Retour à la page de présentation

Serviam remercie vivement les éditions Le Laurier d'avoir aimablement autorisé la reproduction d'extraits de l'ouvrage de saint Jean Chrysostome "le devoir de l'aumône".

Le devoir de l'aumône

-----------------------------------

Qui a compassion du pauvre prête au Seigneur

Autant de fois que vous arez rendu ces devoirs de charité aux moindres de vos frères, c'est à moi que vous les aurez rendus... C'est à moi, à moi-même que vous aurez donné à manger lorsque j'avais faim dans la personne des pauvres. Telles sont les paroles que Jésus-Christ fera entendre au jour du dernier jugement.
D'après ces paroles, quatre principaux motifs doivent vous engager à faire l'aumône :

- Celui qui parle est bien digne de foi. C'est notre Maître.
- Il a faim, il est pressé par le besoin.
- Il est facile de lui accorder ce qu'il demande. Il ne veut que du pain, rien que le nécessaire.
- Il vous promet de vous en récompenser, et vous offre un royaume en échange de quelques dons.

Si vous êtes sans pitié pour le pauvre, si vous avez un coeur dur et farouche, donnez au moins par obéissance pour l'autorité du Maître qui vous le commande.
Si vous êtes indifférent à ce premier motif, laissez-vous toucher par la pitié. L'aspect de sa misère peut-il vous laisser insensible ? Ces motifs n'agissent pas encore sur votre coeur ? Eh bien ! au moins par intérêt, faites l'aumône. Pensez à la grandeur et à la récompense qui vous est promise.
Voici un motif particulier pour les chrétiens. Il fallait à votre âme une nourriture : Jésus-Christ n'a pas épargné sa propre chair. Il nous fallait une boisson : Jésus-Christ nous donne tout son sang. Il ne se réserve rien pour lui-même.
Vous, vous ne savez rien donner, même pas un morceau de pain, même pas un peu d'eau. Avare pour Jésus-Christ, vous êtes prodigue pour le démon. Vous refusez à des pauvres, mais vous donnez à des étrangers perfides, à des domestiques infidèles.
Si vous êtes riche, ce n'est pas pour vous, mais pour les autres. Vous l'êtes, non pour consumer votre bien à des prodigalités qui ne servent que vos passions, mais pour le distribuer à des indigents, pour soulager leur misères. Vous vous croyez le propriétaire de ce bien, mais vous n'en êtes que l'administrateur. Quelque légitime qu'en puisse être la source, il appartient aux pauvres.
Dieu ne pouvait-il pas l'enlever de vos mains ? Il ne l'a pas fait, pour vous ménager le moyen d'être charitable envers les pauvres. Dans la plupart de ses paraboles, Jésus-Christ ménage des plus sévères châtiments quiconque abuse de ses richesses.
Quel bienfait de sa miséricorde de vous avoir ménagé dans l'aumône le moyen de racheter les péchés commis après le baptême ! Sans elle, combien d'homme diraient : Nous serions heureux de pouvoir par nos richesses nous délivrer des maux à venir ! L'aumône vous fournit ce moyen et vous n'en profitez pas.
Riches, vous n'êtes pas moins que les ecclésiastiques, de simples dispensateurs de vos biens. Ceux que les ecclésiastiques tiennent de votre libéralité ne leur ont été donnés que pour le service des pauvres et il ne leur est pas permis de les dissiper arbitrairement ou au profit de leurs caprices. Vous non plus. C'est pour vous un rigoureux devoir de les faire servir à soulager l'indigence d'autrui.

Vous n'avez rien qui vous appartienne en propre : richesses, talent de la parole, votre existence elle-même... vous tenez tout de Dieu, tout appartient à Dieu. Il vous a fait riche, comme il pouvait vous faire pauvre. Il en tient qu'à lui de ovus plonger dans la misère. S'il ne le fait pas, c'est parce qu'il veut vous donner l'occasion de mériter la récommpense. Ces richesses qu'il vous a données, il ne tient qu'à lui de vous les retirer. Il vous les laisse pour vous associer au ministère de sa Providence.
Votre vie elle-même ne vous appartient pas, comment vos richesses vous appartiendraient-elles ? Elles appartiennent à ceux pour qui Dieu vous les a données. Elles sont communes à tous autant que la lumière du soleil, que l'air et les productions de la terre.
Les richesses sont à la société humaine ce que les aliments sont au corps. Qu'un des membres veille pour lui seul la nourriture qui appartient à tous et le corps tout entier dépérit. Il ne s'entertient que par la distribution faite dans les diverses parties. L'harmonie générale ne se mmmaintient que par l'échange de services entres les riches et les pauvres. Donner et recevoir, voilà la base de toute la société.
A l'aspect de ce pauvre, demandez-vous à vous-mêmes : Où en serais-je , si j'étais à sa place ? C'est un homme comme vous, appelé par la nature et par la société aux mêmes privilèges que vous. Réfléchissez sur votre conduite habituelle à l'égard des pauvres, que vous confondez trop souvent avec les animaux, et quelque fois même vous palcez au-dessous.
Est-il vrai que Dieu lui-même se donne pour caution au pauvre ? C'est lui-même qui le déclare : Qui a compassion du pauvre prête au Seigneur.
Vous prêtez à d'autres. Que prétendez-vous gagner ? que voulez-vous en plus ? La moitié, les deux tiers par-delà la somme prêtée ? Eh bien, moi, je vous offre davantage, je veux être plus généreux que vous n'êtes cupide. Votre aumône est un gage. Vous voulez savoir quand la restitution vous sera faite ? Ecoutez le Seigneur : Alors que le Fils de l'homme viendra s'asseoir sur le trône de sa majesté, qu'il aura placé les brebis à sa droite, les boucs à sa auche, alors il dira à ceux placés à sa droite : (faites bien attention à ces paroles) : Venez, les bien-aimés de mon père posséder le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. Pourquoi Seigneur ? Parce que j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, que j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais en prison, malade, vous êtes venus me rendre visite, étranger et vous m'avez accueilli. (Mt 14, 31).
Prodige de bonté ! Ce même Dieu qui ouvre sa mian, et distribue la nourriture à tout ce qui respire (Ps 103, 28), c'est lui qui a eu faimm, et on lui a donné à manger ! Lui qui enveloppe le firmament de sa brillante parrure, et nous lui aurions donné des vêtements ! Il était en prison, lui qui brise les liens des captifs, et nos mains l'auraient soigné ! Comment cela est-il possible ? et le Seigneur de répondre : Tout ce que vous avez fait au plus petit de vos frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait.
Doutez-vous à présent de la vérité de ces paroles : Qui a compassion du pauvre prête au Seigneur. N'avait-il donc pas d'autres vertus à récompenser ? Ne pouvait-il pas dire : Venez, les bien-aimés de mon père, parce que vous avez été chastes, que vous avez vécu vierges, que vous avez mené une vie angélique ? S'agit-il de mérites indifférents ? Non, sas doute, mais ils ne viennt qu'après l'aumône.
Pour la même raison, quel est le crime qui sera le plus spécialement condamné ? Serait-ce l'adultère, le vol, le faux témoignage, le parjure ? Crimes affreux, sans aucun doute, toutefois ils cèdent au crime de l'insensibilité envers les pauvres.
Ecoutez la sentence : Allez maudits, au feu éternel préparé pour le démon et ses anges, parce que j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger. Ce que je punis, ce sont moins vos autres crimes, que le mépris du bienfait de l'aumône, qui aurait pu être le remède et l'expiation.
Tout est en proportion : la charité envers les pauvres, principe de toutes les vertus, la dureté envers les pauvres, source de tous les crimes. A la première, récompense immortelle à la deuxième, supplices qui ne finiront jamais. D'un côté, tout ce qu'il y a de plus désirable, pour nous exciter à le mériter, de l'autre tout ce qu'il y a de plus redoutable, pour nous engager à l'éviter.

Faites l'aumône, et vous êtes sûrs d'apaiser le Seigneur. Pas de grâce à espérer sans l'aumône. La pénitence qui n'aurait pas l'aumône pour la soutenir et la fortifier serait sans vie et sans action. C'est elle seule qui donne à la pénitence en quelque sorte des ailes pour monter jusqu'au trône de Dieu. Vos aumônes, a été dit au centurion Corneille, et vos prières sont montées jusqu'à Dieu. (Ac.10,4).
Jésus-Christ a commencé son récit par les bons, afin de confondre les méchants par l'opposition de leur dureté avec la tendre miséricorde que les autres ont exercée envers leurs frères. Il a dit aux premiers: Venez à moi, les bénis de mon père. Il dit aux autres : Retirez-vous de moi, maudits. Maudits par qui ? non par son Père, car c'est leur crime qui les condamne et les livre à l'anathème. Allez au feu éternel qui a été préparé pour le démon. Ce n'était pas pour vous qu'il était allumé, car ce que je vous préparais, moi, c'était le royaume du Ciel. Imitateurs du dé- mon, vous vous êtes fait ses Anges, vous avez choisi son partage, vous avez préféré son enfer à mon royaume. Jugez-vous vous-mêmes. Si un grand de la terre accepte un présent de l'un de ses serviteurs, ou s'il vient manger à sa table, le serviteur s'en tient honoré, il se sent obligé à lui témoigner sa reconnaissance. Ici ce n'est point le Maître qui reçoit, c'est lui qui donne. Il vous ouvre ses palais, il vous invite à sa propre table, et vous dédaignez après cela de le recevoir à la vôtre !
Il vous a vêtus lorsque vous étiez nus et vous lui fermez votre porte lorsqu'il passe devant votre maison. I! vous a le premier fait boire à sa coupe, et vous n'avez pas un verre d'eau froide à lui donner. Pour vous il a fait jaillir la source abondante des grâces de l'Esprit Saint, et quand il a soif, vous n'avez rien à lui offrir de tout ce que vous tenez de sa seule libéralité. Il vous a donné tout son sang, ce n'est pas le vôtre qu'il vous demande, mais rien qu'un verre d'eau pour ce pauvre qui le représente. Vous ne me traiteriez, vous dit-il, que comme le dernier de vos domestiques, je m'encontente, moi qui vous ait ouvert le ciel, quivous ai délivré de la plus dure prison qui fut jamais. Je ne demande pas que vous me délivriez des fers et de la prison, mais seulement que vous veniez m'y rendre visite. Je vous ai ressuscités de la mort où vous étiez, je ne vousdemande pas la même grâce, venez seulement me voir quand je suis malade.
Le Seigneur vous a livré son propre Fils, et vous refusez un morceau de pain au Dieu qui a bien voulu consentir à se laisser immoler et traîner à la mort pour vous. C'est pour vous que la justice divine n'a pas épargné un Fils consubstantiel à Dieu son Père, et vous, quand ce même Fils de Dieu s'offre à vos regards, exténué de faim, vous détournerez les yeux.
Peut-on concevoir une ingratitude plus monstrueuse ?
Il s'est livré pour vous à la mort, et vous n'en êtes pas touché ! Votre coeur de rocher persiste dans sa barbare insensibilité. Mais la croix et
la mort qu'il a bien voulu subir pour vous, ce n'est pas encore assez pour lui... il se fait pauvre, étranger, manquant de tout... car cet indigent, ce captif, ce malade, c'est lui. Pour exciter votre commisération et vous appeler à lui, que ne fait-il pas ?
Si vous n'avez rien à me donner en reconnaissance de tant de souffrances endurées pour vous, du moins que ces haillons sous lesquels je me présente devant vous raniment quelque pitié dans votre âme.
Ce que je vous demande est si peu de chose ! Un peu de pain, un coin de votre maison, quelques paroles de consolation... Votre bienfait ne restera pas sans récompense, je vous promets en échange le royaume du Ciel. Je consens à être votre obligé pour vous rendre à mon tour le plus magnifique prix. Si je me présente à vous sous la forme du pauvre, du suppliant, c'est pour gagner votre confiance et pouvoir déclarer un jour à la face de tout l'univers que vos mains m'ont nourri, qu'elles m'ont vêtu et assisté dans mon indigence.

Jésus-Christ propose sa charité envers nous comme le modèle de la charité que nous nous devons les uns aux autres. Mais, à quoi cette charité l'a-t-elle porté ? À mourir pour nous. Vous ne consentez pas à donner votre vie pour votre frère, du moins ne cherchez pas a répandre la sienne. Jésus-Christ qui ne vous devait rien, a donné sa vie pour vous. Vous, en l'imitant, vous ne feriez que vous acquitter d'une dette.

Rappelez-vous l'histoire du débiteur de mille talents. Parce qu'il exigea impitoyablement les cent deniers qui lui étaient dus, il se rendit coupable du double crime, de dureté envers son frère et d'ingratitude envers son maître, qui avait commencé par lui remettre sa dette. Avec quelle rigueur il en fut puni !

Si nous faisons quelque chose de bien, ce n'est qu'un devoir que nous avions à remplir. C'est Jésus-Christ qui le dit : Lorsque vous aurez accompli tout ce qui vous est commandé, dites encore : nous sommes des serviteurs inutiles, qui n 'avons fait que ce que nous étions obligés de faire (Le 17, 10). Quelque charité que nous manifestions pour nos frères, quel ques aumônes que nous fassions, nous ne faisons rien à quoi nous ne soyons tenus, non seulement parce que Jésus-Christ nous en a donné l'exemple, mais parce qu'en donnant aux pauvres, nous ne faisons que lui rendre, à lui, ce qui lui appartient, mais qu'il consentait à partager avec vous.

Quand vous le lui refusez, vous vous dérobez à vous-mêmes le bienfait de ce partage auquel il vous avait appelé, et qui vous constituait le maître de votre bien. C'était pour vous en assurer la possession qu'il vous commandait d'y appeler les pauvres. En le retenant pour vous seuls, vous n'en jouissez pas. Vous n'en êtes réellement le maître que quand vous en faites des largesses aux indigents.

Le précepte de l'aumône est donc fondé non seulement sur l'obligation qu'il nous a prescrite, mais sur l'exemple qu'il nous en a donné. Qu'y a-t-il de comparable à cette charité de Dieu pour les hommes ? Il a répandu tout son sang pour ses ennemis. Nous, nous refusons quelque peu d'argent à Dieu, nous lui refusons ce qui est à lui. Il a fait les avances auprès de nous, et nous ne voulons pas l'imiter. Il s'est sacrifié pour notre salut, et nous ne voulons rien faire pour notre propre intérêt. Car enfin il ne lui revient rien de ce peu de bien que nous faisons. C'est nous qui y gagnons, tout seuls. S'il nous commande de le donner, c'est pour que nous ne soyons pas exposés à le perdre. Il agit envers nous comme un père plein de tendresse pour ses jeunes enfants, à qui il donne quelques pièces de monnaie, avec la précaution de leur recommander de bien les serrer, de les remettre à garder à quelqu'un de confiance, de peur qu'elles ne leur soient volées par le premier venu.

Donnez aux pauvres, vous dit-il, ces pièces qui vous seraient dérobées par quelque artificieux parasite, par les tentations du démon, par les surprises d'un voleur, par le dépouillement où la mort vous jettera. Tant que vous les gardez, il n'y a pas de sécurité pour vous. En me les donnant à moi, dans la personne des pauvres, vous les confiez à un gardien fidèle, qui vous les rendra à grand intérêt. Je vous les demande, non pour vous en priver, mais pour les accroître, pour les déposer dans un asile sûr,où rien ne vous les dispute, rien ne les altère. Je vous les garde pour le jour où vous n'aurez qu'elles pour vous défendre et plaider en votre faveur. Comble de démence de refuser de croire à sa parole, de rejeter d'aussi magnifiques promesses et un échange aussi profitable !

Qu'arrivera-t-il ? Nous irons comparaître aux pieds de son redoutable tribunal, nus, dépouillés de tout, les mains vides, sans avoir personne pour nous assister, et rien pour nous défendre. Serions-nous étonnés qu'après cela, il ne nous reste qu'attendre le plus sévère châtiment.
Car enfin, que pourrons-nous à alléguer pour notre justification ? Quelle excuse ? Quels moyens de défense ? Vous n'avez pas obéi au précepte de l'aumône. Pourquoi ? Parce que vous n'étiez pas sûr que l'on vous rendrait ce ce que vous auriez donné. Mais celui qui vous a tant donné quand il n'avait rien reçu de vous, à plus forte raison vous donnera-t-il après qu'il aura reçu quelque chose de vous.

Dédaignons les richesses si nous ne voulons pas que Jésus-Christ nous dédaigne. Méprisons-les pour les gagner. Si nous en voulons pour cette vie, il nous faudra les perdre et pour le temps présent et pour l'avenir. Si nous les distribuons dans les mains de l'indigence, nous les retrouverons à grand intérêt et durant la vie et après la mort.
Que celui qui veut être riche devienne pauvre, pour être riche. Qu'il répande pour ramasser, qu'il sème pour recueillir, et s'il a du mal à comprendre comment cela est possible, qu'il jette son regard sur nos campagnes, qu'il voie dans les laboureurs de la terre une image de ce qui se fait dans le ciel. Ils ne récoltent qu'en proportion de ce qu'ils ont semé, et plus ils semblent s'être appauvris, plus ils finissent par s'enrichir.
Semons donc et cultivons le ciel comme un champ fertile, afin d'y moissonner avec abon- dance les biens étemels par la grâce et la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Qu'est-ce qui vous fait de la peine ? Est-ce de manquer de biens et d'être dans l'indi- gence ? Ce qui me fait de la peine, à moi, c'est de vous voir avec si peu de courage, c'est de voir, non pas que vous soyez sans biens, mais que vous accordiez tant d'importance aux richesses.
L'Apôtre Paul n'était pas un jour sans lutter contre la faim, et loin de s'en désoler, il y mettait sa joie et sa gloire.
Et vous, parce que vous n'avez pas des revenus qui augmentent chaque année, vous vous lamentez, vous vous dites malheureux. L'Apôtre me répondez-vous, n'avait à penser qu'à lui, moi, j'ai à m'occuper d'une femme, d'enfants... Dites plutôt que saint Paul n'était pas chargé d'une seule famille, mais que sa famille à lui était le monde entier. Lui, c'étaient les pauvres de Jérusalem, de la Macédoine, de toutes les contrées de l'univers qui faisaient le continuel objet de ses sollicitudes, occupé qu'il était non seulement de ceux qui recevaient, mais de ceux qui donnaient. Pourvoyant à ce que les uns ne manquent pas de biens temporels et que les autres aient en abondance les biens spirituels.
Ce qui vous afflige, c'est de manquer de biens, et vous vous dites malheureux. Vous l'êtes bien moins que ce riche qui n'en a jamais assez. Il ne le dit pas, mais allez au fonds de son coeur et vous verrez s'il est aussi heureux qu'il le paraît.
Pourtant, qu'est-ce qui vous manque ? Ne jouissez-vous pas, comme lui, de ce beau ciel, de ce magnifique soleil qui vous éclaire et vous réchauffe... ? Il a beau faire, mais peut-il vous priver de ses rayons, s'en approprier, seul, les bienfaits ? N'est-ce pas là un bien commun à tout ce qui respire sur ia terre et qui appartient au pauvre aussi bien qu'au riche ? Vous lui enviez ces vastes domaines qui lui ont coûté tant de dépenses et de travaux ? Je vous de- mande à qui ils profitent le plus, et s'il n'a pas besoin que vous l'aidiez à en consommer les fruits. Que ferait-il de ses denrées s'il n'y avait des pauvres qui lui achètent à peu de frais ce qu'il n'a pu se donner qu'à force de trésors ?
Quand nous plaçons notre argent, c'est au plus haut intérêt. Dieu nous offre cent pour un, et nous n'en voulons pas. Ce que vous donnez à l'intempérance, à la vaine gloire, à l'épargne, que vous rend-il ? Corruption, inimitiés, inquiétudes, souffrances dans ce monde et dans l'autre.
Placez-le dans les mains de Jésus-Christ et vous gagnez tout. Mais ce ne sera que dans une vie à venir... Détrompez-vous, dès cette vie même, comptez sur d'abondantes entrées. Sa parole est explicite : Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît (Mt 6. 33).
Vos fonds vous sont assurés pour l'autre vie, et sans nulle réduction, mais j'ajoute même dans celle-ci. Plus je diffère à vous payer, plus votre capital grossit. Si, vous trouvant isolé dans un pays étranger, agité par une révolution, vous y rencontriez un débiteur qui voudrait vous rendre votre argent, ne chercheriez- vous pas par tous les arguments imaginables à suspendre le paiement, jusqu'à votre retour dans votre pays ? Ce monde n'est-il pas pour vous une terre étrangère, qu'assiègent perpétuellement les vicissitudes ?
Et quand vous marchez vers la patrie ou règne une éternelle paix, ne pouvez-vous pas attendre quelque temps ? Ce qui vous serait donné ici bas périrait avec vous. Avec un peu de patience, vous recevrez, non pas un plomb vil, mais l'or le plus pur pour ne le perdre jamais.
S'il vous faut conserver votre argent, ne vous en chargez pas vous-mêmes, car vous l'exposeriez. Laissez-le à Dieu en dépôt et vous êtes sûr de ne rien perdre. Vous voulez le faire profiter en le plaçant ici bas ? Mais vous ne comprenez pas ? Vous pouvez vous donner un intérêt supérieur au capital en le plaçant à usure dans les mains du Seigneur.
Ce que les débiteurs redoutent le plus, c'est de rencontrer leur créancier. De la part de Dieu, c'est tout le contraire. Il s'empresse d'aller à la rencontre de ceux qui lui ont prêté. Prêtons-lui donc, plaçons dans ses mains.
Jamais il n'y a eu de circonstances plus favorables pour l'emploi de nos fonds, puisque jamais il n'y a eu plus de misères. Si vous ne lui donnez pas à présent, il ne sera plus temps ailleurs de lui offrir. C'est aujourd'hui, qu'il a soif, qu'il a faim... soif de votre salut. Il est mendiant, il est nu sur la terre, pour vous procurer le moyen de gagner le ciel. Ne le refusez pas. Il souhaite moins ardemment d'être nourri par vous, que de vous nourrir vous-mêmes, moins de recevoir de vous un vêtement, que de vous en donner.

Le Dieu qui vous créa sans vous, et vous donna la vie par un bienfait purement gratuit de sa libéralité, s'il vous voit charitable et bienfaisant envers les pauvres, vous donnera par ses propres bienfaits le droit de compter sur toutes sortes de biens.
Dieu n'est riche que pour donner, imitez-le.
En répandant vos richesses, vous les multipliez.
Vous les tenez renfermées, c'est le moyen de les diminuer. L'avare qui cache son blé dans sa maison et refuserait de le rendre à la terre, le verrait consommé par les insectes malfaisants. Il ne le fait valoir qu'en le dispersant.

Écoutez-moi, vous tous, à qui il en coûte de donner : si vous gardez vos richesses, vous vous appauvrissez. Vous vous croyez riches, mais vous ne l'êtes que comme ceux qui rêvent d'avoir en leur possession les trésors d'un monarque, et qui à leur réveil se retrouvent les mains vides. Toute cette opulence n'a duré que le court espace d'un songe !
V
ous me parlez de riches et de pauvres. Attendez que le jour soit venu, attendez que nous soyons arrivés dans la patrie. Jusque-là, je suis embarrassé de dire qui est le riche et qui est le pauvre. Jusque-là, rien de réel, ce ne sont que termes vains. J'entends appeler riches des hommes à qui je ne connais aucune espèce de richesse, et que je regarde comme les plus pauvres des hommes.

S'ils n'étaient pas pauvres, en effet, ils n'auraient pas un si grand nombre de richesses. Ne soyons pas dupes des mots, et accordons aux choses leur juste valeur. Un tel possède de l'or, de l'argent en abondance, des pierreries, des bijoux, des parures magnifiques, que sais-je ? En est-il plus riche ? Est-ce donc là ce qui fait la richesse ? Est-ce là ce qui l'accompagnera au redoutable tribunal ? Non, il n'y paraîtra qu'accompagné de ses aumônes. Voilà donc la véritable richesse.

Retour à la page de présentation