L'ESPRIT SAINT ANIME NOTRE PRIERE
Serviam remercie vivement la Rédaction du journal FRANCE CATHOLIQUE de son très aimable accord de mise en ligne de cet enseignement du Père Pierre Descouvemont------------------------------------------------------------------------------------
La vie chrétienne est une vie "spirituelle" au sens strict du mot, puisque c'est une vie inspirée par Celui qu'on nomme en latin "Spiritus" (en grec "pneuma" et en hébreu "ruah"): l'Esprit-Saint. Nous ne pouvons dire "Abba" à notre Père des cieu' que dans la mesure où nous sommes animés par l'Esprit-Saint. Comme l'affirme saint Paul, c'est l'Esprit qui murmure cet "Abba" au fond de notre coeur (Rm 8,15).
Il est rare que la liturgie mette sur nos lèvres une invocation qui s'adresse directement à l'Esprit-Saint. Elle le fait en la fête de la Pentecôte ou dans les hymnes du bréviaire qui s'y réfèrent, notamment au début de l'Office de Tierce (9h du matin):
Flamme jaillie d'auprès de Dieu
Esprit-Saint embrase-nous
Comme brindilles au même feu
Fais-nous brûler de ton amour.Il n'empêche que l'Esprit-Saint joue un très grand rôle dans notre prière. Tantôt, en effet, elle est accueil de l'Esprit-Saint, tantôt elle est bondissement vers le Père dans l'élan du même Esprit. N'est-ce pas la prière du Fils bien-aimé au sein de la vie trinitaire? N'est-ce pas sa béatitude éternelle?
- recevoir toute la tendresse de son Père, c'est-à-dire l'Esprit-Saint
- s'élancer vers le Père sous l'impulsion de ce même Esprit
C'est également ce qui fera notre béatitude éternelle: nous recevrons alors en plénitude les torrents d'eau vive de l'Esprit-Saint. Ils déferleront sur nous, nous investiront de toutes parts et pénétreront toutes les fibres de notre coeur et de notre corps. Notre soif de Dieu ne disparaîtra pas, mais elle sera sans cesse comblée. Plus rien ne s'opposera plus à l'invasion totale de notre être par la Tendresse de Dieu.
Se réalisera alors merveilleusement ce que nous chantons de tout coeur ici-bas:
Viens, Source d'eau vive
Nous donner à boire
Viens, Fontaine d'or
Viens nous rassasier1. La joie d'accueillir l'Esprit du Père
Le Père n'a pas trente-six façons d'aimer. Pour Lui, aimer quelqu'un, c'est toujours faire descendre sur lui les effluves de son Esprit.
Si la personne est encore un pauvre pécheur cheminant sur la terre, cet Esprit vient assouplir et purifier son coeur, le guérir de son égoïsme, de tout ce qui l'empêche d'être ce coeur "doux et humble" qui le rendra heureux et conforme au plan du Père sur lui.
Ôte l'ivraie de nos péchés
qui menace le grain
Tout au fond de nos coeurs
purifie et transformeMais ce travail de guérison s'accompagne d'un travail de divinisation, de sanctification.
L'Esprit-Saint fait de nous, dès cette terre, de véritables enfants de Dieu, participants de la Nature divine (2P 1, 4). Le fond de notre être est bel est bien déifié. Ainsi se réalise l'éternel dessein du Père: imprégner de son Esprit tous ceux qu'il a créés, leur faire goûter sa Tendresse infinie.
Lorsque le psalmiste nous souhaite de goûter comme est bon le Seigneur (Ps 34, 9), il nous souhaite en définitive de goûter -au-delà de toute sensiblerie- la présence de l'Esprit-Saint au plus intime de notre être. Jésus ne disait pas autre chose lorsqu'il confiait à la Samaritaine: "Si tu savais le don de Dieu" (Jn 4,10). L'eau vive qu'il veut nous donner c'est le courant de tendresse, l'Esprit qu'il reçoit Lui-même du Père. Il en est tout imprégné, puisqu'Il est le "Christ", Celui qui a reçu et qui ne cesse de recevoir l'Onction du Père, cette "huile d'allégresse" dont parle le psalmiste (Ps 45, 8), et qui fait de Lui le plus heureux des hommes.
Je peux rester des heures à me laisser aimer par le Père, à me laisser remplir par son Esprit. C'était la prière que Jésus ne cessait de faire lorsqu'il restait de longues heures à prier son Père dans le silence de la nuit. C'est la prière que peuvent et doivent faire les enfants de Dieu que nous sommes. Le Père ne demande qu'à répandre son Esprit sur nous (Lc 11,13).
Pour formuler cette prière, nous pouvons reprendre ces psaumes de supplication où nous implorons le Seigneur de déverser des pluies abondantes sur nos terres pour les féconder:
Seigneur, tu visites la terre et tu l'abreuves
Tu la combles de richesses
Les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau
Tu prépares les moissons
Les herbages se parent de troupeau'
et les plaines se couvrent de blé (Ps 65,10-14)Cette végétation luxuriante, ce cheptel florissant sont un symbole des fruits répandus dans nos coeurs par l'Esprit, fruits d'amour, de patience, de maîtrise de soi, de paix et de joie (cf. Ga 5, 22). Plus d'une fois dans l'Ecriture, le Seigneur nous presse de Le laisser entrer dans notre coeur pour qu'il puisse y déverser tous ses dons
Ouvre large ta bouche et je l'emplirai (Ps 81, 11)
Portes, levez vos frontons
Elevez-vous, portes éternelles
Qu'il entre le Roi de gloire (Ps 24, 7)Ne nous affligeons pas si nous n'avons pas tellement envie d'ouvrir toutes grandes à l'Esprit les portes de notre coeur, car c'est l'Esprit Lui-même qui nous prépare à son invasion, comme le vent ouvre la fenêtre par laquelle il s'engouffre dans la pièce.
Il est vrai qu'en s'engouffrant chez nous, le Souffle de l'Esprit risque de bousculer quelques-unes de nos habitudes! Accueillir l'Esprit, c'est accepter la fantaisie de son horaire et de ses orientations. Mais c'est aussi s'ouvrir à la richesse multiforme de ses dons.
L'Esprit nous prépare à Le recevoir
L'Esprit-Saint est à la fois le Don de Dieu et Celui qui nous prépare à Le recevoir. Il est la Musique d'amour que Dieu nous chante, mais aussi Celui qui nous donne de l'entendre. Il est la Tendresse même de Dieu, mais aussi Celui qui nous donne de la désirer et de la goûter.
Dieu de puissance et de miséricorde, nous te supplions d'envoyer ton Esprit, qu'il habite nos coeurs et fasse de nous le temple de sa gloire. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
L'un de ses dons -et non le moindre- est l'unification de tout notre être. Lorsque nous laissons l'Esprit-Saint régner dans notre coeur, toutes les autres zones de notre âme se mettent progressivement en place: notre intelligence s'apaise et les blessures de notre affectivité se cicatrisent peu à peu.
Réconciliés avec nous-mêmes, nous pouvons plus facilement nous réconcilier avec les autres. Facteur d'unité à l'intérieur de nous, l'Esprit-Saint introduit aussi des ferments d'unité dans les communautés auxquelles nous appartenons. C'est Lui qui rassemble en un seul Corps tous les membres de l'Eglise.
C'est aussi grâce à son action que nous devenons pour le Christ une "humanité de surcroît", comme le chante la bienheureuse Elisabeth de la Trinité dans sa célèbre prière: "Ô Feu consumant, Esprit d'amour, survenez en moi, afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe: que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son mystère".
En survenant et en s'imprimant dans notre coeur, l'Esprit permet effectivement au Christ de revivre en nous les mystères joyeux et douloureux de son existence terrestre. Dans le corps d'un handicapé ou d'un grand malade, le Christ redit à son Père un "Oui" qu'Il n'a jamais pu dire de cette façon lorsqu'Il souffrait Lui-même en Galilée ou en Judée. Et lorsque nous l'aurons rejoint dans le Ciel, Il chantera dans notre coeur un alléluia absolument original qui s'harmonisera parfaitement "dans l'unité du Saint-Esprit", avec celui de tous les membres de la chorale céleste.
2. La joie de nous élancer vers le Père
En venant dans notre coeur, l'Esprit-Saint lui permet de bondir avec amour et confiance vers le Père. Notre coeur est fait pour cet élan. Comme le dit saint Augustin au début de ses Confessions: "Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre coeur est sans repos tant qu'il ne repose en Toi". Mais nous ne pouvons réaliser cette vocation d'adorateurs du Père que si notre coeur reçoit son Esprit.
C'est dans l'Esprit-Saint que les anges chantent "Sanctus": "Si tous ses anges et toutes ses puissances louent Dieu, c'est avec le concours de l'Esprit. Si des milliers de milliers d'anges et d'innombrables myriades de ministres se tiennent près de Lui, c'est dans la force de l'Esprit qu'ils remplissent sans reproche leur fonction propre. Toute cette harmonie supra-céleste et indicible dans le service de Dieu et dans l'accord mutuel des puissances supra-cosmiques ne saurait être gardée sans la haute direction de l'Esprit" (Saint Basile).
Paradoxe de la condition humaine, bien mis en valeur par le Père de Lubac. Tous les hommes sont appelés à vivre une condition "surnaturelle", c'est-à-dire une condition qui dépasse infiniment leurs capacités "naturelles". Ils sont bien incapables de la réaliser par les seules lumières de leur intelligence et les seuls efforts de leur volonté. Comme le dit joliment André Frossard: "La foi, c'est ce qui permet à l'intelligence humaine de vivre au-dessus de ses moyens". Nous osons dire "Père" à notre Dieu parce que Jésus nous en a donné l'audace, en nous apprenant à prier ainsi, mais c'est sous la poussée de l'Esprit que nous pouvons dire en vérité: "Notre Père"...
Lorsque nous nous livrons ainsi à l'influence de l'Esprit-Saint, notre coeur se perd en Dieu à la façon d'une goutte d'eau qui se perd dans l'océan. Mais à la différence des panthéistes de l'E'trême-Orient ou du Nouvel âge, nous savons que nous restons distincts de Lui, tout en espérant nous ensevelir de plus en plus en Lui:
Ô Toi qui es chez Toi dans le fond de mon coeur,
Fais-moi me perdre en Toi dans le fond de mon coeur.En nous entraînant vers le Père, l'Esprit-Saint ne nous absorbe pas en Lui. Pas plus que le Fils ne se confond avec le Père, tout en ne faisant qu'un avec Lui "dans l'unité du Saint-Esprit". La communion d'amour réalisée par l'Esprit-Saint n'aboutit jamais à une fusion. Elle respecte toujours l'altérité des personnes.
Le plus souvent nous ne percevons nullement cette action de l'Esprit-Saint dans le fond de notre coeur. Mais il nous arrive de faire cette heureuse expérience. Sur le bateau qui l'emmenait enchaîné à Rome pour y être dévoré par les bêtes de l'amphithéâtre, saint Ignace d'Antioche entendait une eau vive murmurer au-dedans de lui: "Viens vers le Père". À ce moment-là, on peut dire que le chrétien n'est plus seulement animé par l'Esprit, mais qu'il est mû par Lui.
Se réalise alors pleinement ce que Paul écrivait aux Romains: "Les vrais fils de Dieu sont ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu" (8, 14). Alors plus besoin de ramer à la force des poignets pour avancer vers Dieu: le vent souffle dans les voiles. On se sent emmené plus avant vers les vastes horizons de l'Océan divin. Avec la bienheureuse Elisabeth de la Trinité on a vraiment envie de redire dans ces moments de grande pai': "Ô mon Dieu... que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable. Mais que chaque minute m'emporte plus avant dans la profondeur de votre Mystère".
La Tradition chrétienne appelle "dons du Saint-Esprit" ces voiles qui, bien déployées, permettent au' disciples du Christ de profiter pleinement des "motions" de l'Esprit. Ces voiles sont aussi des radars, des antennes très fines qui permettent aux chrétiens de capter les messages de l'Esprit et de connaître ainsi la volonté du Seigneur sur eux.
On retrouve donc dans la prière chrétienne -respiration de notre âme- le double mouvement respiration de nos poumons. Tantôt j'accueille l'Esprit qui vient combler mon coeur et le régénérer de fond en comble: phase d'inspiration. Tantôt, emporté par ce Souffle divin, je me laisse entraîner vers le Père: phase d'expiration.
Cet Esprit, ne l'oublions pas, c'est toujours par le Christ que nous Le recevons, par le contact de sa Sainte Humanité, nos mains dans les siennes. Eternellement, Il sera la Source à laquelle nous nous désaltérerons. C'est toujours de son Coeur que jailliront les torrents d'eau vive qui réjouiront tous les habitants de la Cité Céleste. N'attendons pas cet heureux instant pour nous laisser saisir chaque jour un peu plus dans les bras de Jésus et transformer par son Esprit.
Pierre DESCOUVEMONT
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