Défense de la vie : Humanae Vitae, trente ans après...

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Le but poursuivi dans ce qui quit n'est ni de faire une paraphrase, ni d'apporter des précisions sur l'encyclique. Le texte du Souverain Pontife est suffisamment clair pour rendre inutile toute autre interprétation du texte.


A l'époque de sa parution, on peut relever trois attitudes :

* La première fut l'expression d'un immense soulagement : face à une invraisemblable révolution des esprits, un désordre érigé sans aucun complexe en nouvel ordre, peu nombreuses étaient les intelligences qui faisaient référence à l'ordre naturel. Ridiculisées par les uns, ignorées par les autres, trop souvent les plus hautes autorités religieuses comme morales n'osaient se commettre avec elles et gardaient un silence prudent sur la question soulevée par l'encyclique. De ce fait, ce texte du Pape apporta aux esprits encore libres un double réconfort : d'une part, le Magistère manifestait son existence. Par ailleurs, il le faisait en contrant sans complexe les " nouvelles vérités " présentées comme définitivement acquises. Ainsi, l'Eglise élevait la voix pour sauver, à travers l'ordre naturel, l'intelligence " en péril de mort ".

* A l'opposé, il y eut une attitude de révolte et de refus du Magistère. Nous sommes hélas habitués aujourd'hui à de telles contradictions au sein même de l'Eglise... Tout de même, à l'époque, la chose parut bizarre : la célèbre revue des Pères jésuites, " Etudes ", n'hésita pas à prendre le contre-pied de l'encyclique dans un article retentissant. Dans un mouvement unanime, les médias ordinaires se ruèrent sur l'occasion pour enfoncer le coin de la division. La lecture de la presse de l'époque est instructive : on y trouve tous les arguments ressassés aujourd'hui : l'Eglise ne serait pas à l'écoute " des hommes d'aujourd'hui " ! (comme si l'homme dont on parle n'est pas celui qui vit aujourd'hui), le Souverain Pontife enfermé dans le Vatican vit ainsi dans un monde suranné, et, de toute façon, que peut-il bien connaître des réalités du mariage, etc... Bref, le concert fut assourdissant, même s'il fût étrangement pauvre quant à la réflexion, ce que nous montrerons par la suite.

* Mais l'attitude la plus répandue fut celle d'une énorme indifférence : mai 1968 était passé par-là et avait rendu acquise l'idée de refus de toute autorité, en quelque domaine que ce fût. De plus, les sirènes modernistes, relayées efficacement par les théologiens et philosophes à la mode, laissaient croire au peuple fidèle que tout cela n'était qu'un combat d'arrière-garde, et que le Pape resterait bientôt seul sur son rocher pour penser que le plaisir s'accompagne forcément du devoir.

En dehors des intelligences mentionnées plus haut, il y eut quelques tentatives " d'explications " : autant dire que pour beaucoup, il s'agissait avant tout de camoufler une pensée trop parfaitement libérale : oui, le Pape avait parlé, oui, il avait rappelé avec juste raison les principes naturels défendus depuis toujours par l'Eglise, mais il fallait aussi considérer que notre époque n'en permettait plus la pratique... Ni vu, ni connu, je t'embrouille !

Nous vivons les conséquences de cet effarant aveuglement. Et c'est bien là que l'encyclique " Humanae Vitae " est prophétique : parce qu'elle a un langage extrêmement clair, parce qu'elle prévoit que tous les maux viennent du refus d'obéissance à la loi naturelle, elle mérite toute notre attention, surtout pour les " hommes d'aujourd'hui ".

I Vous avez dit : " loi naturelle " ?

..." L'homme a accompli d'étonnants progrès dans la maîtrise et l'organisation rationnelle des forces de la nature, au point qu'il tend à étendre cette maîtrise à son être lui-même pris dans son ensemble : au corps, à la vie physique, à la vie sociale et jusqu'aux lois qui règlent la transmission de la vie "...

... " Aucun fidèle ne voudra nier qu'il appartient au Magistère de l'Eglise d'interpréter aussi la loi morale naturelle... Jésus-Christ, en communiquant à Pierre et aux apôtres Sa Divine Autorité... les constituait gardiens et interprètes authentiques de toute la loi morale ; non seulement de la loi évangélique, mais encore de la loi naturelle, expression elle aussi de la volonté de Dieu, et dont l'observation fidèle est également nécessaire au salut " (Humanae vitae § 2 et 4).

Le Saint-Père constate que le progrès scientifique ouvre à l'homme des possibilités insoupçonnées : le texte en pose les limites. L'homme peut-il exercer ce pouvoir absolu sur lui-même, peut-il ainsi l'étendre sans aucune limite ? De manière implicite, Paul VI remet en mémoire la différence essentielle entre le Créateur et la créature. On pourra objecter que cette différence ne peut-être admise que par un croyant. Car parler du Créateur, c'est déjà avoir la Foi. Or, nombre de nos contemporains n'admettent même pas l'idée de Foi. Donc, le raisonnement ne peut pas s'appliquer à eux.

Mais c'est un sophisme : est-il besoin d'être catholique pratiquant pour admettre que l'homme ne peut se donner la vie, avec tout ce qu'elle comporte, uniquement par lui-même ? Aux évolutionnistes patentés qui prétendent que notre statut actuel provient du hasard ou d'une loi non encore démontrée, comme à ceux qui ne veulent plus rien entendre dès lors qu'on parle de Créateur, je propose la chose suivante : ils prennent un fusil et s'exécutent eux-mêmes. Puis... ils sont priés de se ressusciter, sans aucune intervention extérieure à eux-mêmes. Alors, j'admettrais que l'homme est maître absolu de la vie, et que donc, il peut en faire ce qu'il veut, depuis son origine jusqu'à sa fin.

Ainsi, la loi naturelle ne se cantonne pas au catholicisme, même si celui-ci en est la plus belle expression. La loi naturelle, il faut y insister, est un état. Elle correspond à la nature humaine telle que nous la possédons : elle en dirige les éléments, elle est l'expression de la finalité de cette nature. L'homme n'est ainsi véritablement homme que dans le respect de sa loi interne, celle qu'il porte par nature. En ce sens, il ne supporte pas la loi naturelle, il en vit.

L'Eglise précise alors ce que l'homme a découvert par lui-même : cette loi dont l'homme n'est pas l'auteur, mais qu'il découvre par le fait d'exister, ce même homme en découvre l'Auteur divin dans l'enseignement donné par cette Eglise dont l'origine remonte à Notre-Seigneur, Dieu fait homme. Dieu a donc donné à l'Eglise le devoir, et donc le pouvoir, de garder jalousement cette loi naturelle. Ainsi, la Morale n'est pas plaquée extérieurement, artificiellement, sur l'homme. La " Morale " est l'expression de la réalité de l'homme, tel que Dieu l'a voulu, donc créé. L'argument d'une prétendue " évolution des murs ", tombe par lui-même : une nature ne peut évoluer que dans ses éléments accidentels, extérieurs. Mais que l'homme soit grand ou petit, bond ou brun, de n'importe quelle nation, la loi naturelle s'applique de manière universelle et intemporelle, comme expression de la nature humaine en tant que telle.

Voilà pourquoi le Saint-Père rappelle ici ce droit inaliénable de l'Eglise : gardienne de toute la loi morale en ce qu'elle exprime la loi naturelle, elle se doit d'intervenir sur la question si grave de la transmission de la vie. Jean-Paul II est dans cette droite ligne dans ses interventions multiples, non seulement contre l'avortement, mais aussi dans toutes les questions posées par la bioéthique. Parce que ces nouvelles découvertes touchent l'homme, la loi naturelle est directement concernée.

II L'enseignement d'Humanae Vitae. Et aujourd'hui ?

" Comme tout autre problème concernant la vie humaine, le problème de la natalité doit être considéré... dans la lumière d'une vision intégrale de l'homme et de sa vocation, non seulement naturelle et terrestre, mais aussi surnaturelle et éternelle " (HV 7).

Notons-le bien : comme en chaque occasion, l'Eglise se doit de donner l'enseignement sans rien en omettre. Pour autant, elle n'oublie pas que l'homme est faible, et que de nombreuses circonstances extérieures peuvent jouer contre lui. C'est pourquoi elle est farouchement ancrée dans son refus du mal sous toutes ses formes, mais reste prête à accueillir le pécheur qui se repent, à l'image du Fils Prodigue, de la Samaritaine ou de Marie-Madeleine. Mais l'accueil du pécheur, en aucun cas, ne peut signifier l'acceptation désabusée du péché. Car la véritable Charité consiste toujours dans la Vérité, surtout lorsqu'elle ne nous appartient pas. A la Samaritaine, le Christ fera remarquer qu'elle a raison de se déclarer non-mariée, puisqu'elle en est à son cinquième époux, qui, par la force des choses, n'est pas le bon... Et cette affirmation fera revenir sur elle-même cette femme qui, dans le cas contraire, serait restée dans une situation fausse (Jn 4,17-18). Pouvons-nous imaginer un instant le Christ lui dire : " Ce n'est pas bien grave ! Garde ton mari actuel, et n'en parlons plus " ? Non, il n'y a pas de " morale de situation " : il y a des situations propres à chaque couple. Il appartient alors au prêtre qui conseille, d'agir avec bon sens et miséricorde, mais toujours dans le but de ramener à la Vérité de la loi morale. La morale n'est pas adaptable à l'infini. L'intelligence doit s'adapter à elle en la connaissant, et pour finir, en l'aimant.

Alors, tout s'enchaîne : il y a une double signification de l'acte conjugal : union et procréation. " De même que l'homme n'a pas sur son corps en général un pouvoir illimité, de même il ne l'a pas, pour une raison particulière, sur ses facultés de génération en tant que telles, à cause de leur ordination intrinsèque à susciter la vie, dont Dieu est le principe" (HV 13).

Toute l'opposition de l'Eglise à la limitation artificielle de la procréation tient en ces quelques lignes ci-dessus. Soit il y a intervention humaine en amont, empêchant la fécondation : c'est la pilule, qui se place au travers du cycle de la nature. Soit il y a intervention humaine en aval, et c'est l'avortement, dont l'essence même est criminelle. Pour autant, " l'usage de moyens thérapeutiques n'est pas illicite, lorsqu'il s'agit de soigner des maladies de l'organisme, même si l'on prévoit qu'il en résultera un empêchement à la procréation, pourvu que cet empêchement ne soit pas, pour quelque motif que ce soit, directement voulu " (HV 15). De même, l'Eglise admet fort bien le recours aux périodes infécondes pour user du mariage et régler ainsi la natalité.

L'objection sur ce dernier point est immédiate : c'est de l'hypocrisie ! La réponse de Paul VI est cinglante :
... " Dans le premier cas, (période inféconde), les conjoints usent légitimement d'une disposition naturelle. Dans l'autre cas (moyens artificiels), ils empêchent le déroulement des processus naturels ". Et de rappeler que l'Eglise a toujours admis, dans sa sagesse, que les époux, pour des raisons graves et proportionnées, désirent suspendre temporairement la procréation, sans pour autant négliger pour eux-mêmes les preuves d'affection et de fidélité.

Qui ne voit l'application de cet enseignement aux problèmes actuels ? Ceux qui se moquaient du Saint-Père en 1968 vivent-ils encore aujourd'hui ? Alors, qu'ils nous expliquent leur jugement sur le PACS, lequel n'est devenu possible en France que parce qu'on a laissé volontairement le peuple fidèle dans l'ignorance de cet enseignement. D'ailleurs, écoutons à nouveau Paul VI, parlant des conséquences des méthodes de régulation artificielle de la natalité :
... " Que les hommes droits considèrent d'abord quelle voie large et facile ils ouvriraient ainsi à l'infidélité conjugale et à l'abaissement général de la moralité... Les jeunes en particulier, si vulnérables sur ce point, ont besoin d'encouragement à être fidèles à la loi morale et il ne faut pas leur offrir quelque moyen facile pour en éluder l'observance "...
Et surtout : " On peut craindre aussi que l'homme..., en s'habituant à l'usage des pratiques anticonceptionnelles, ne finisse par perdre le respect de la femme, et... n'en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste " (HV17).

Et le Pape envisageait de même l'outil formidable que représente la pilule " aux mains d'autorités publiques peu soucieuses des exigences morales ". C'est pourquoi il concluait que l'Eglise était garante des authentiques valeurs humaines : " Elle défend par là même la dignité des époux ".

Il ne paraît pas exagéré d'affirmer que nous en sommes aujourd'hui exactement à ce qu'avait prévu le Souverain Pontife au cas où ne serait pas respecté cet enseignement. Où est une fois de plus prouvée l'origine divine du Magistère.

Mais l'encyclique est actuelle aussi dans ses conclusions. Aux divers maux, ne sont proposés que des remèdes artificiels : on répand par tous les moyens le préservatif, on conseille d'utiliser des seringues propres, et peut-être ira-t-on jusqu'à déplorer " l'usage de partenaires différents ". La langue française couvre ici d'un voile pudique non pas des inepties, mais surtout une a-moralité absolue !

Avec Paul VI, il faut rappeler la maîtrise de soi qui démontre qu'on est homme et non bête ; il est nécessaire de créer un climat favorable à la chasteté ; le Saint-Père s'attaquait à cette bête immonde, la pornographie, qui se donne des airs de respectabilité par " de prétendues exigences artistiques ou scientifiques ".

Mais le Pape lance surtout un appel aux pouvoirs publics, " principaux responsables du Bien Commun ". " Ne laissez pas se dégrader la moralité de vos peuples ", implore-t-il. Hélas ! Nous, Français, avons entendu un Président de la République déclarer contre l'enseignement de Jean-Paul II (dans Evangelium vitae) que la loi morale doit se soumettre à la loi de l'Etat !

C'est dire que le problème est aussi politique : la Cité ne peut exister que si elle repose sur cette loi naturelle dont l'Eglise est dépositaire dans sa totalité.

C'est pourquoi chacun doit relire et faire sienne cette encyclique : évêques et prêtres, pour conseiller et aider, mieux pardonner. Parents, pour transmettre non seulement la vie matérielle, mais l'honneur même de la vie. Enfants en âge de comprendre, pour savoir définitivement comment être hommes. Pouvoirs publics, médecins, scientifiques, pour élever l'homme et non le détruire. Quant à ceux qui ont lu et ignorent volontairement, je leur donne rendez-vous devant le Maître de la Vie.

abbé Denis Coiffet


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