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L'Enfance de Dieu

Lorsqu'il était aumonier de garçons scouts, le Père Zundel ne manquait pas à sa vocation enseignante. Avec l'aide de quelques correspondants canadiens que nous remercions particulièrement de leur autorisation de reproduction, nous avons plaisir à mettre en ligne cette remarquable instruction.
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D'après une légende Hindoue, Dieu aurait dit un jour à un petit enfant : " Veux-tu jouer avec moi? Les hommes me traitent toujours comme une grande personne et jamais personne ne me traite comme un petit enfant ".

Il y a dans cet exemple quelque chose d'infiniment pathétique puisque le christianisme lui-même va nous conduire au Dieu Enfant.
Nous savons tous quelle révélation il y a pour nous dans un petit enfant. Et parmi toutes les voies qui s'ouvrent à l'homme pour faire la rencontre de Dieu, la plus universelle et la plus irrésistible est celle de l'enfance.
Il n'y a pas de matérialiste aussi endurci soit-il qui ne doive avoir, à certaines heures, le pressentiment de la dignité humaine en regardant dormir un petit enfant. Et l'homme qui n'est plus accessible à cette révélation n'est plus accessible à rien.
S'il y a au monde une image de la transparence divine, c'est celle d'un petit enfant.

Et c'est ce qui nous émeut dans l'enfant : cette limpidité, cette transparence qui fait du petit enfant, pour nous, le sacrement d'une lumière infinie.
Il n'est pas besoin de lui donner un nom, mais il est impossible de ne pas sentir que cette lumière vient d'ailleurs et qu'elle est divine.
Et l'enfant, dans cette transparence, nous donne aussi, pour les mêmes raisons, le sentiment de l'ingénuité parfaite, parce que cette lumière, elle rayonne de lui sans qu'il cherche à se l'approprier.
Je sais bien que les enfants ne sont pas des saints et dès le premier jour, se manifestent en eux les tendances du vieil Adam; il y a cependant des régions en eux qu'ils n'ont pu encore s'approprier, et à cause de cela elles ont gardé toute leur limpidité. C'est par là qu'ils sont pour nous une révélation inépuisable.
Dans l'ordre de l'instinct, l'enfant a pu s'approprier une foule de choses suivant la violence de ses besoins, mais il reste en lui une objectivité qui fait que rien du rayon de lumière ne se recourbe sur lui-même et il nous entraîne vers la lumière.
Et comme cette lumière transparente, comme cette lumière ingénue est toute désappropriée, elle entraîne naturellement, dans la mesure où l'enfant baigne dans son atmosphère, elle entraîne entre lui et nous une confiance totale.
Vous savez que c'est là un des traits de l'enfance. Ce qui est merveilleux c'est qu'il est vis à vis de nous tout élan, toute spontanéité, que tout son être se donne dans un seul cri de tendresse. Il n'y a aucune réserve dans ce don et c'est précisément parce qu'il s'accomplit dans la lumière où il n'y a pas de repli ni d'ombre; on ne peut imaginer moins de réserve dans ce don fait dans une lumière totale.

Ce n'est pas tellement étonnant que Dieu se révèle à nous sous les traits d'un enfant puisque l'enfance constitue le foyer naturel de la lumière, de la grâce, de la joie et de la tendresse.
" Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils qui s'appellera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. "
Dieu sera avec nous et pour être avec nous, Dieu sera un petit enfant :
" Un petit enfant est né, un Fils nous est donné ". Lorsque l'Église veut nous conduire au Sauveur des hommes, elle empruntera ce texte :
" Voici qu'une Vierge enfantera un dominateur, le Seigneur, "Et sa puissance étendra la main sur les empires "du monde. ". Et ce dominateur est ce petit enfant enveloppé de langes : " Un Sauveur vous est né; vous le reconnaîtrez à ce signe : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes. "

Quel paradoxe infini que cette révélation chrétienne : On attend un Sauveur, un restaurateur d'Israël; on attend la manifestation de sa toute puissance et le signe auquel on reconnaîtra que le Sauveur est venu, c'est que : vous trouverez un petit enfant.
Un petit enfant ... la faiblesse qui appelle au secours, la faiblesse qui a besoin de vous, la faiblesse qui se confie à vous. Dieu est un petit enfant, ou plutôt Il est l'Enfance même. Il n'y a au fond, pas d'autre enfance que la Sienne : Il est l'Enfance en Personne.

Et nous retrouvons d'une manière admirable chez tous les grands hommes, chez tous les hommes de génie comme une certaine illumination qui vient de cette enfance divine; comme un reflet de candeur puisque le génie n'est qu'une forme d'ingénuité et d'enfance.

L'homme de génie est un être ingénu qui ne se recourbe pas sur soi, qui laisse irradier dans tout son élan, dans toute sa transparence, dans toute sa candeur - parce qu'il ne s'interpose pas - la Vérité en Personne.
C'est pourquoi nous nous sentons, en présence du génie, en contact avec la vérité : parce que la vérité ici, transparaît dans la candeur de l'homme, dans cette participation de l'homme de génie à une Enfance qui est Dieu lui-même.
Le regard de St François d'Assise est un regard d'enfant, plein de Dieu, un regard qui ne revient jamais sur soi et qui recueille la plénitude de la lumière.

Rappelez-vous la phrase du début : " Veux-tu jouer avec Moi? " Rappelez-vous ce mot où il est dit de la Sagesse qu'elle joue éternellement devant Dieu, et laissez rayonner dans votre esprit tout ce mystère de l'Enfance, la clarté de Dieu qui est l'Enfance en Personne.
Alors vous ouvrirez vos bras et votre coeur et vous ferez le geste maternel qui accueille cet Enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche car : " Celui qui fait la volonté de Mon Père, celui-là est mon frère et ma soeur et ma mère. "

Maurice Zundel - Homélie

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