Retour à la page de présentation
FAMILLE, ETAT, EGLISE... DEVANT LES MISSIONS DE L'ECOLE
par M. L'Abbé,Savignac
Un grand débat ouvert par lEtat invite toutes les catégories
de la société à redéfinir les missions de lEcole, les méthodes
pédagogiques, limage de lenseignant, les finalités de la formation.
Laccélération des techniques, la multiplicité des conceptions
sur la personne humaine rendent les objectifs de léducation plus
complexes, flous , polémiques.
Recentrer lécole sur sa mission première :.sagit-il seulement
de donner à lenfant les connaissances et les aptitudes nécessaires
à sa vie dadulte, ou de former lintelligence à penser de manière
autonome mais vraie ? Sagit-il de préparer à un travail et dapprendre
les règles de la vie en société, y-a-t-il place pour des projets
éducatifs plus amples ? Qui doit avoir le rôle prédominant dans
léducation ? Qui fixe les objectifs de la mission de lEcole,
qui doit lui donner les moyens ?
Resituons dabord la nature et les fonctions des trois sociétés
qui entourent la personne :la famille, lEtat, lEglise -..
1.- La finalité naturelle de toute société est ce pour quoi elle
est nécessaire et apte.
La société civile est lunion morale de personnes qui mettent
en commun leurs ressources pour une fin commune qui dépasse les
capacités individuelles. La vie civile est enracinée dans la nature
sociale de lhomme , sujet de relations car dépendant et solidaire.
La vie sociale sorganise avec une diversité légitime pourvu que
ses formes respectent la nature humaine selon son origine et sa
fin.
Lenfant nait dans la carence absolue des moyens dexister. Il
est " pure puissance " Celle-ci réclame des élements qui laident
à acquérir sa forme définitive : devenir un adulte qui exerce
de manière optimale ses capacités physiques, intellectuelles et
morales. Cest pourquoi lévangile choisit-il limage de larbre
et de ses fruits.
La famille a une mission immédiate : éduquer. La fécondité est
un principe de vie et déducation à la vie. Les parents sont la
source de trois biens: lêtre, la nutrition, linstruction ( S.Thomas
dAquin, in 8° ethic, qu 1 a 11). Les droits de la famille sont
donc premiers, et antérieurs à ceux de la société civile ( S.Thomas
dAquin, Summa Theologica, II,II, qu 10 a 12). (cf.Pie XI, encyc.
Divini ilius magistri, 31.12.1929, conc.Vatican II, déclarat.
gravissimum educationis, n. 6).
Léducation ne se compose pas seulement de lacquisition du bien
être matériel et de linstruction professionnelle; elle inclue
les besoins affectifs, moraux et surnaturels. Ne vous contentez
pas de confier lenfant à une bonne école mais veillez à protéger
sa Foi recommande le Concile Vatican 2 ( const.dogmat. Lumen gentium
n.11).
La construction dune personnalité équilibrée, ouverte, solidaire,
fait de la famille une véritable école de vertus sociales. Si
on y apprend dans les premières années à aimer, aider, pardonner,
servir, comprendre, on saura exercer ces qualités dans les relations
professionnelles et sociales. Si on ne la pas appris dans la
famille , lEtat ou lentrepise ont-ils le pouvoir et les moyens
de réaliser cette tâche ?
L école apparaît comme le point de rencontre des droits de la
famille, de ceux de lEtat, et de ceux de lEglise
2. - Les droits de lEglise
Par le baptême lEglise acquiert un droit sur les âmes, elle protège
le droit des parents à la liberté de choix dans léducation ;
elle-même peut créer des écoles ( déclarat. Gravissim.educat.
3).
Car la famille na pas tous les moyens datteindre la fin de lhomme.
Elle doit donc être aidée, non remplacée. Historiquement, lécole
est née comme institution de proximité, complémentaire de la famille.
La mission de lécole vient de la famille, pas de lEtat ( cf.
Léon XIII, encycl. Sapientiae christianae, 10.01.1890). Léducation
chrétienne nest pas seulement celle des vérités de Foi mais de
toute la vie fondée sur une culture vraie ( cf. Léon XIII, encyc.
Militantis ecclesiae, 1.8.1897).
L "autorité civile " dhier, les " pouvoirs publics " daujourdhui
, ont pour tâche de veiller à lintérêt général, le " bien commun
" de la communauté, sans favoritisme ni esprit de parti. Légalité
des chances et des droits nest pas légalitarisme. Le " principe
de subsidiarité " est nécessaire à la liberté et à la responsabilité
des citoyens : la fonction de lEtat nest pas dorganiser toutes
les activités importantes par défiance de linitiative privée
- mais dorganiser les activités que les citoyens ne peuvent organiser
par eux-mêmes.
Aisi la liberté de choix des parents dans léducation est-elle
mentionnée dans la déclaration universelle des droits de lhomme
( ONU, 1947) et dans la récente Constitution Européenne.
Quels droits a lEglise d intervenir dans léducation ? Le premier
est évangélique :"allez et enseignez toutes les nations "Mt 28,
18). Ensuite, elle exerce une maternité spirituelle par la Foi
et les sarements pour les baptisés. La culture humaine est autonome
et diverse, mais lEglise veille à ce quelle sharmonise avec
les vérités de la Révélation. Elle a tous les moyens de remplir
sa mission spirituelle, quelle soit de droit privé ou de droit
public selon les pays où elle est présente. Elle peut donc promouvoir
les cultures, non pas comme fin en soi mais au service dune fin
supérieure. ( cf. déclarat.Graviss.educat. 6).
Il y a aujourdhui une autre tendance, celle pour laquelle lenfant
est dabord membre de la société. Cest celle-ci qui doit donc
léduquer intégralement. Cette tendance transfère à lEtat des
fonctions qui, en fait, dépassent sa nature et ses possibilités.
Cela provient soit didéologies modernes issues du rationalisme
des Lumières, soit parfois de la passivité, ou de difficultés
graves, des familles.
Quelle est la place la plus juste de lEtat dans léducation ?
3. - LEtat est une création historique de lhomme, manifestation
de lorganisation sociale, instrument fonctionnel de la société
humaine. Dans sa forme actuelle, il apparaît au XVI° siècle, comme
un " système ", un ensemble doté dune organisation juridique
stable, dinstruments administratifs, financiers et judiciaires.
Ceux-ci sont au service de létablissement de conditions matérielles
et culturelles qui favorisent le développement des membres de
la communauté civile, le " bien commun temporel ". Celui-ci est
absoluement nécessaire pour acquérir le bien surnaturel (Léon
XIII, encycl. Sapientiae christianae). Car lhomme, pour exercer
la vertu, a besoin , signalait S.Thomas dAquin, dun minimum
de bien-être matériel.
LEtat na donc pas à obtenir directement le bien spirituel des
âmes ni à donner toute la prospérité désirable. Il doit favoriser
le développement individuel et la liberté légitime, veiller à
une juste répartition des biens matériels et intellectuels selon
les besoins et les capacités des individus ( cf. " Catéchisme
de lEglise Catholique " n. 2229). Pour ce faire, il est doté
dune autorité - capacité de diriger les volontés individuelles
vers le bien commun quand cela est nécessaire à la paix sociale-
et dun pouvoir - force nécessaire pour imposer aux volontés individuelles
la primauté du bien commun en cas de nécessité-. Il est supérieur
aux individus dans lordre de laction, inférieur dans lordre
de la nature. Il est distinct du gouvernement, qui incarne le
pouvoir public.
Lextension des pouvoirs modernes de lEtat depuis le XVI° s.
lui a fait prendre le contrôle de lEcole au XIX° s. Il a été
influencé par la philosophie des lumières. Pour certains, lunité
de la nation justifiait la domination des consciences individuelles
(Hegel). Pour dautres (Dewey), léducation devait servir principalement
la démocratie. Dès lors, la communication du savoir passe après
la création dune nouvelle mentalité. La démocratie devient première
et la transcendance est reléguée à la sphère privée. La légitime
autonomie du temporel dérivait parfois en laicisme. Le naturel
sémancipait du surnaturel et se constituait comme unique horizon
de lhomme.
Or lhomme a une fin éminement personnelle, à la fois terrestre
et éternelle, qui est le but de ses actes. LEtat doit le rendre
capable dassumer le mieux possible ses aptitudes humaines en
respectant sa diversité. ( cf. Gravissim. Educat. N°3). Il ne
sattribue pas les droits des individus, il suscite leur initiative
et stimule leur capacité de progrès. Il a des droits pour accomplir
cette mission: garantir lordonnancement juridique des institutions
scolaires, leur compétence, leur bonne santé morale - pour éviter
les manipulations des consciences surtout chez les plus jeunes
et les plus faibles-, contrôler le niveau correct des installations
matérielle et leur sécurité, le respect des programmes qui assure
une égalité des chances dans la vie. ( cf. Pie XI, enc. Divini
illius magistri) . Cest ce que lEtat fait pour dautres domaines
de la vie civile, la défense, la sécurité, léconomie, la santé
etc.
Aujourdhui, le pluralisme scolaire est acquis parce quil apparaît
comme la conséquence et la garantie du pluralisme politique qui
évite certains excès et certaines souffrances du passé. LEtat
doit donc garantir les conditions du développement harmonieux
de la personne humaine, mais cest elle qui atteint librement,
ou non, sa plénitude. Voilà ce qui légitime laide à linitiative
privée (cf. Code de Droit Canonique, canon 793, 2). Dans ce contexte,
le débat sur lécole doit donc avoir , parmi ses objectifs , celui
dharmoniser les droits de la famille, de lEtat et de lEglise
( cf. déclarat. Dignitatis humanae, n.5) LEtat a ce devoir car
il a des moyens supérieurs aux individus, mais ces moyens viennent
des individus.
En conclusion, plutôt que de chercher à faire peser lun des acteurs
sur les autres famille, Etat, Eglise- par des groupes de pression
(bien différents des associations légitimement reconnues) il est
plus interessant de mettre en lumière la coopération des trois
pour que tout être humain travaille à réaliser son humanité en
plénitude ( cf. homélie de lAssomption, Lourdes, 15 août 2004).
La "plénitude dhumanité " ? Ne sagit-il pas d une intériorité
riche (de passions nobles), dune liberté bien finalisée (en accord
avec la vérité, pas seulement avec lutilité personnelle), dune
ouverture à lautre, à la création , à Dieu, qui devienne une
communion avec lautre, la création et Dieu ?
. Lenfant est une individualité qui aspire à sauto-organiser,
sauto-développer, mais il ne peut le faire quavec des matériaux
physiques, intellectuels, affectifs, spirituels, surnaturels-.
Et cest ce que lui apportent divers " milieux nutritifs immédiats
", la famille, lécole, la paroisse, le club
Cest ce que suggère
Saint Josémaria lorsquil parle du bon usage de lintelligence
et de la liberté qui nécessite une bonne formation chrétienne.
( cf. Entretiens, le Laurier, 1987, p. 23). La conscience de sa
propre mission et les moyens naturels et surnaturels de laccomplir,
conditionnent en grande partie, chez lenfant comme chez ladulte,
lefficacité et le succès de la vie. Cest-à-dire le bonheur .
Jean-Paul SAVIGNAC
Retour à la page de présentation