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Serviam
remercie vivement la rédaction de la revue " La Nef
" pour son aimable accord de reproduction en ligne.
Le très intéressant
article qui suit est extrait du numéro 116 de mai 2001.
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Il existe des fausses apparitions en marge de l'Eglise qui
ont donné naissance à des mouvements proches des
sectes.
Présentation de quelques-uns d'entre
eux.
Parmi les critères
qui sont traditionnellement retenus par l'Eglise pour juger du
caractère surnaturel d'une apparition de la Sainte Vierge,
il y a celui de la conformité du Message reçu avec
la Révélation évangélique et la doctrine
de l'Eglise; il y aussi celui des fruits spirituels : les apparitions
ont-elles été suivies de grâces de conversion,
de guérisons et d'un plus grand attachement à l'Eglise
?
Il est donc logique que les fausses apparitions quelle que
soit leur cause : illusion sincère, supercherie ou déséquilibre
mental puissent, inversement, si leurs protagonistes s'obstinent
dans l'erreur, être suivies de dérives sectaires.
Il n'est pas inutile, pour l'information des fidèles, de
signaler quelques cas actuels.
A
Palmar de Troya, dans le Sud de l'Espagne, la Vierge serait apparue
à partir du 30 mars 1968 à quatre fillettes.
Bientôt des adultes affirmeront voir, eux aussi,
la Mère de Dieu. Des faits compliqués de Palmar
de Troya dont l'archevêché de Séville
a récusé en 1970 le caractère surnaturel
on retiendra la dérive d'un voyant, tardif, Clemente
Dominguez Gomez. Il monopolisa le lieu de Palmar de Troya à
son profit, allégua de supposés stigmates et, en
1975, dans une supposée révélation, il reçut
du Christ lui-même l'ordre de fonder un nouvel ordre religieux
: les Carmes de la Sainte-Face.
D'un authentique
évêque catholique, Mgr Ngo Dinh Thuc, Clemente Dominguez
Gomez reçut, avec quatre compagnons, l'ordination sacerdotale
puis la consécration épiscopale. En 1978, à
la mort de Paul VI, Clemente s'autoproclama souverain pontife
et prit le nom de Grégoire XVII. La secte de cet antipape
de pacotille existe toujours mais vit dans une paranoïa continuelle,
repliée autour de prêtres et d'évêques
dont le statut canonique est plus qu'illégal.
Avec le cas du Fréchou, on reste dans le domaine
de la secte née d'une fausse apparition mais avec une habileté
que n'ont pas les adeptes de Palmar de Troya.
Le Fréchou est un petit village du Lot-et-Garonne où
un ancien séminariste, Roger Kozik, et un compagnon, Michel
Fernandez, sont venus s'établir en 1970 pour fonder une
communauté religieuse. Kozik disait bénéficier
d'apparitions de la Vierge depuis un an.
A défaut
d'être reconnu par l'évêque d'Agen, Kozik et
Fernandez obtinrent, en 1974, d'être ordonnés prêtres
par Mgr Laborie, évêque d'une vieille communauté
dissidente (l'Eglise catholique latine). Puis, craignant que ces
ordinations soient invalides, ils se firent ordonner prêtres
à nouveau par Mgr Enos, " primat de l'Union des petites
Eglises Catholiques Indépendantes ", et une troisième
fois, en 1977, par Clemente Dominguez, qui les sacra aussi évêques.
LE FRECHOU
Ces
péripéties n'auraient pas grand intérêt
si Roger Kozik, qui se fait appeler Père Jean-Marie, de
son nom de religion, ne prétendait recevoir, le 14 de chaque
mois, depuis 1977, des messages de la Sainte Vierge. Ces messages
sont destinés à être connus des fidèles,
ce qui n'a pas manqué pas d'attirer au Fréchou des
fidèles nombreux. La communauté religieuse établie
au Fréchou compte, outre les deux fondateurs devenus évêques,
plusieurs prêtres, ordonnés par eux, des religieux
et des frères.
L'évêque d'Agen
a dû mettre en garde, à plusieurs reprises, contre
cette communauté " sauvage " et les pseudo-apparitions
qui continuent à avoir lieu au Fréchou. La justice
s'en est mêlée et a condamné à des
peines de prison avec sursis les dirigeants de la communauté
pour abus de confiance.
Si, localement, la communauté religieuse est très
largement discréditée, vivant repliée sur
elle-même, elle s'attache, à l'extérieur,
à diffuser une image trompeuse d'elle-même. Plusieurs
de ses religieux et de ses religieuses ont fondé des missions
au Cameroun, en Martinique et jusqu'à la lointaine Mongolie.
A Paris et New-York des religieuses de la congrégation
distribuent des repas gratuits et leur activisme les a fait reconnaître
à l'ONU comme ONG et inviter, à ce titre, à
des conférences internationales !
" L' Oeuvre de la Restauration ", à Derval, en
Bretagne, a attiré, pendant longtemps, dess cars entiers
venus de toute la France et de l'étranger.
A
l'origine, il y a les supposées révélations
reçues, à partir de 1975, par un agriculteur, Pierre
Poulain. La Vierge lui serait apparue en lui révélant
un important message : il était chargé de "
Restaurer l'Eglise ". Plusieurs autres voyants ont commencé
à graviter autour de lui et les révélations
du Restaurateur ont commencé à être éditées,
à partir de 1978, sous le titre : L'Avènement restaurateur
(11 volumes parus). Une communauté de religieuses s'est
établie autour de lui, l'Ordre des filles crucifères.
En 1980, une naissance non déclarée à l'état-civil
(fruit d'une relation " mystique " entre le Restaurateur
et une de ses disciples) a fait scandale et a éloigné
nombre de fidèles. Mais la secte se survit.
L'"
Oratoire du Précieux Sang " existe toujours à
Derval, peuplé d'un nombre incalculable de statues, de
reliques, authentiques ou supposées. Il est fréquenté
par des fidèles irréductibles, qui parfois viennent
de loin pour écouter le Restaurateur.
Aujourd'hui encore, les interminables messages supposés
surnaturels de Pierre Poulain et de ses disciples sont diffusés
dans toute la France par des feuilles ronéotypées.
On y trouve des nouvelles doctrines (la " divinité
" de la Vierge Marie, quatrième personne de la Trinité
!), la prescription de nouvelles fêtes liturgiques (le 5
avril, " Pâque nouvelle ").
Tout ce fatras à prétention mystique a produit une
dérive sectaire indéniable. A contrario, les authentiques
messages célestes reçus par Catherine Labouré,
Bernadette de Lourdes ou Lucie de Fatima les ont conduites au
couvent, dans l'humilité et la méditation des paroles
reçues puis confiées à l'Eglise.
Yves Chiron
La Nef n°116 - Mai 2001