retour à la page de présentation

  Prier devant le Saint - Sacrement...
par Monseigneur Bouchex, Archevêque d'Avignon

Serviam, Catholiques en ligne, remercie vivement le Bulletin Religieux et Site Internet du Diocèse d'Avignon
d'avoir aimablement autorisé la reproduction de cet article...

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Bulletin Religieux du Diocèse d'Avignon du 5 novembre 2000

Le vrai culte eucharistique est la célébration de la Messe. Jésus se rend présent dans l'Eucharistie pour que son sacrifice puisse être offert en sacrement, pour que son Corps et son Sang soient notre nourriture, et pour que nous devenions ainsi son Corps qui est l'Eglise. En même temps, nous sommes invités à prier devant le Saint Sacrement en dehors de la Messe. Pourquoi cette prière ? Qu'est cette prière ?

Elle est prière de présence au Christ présent.- Dieu peut être prié partout. Il n'est lié à aucun lieu. En même temps il a voulu se rendre présent suprêmement en notre monde par la personne de son Fils, Jésus Christ mort et ressuscité, qui est son Temple véritable et définitif (Jn 1, 14; 2,18-22). Or l'Eucharistie est le sacrement par exellence de la présence du Christ Seigneur. En le priant dans l'Eucharistie, nous prions le Seigneur plus grand que le monde, et qui de ce fait peut faire des réalités du monde que sont le pain et le vin le sacrement de son offrande à Dieu et de son don à l'Eglise et à chacun de nous. En nous rendant présents à lui, nous nous rendons présents au Père avec Lui et par Lui qui en est le Temple et l'Orant parfait.

Elle est prière d'adoration.- Une crainte habite certains. Prier devant l'Eucharistie, ne serait-ce pas de l'idolâtrie ? Ce le serait pour qui considérerait l'Eucharistie comme une chose et sa contemplation comme la contemplation d'un peu de pain. Mais le pain consacré est sacrement. C'est dire que l'Eucharistie n'est pas une chose, ni un objet si précieux soit-il. Elle est le Christ mort et ressuscité, le Christ Seigneur, le Christ en acte d'offrande à Dieu, attirant les hommes vers la plénitude du Royaume où Dieu sera « Tout en tous » (1 Co 15, 28). L'idolâtrie est l'essai constant de l'homme d'asservir Dieu à ses intérês, de le plier à sa propre puissance, de l'enfermer dans son temps transitoire.
L'Eucharistie, qui est accomplie par la puissance de l'Esprit Saint et qui est la présence du Christ Seigneur, échappe à nos prises. Nous ne pouvons la prier qu'en venant nous-mêmes accueillir le don qui nous dépasse, en nous donnant nous-mêmes et en nous laissant attirer vers le Royaume. La prière devant le Saint Sacrement est le modèle de l'attitude de l'homme qui reconnaît Dieu pour ce qu'il est, à savoir Celui que nous servons sans pouvoir l'asservir, qui se donne sans jamais être possédé, qui se fait nourriture non pour être transformé en nous mais pour nous transformer en lui.

Elle est prière d'offrande avec le Christ s'offrant au Père.- L'Eucharistie, c'est avant tout la célébration de la Messe où le Christ s'offre au Père et vient à nous avec la puissance de sa mort et de sa résurrection. Elle est le sacrement du Christ dans son offrande au Père et dans son don à l'Eglise et à chacun de nous. Elleest la présence sacramentelle du Christ pour que l'Eglise puisse l'offrir au Père et devenir avec lui « une éternelle offrande à la gloire » de Dieu (P. E. 3). Elle est donc une Action où par l'Esprit le Christ se rend présent dans son sacrifice éternisé par la résurrection. Cette présence du Christ qui est au coeur de l'Action liturgique n'est pas transitoire. Elle est présence tant que dure le sacrement. Le Christ ne retire pas sa présence quand se termine l'Action où il s'est rendu présent. Il demeure présent dans son offrande au Père et son don à l'Eglise. Prier devant l'Eucharistie, c'est laisser se poursuivre en nous l'élan d'offrande de nous-mêmes dans lequel la Messe nous a fait entrer.

Elle est prière de contemplation des richesses de la célébration eucharistique.- Dans la prière en dehors de la Messe, notre participation à la Messe devient contemplation. Cette contemplation, loin de dévaloriser la Messe, permet d'en inventorier toutes les richesses et de mieux en reconnaître l'immensité. Sans cette contemplation dans la prière, la participation à la Messe risque de s'appauvrir en routine ou en pratique ponctuelle ne rejaillissant pas en vie eucharistique. La prière devant le Saint Sacrement prolonge la célébration au delà de sa durée. De même que la Parole de Dieu proclamée dans la liturgie a besoin de devenir « lectio divina » pour révéler toutes ses richesses, ainsi l'Action liturgique a besoin d'être contemplée pour faire entendre toutes ses harmoniques spirituelles et apostoliques.

Elle est prière d'intériorisation du Christ donné en nourriture.- L'Eucharistie, il est vrai, est nourriture. Ce n'est d'ailleurs pas le Christ qui devient pain comme on le dit parfois. C'est le pain qui devient son Corps, de sorte qu'en mangeant le pain consacré, c'est le Christ qui devient notre nourriture. Le pain ne devient pas du pain au moment où nous le mangeons, mais nous le mangeons parce qu'il est du pain en dehors même de l'acte de le manger. De même ce n'est pas parce que nous mangeons l'hostie et dans l'acte de la manger qu'elle devient le Christ.
La présence du Christ n'est pas limitée à l'acte de la communion. Elle est liée à l'intervention de l'Esprit qui fait du pain le Corps du Christ. Tant que demeure le pain consacré apte à être mangé, la présence du Christ demeure. La prière devant l'Eucharistie est une manière de prolonger le Repas du Seigneur, de continuer à nous nourrir du Christ. Elle est action de grâce prolongée pour le Christ donné en nourriture, intériorisation de la communion sacramentelle, disponibilité à nous laisser transformer par la présence du Christ en nous, accueil de la Vie, de l'immortalité, des arrhes de la résurrection. .

Elle est prière de communion spirituelle.- Le Christ ne cesse pas brusquement d'être présent une fois que la Messe est terminée. C'est bien ce que le mot de transsubstantiation veut signifier: le pain consacré ne redevient pas du pain ordinaire une fois qu'est teminé le Repas du Seigneur. C'est pourquoi l'Eucharistie est gardée pour être portée aux malades, aux mourants et à ceux qui n'ont pu venir à la Messe. Nous ne le gardons pas comme une nourriture ordinaire. Nous le gardons pour ce qu'il est vraiment: le sacrement du Christ mort et ressuscié toujours offert au Père et à nous en nourriture. La prière devant l'Eucharistie est acte de foi en cette présence continuée, joie de vivre en sa présence. Elle est ce que nous appelons la communion spirituelle. Le Christ est toujours présent pour nous faire entrer en communion avec lui et en lui avec tous les hommes.

Elle est prière qui fait l'Eglise.- L'Eucharistie est liée à l'assemblée. C'est vrai. Encore faut-il bien comprendre cette formule. Le Christ ne devient pas présent dans l'Eucharistie du simple fait que l'asssemblée est là. Bien plutôt c'est Lui qui, dans son désir de se rendre présent à Dieu et de se donner à nous, nous invite à nous rassembler et nous constitue en assemblée. C'est lui qui nous fait « Ecclesia », Eglise, en nous entraînant dans son mouvement de sacrifice et en nous donnant son Corps. Il reste présent pour faire l'Eglise. Il est présent comme la Tête du Corps, comme la Plénitude qui veut attirer tous les hommes à lui pour en faire son Corps participant à sa Plénitude.
La prière devant l'Eucharistie n'est pas une pratique individualiste opposée à la célébration de la Messe qui serait ecclésiale. Même dans l'intimité la plus personnelle, elle est désir et attente de cette Plénitude qu'est le Christ, entrée dans le Mystère du Corps plénier du Christ que chaque Messe veut édifier, entrée dans la communion des saints que réalise chaque Eucharistie, anticipation du « Tout en tous » qui n'est encore qu'en espérance pour nous, mais qui est réalisé dans le Christ Tête. La prière devant le Saint Sacrement est toujours union à l'Eglise et édification de l'Eglise.

Elle est prière missionnaire.- La prière devant l'Eucharistie édifie l'Eglise en lui rappelant qu'elle est l'Epouse qui attend dans la veille l'Epoux qui vient. Elle est un acte missionnaire comme l'ont compris et le comprennent des hommes et des femmes engagés dans la vie consacrée ou engagés dans le monde. Elle nourrit le désir de la Plénitude du Corps du Christ sans lequel il n'est pas de mission. Elle est contemplation de cet Amour que le Christ porte à tous les hommes et où s'enracine toute mission. La « Sainte Réserve » est le sacrement de cette « réserve » de grâce que le Christ veut répandre sur les hommes présents et à venir et qui pousse l'Eglise à annoncer la Grâce de Dieu au monde.

Elle est prière de présence aux hommes.- L'Eucharistie est le don que le Christ fait de son Corps et de son Sang, de la Vie éternelle, de l'Esprit Saint, de l'Amour du Père pour Lui et de son amour pour le Père. Par là elle est source du partage et appel au partage entre les hommes.Elle est germe du monde humain nouveau fondé sur le partage. La prière devant le Saint Sacrement est la contemplation de la Plénitude de partage où le Christ se donne sans se diviser. Elle n'est pas oubli et éloignement des hommes qui peinent. Présence au Christ Seigneur de l'univers, elle doit être présence aux hommes. Loin de refermer sur lui-même celui qui prie, l'Eucharistie doit l'ouvrir aux dimensions du monde. Car ce n'est pas le monde qui contient l'Eucharistie comme une partie de lui-même. C'est l'Eucharistie qui contient le monde, comme la source contient le fleuve qui coule d'elle.

Elle est prière de renouvellement du monde.- Quelles qu'en soient les formes, la prière devant l'Eucharistie est vitale pour l'Eglise et sa mission. Elle n'est pas opposée à la charité active, à l'action efficace, à l'engagement concret. L'exemple de beaucoup d'hommes et de femmes du passé et du présent nous le montre: elle est une source de charité active, d'action efficace, d'engagement concret. Elle en est le terreau nourricier et l'environnement vital. Charles de Foucauld, pour ne parler que de lui, qui passait des heures devant le Saint Sacrement, nous manifeste à quel sommet d'humanité, d'amour des hommes, de présence missionnaire, de témoignage jusqu'à la mort, peut mener la pratique de la prière devant l'Eucharistie.

Nous devons promouvoir dans les paroisses une telle prière. Que chaque semaine, et pourquoi pas chaque jour, un temps de prière devant le Saint Sacrement soit proposé dans les églises et les chapelles! Initions les catholiques à une telle prière. Les paroisses ne peuvent qu'en retirer vitalité chrétienne et élan missionnaire.

+ Raymond BOUCHEX
Archevêque d'Avignon

retour à la page de présentation