Avent 2007

1er dimanche Avent (A)

Is. II 1-5 ; Rm XIII 11-14 ; Mt XXIV 37-44

Nous entrons aujourd’hui dans un nouveau temps liturgique, celui de l’Avent. Et les textes bibliques de cette Eucharistie nous renvoient :

- à des temps anciens : celui de Noé puis du prophète Isaïe ;

- à des temps actuels : St Paul nous invite à sortir de notre sommeil ;

- à des temps futurs à la date incertaine : à la fin des temps.

Nous avons du reste coutume de sectionner la ligne du temps autour de ces trois modes que nos conjugaisons autorisent en français : le passé, le présent et le futur. Ils sont bien distincts dans notre esprit, même si la psychologie contemporaine, la psychanalyse notamment, nous font prendre conscience que le vécu d’aujourd’hui dépend largement de notre passé et que nos activités du jour préparent immanquablement demain.

Dans la pensée juive, dans celle de Jésus, comme de Paul ou d’Isaïe par conséquent, il existe une profonde unité entre le passé, le présent et le futur. Il n’y a pas scansion du temps en trois périodes bien séparées, mais une construction unifiée dont les éléments s’emboîtent à l’instar des poupées russes. Le passé subsiste dans le présent et celui-ci contient les germes de l’avenir. Ce que traduit bien, en hébreu, la conjugaison des verbes sur le mode de l’inaccompli. Chaque instant réactualise le passé et possède en même temps une valeur d’avenir voire une parcelle d’éternité. C’est ainsi que dans le discours de Jésus le temps de Noé et les temps derniers se télescopent, tout en se ressemblant, se rejoignent en quelque sorte. L’arche qui a sauvé Noé et les siens de la montée des eaux préfigure ce qui se passera à la fin des temps : l’un sera pris et l’autre sera laissé. Les Pères de l’Eglise, nos ancêtres dans la foi des premiers siècles, verront justement dans l’arche de Noé une préfiguration de l’Eglise : en entrant dans celle-ci, les baptisés sont appelés au salut proposé par le Christ venu réconcilier les hommes avec Dieu ; ensuite leur fidélité à l’Evangile sera garante de la participation à la table du Royaume.

Semblable salut est très largement annoncé par le prophète Isaïe, contrairement à une interprétation janséniste de notre Evangile. Le prophète a la vision de toutes ces nations qui afflueront vers Sion, de ces peuples nombreux qui monteront vers la maison du Seigneur, vers son Temple ; la vison aussi de la paix qui désormais les soudera. Cet espoir se réalise justement dans l’Eglise dont la catholicité, c’est-à-dire l’universalité ouvre à tous les continents par-delà les différences de langues ou de cultures. Tous sont appelés ; tous sont appelés au salut de Dieu et le Concile Vatican II insistera, à plusieurs reprises, sur ce point capital. Les uns répondront à cet appel ; les autres s’en affranchiront. C’est finalement chacun qui décidera, par son comportement, s’il veut être pris ou laissé. Car la grâce du Christ ne s’impose jamais à nos libertés.

D’où l’appel ferme à la vigilance lancé par Jésus et relayé par St Paul. Le temps de Noé comme les récits de la fin des temps doivent nous instruire. Nous sommes acteurs de notre quotidien. Il ne faut pas rater le présent, alors que trop souvent peut-être, nous nous réfugions dans la nostalgie d’hier ou l’inquiétude du lendemain. Or ni l’un ni l’autre ne nous appartiennent. Autant dire que nous nous réfugions dans l’imaginaire. La seule prise que nous ayons est sur le réel, sur l’aujourd’hui auquel nous pouvons donner sens par notre agir, en l’orientant notamment vers le terme, vers la rencontre ultime avec le Christ. En attendant, souligne l’apôtre, nous avons à revêtir le Christ, c’est-à-dire à l’écouter, à le suivre, à l’imiter. Communier c’est s’engager à revêtir le Christ au quotidien, à devenir un autre Christ pour nos frères et sœurs.

P. Achille MESTRE mb

Abbaye de Jouarre, le 2 décembre 2007.

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