LE BIEN COMMUN
par le Père Achille MESTRE mb

Luc XVI 19-31 ; Am. VI 1, 4-7 ; I Tm VI 11-16

Les textes bibliques de cette liturgie nous invitent à une certaine éthique de comportement.

Le prophète Amos met en garde ceux qui ne se soucient guère des autres : « malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem et qui se croient en sécurité…Ils mangent les meilleurs agneaux , boivent le vin à même les amphores…Ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ».

Dans l’Evangile, Jésus prend de son côté une parabole très forte pour condamner l’homme riche qui ne se préoccupe pas du pauvre : un abîme les sépare aujourd’hui, comme il les séparera demain dans le monde à venir.

Alors on comprend mieux l’invitation de St Paul à Timothée : « Toi, l’homme de Dieu, cherche à être un homme juste et religieux ; vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur ».

Dans sa sagesse, l’Eglise a un mot pour exprimer cette articulation du bien de chacun avec le bien de tous. Ce mot, c’est le bien commun. Nous avons là comme une boussole qui pointe pour tout homme ce qui devrait être le sens de son action. Au delà de son intérêt personnel qui pousse légitimement à plus gagner pour mieux vivre. Au delà de l’intérêt général qui pousse une société à mettre en place des services publics accessibles à tous : pensons à l’éducation, aux transports, aux soins. On ne saurait en rester là. Poussée à l’extrême, la recherche de l’intérêt propre sombre dans l’individualisme, lequel est souvent le fruit d’un libéralisme exacerbé. Poussée à l’extrême, la recherche de l’intérêt collectif risque d’atteindre les libertés individuelles : le communisme institutionnel n’a-t-il pas sombré dans le totalitarisme ? Voilà pourquoi l’Eglise, de St Thomas d’Aquin à Jean-Paul II, tient tant à cette notion de bien commun. Car elle a le souci équilibré des personnes, de chaque personne ; et en même temps de la collectivité donc de touts les personnes. Voici ce qu’elle propose, dans le domaine économique et social, à notre discernement : toujours rechercher le bien individuel, de chacun, par le bien des autres. Dans la parabole, ce n’est pas la richesse qui est condamnée en elle-même, mais l’attitude du riche envers le pauvre Lazare. Ce sont également des comportements de riches égoïstes et repus que dénonce le prophète Amos.

A cet endroit, on peut prendre une comparaison organique. L’Eglise, la société forme un corps. Or, dans un corps, il y a une solidarité entre les membres, entre les cellules. La performance de l’un peut être médiocre ; d’autres sont alors appelés à remédier à ses déficiences. Sinon, c’est le corps tout entier qui risque de tomber malade, voire de sombrer. Voilà pourquoi l’Eglise croit tant à la solidarité comme instrument de régulation de la société. Les membres de la société n’ont pas, comme le préconisait Marx, à faire la révolution, à s’opposer à mort pour ouvrir une aube nouvelle. Non. Ils ont, tout au contraire, à s’entraider, à partager pour permettre une meilleure performance du corps social. Jean-Loup Dherse et le P. Hugues Minguet, dans un livre publié en 1998 sur l’Ethique ou le Chaos ? considèrent que refuser le bien commun blesse l’homme et la société. L’égoïste s’autodétruit comme le riche de l’Evangile. Il recherche d’abord l’argent pour l’argent, puis l’argent pour le pouvoir, enfin l’argent pour l’image de soi. Au delà, soulignent nos auteurs, c’est la chute dans un puits sans fond dont personne ne peut rien tirer. On cultive au contraire le bien commun quand on casse avec cette logique de l’auto-élèvement, de l’ego poussé à l’absurde, quand on se préoccupe de l’autre par amour, ainsi que nous invite St Paul. On construit alors la société, en tentant d’en faire comme une anticipation du Royaume des cieux.

P. Achille MESTRE mb

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