Mgr Brincard a été interrogé par le journal « La Montagne ». Cest cette interview que nous reproduisons ci dessous.
1) Que pensez-vous du projet dune loi interdisant tout signe dappartenance religieuse et politique à lécole et dans ladministration ?
Cette loi est seulement à létude
.
Par des lois justes, lEtat favorise lentente entre les citoyens. Selon un certain aspect, cette entente repose sur lacceptation par tous de valeurs fondamentales. De telles valeurs peuvent être découvertes par la raison humaine. Elles sont donc universelles. A ce sujet, soyons clairs : aucun signe religieux chrétien nest porteur dun message sy opposant. Allons même plus loin : un chrétien peut être fier que lEglise ait souvent contribué à leur découverte et presque toujours à leur approfondissement. Posons alors la question : pourquoi un signe religieux chrétien, porté avec modestie, doit-il être banni de la vie de lécole publique alors quil ne met nullement en cause les valeurs dont le respect fonde lunité durable de la nation ?
Une chose me paraît évidente : il ne faut pas quune loi votée sous lempire de peurs incontrôlées, compromette, par des interdictions abusives, la bonne entente qui règne entre un Etat soucieux de fonder ses lois sur la raison, et une tradition chrétienne assumant pleinement les exigences authentiques de cette même raison.
2) Quelle est votre définition de la laïcité ?
Telle quelle existe en France, la laïcité est lexpression concrète, au sein dune société déterminée, dune forme de séparation entre lEglise et lEtat. Une telle séparation reconnaît à lEtat une juste autonomie dans la gestion des affaires de la cité. Mais cette autonomie ne signifie nullement que le champ daction du politique se suffise à lui-même et quil nait pas besoin de recevoir des repères pour accomplir une mission importante.
« La laïcité à la française », avec ses richesses, ses limites et ses difficultés, est appelée à favoriser une « convivialité citoyenne », notamment en imposant comme règle absolue, celle du respect des droits fondamentaux et inaliénables attachés à la dignité de la personne humaine. Cest ainsi que la laïcité peut contribuer à rendre plus solide lunité de la nation, unité qui a besoin dun idéal. Une telle unité sans laquelle il ny a pas de paix civile durable, sera factice si elle ne repose que sur les intérêts politiques ou économiques du moment ou, ce qui est bien pire, sur une démagogie cachant des ambitions insatiables. La moindre crise sérieuse fera voler tous ces artifices en éclats. La crise est-elle à nos portes ? Au lendemain dévénements qui avaient secoué en profondeur notre pays, André Malraux le pensait. Ne disait-il pas déjà : « Notre crise vient de labsence des valeurs suprêmes ».
Je voudrais ajouter une dernière remarque : le danger menaçant la laïcité ne vient, ni de la foi des chrétiens, ni de lEglise catholique mais de ce que jappelle le « laïcisme ». Quest-ce à dire ? Le «laïcisme » est fondé sur la conviction que la foi chrétienne est une imposture, voire une aliénation mentale, exploitée au profit de divers intérêts. Une telle conception du religieux chrétien déforme lhistoire de notre pays et, plus grave encore, nie une dimension essentielle de la nature humaine. Il en résulte que des libertés fondamentales seront niées : par exemple, celle de vivre normalement sa foi au sein de la communauté humaine. De surcroît, un tel laïcisme ne reconnaît pas à la famille le droit inaliénable dexercer ses responsabilités propres dans le domaine de léducation des enfants. Au niveau politique, il nacceptera pas non plus, dans les faits, le vrai pluralisme et, par conséquent, ne respectera pas ladversaire, qui dans une démocratie doit demeurer un partenaire quon consulte et quon écoute.
Au contraire, la laïcité peut être une forme heureuse de collaboration entre autorités civiles et religieuses, collaboration au service du bien de tous et particulièrement du bien des petits et des faibles.
Propos recueillis par Fabrice Mina. La Montagne, novembre 2003
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