COMMENT CROIRE à TOUS LES MYSTERES ?

Serviam remercie vivement la Rédaction du journal FRANCE CATHOLIQUE de son très aimable accord de mise en ligne de cet enseignement du Père Pierre Descouvemont

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Il n’y a pas si longtemps, le jeune chrétien apprenait dans son catéchisme la raison pour laquelle il ne devait pas s’étonner de trouver des mystères dans son Credo.
- Non, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des mystères dans la religion, puisqu’il y en a déjà dans la nature.

Seulement voilà! dans la nature, les mystères auxquels se heurte aujourd’hui la recherche scientifique seront éclaircis demain! Un jour, la science finira par trouver la raison pour laquelle un organisme n’arrive pas à éliminer ses cellules cancéreuses.
Les chrétiens, au contraire, seront toujours aussi décontenancés par le Mystère de la Trinité ou par celui de l’Eucharistie. Il y a un abîme entre les mystères provisoires de la science — qu’on devrait plutôt appeler des problèmes — et les Mystères définitifs de la foi.

Quelle attitude adopter devant ceux-ci? Les uns estiment que la meilleure manière de réagir est d’y croire sans chercher à les comprendre. C’est ce qu’on appelle couramment “la foi du charbonnier”.
Sous prétexte que Jésus a dit que pour entrer dans le Royaume des cieux il fallait ressembler à de petits enfants, beaucoup de chrétiens s’imaginent que cette attitude est la plus évangélique. Telle n’est pourtant pas la pensée du Christ. Il nous exhorte à avoir vis-à-vis de son Père du ciel la confiance d’un enfant vis-à-vis de ses parents, mais Il ne nous demande pas de redevenir naïfs comme des bébés et de croire au Père Noël.
D’ailleurs, même les moins cultivés de notre Histoire ont toujours eu à cœur de scruter les Ecritures pour en goûter la saveur. Savez-vous que le Curé d’Ars avait plus de 450 livres dans sa bibliothèque et qu’il s’accordait chaque jour deux moments de lecture spirituelle?

La deuxième attitude possible devant les mystères — une attitude diamétralement opposée à la précédente — est de chercher à expliquer à tout prix! On tombe alors inévitablement dans l’hérésie simplificatrice. Bérenger, par exemple, au XIe siècle, s’est tellement ingénié à expliquer la présence du Christ dans l’Eucharistie qu’il l’a réduite à n’être qu’un symbole.
Toutes les hérésies sont nées du désir de supprimer le caractère mystérieux d’un aspect du dogme chrétien. Sous prétexte que Satan ou l’enfer sont de fameux mystères, les chrétiens ont été périodiquement tentés d’en nier l’existence.
Quelle est donc l’attitude authentiquement chrétienne devant les Mystères du Credo? C’est une attitude intermédiaire entre les deux réactions que nous venons de signaler: celle qui se résigne à ne rien comprendre du tout et celle qui veut trop comprendre. Une attitude qui s’accompagne d’une très grande paix et même d’une très grande joie.

1. Première étape
Je commence par comprendre, avec Pascal, qu’il est tout à fait normal que mon esprit soit dépassé par le Mystère de Dieu.
Il suffit pour cela de repérer les mystères auxquels se heurte déjà mon esprit quand il se met à réfléchir à la condition humaine. Comment, par exemple, mon âme — une réalité spirituelle — peut-elle commander à mon corps — une réalité matérielle? Même si la science explique de mieux en mieux la façon dont les neurones du système nerveux commandent aux muscles de l’organisme, elle n’arrivera jamais à expliquer l’action de l’âme sur les neurones. C’est là le comble des difficultés pour un esprit qui réfléchit puisqu’il s’agit des rapports entre le matériel et le spirituel. Autrement dit, selon l’expression de Pascal, "l’homme passe infiniment l’homme".
Mais alors, si l’homme n’est pas capable de se comprendre lui-même, il ne doit pas s’étonner de ne pas comprendre Dieu. Et si Dieu a pris la décision de venir lui confier quelques-uns de ses secrets, l’homme ne doit pas s’étonner davantage d’être complètement dépassé par le Mystère de cette Vie divine.
Il serait quand même bien étonnant que nous arrivions à comprendre Dieu, alors qu’après des années et des années de mariage, un époux et une épouse n’arrivent pas à se comprendre pleinement l’un l’autre. Et plus il s’aiment, plus ils sont sensibles à la profondeur du mystère de leur conjoint. "Je crois que c’est cela l’amour" remarque le Père André Lefort, "ne pas pouvoir être en repos à cause du mystère d’un être".

2. Deuxième étape
Si le chrétien croit au Mystère de la Résurrection des corps ou à celui de l’Eucharistie, ce n’est pas par je ne sais quel attrait pour les réalités mystérieuses, mais uniquement parce qu’il est sûr que Dieu lui en a parlé dans la Bible et qu’il croit aussi que le Christ a confié à son Eglise le soin d’interpréter la Bible dans les choses essentielles de la foi.
Disons-le tout net. Si je ne croyais pas à ce don de l’Esprit accordé par Jésus à son Eglise pour qu’Il nous mène vers la Vérité tout entière, je n’oserais sans doute pas prendre à la lettre les paroles du Christ de l’Evangile!
Quelle merveille que ces dogmes, que ces balises que l’Eglise a reçu pouvoir de poser sur notre route pour nous empêcher de tomber dans l’erreur! Mais l’Eglise ne nous interdit pas, bien au contraire, de chercher à approfondir les dogmes auxquels elle nous demande de croire.

3. Troisième étape
C’est la troisième étape que le chrétien entreprend quand il se trouve confronté aux différents Mystères de son Credo.
Après les avoir acceptés sans réticence, sur la parole de Dieu interprétée de façon authentique par l’Eglise, il essaie de les comprendre le plus possible, tout en sachant qu’ils dépasseront toujours son esprit. C’est ce qu’on appelle la théologie.
Le chrétien qui fait de la théologie est d’abord, si j’ose dire, un croyant comme les autres. Il commence par croire à l’Eucharistie sur la Parole de Dieu, mais il essaie ensuite de comprendre quelque peu cette réalité mystérieuse en l’éclairant par d’autres aspects du Message chrétien.
Non pas pour avoir “une grosse tête” et se croire plus malin que les autres. Ce qui serait un comble pour un disciple du Christ. Mais tout simplement pour goûter plus intensément la merveille que le Christ nous a donnée dans le sacrement de l’autel. Tous les saints se sont livrés à cette rumination et, l’Esprit-Saint aidant, ils y ont puisé une plus grande soif de l’Eucharistie, un plus grand émerveillement pour le Don que Dieu nous y faisait.
Jésus nous l’a suffisamment promis le jour où Il a prié devant ses disciples en laissant échapper ce cri de reconnaissance: "Je te bénis, Père, d’avoir caché ces choses aux sages et aux malins et de les avoir révélées aux tout-petits. Oui, Père, tel a été ton bon plaisir!".
Comme le dit parfaitement le recueil “Pierres vivantes”: "Un mystère n’est pas un mur contre lequel on se tape la tête; c’est plutôt comme un océan qu’on n’a jamais fini d’explorer, comme le soleil qui éblouit lorsqu’on le regarde en face, comme une personne qu’on n’a jamais fini de connaître en l’aimant".


Pierre DESCOUVEMONT

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