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Serviam, Catholiques en ligne, remercie vivement le Centre de Formation à l'Action Civique et Culturelle selon le Droit naturel et chrétien pour son aimable accord de reproduction de l'article fondamental qui suit .
Centre de Formation, 49 rue des renaudes - 75017 PARIS - www.centredeformation.netLes 2 Pouvoirs
Une question vient naturellement à l'esprit du citoyen qui observe l'action d'un gouvernement ou de l'électeur qui s'interroge sur un candidat : qu'est-ce qui l'inspire ?
Autrement dit, quels sont ses critères de jugement, ses références, ses objectifs ? Où veut-il nous mener ?
Cette question est très exactement celle de la relation entre le Pouvoir temporel et le Pouvoir spirituel.
Problème complexe et difficile qui a fait l'objet de volumineux traités et de nombreux débats au point que la plupart préfèrent l'éviter.
Or, voici que le Catéchisme de l'Eglise Catholique nous en donne une présentation en un seul de ses articles qu'il faut citer intégralement :
"2244 - Toute institution s'inspire, même implicitement, d'une vision de l'homme et de sa destinée, d'où elle tire ses références de jugement, sa hiérarchie des valeurs, sa ligne de conduite. La plupart des sociétés ont référé leurs institutions à une certaine prééminence de l'homme sur les choses. Seule la Religion divinement révélée a clairement reconnu en Dieu, Créateur et Rédempteur, l'origine et la destinée de l'homme. L'Eglise invite les pouvoirs politiques à référer leurs jugements et leurs décisions à cette inspiration de la Vérité sur Dieu et sur l'homme.
Les sociétés qui ignorent cette inspiration, ou la refusent au nom de leur indépendance par rapport à Dieu, sont amenées à chercher en elles-mêmes ou à emprunter à une idéologie leurs références et leur fin, et n'admettant pas que l'on défende un critère objectif du bien et du mal, se donnent sur l'homme et sur sa destinée un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire".
En conclusion du IVè commandement
Ce texte mérite une analyse détaillée.
Observons d'abord sa place dans le Catéchisme.
Il termine l'article consacré au IVè commandement : "Honore ton père et ta mère afin d'avoir longue vie sur la terre que Dieu te donne".
Ce commandement, qui ouvre la seconde table et nous "indique l'ordre de la charité" (CEC 2197), qui est formulé en termes de devoirs à accomplir (alors que ceux qui suivent portent des interdictions - CEC 2198), qui comporte sa récompense : non seulement "des fruits spirituels, mais des fruits temporels de paix et de prospérité" (CEC 2200), qui "constitue l'un des fondements de la Doctrine sociale de l'Eglise" (CEC 2198), qui "nous ordonne d'honorer tous ceux que Dieu, pour notre bien, a revêtus de son autorité" (CEC 2197), "ce commandement implique les devoirs des parents, maîtres, chefs, magistrats, gouvernants, de tous ceux qui exercent une autorité sur autrui ou sur une communauté de personnes" (CEC 2199).
Aussi, après avoir traité largement de la famille, le catéchisme aborde-t-il les devoirs des autorités civiles - maîtres, patrons, magistrats, gouvernants - puis ceux des citoyens, avant de terminer par les rapports entre la communauté politique et l'Eglise.
La neutralité est impossible
Ainsi situé dans son contexte, nous pouvons relire ce passage 2244 du Catéchisme : "Toute institution s'inspire, même implicitement, d'une vision de l'homme et de sa destinée".
C'est la constatation d'un fait. La doctrine sociale de l'Eglise n'est pas une idéologie : elle se fonde sur des faits, que peuvent constater tous les esprits objectifs.
"Au fond de toute politique, il y a toujours une idée de l'homme", disait Paul Valéry.
Avant lui, Proudhon, incroyant déclaré, notait : "il est surprenant qu'au fond de notre politique, nous trouvions toujours la théologie".
Et Jean Ousset : "Il est impossible qu'une doctrine ne règne pas sur l'Etat... Ainsi le veut l'ordre des choses : il veut que la main obéisse à l'esprit et, de fait, elle obéit toujours à un esprit" (1).
Une doctrine, c'est-à-dire un pouvoir spirituel qui inspire les jugements, les décisions d'application temporelle.
Cette inspiration peut être "explicite". Il y a des organisations, des associations, qui annoncent clairement ce qui les inspire. Elle est plus souvent "implicite" mais n'en est pas moins déterminante.
Quelle idée se fait-on de l'homme et de sa destinée ?
Chaque homme est-il uniquement la composante d'une majorité ? Ou un travailleur pendant 37 ans, un consommateur pendant 37 ans ? Ou un moyen d'obtenir et de conserver le pouvoir ? Ou bien un être unique et irremplaçable ?
Des références de jugement
L'idée qu'on se fait de l'homme ne demeure jamais une vue théorique; elle entraîne nécessairement des conséquences très pratiques ("d'où elle tire ses références de jugement, sa hiérarchie des valeurs, sa ligne de conduite"...).
Les références de jugement, ce sont les critères qui vont inspirer les orientations, les décisions...
La hiérarchie des valeurs, c'est-à-dire ce qui est important et ce qui est secondaire; ce qui passe avant et ce qui passe après; ce qui est juste ou injuste etc..
Le Catéchisme revient souvent sur cette notion de hiérarchie des valeurs. On peut remarquer qu'il l'évoque quelques articles plus haut pour préciser le rôle de ceux qui exercent l'autorité.
Une hiérarchie des valeurs
Le premier devoir de celui qui exerce une autorité, dit le Catéchisme, est de "rendre manifeste une juste hiérarchie des valeurs", c'est-à-dire que non seulement cette hiérarchie des valeurs constitue le critère d'appréciation de ceux qui gouvernent l'institution, mais encore, il ont à prendre des dispositions pour que cet ordre des priorités, cette référence de jugement, soit connue de tous, "afin de faciliter l'exercice de la liberté et de la responsabilité" (CEC 2236). Qui n'a pas ressenti ce malaise qu'engendre l'incertitude sur le jugement des supérieurs ? "Qu'est-ce qu'ils veulent, là-haut ?"... Le doute sur les critères de jugement de mes supérieurs entrave ma liberté. Je n'ose plus prendre d'initiative, engager ma responsabilité.
"La plupart des sociétés ont référé leurs institutions à une certaine prééminence de l'homme sur les choses".
Nous sommes encore dans le domaine du constat.
C'est un fait que l'histoire des civilisations permet d'affirmer et que le Catéchisme observe avec plus de bienveillance que de sévérité. Car on pourrait aussi noter de graves inversions de cette hiérarchie des valeurs, non seulement dans l'antiquité- exemple de l'esclavage - mais même de nos jours. Certains groupes de pression semblent attacher plus d'importance au confort des animaux ou à l'exploitation du maïs qu'au respect de la vie humaine et tout se passe comme si certaines orientations étaient inspirées par leurs critères de jugement.
Et le constat se poursuit :
"Seule la Religion divinement révélée - la religion des Hébreux expliquée et complétée par Jésus-Christ et transmise par l'Eglise - a clairement reconnu en Dieu, Créateur et Rédempteur, l'origine et la destinée de l'homme".
L'origine et la destinée de l'homme
D'où venons-nous ? Où allons-nous ?
C'est un fait que seule la religion chrétienne répond clairement à ces questions. On pourra trouver dans d'autres religions ou systèmes d'explication des approches, des pressentiments, des lumières partielles, mais il n'y a que le christianisme qui affirme avec une certitude tranquille que "l'homme est créé pour connaître, aimer et servir Dieu et ainsi parvenir au Paradis" (Saint Ignace, "Principe et fondement" - et CEC 172).
Et voilà la conséquence que l'Eglise tire de ces prémisses :
Tout pouvoir s'inspire d'une idée de l'homme; seule l'Eglise reconnaît la Vérité sur l'homme.
Conséquence :
Le Catéchisme nous indique en peu de mots en quoi consiste ce «pouvoir spirituel» de l'Eglise dont on a tant débattu et qui est si souvent contesté.
"L'Eglise invite les pouvoirs politiques à référer leurs jugements et leurs décisions à cette inspiration de la Vérité sur Dieu et sur l'homme" (CEC 2209).
Le "Pouvoir spirituel"
C'est aussi simple que cela.
Puisque de toutes façons il faut que les institutions politiques "s'inspirent d'une vision de l'homme et de sa destinée", l'Eglise propose que ce soit de la Vérité sur l'homme qu'elles tirent leurs "références de jugement", leur "hiérarchie des valeurs", leur "ligne de conduite".
L'Eglise invite.
Elle n'impose pas, elle ne contraint pas.
Mais elle prévient des conséquences :
"Les sociétés qui ignorent cette inspiration ou la refusent (...) se donnent sur l'homme (...) un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire". Les conséquences, c'est l'histoire, ce sont les faits qui les montrent : nous ne quittons pas le domaine des faits vérifiables.
Une société qui ne s'inspire pas de la Vérité sur l'homme devient totalitaire.
Il n'y a pas d'autre alternative.
Toute politique qui ne s'inspire pas de la vérité sur l'homme est liberticide, de manière déclarée ou sournoise, et cette seconde manière peut être plus dangereuse, dans la mesure où elle endort les facultés de réaction.
La vérité sur l'homme, sur son origine et sur sa destinée, c'est la référence de jugement de toute décision politique; c'est ce qui justifie la hiérarchie des valeurs...
Au contraire, "ignorer" cette vérité "donne lieu à de graves erreurs dans le domaine (...) de la politique" (CEC 407).
On est un peu surpris des remous provoqués par les encycliques "Veritatis Splendor" et "Evangelium vitae"
Font-elles autre chose, pourtant, que de tirer des applications de ce "critère de jugement" que proposait déjà le Catéchisme : la vérité sur l'homme. La loi morale, les "valeurs" qui fondent une juste démocratie sont-elles autre chose que des applications de cette vérité ?
Jehan de SAINT CHAMAS
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