injustice...
Enfin, quant à la sixième et dernière condition : une chance raisonnable de succès, l'autorité légitime devra se demander si les dommages entraînés par la guerre ne le seront pas en pure perte.
Toutes ces conditions doivent être réunies et "loin de remettre en cause la théorie de la "juste guerre", les dimensions terrifiantes et parfaitement inédites que la guerre moderne peut prendre depuis l'apparition des armements nucléaires et autres moyens de destruction et d'extermination massives, ne font que renforcer le bien-fondé de ces différents critères, en particulier la proportionnalité des moyens à la gravité des enjeux" (50).

Comment l'Eglise humanisa la guerre

Et cependant l'amiral Auphan n'a pas craint de dire : "en vérité (...) ces considérations sur la légitimité de la guerre ont moins d'importance pratique que ce que l'Eglise enseigne sur la manière de la faire" (51).
Dans toutes les guerres, chacune des parties se croit dans son droit. "C'est pourquoi (...) au niveau de l'exécutant, la manière de faire la guerre sans traiter autrui, fût-il ennemi, comme on ne voudrait pas soi-même être traité, a plus d'importance en définitive que sa justification de principe devant Dieu, dont, sur l'heure, il est difficile de juger" (52).
Et l'Eglise l'a bien compris, elle qui s'est surtout attachée à humaniser la manière de faire la guerre. La distinction fondamentale qu'elle fit entre les combattants et les non-combattants est la "clef de l'action civilisatrice de l'Occident au cours des siècles".
Cette distinction commence avec la "paix de Dieu" instituée par l'Eglise au Xè siècle : elle défend de faire violence aux femmes, aux paysans, à tous ceux qui se sont réfugiés dans un lieu de culte ou sur une terre ecclésiastique.
Au siècle suivant, cette distinction se fortifie avec la "trêve de Dieu" : tout acte de guerre est interdit du 1er dimanche de l'Avent à l'Epiphanie, du mercredi des Cendres à l'Ascension et toutes fins de semaines du mercredi soir au lundi matin, c'est-à-dire environ les deux tiers de l'année.
Les prisonnier ne sont plus mis à mort ou asservis comme autrefois. La rançon est limitée à 50% du revenu annuel du captif. L'usage de l'arbalète est interdit entre chrétiens, car jugé trop cruel. Enfin l'Eglise institue la chevalerie et cherche ainsi à développer le sens moral de ceux qui portent les armes. Le militaire dans la droite ligne de la chevalerie fait le sacrifice de sa vie pour protéger ses semblables ou défendre les valeurs qu'ils incarnent, il est comme nous l'avons vu le parfait pacificateur.
Les conventions de La Haye (1899-1907) codifièrent cette distinction fondamentale entre combattants et non-combattants. "D'une manière générale, de 1914 à 1918, sur le front terrestre, on ne s'est battu qu'entre militaires en uniforme et pour des objectifs d'intérêt militaire sans chercher systématiquement à nuire aux non-combattants. Si ceux-ci attrapaient parfois des éclaboussures, on ne le faisait pas exprès" (53).
Deux techniques nouvelles vont tout changer : d'une part la guerre subversive, d'autre part le bombardement systématique des non-combattants.

La guerre subversive

"La guerre subversive se caractérise par une perversion égale et fatale de la fin et des moyens. La fin n'est pas comme auparavant la défense d'une frontière, l'occupation d'une province contestée, l'obtention d'un avantage économique... Non. C'est le renversement par la violence du régime en place chez l'adversaire et l'instauration d'un autre incarnant l'idéologie soi-disant plus démocratique pour laquelle on combat. Les moyens, ce sont le martelage cérébral par la radio, les attentats, les sabotages, les assassinats ordonnés dans l'ombre par des anonymes ou des irresponsables, tombant le plus souvent sur d'innocentes victimes, provoquant l'escalade d'injustes représailles ou d'indignes tortures, faisant perdre la tête aux mainteneurs de l'ordre, préparant en définitive le peuple, lassé par un tel laminage, à accepter n'importe quelle servitude" (54).

Le bombardement systématique des non-combattants

C'est à partir de la seconde guerre mondiale que le bombardement systématique des agglomérations urbaines a commencé.
Avant les objectifs n'étaient que militaires. L'amiral Auphan rapporte : "L'Angleterre eut 62.000 civils tués. Le bombardement terroriste des villes allemandes, même sans aucun intérêt industriel, prit une ampleur jamais atteinte auparavant : 55.000 morts à Cologne, 50.000 à Hambourg, plus de 100.000 à Dresde en une seule nuit. Pour finir, les bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki ont donné à la guerre moderne une dimension inhumaine" (55).
Le Concile Vatican II a qualifié de "crime contre Dieu, tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destruction de villes entières ou de vastes régions avec leurs habitants" (56).
La guerre subversive est en un sens plus terrible. Car là où le bombardement détruit physiquement, la guerre subversive s'attaque aux âmes.
Ces deux nouveautés sont aux antipodes de ce que l'Eglise avait progressivement façonné dans les moeurs. Cependant cette Mère bienveillante continue d'enseigner ce que la raison humaine devrait sans cesse reconnaître : "la validité permanente de la loi morale durant les conflits armés" (57) ainsi que le devoir de "respecter et de traiter avec humanité les non-combattants, les soldats blessés, et les prisonniers" (58). Toutes les actions et les ordres contraires à tout cela sont des crimes et "une obéissance aveugle ne suffit pas à excuser ceux qui s'y soumettent" (59).

Le désarmement

Il est un dernier point qu'il nous faut aborder : c'est le problème du désarmement. L'accumulation des armes, la course aux armements et le surarmement multiplient les risques de guerre. En principe, supprimer ou au moins limiter les armements de chaque puissance contribuerait donc à empêcher la violence internationale.
Mais une fois le principe posé, son application est autrement plus délicate. Il faut pour cela une confiance réciproque. Jean XXIII souligne dans l'encyclique "Mater et Magistra" : "Les hommes n'arrivent pas à s'entendre faute de confiance réciproque (...). La confiance réciproque ne peut naître et se renforcer que dans le respect de l'ordre moral (...). Mais l'ordre moral ne peut s'édifier que sur Dieu" (60). Sans morale commune, il sera difficile pour les différents Etats d'avoir assez confiance les uns dans les autres. Pie XII préconise à défaut de cette morale commune l'acceptation d'un contrôle international comme test de l'intention droite : "Accepter le contrôle, dit-il dans son message de Noël 1956, voilà le point crucial à franchir sur lequel chaque nation montrera sa volonté même de paix ".
"Aucune procédure internationale,
poursuit l'amiral Auphan, ne doit être négligée pour tâcher de réduire d'un commun accord les armements atomiques ou pas; pour humaniser la guerre, comme l'Eglise y a réussi autrefois, en limitant, détail par détail, les dégâts qu'elle fait dans le tissu social des non-combattants; pour prohiber au moins des procédés comme la guerre des microbes, capables de ravager l'espèce humaine aussi radicalement que la myxomatose l'a fait pour les lapins. Mais un accord à l'échelle de la planète n'est viable que si le dénominateur commun entre les hommes qu'est la loi naturelle est admis par tous" (61).
Seule la loi naturelle propre à tout homme peut fonder la paix. La loi naturelle, c'est la paix parce que la suivre c'est agir selon l'ordre voulu par Dieu, c'est faire Sa Volonté. C'est répondre à Celui qui nous a aimé le premier. Or c'est cette loi naturelle qui aujourd'hui subit le plus d'attaques.
D'où le rappel de son importance par Jean-Paul II dans ses encycliques les plus récentes : "Veritatis Splendor" et "Evangelium vitae". C'est parce que cette loi n'est pas suivie que les injustices, les inégalités excessives d'ordre économique ou social, l'envie, la méfiance et l'orgueil sévissant entre les hommes et les nations menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout faire et bien le faire, dans le respect de la loi propre à notre nature, pour vaincre ces désordres contribue à édifier la paix et à éviter la guerre.
Il serait bon cependant de se rappeler que "dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure où, unis dans l'amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence jusqu'à l'accomplissement de cette parole : "Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne lèvera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre" (Is 2, 4)" (62).
Bien des étapes doivent être franchies avant d'en arriver là. Le péché actuel est essentiellement social : on vit comme si Dieu n'existait pas. Or rien ne peut se construire de durable sans le Prince de la Paix. Ainsi le laïc chrétien et l'homme de bonne volonté, qu'il soit soldat ou simple civil, se doivent de connaître, d'aimer et donc de servir l'enseignement social et politique de l'Eglise, fille de Notre Dame de la Paix et Corps Mystique du Prince de la Paix, et c'est ainsi qu'ils deviendront artisans de paix. Jésus-Christ n'a-t-il pas dit dans son Sermon sur la montagne : "Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu" (63) ?

PERMANENCES 337
Jean-Sébastien SARNY

 

1 - "Exode", 20, 13.
2 - André Roche, "Force ou raison ?" in "Permanences" n° 89, p. 23.
3 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2307.
4 - "Gaudium et spes", 79, § 4.
5 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2266.
6 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2265.
7 - Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2266.
8 - "Genèse", 9, 5-9.
9 - "Exode", 21, 12.
10 - "Exode", 21, 14.
11 - "Exode", 21, 15.
12 - "Exode", 21, 16.
13 - "Exode", 22, 17.
14 - "Exode", 22, 18.
15 - Cf. par exemple : Lv 20 (1-3, 9-18, 27 ; 21, 9 ; 24, 16...).
16 - Dn, 13, 53.
17 - Matthieu, 27, 6.
18 - Jean, 19, 11.
19 Romains, 13, 3-4. Les chrétiens pacifistes brandissent à chaque instant le précepte évangélique "Qui se sert de l'épée,périra par l'épée" (Saint Matthieu, 26, 52). On trouve également dans l'Evangile ce précepte : "Que celui qui n'a point d'épée vende son manteau pour en acheter une" (Saint Luc, 22, 36),prononcé après la Cène, lors du départ pour le Mont des Oliviers, qui exprime clairement le droit et la nécessité d'être armé quand les circonstances l'exigent; ces deux préceptes ne s'excluent pas, mais se complètent.
20 - Après la victoire, il fallait prononcer la formule rituelle : "Voici ô Jupiter que nous te consacrons et t'offrons un boeuf aux cornes dorées".
21
- René Coste, "Le problème du droit de guerre dans la pensée de Pie XII", Aubier, 1962, p. 31.
22 - Luc 3, 14.
23 - Ac, 10.
24 - Ernest Psichari, "Le voyage du Centurion", Ed. Conard, Paris 1937, p. 156.
25 - Ibid. p. 179.
26 - Pascal, "Pensées", n° 298.
27 - Isaïe, 32, 17. "Opus justitiae pax" fut la devise de Pie XII.
28 - Saint Augustin, "La Cité de Dieu", 19, 13.
29 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2239.
30 - Jean, 15, 13.
31 - Charles Péguy, "L'argent "suite, La Pléïade, oeuvre en prose, p. 1216 et 1217.
32 - Jean-Marie Schmitz, "La guerre moderne", in "Force et violence", Actes du congrès de Lausanne, 1972, p. 40.
33 - "Gaudium et spes", 79, § 4 et dans le "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2310.
34 - "In hoc signo vinces".
35 - Discours du 11 novembre 1960 en la cathédrale de Bône.
36 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2240.
37 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2239.
38 - "Gaudium et spes", 79, § 3 et C.E.C. n° 2311.
39 - Vitoria, "De Jure Belli", 25.
40 - "Diuturnum", 1881.
41 - Cf. "Somme théologique", IIa IIae, qu. 40, art. 1.
42 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2308.
43 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique, n° 2309.
44 - Alfred de Soras s.j., "Morale internationale", Ed. Fayard coll. Je sais-Je crois, 1961.
45 - Mao Tse Toung, "Oeuvres choisies", T. I, p. 215.
46 - Organisation des Nations-Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture.
47 - "Somme théologique" IIa IIae, qu. 40, art. 1 : "est-ce toujours un péché de faire la guerre ?".
48 - Olivier Drapé, "Droit d'ingérence : à la recherche d'une légitimité", in "Permanences" n° 306, p. 12-13.
49 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2309.
50 - "Permanences" n° 306, p. 7.
51 - Amiral Paul Auphan, "La guerre et le droit naturel", in "Politique et loi naturelle", Actes du congrès de Lausanne 1967.
52 - Ibid.
53 - Ibid.
54 - Ibid.
55 - Ibid.
56 - "Gaudium et spes", 80, § 4.
57 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2312.
58 - "Catéchisme de l'Eglise Catholique", n° 2313.
59 - Ibid.
60 - Encyclique "Mater et Magistra", § 204 à 209.
61 - Amiral Auphan, opus cit.
62 - "Gaudium et spes", 78, § 3.
63 - Matthieu, 5, 9.

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