Actes du Magistère : Le jour du Seigneur

retour à la documentation


TU SANCTIFIERAS LE JOUR DU SEIGNEUR

Le pape Jean-Paul II a publié la lettre apostolique "Dies Domini " dont l'objet est " de reprendre les raisons doctrinales profondes qui se trouvent à la base du précepte ecclésial (de la sanctification du dimanche), afin que tous les fidèles comprennent clairement la valeur irremplaçable du dimanche dans la vie chrétienne ".

Cette lettre se compose de cinq chapitres donnant les diverses dimensions de ce jour qui ponctue la vie des hommes, laissant sa place à la vie de l'esprit. Nous en résumons les grandes lignes.

 

I Dies Domini, " jour du Seigneur " : la célébration de l'oeuvre du Créateur

* Le repos hebdomadaire trouve son origine dans la Genèse : " au septième jour, Dieu se reposa de tout l'ouvrage qu'il avait fait " (Gn 2,2).
" Le repos de Dieu ne peut être banalement interprété comme une sorte d'inaction de Dieu. En effet, l'acte créateur qui fonde le monde est, de par sa nature, permanent, et Dieu ne cesse jamais d'être à l'uvre ainsi que Jésus lui-même prend soin de le rappeler (Jean 517) Le repos divin du septième jour n'évoque pas un Dieu inactif, mais il souligne la plénitude de la réalisation accomplie et exprime en quelque sorte la pause faite par Dieu devant l'uvre très bonne sortie de ses mains, pour porter sur elle un regard plein d'une joyeuse satisfaction : c'est un regard contemplatif " (n°11).

* De plus, "dans le dessein du Créateur, il y a une distinction, mais aussi un lien étroit entre l'ordre de la création et l'ordre du salut " (n°12). Ce repos du " shabbat " est donc aussi " en rapport avec le salut offert par Dieu à Israël lors de la libération de l'esclavage d'Egypte " (ib.). Le sabbat de la Pâque était en Israël le grand jour de l'année.

* Enraciné dans le dessein de Dieu, ce commandement du repos du sabbat n'est pas une simple prescription cultuelle, il est placé " à l'intérieur du Décalogue, des 'dix paroles' qui décrivent les piliers de la vie morale universellement inscrite dans le cur de l'homme " (n°13). Il ne faut donc pas abaisser cette prescription à une " simple disposition de discipline religieuse communautaire, mais comme une expression constitutive et indispensable du rapport avec Dieu ".(ib.) Ainsi, au delà du besoin humain de repos, les chrétiens doivent recourir à la Foi " pour en saisir le sens profond et ne pas risquer de le banaliser et de le trahir " (ib.). : " Le jour du repos est tel, d'abord parce qu'il est le jour béni par Dieu et sanctifié par lui, autrement dit séparé des autres jours pour être, entre tous, le jour du Seigneur " (n°14).
Certes, " toute la vie de l'homme et tout le temps de l'homme doivent être vécus comme louange et action de grâce envers le Créateur. Mais la relation de l'homme avec Dieu a besoin également de temps de prière explicite où le rapport devient un dialogue intense... relation dans laquelle l'homme élève à Dieu son chant, en se faisant la voix de toute la création " (n°15). " Il faut comprendre cela dans la dynamique profonde du dialogue d'alliance, et même du dialogue 'sponsal' "(n°14), du rapport que Dieu veut engager avec sa créature.
Pour ce jour qui interrompt " le rythme souvent oppressant des occupations ", l'homme reconnaît " sa dépendance et celle du cosmos par rapport à Dieu. Tout est de Dieu ! Le jour du Seigneur vient continuellement affirmer ce principe " (n°15).
En ce jour, le fidèle est donc invité à se reposer, " non seulement comme Dieu s'est reposé, mais à se reposer dans le Seigneur " (n°16) par les louanges faisant mémoire de toutes les merveilles de Dieu.
La résurrection du Christ venant inaugurer un temps nouveau qui accomplit l'histoire du salut et anticipe l'accomplissement eschatologique du monde, alors le jour de fête est célébré par les chrétiens comme le " premier jour après le sabbat " (n°18).

II Dies Christi, "jour du Christ " : le jour du Seigneur ressuscité et du don de l'Esprit

" Selon le témoignage concordant des Evangiles, la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts eut lieu le premier jour après le sabbat " (n°20). " Le livre de l'Apocalypse témoigne de l'usage qui s'est répandu de donner à ce premier jour de la semaine le nom de jour du Seigneur (110) " (n°21).

Pour Saint Augustin, ce jour est le " huitième après le septième et le premier de la semaine ". Les chrétiens transférèrent donc, autant qu'il leur était possible selon les calendriers, les obligations du sabbat sur le dimanche. Ne pouvant, dans le cadre du calendrier romain, chômer la journée, ils prirent l'habitude " de se réunir avant le lever du soleil et de chanter entre eux une hymne au Christ comme à un dieu " (observait Pline le Jeune).

Ce jour de la résurrection, après le septième, est donc comme le commencement d'une nouvelle création, jour de la lumière nouvelle, dont le Christ constitue les prémices (n°24). Aussi, " le dimanche est le jour où, plus qu'en tout autre, le chrétien est appelé à se souvenir du salut qui lui a été offert dans le baptême et qui a fait de lui un homme nouveau dans le Christ " (n°25). Tel est le sens du rite de l'aspersion qui se fait le dimanche au commencement de la Messe.

Huitième jour, il est aussi comme " le jour unique qui suivra le temps actuel, le jour infini qui ne connaîtra ni soir ni matin " (n°22), selon St Basile, celui du repos éternel.

Jour du soleil, chez les Romains, ce jour christianisé devint alors celui du Christ, vrai soleil de l'humanité, lumière du monde (n°27).

* "Cette lumière du Christ est intimement liée au feu de l'Esprit " (n°28). C'est le soir de Pâques que Jésus souffle sur les disciples et leur dit " Recevez l'Esprit-Saint ". C'est un dimanche encore que l'Esprit descend sur eux avec puissance. Lié au mystère pascal, " cet événement demeure inscrit dans la signification profonde du dimanche " (ib).

Aussi :
- " Par toutes ces dimensions qui le caractérisent, le dimanche apparaît par excellence comme le jour de la Foi : le Credo, récité ou chanté, souligne le caractère baptismal et pascal du dimanche, en en faisant le jour où le baptisé renouvelle son adhésion au Christ et à son Evangile dans une conscience ravivée des promesses baptismales " (n°29).
- "On comprend pourquoi, même dans le contexte des difficultés de notre temps, l'identité de ce jour doit être sauvegardée et surtout profondément vécue " (n°30).

III Dies Ecclesiae, jour de l'Eglise : l'assemblée eucharistique, coeur du dimanche

Le dimanche est " la célébration de la présence vivante du Ressuscité au milieu des siens. Il est donc important que les disciples du Christ se réunissent pour exprimer pleinement l'identité même de l'Eglise " (n°31).
Cette vie de l'Eglise trouve sa source dans l'Eucharistie : " parce qu'il n'y a qu'un seul pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique "(1Cor 107). Plus qu'aucune autre messe, celle du dimanche " souligne la dimension ecclésiale, se situant comme le modèle des autres célébrations eucharistiques "(n°34). " Ainsi, le jour du Seigneur se révèle être aussi jour de l'Eglise ", autour de l'évêque dans l'église cathédrale et dans l'assemblée paroissiale dont le pasteur tient la place de l'évêque (n°35).
La messe du dimanche est donc un lieu privilégié d'unité (n°36).

* Cette assemblée dominicale :
- permet au fidèle de pénétrer la parole de Dieu qu'il doit mettre en pratique. Il est donc hautement recommandé que les textes soient préparés. " En effet, si la lecture du texte sacré, faite en esprit de prière et avec fidélité à leur interprétation ecclésiale, n'animait pas habituellement la vie des personnes et des familles chrétiennes, il serait difficile que la seule proclamation liturgique de la Parole de Dieu puisse porter les fruits espérés " (n°40).
Cette proclamation de la Parole de Dieu, comme dans le renouvellement de l'Alliance dans l'Ancien Testament, invite le peuple fidèle " à redire son oui, en renouvelant son choix d'être fidèle à Dieu et d'adhérer à ses préceptes. En communiquant sa Parole, Dieu attend notre réponse " (n°41).
- permet au fidèle de participer au Sacrifice de la Croix, renouvelé de manière non sanglante, qui devient le sacrifice des membres du Christ. Ainsi peuvent-ils porter à l'autel la semaine écoulée, et la relire à la lumière de Dieu, le glorifiant par le Christ, avec lui et en lui, dans l'unité du Saint-Esprit (n°42-43).
- permet au fidèle de communier avec le Christ et donc avec tous les membres du Christ. " En participant au pain unique, ils s'engagent à l'amour mutuel " (n°44).
- remplit les fidèles de la force du Ressuscité et de l'Esprit pour les tâches qui sont les siennes. Ainsi est-il invité à faire de toute sa vie un don, un sacrifice spirituel agréable à Dieu (n°45).

Aussi :
- l'Eglise n'a cessé d'affirmer l'obligation de conscience de participer à l'assemblée liturgique du dimanche. Cette loi, à laquelle tant de prêtres et de fidèles ont obéi au prix de rudes sacrifices et même du danger pour leur vie, - au cours de la persécution de Dioclétien, lorsque leurs assemblées furent interdites avec la plus grande sévérité, les chrétiens courageux furent nombreux à défier l'édit impérial au risque de leur vie - est comprise comme impliquant une obligation grave (n°46-48).
Le chrétien doit être " convaincu de l'importance décisive pour sa vie de foi de se réunir le dimanche avec les autres frères afin de célébrer la Pâque du Seigneur dans le Sacrement de la nouvelle Alliance ".
- outre l'obligation de participer à la messe, c'est le jour tout entier qui doit être marqué par " la mémoire reconnaissante et active des merveilles de Dieu ". Cela peut se faire par des temps de prières, comme les vêpres, par des temps de formation, par des uvres de charité (n°52).

IV Dies hominis, " jour de l'homme " : jour de joie, de repos et de solidarité

* " Le dimanche, écho hebdomadaire de la première expérience du Ressuscité, ne peut qu'être marqué par la joie avec laquelle les disciples accueillirent le Maître : ils furent remplis de joie à la vue du Seigneur (Jn 2010) " n°56. Du reste, les dimanches de Carême eux-mêmes ne sont pas comptés comme jour de pénitence.

* Jour du repos de Dieu, ce jour est celui de l'homme, créé à l'image de Dieu. Par ce commandement du repos pour honorer ce jour, l'homme peut " reconnaître sa dépendance vitale et libératrice à l'égard du CréateurEn honorant le repos de Dieu, l'homme se redécouvre pleinement lui-même " (n°61). Si les modalités du repos ne sont plus celles du sabbat juif, " les motifs de fond qui imposent la sanctification du jour du Seigneur restent valables " (n°62).
Lorsqu'elle a légiféré sur ce repos, l'Eglise a d'abord pensé au travail des serfs et des ouvriers, le travail servile, afin d'alléger le poids qui pesait sur eux et de leur garantir la possibilité de sanctifier le dimanche. Dans son encyclique " Rerum novarum ", Léon XIII rappelait ce droit du travailleur que l'Etat doit garantir.
Il convient aujourd'hui d'insister sur le fait qu'un jour par semaine doit être réservé pour jouir ensemble du repos dans cette atmosphère de fête, avec les exigences religieuses, familiales, culturelles, interpersonnelles qui s'y rattachent (n°66).

Par le repos :
- les choses matérielles pour lesquelles nous nous agitons laissent place aux valeurs de l'esprit.
- est affirmé le primat absolu de Dieu et
le primat de la personne qui l'emporte sur les exigences de la vie sociale et économique (n° 67-68).

Notons que cette exigence du repos et de la détente ne doit pas porter préjudice à celle de la célébration et de la sanctification du jour du Seigneur (n°67).

* " L'Eucharistie dominicale engage les fidèles à pratiquer les uvres de charité, de piété et d'apostolat "(n°69). " Que le premier jour de la semaine, chacun de nous mette de côté chez lui ce qu'il aura pu épargner " demandait St-Paul. Cette obligation de l'aumône, rappelé par de nombreux Pères à la suite des Apôtres, la rattache à une exigence du partage, les biens récoltés servant à tous ceux qui sont dans le besoin (St Justin). Charité concrète : " inviter à sa table une personne seule, faire une visite à des malades, donner à manger à une famille dans le besoin, consacrer une heure à certaines activités bénévoles et de solidarité, ce serait à coup sûr une façon d'introduire dans la vie la charité du Christ puisée à la Table eucharistique " (n°72).

 

V Dies dierum, le dimanche, fête primordiale révélant le sens du temps

" Les années de l'existence terrestre du Christ constituent réellement le centre du temps. Ce centre a son sommet dans la résurrection Le Christ ressuscité est le commencement et la fin, l'Alpha et l'Oméga " (n°74). A lui sont tous les siècles et tous les temps, dit l'Eglise en bénissant le Cierge Pascal.
" Ce jour révèle donc le sens du temps préfigurant le jour final de la Parousie déjà anticipé en quelque sorte par la gloire du Christ dans l'événement de la Résurrection " (n°75). Il n'y aura pas d'autre temps de salut.

 

Conclusion

* Célébrer le dimanche est une nécessité de la vie chrétienne. Avant même d'être une observance, elle doit être ressentie comme un besoin inscrit au plus profond de l'existence chrétienne (n°81).

* Les chrétiens doivent donc avec une forte conviction de foi vivre ce jour, par rapport à une culture qui, si elle a compris la nécessité du repos et du temps libre, " le vit souvent de manière superficielle et se laisse séduire par des formes de divertissement qui sont moralement discutables " (n°82).

* " Dans les conditions actuelles de la société, toujours plus fortement marquée par la désagrégation et par le pluralisme culturel qui mettent continuellement à l'épreuve la fidélité des chrétiens aux exigences spécifiques de leur foi le dimanche leur offre la possibilité " de se retrouver et de se soutenir comme dans la 'diaspora ' (n°83).

* Soutien de la vie chrétienne, le dimanche a aussi valeur de témoignage et d'annonce en tournant la communauté chrétienne vers le Christ dont elle attend le retour, vers la Jérusalem céleste (n°84).

 

Puissent ces rappels opportuns nous aider à mieux sanctifier le dimanche, à en faire un jour du Seigneur, un jour de la famille, un jour de la charité et du repos.

abbé Denis le PIVAIN

" Le jour du Seigneur est le seigneur des jours "

haut de page
retour à la documentation en ligne