PEUT-ON SE FAIRE UNE IDEE DU BONHEUR du CIEL ?

Serviam remercie vivement la Rédaction du journal FRANCE CATHOLIQUE de son très aimable accord de mise en ligne de cet enseignement du Père Pierre Descouvemont

------------------------------------------------------------------------------------

IComment parler de couleurs à un aveugle de naissance? Comment parler de la joie du ciel à une personne qui n’a aucune expérience de la joie chrétienne, qui ne s’est jamais émerveillée de la possibilité formidable que nous avons dès ici-bas de vivre dans l’intimité de Dieu?
Comme le disait quelques mois avant de mourir Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus: "Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus après la mort. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai! Mais pour être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre!". Il est vrai qu’elle avait dit un autre jour, en rappelant le mot de Saint Paul: "L’œil n’a point vu la lumière incréée, l’oreille n’a point encore entendu les incomparables harmonies du ciel et le cœur ne peut pressentir ce que Dieu réserve à ceux qu’Il aime".
Il n’empêche que nous pouvons, à partir de notre expérience chrétienne, deviner le bonheur qui sera le nôtre d’ici peu de temps — car une vie humaine, ça passe vraiment très vite!
La première chose que nous pouvons dire est que nous plongerons définitivement dans l’Océan de tendresse de Dieu. Sur terre, nous sommes déjà immergés dans cet Océan, mais sans nous en rendre compte! Au ciel, nous verrons à quel point nous étions toujours entourés de toute part par cette Tendresse sans mesure et nous serons heureux de nous y précipiter à corps perdu. Nous entendrons le Seigneur dire à chacun de nous: "Entre, mon enfant, dans la joie de ton Maître! Que ma Joie éternelle devienne ta demeure à jamais!".
Mais l’image de l’Océan ne suffit pas à exprimer la joie des habitants du ciel. Car Dieu, nous le savons, est aussi Visage, un Visage plein de douceur, et dans son regard, je découvrirai enfin de quel immense amour j’étais aimé depuis toujours.
Aux yeux de tous les élus, dit l’Apocalypse, resplendira son Visage, tel un soleil dans tout son éclat. Et les chrétiens prennent cette parole à la lettre, car ils savent que le visage du Christ ressuscité doit être merveilleux.
Personnellement, j’aime me représenter la joie du ciel comme un coup de foudre sans fin! Je n’en finirai pas de m’extasier devant ce Visage du Christ. Mieux encore que Saint Pierre après son reniement, je découvrirai dans ce regard la patience avec laquelle Il aura supporté tous mes retards et la série de stratagèmes qu’Il aura mis en œuvre pour me ramener à Lui et à son Père. Je pourrai chanter alors en toute vérité: "Devant ta face, Seigneur, débordement de joie!".
Vous vous rendez compte? Nous pourrons voir le Christ!
Dans son autobiographie, Thérèse d’Avila nous explique comment la vision du Christ dont elle bénéficia à plusieurs reprises — par les yeux de l’âme, précise-t-elle, et non par ceux du corps — lui donna un avant-goût du bonheur du ciel: "Un jour de la fête de Saint Paul, pendant la messe, je vis Notre Seigneur dans sa sainte Humanité tout entière, tel qu’on le peint ressuscité. Il m’apparut dans une beauté et une majesté incomparable. […] Je ne crains pas de le dire, n’aurions-nous pas d’autre spectacle pour charmer notre vue dans le ciel que celui de la grande beauté des corps glorifiés, et en particulier la sainte Humanité de Notre Seigneur Jésus Christ, ce serait une joie immense. Et cependant Notre Seigneur ne se fait connaître ici-bas que d’une manière conforme à notre faiblesse. Que sera-ce au ciel où nous jouirons pleinement d’un si grand bien?".
Mais ce n’est pas seulement le Visage du Christ qui fera notre bonheur. La Bible compare le ciel à une cité harmonieuse dont tous les citoyens se sentiront pleinement reconnus. On n’y souffrira d’aucun malentendu, on n’y rencontrera aucun regard de mépris ou d’indifférence!
Oui, ce sera une infinité de sourires posés sur nous, une infinité de visages heureux à regarder! Ce sera la Jérusalem nouvelle pleine de frères et de sœurs à aimer!
Nous nous rendrons compte du retentissement de tous les gestes d’amour que nous aurons accomplis au cours de notre pèlerinage sur terre. Nous verrons que rien n’est perdu, que Dieu aura tenu compte de tous les sourires que nous Lui aurons offerts dans nos épreuves et nous n’en finirons pas de nous remercier mutuellement de tout ce que nous nous devrons les uns aux autres.
Et puis, nous aurons la joie de voir le Christ attirer à Lui tous ceux qui participeront avec nous à la grande liturgie du ciel. Personne ne restera dans son coin, indifférent, inintéressé. Le Christ nous empoignera tous et nous emportera avec Lui et en Lui vers le Père dans l’élan et la musique de l’Esprit Saint! Quelle fête!
Notre vieux rêve sera réalisé: nous retrouver avec des personnes volontaires à 100% pour faire la fête ensemble, pour acclamer Celui qui, seul, est capable de faire l’unanimité de tous les cœurs, Celui que déjà sur terre nous acclamons en chantant: "Dieu saint, Dieu fort, Dieu immortel, nous t’adorons!".
Est-ce à dire que nous oublierons ceux et celles qui seront encore sur terre? Absolument pas! Vous vous rappelez quelle était la grande intuition de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dans les derniers mois de sa vie. Elle sentait qu’elle allait passer son ciel à faire du bien sur la terre. Mourant à 24 ans, elle n’avait pas du tout envie de partir dans le ciel y prendre une retraite anticipée. Elle espérait bien ne pas rester inactive dans son éternité. "Dieu, pensait-elle, ne mettrait pas en mon cœur un tel désir de continuer dans le ciel ma mission de faire aimer Dieu, s’Il ne voulait pas le réaliser".
La mort ne représente pas pour Thérèse la cessation définitive de ses activités, mais bien au contraire le commencement de grandes tournées apostoliques. "Je vous rejoindrai en Chine", écrit-elle au Père Roulland, le missionnaire dont elle était devenue la sœur spirituelle quelques mois plus tôt. "Je ne me contenterai pas de vous regarder du haut du ciel, dit-elle à ses sœurs du Carmel, je serai toute proche de vous".
Thérèse a bien compris que la mort ne sépare pas ceux qui s’aiment. Dans le Christ Jésus nous les retrouvons vraiment. Déjà, le jour de sa Première Communion, elle avait pleuré de joie à la pensée que la venue de Jésus dans son cœur, c’était aussi la venue de sa Maman décédée sept ans plus tôt.
Oui, les chrétiens sont persuadés que leur cœur est un véritable auditorium dans lequel se chante toute la symphonie du ciel et de la terre!
Rappelons pour terminer que toutes ces certitudes du chrétien au sujet de l’au-delà sont fondées sur l’expérience du Christ ressuscité faite par les apôtres il y a vingt siècles, expérience dont ils nous ont fait part dans une série de témoignages qui sont tout à fait dignes de foi.
Rappelons aussi que, par voie de conséquence, les chrétiens croient sans hésiter que leur corps lui-même doit participer à la fête éternelle. Même si, pour le quart d’heure, il est terriblement handicapé, un jour il bondira de joie avec le cosmos tout entier que le Christ, revenu dans sa gloire, transfigurera. Alors se réalisera en plénitude ce que les psaumes nous font chanter plus d’une fois:

Joie au ciel! Exulte la terre!
Les masses de la mer mugissent
La campagne tout entière est en fête!
Les arbres des forêts dansent de joie
Devant la Face du Seigneur, car Il vient!

Pierre DESCOUVEMONT

--------------------------------------

Retour à la documentation