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ROYAUTE SOCIALE de JESUS-CHRIST
Extraits d'une Synthèse de la Doctrine Sociale de l'Eglise...

Le remarquable ouvrage : " Construire la Civilisation de l'Amour ",
est signé du Père Marc-Antoine Fontelle, Oblat bénédictin.
A lévidence, c'est une lumineuse synthèse de la Doctrine Sociale de l'Eglise
.

832 pages - 1 volume 15 x 22 - F 234 plus port et emballage

Le texte intégral est disponible à la librairie Pierre Tequi, 82 rue Bonaparte - 75006 Paris,
Téléphone 01.40.46.72.90 et Télécopie 01.40.46.72.93  -
Serviam remercie vivement les Editions Pierre Tequi pour leur aimable accord de reproduction partielle.

" Or, il Nous en souvient, Nous proclamions ouvertement deux choses : l'une, que ce débordement de maux sur l'univers provenait de ce que la plupart des hommes avaient écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie politique ; l'autre, que jamais ne pourrait luire une ferme espérance de paix durable entre les peuples tant que les individus refuseraient de reconnaître et de proclamer la souveraineté de Notre Sauveur. " ( Pie XI, Encyclique Quas Primas - n° 11 )

La pierre angulaire de l'enseignement social de l'Eglise est la doctrine fondamentale de la royauté du Christ. Jésus-Christ n'est pas seulement venu enseigner la Loi Nouvelle et terminer sa vie terrestre par la Passion, mais aussi exercer une droit légitime sur ses créatures en tant que " Roi des rois et Seigneur des seigneurs " (Ap 19, 16) et en tant que Rédempteur du genre humain. Les mages ne se trompèrent pas en apportant à l'Enfant Jésus de l'encens pour honorer sa divinité, de la myrrhe pour préparer sa Passion et de l'or en reconnaissance de sa royauté (cf. Mt 2, 1-12).
Leur adoration accomplit les prophéties de l'Ancien Testament sur le Messie, où il est reconnu comme le seul Roi et Seigneur auquel toutes les nations doivent soumission et obéissance (cf. Ps 46 et 71).

I. Qu'est-ce que la royauté ?

C'est dans le récit de la Passion du Christ que nous retrouvons la définition paradoxale d'un roi par la description de ses attributs. " L'ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans la main droite " (Mt 27, 28). Ces actions, accomplies par dérision par les soldats romains, représentent la royauté messianique dont le Christ n'avait pas voulu. Sa royauté ne vient pas de l'approbation, ni de la volonté des hommes, mais de Dieu lui-même. A leur insu, les soldats romains définissent avec précision ce qu'est la royauté :

a. Une Dignité, représentée par le pourpre, manifestant que tout pouvoir vient de Dieu. Le roi est, après le prêtre, le ministre de Dieu par excellence, par lequel les grâces divines sont transmises à tous ses sujets. Les soldats romains accomplissent le premier devoir des sujets envers leur souverain qui est d'honorer leur roi : " Salut, roi des Juifs " (Mt 27, 29).

b. Un Pouvoir souverain, représenté par la Couronne. Cette souveraineté sur laquelle crachèrent les soldats romains (Mt 27, 29), doit être respectée par tous les sujets.

c. Un Devoir, représenté par le Sceptre, qui est d'être au service de la justice. Le signe de refus de cette justice a été accompli par les soldats en frappant le Christ avec le roseau (Mt 27, 29). Nous retrouvons ainsi dans le refus de la justice divine la source de nombreuses persécutions contre l'Eglise du Christ.

II. Le triple fondement de la royauté du Christ

a. Le Christ est Roi par sa nature divine.
Saint Cyrille d'Alexandrie l'affirme : " Pour le dire en un mot, la souveraineté que Jésus possède sur toutes les créatures, il ne l'a "point ravie par la force, il ne l'a '' point reçue d'une main étrangère, mais c'est le privilège de son essence et de sa nature ". En tant que Verbe de Dieu, Il possède tout en commun avec le Père et le Saint Esprit, et par conséquent la souveraineté absolue sur toutes les créatures.

b. Le Christ est Roi par sa nature humaine.

Le nom de roi s'applique à la nature humaine de Jésus. En tant qu'homme, Il a tout reçu du Père : " A lui fut conféré empire, honneur et royaume, et tous les peuples, nations et langues le servirent " (Dn 7, 14). Les passages de l'Ancien Testament affirmant la royauté du Messie sont très nombreux. Nous n'en citerons qu'un : " Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l'établir et pour l'affermir dans le droit et la justice " (Is 9, 5-6).

Les textes du Nouveau Testament sont plus explicites puisqu'ils nomment Jésus-Christ. L'Archange Gabriel l'annonçait ainsi à Marie : " Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il règnera sue la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin " (Lc 1, 32-33). Jésus se déclare Lui-même roi : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux juifs. Mais mon royaume n'est d'ici. Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis : je suis roi " (Jn 18, 36-37).

Ce qui revient à dire que la royauté du Christ est la conséquence directe de l'union hypostatique, de l'union entre la divinité et l'humanité de Jésus : " l'âme du Christ est une âme de roi, elle régit tous les êtres, parce que l'union hypostatique la place au-dessus de toute créature ". Saint Thomas nous dit : " comme nous l'avons déjà dit, les autres hommes possèdent certaines grâces particulières, mais le Christ, tête de tous les hommes, a reçu en perfection toutes les grâces. C'est pourquoi, en ce qui regarde les autres hommes, l'un est législateur, l'autre prêtre, l'autre roi ; chez le Christ au contraire, tout cela se rejoint, comme chez celui qui est la source de toutes les grâces. Aussi lisons-nous dans Isaïe (33, 22) : Le Seigneur est notre juge, le Seigneur est notre législateur, notre roi ; il viendra et nous sauvera. "

c. Le Christ est Roi par sa Passion.

Le Christ est roi par nature, mais aussi par droit de conquête. Ce sera sur la Croix que le Christ manifestera aux yeux de l'univers entier l'essence même de cette royauté. En effet, par le mystère de la Rédemption, Il nous a rachetés de la mort éternelle au prix de son Sang. Saint Paul nous dit : " Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même prenant la condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père " (Ph 2, 6-11). En raison même de sa " kénose " sur la croix, Dieu l'a placé au-dessus de toute créature comme Roi pour que tout Lui obéisse en fléchissant les genoux.
De ce fait, nous lui appartenons, nous sommes les 'membres du Christ' " (1 Cor 6, 15) : " Mais quelle pensée plus agréable et plus douce que celle-ci : le Christ nous commande non seulement par droit de nature, mais par un droit acquis, le droit de Rédempteur ? Que les hommes oublieux se rappellent tous combien nous avons coûté à notre Sauveur : Vous n'avez pas été rachetés au prix de matières périssables, comme l'or et l'argent ; mais par le sang précieux du Christ offert comme Agneau sans tâche et sans défaut. Nous ne nous appartenons plus puisque le Christ donna pour nous une rançon précieuse ; nos corps eux-mêmes sont les membres du Christ. "

La grandeur de la royauté de Jésus-Christ s'épanouit dans l'exercice de son autorité : " C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28). Pour servir, pour faire le geste de l'esclave (cf. le lavement des pieds avant la Cène, Jn 13, 1-15), il faut l'humilité conjuguée avec la charité. Cet exemple est à reproduire dans notre vie personnelle et sociale.

Le Christ a accompli tous les signes messianiques qui sont la restauration de l'ordre originel détruit par le péché de nos premiers parents. Par ses miracles et nombreuses guérisons, il a montré qu'il est venu pour restaurer l'harmonie originelle, et élevé la dignité de la personne humaine à un état sans précédent par la vie de la grâce. Cette restauration se manifeste aussi par l'expulsion des démons et la victoire de la Croix sur le royaume des ténèbres.

III. Domaine de la royauté du Christ.

La royauté du Christ s'étend sur toutes les créatures célestes et terrestres : " Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les païens le serviront "(Ps 71, 11). Le magistère affirme : " Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparées de sa communion par le schisme ; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain. " Personne n'est exclu du salut.

Le Christ est venu opérer la Rédemption pour tout le monde passé, présent à venir. Cependant, pour accepter la miséricorde de Dieu, et avoir part au Royaume des cieux, il faut se reconnaître 'pauvre et petit' ainsi que pécheur devant Dieu.

Cette royauté ne souffre donc aucune limitation de temps, de lieu et de personne. Saint Thomas nous dit sur l'étendue du pouvoir judiciaire que " le pouvoir judiciaire du Christ s'étend non seulement aux anges, mais au gouvernement de toute la création ". Ce qui revient à dire que le Christ n'est pas seulement le Roi des consciences et des volontés, mais aussi de toute l'activité humaine au sein de la société. Il doit régner dans les consciences, c'est-à-dire que celles-ci doivent être soumises à sa Volonté ; une conscience soumise à la Volonté du Christ ne peut que désirer transformer la société de telle sorte que cette dernière corresponde aux exigences morales et spirituelles de notre Seigneur.

En d'autres termes, une âme aimant véritablement notre Seigneur s'efforcera toujours de vivre des trois vertus théologales de Foi, d'Espérance et de Charité, c'est-à-dire qu'elle organisera sa vie personnelle et sociale suivant les préceptes du Décalogue et de la loi évangélique du Sermon sur la Montagne.

IV. Le Christ possède le triple pouvoir de toute royauté.

Comme pour toute royauté, le Christ possède en plénitude les trois pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, qui lui sont rattachés.

a. Le pouvoir législatif.

Jésus-Christ est le législateur dans l'ordre surnaturel par le Décalogue ainsi que par la Loi Nouvelle, et dans l'ordre temporel par la loi naturelle, c'est-à-dire par les lois de la création (lois physiques, lois morales naturelles, lois de vie sociale, etc.). " Insinuée dans l'Ancien Testament, révélée dans la Nouvelle Alliance, l'action créatrice du Fils et de l'Esprit, inséparablement une avec celle du Père, est clairement affirmée par la règle de foi de l'Eglise : 'Il n'existe qu'un seul Dieu () : Il est le Père, Il est Dieu, Il est le Créateur, Il est l'Auteur, il est l'Ordonnateur. Il a fait toutes choses par lui-même, c'est-à-dire par son Verbe et par sa sagesse' (S. Irénée, Haer. 2, 30, 9), 'par le Fils et l'Esprit' qui sont comme 'ses mains' (S. Irénée Haer. 4, 20, 1). La création est l'uvre commune de la Sainte Trinité. "

Tout au long de l'Evangile, et plus spécialement dans le Sermon sur la Montagne où il déclare qu'il est venu accomplir la Loi (Mt 5, 17), nous voyons le Christ se révéler comme législateur. Il donne un commandement nouveau (Jn 13, 34) : " Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements " (Jn 14, 15 et 15, 10). Il parle de ses commandements en opposition à la loi des scribes et des pharisiens : " Vous avez entenduEh bien moi je vous dis " (Mt 5, 21-48). Dans ce pouvoir législatif est inclus le pouvoir d'enseigner son peuple qu'il fit tout au long de sa vie terrestre, et le fait toujours par l'intermédiaire de son Epouse, l'Eglise (cf. Mt 28, 19-20).

b. Le pouvoir judiciaire.

Jésus-Christ, en tant que Sagesse éternelle du Père, est juge de par sa nature : " Le Père ne juge personne, mais Il a donné au Fils le jugement tout entier. et Il Lui a donné pouvoir d'exercer le jugement parce qu'Il est Fils d'homme " (Jn 5, 22 et 27). La parabole du jugement dernier (Mt 25, 31-46) le présente comme le Roi qui vient juger les nations en vue de leur donner une récompense ou un châtiment éternel. " Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les uvres et les coeurs appartient à Lui en étant que Rédempteur du monde. Il a 'acquis' ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis 'le jugement tout entier au Fils' (Jn 5, 22 : cf. Jn 5, 27 ; Mt 25, 31 ; Ac 10, 42 ; 17, 31). Or le Fils n'est pas venu pour juger mais pour sauver ( cf. Jn 3, 17) et pour donner la vie qui est en Lui (Jn. 5, 26). "

Ce pouvoir est d'ordre surnaturel d'une part, le jugement des âmes ; d'ordre temporel d'autre part, en raison de la loi de 'cause à effet' qui veut qu'il y ait un jugement de circonstance : ce qui est bien est couronné ; ce qui est mal est voué à l'échec et est puni de manière temporelle. Le pouvoir judiciaire s'exerce aussi, dès ici-bas, avec le droit de châtier ou de récompenser les hommes durant leur vie terrestre. Il a confié à l'Eglise une partie de ce pouvoir judiciaire. Elle peut ainsi remettre les péchés ou imposer une sanction, actes qui ne seront pas sans effets au ciel : " en vérité je vous le dis : tout ce que vous lierez sur la terre sera tenu au ciel pour lié, et tout ce que vous délierez sur la terre sera tenu au ciel pour délié " (Mt 18, 18).

Nous lisons dans saint Jean : " Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus " (Jn 20, 23).

c. Le pouvoir exécutif.
Le pouvoir exécutif du Christ s'exerce aussi bien dans l'ordre surnaturel que dans l'ordre naturel.

1. Dans l'ordre surnaturel.
Dans l'ordre surnaturel, ce pouvoir s'exerce par l'intervention de la grâce, les sacrements, exécution des sentences judiciaires, etc. " Comme Seigneur, le Christ est aussi Tête de l'Eglise qui est son corps. Elevé au ciel et glorifié, ayant ainsi accompli pleinement sa mission, Il demeure sur la terre dans son Eglise. La Rédemption est la source de l'autorité que le Christ, en vertu de l'Esprit saint, exerce sur l'Eglise (cf. Ep 1, 22). 'Le règne du Christ est déjà mystérieusement présent dans l'Eglise', 'germe et commencement de ce royaume sur la terre' (cf. Lumen gentium, n° 3 et 5). "

2. Dans l'ordre temporel ce pouvoir s'exerce par :

a – La divine Providence intervenant dans l'histoire : " La création a sa bonté et sa perfection propres, mais n'est pas sortie toute achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement ('in statu viae') vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l'a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection : 'Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu'Il a créé, 'atteignant avec force d'une extrémité à l'autre et disposant tout avec douceur' (Sg 8, 1). Car 'toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux' (He 4, 13), même celles que l'action libre des créatures produira' (Cc. Vatican I : DS 3003). Le témoignage de l'Ecriture est unanime : la sollicitude de la divine providence est concrète et immédiate, elle prend soin de tout, des moindres petites choses jusqu'aux grands événements du monde et de l'histoire. Avec force, les livres saints affirment la souveraineté absolue de Dieu dans le cours des événements : 'Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, Il le fait' (Ps. 115, 3) ; et du Christ il est dit : 'S'Il ouvre, nul ne fermera, et s'Il ferme, nul n'ouvrira' (Ap 3, 7) ; 'Il y a beaucoup de pensées dans le cur de l'homme, seul le dessein de Dieu se réalisera' (Pr 19, 21). "

b – Le maintien et le gouvernement de la Création : " avec la création, dieu n'abandonne pas seulement sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d'être et d'exister, Il la maintient à chaque instant dans l'être, lui donne d'agir et la porte à son terme (cf. Sg 11, 24-26). "

c - L'exécution du pouvoir judiciaire : Le Christ détient aussi ce pouvoir afin de faire respecter ses lois et de mettre en application ses jugements. Dans la parabole des talents et du jugement dernier (Mt 25, 14-46), le roi fait exécuter ses sentences et ses serviteurs lui obéissent.

3. L'intervention des causes secondes
L'exercice du pouvoir exécutif se fait toujours par des intermédiaires aussi bien dans l'ordre surnaturel que temporel. " Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour la réalisation, Il se sert aussi du concours des créatures. Ce n'est pas là un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-Puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d'exister, mais aussi la dignité d'agir elles-mêmes, d'être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l'accomplissement de son dessein. "

V. Nature de cette royauté

a. le royaume est avant tout d'ordre spirituel.

" Mon royaume n'est pas de ce monde " (Jn 18, 36). L'erreur des Apôtres et des Juifs, au temps du Christ, était d'attendre la restauration d'un messianisme politique. Cette croyance sera la cause d'une incompréhension suivie d'un rejet de la messianité de Jésus. Pour entrer dans ce royaume, il faut renaître par le Baptême : " En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu " (Jn 3, 5), puis se convertir et avoir la foi : " le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l'Evangile " (Mc 1, 15). Mais cela ne peut se faire que par le mystère de la croix : " si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour et qu'il me suive " (Lc 9, 23).

Le Concile Vatican II nous enseigne : " En effet, le Seigneur Jésus donna naissance à son Eglise en prêchant l'heureuse nouvelle, l'avènement du règne de Dieu promis dans les Ecritures depuis des siècles : 'Que les temps sont accomplis et que le Royaume de Dieu est là' (Mc 1, 15). Ce royaume, il brille aux yeux des hommes dans la parole, les uvres et la présence du Christ. La Parole de Dieu est en effet comparée à une semence qu'on sème dans un champ (Mc 4, 14) : ceux qui l'écoutent avec foi et sont agrégés au petit troupeau du Christ (Lc 12, 32) ont accueilli son royaume lui-même ; puis, par sa propre vertu, la semence germe et croît jusqu'au temps de la moisson (Mc 4, 26-29).

Les miracles de Jésus apportent également la preuve que le royaume est déjà venu sur la terre : 'Si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'es donc que le royaume de Dieu est arrivé parmi vous' (Lc 11, 20). Avant tout cependant, le royaume se manifeste dans la personne elle-même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, 'venu pour servir et donner sa vie en rançon d'une multitude' (Mc 10, 45). Et quand Jésus, ayant souffert pour les hommes la mort sur la croix, fut ressuscité, il apparut que Dieu l'avait fait Seigneur Christ et prêtre pour l'éternité (Ac 2, 36 ; He 5, 6 et 7, 17-21), et il répandit sur ses disciples l'Esprit promis par le Père (Ac 2, 33).

Aussi l'Eglise, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce royaume le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis que peu à peu elle s'accroît, elle-même aspire à l'achèvement de ce royaume, espérant de toutes ses forces et appelant de ses voeux l'heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son roi. "

Mais pour entrer dans ce royaume, il faut que chaque homme se convertisse avec la grâce de Dieu. Saint Thomas nous dit : " Le royaume de Dieu consiste à titre principal en des actes intérieurs, se rattache à lui. Ainsi, le royaume de Dieu étant 'justice intérieure, paix et joies spirituelles, s'opposent nécessairement au royaume de Dieu et doivent donc être interdits par l'évangile du Royaume. "

Le Catéchisme de l'Eglise Catholique (n°546) nous dit que " Jésus appelle à entrer dans le Royaume à travers les paraboles, trait typique de son enseignement (cf. Mc 4, 33-34). Par elles, Il invite au festin du Royaume(cf. Mt 22, 1-14), mais Il demande un choix radical : pour acquérir le Royaume, il faut tout donner (cf. Mt 13, 44-45) ; les paroles ne suffisent pas, il faut des actes (cf. Mt 21, 28-32).
Les paraboles sont comme des miroirs pour l'homme : accueille-t-il la parole comme un sol dur ou comme une bonne terre (Mt 13, 3-9) ? Que fait-il des talents reçus (Mt 25, 14-30) ? Jésus et la présence du Royaume en ce monde sont secrètement au cur des paraboles. Il faut entrer dans le Royaume, c'est-à-dire devenir disciple du Christ pour 'connaître les mystères du Royaume des cieux' (Mt 13, 11). Pour ceux qui restent 'dehors' (Mc 4, 11), tout demeure énigmatique (cf. Mt 13, 10-15) ".

b. Le royaume est aussi d'ordre temporel.

Etre d'ordre spirituel, ne signifie aucunement qu'il n'est pas non plus d'ordre temporel. Le Christ a aussi l'entière souveraineté sur les choses temporelles, et ainsi peut disposer et gouverner les créatures comme bon Lui semble. Néanmoins, pendant sa vie terrestre, Notre Seigneur s'est abstenu du gouvernement des affaires temporelles : " rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à dieu " (Lc 20, 25).

Ainsi, Il renvoya le gouvernement des biens terrestres aux hommes. Saint Thomas nous dit à ce sujet : " Or, bien qu'établi roi par Dieu, le Christ n'a pas voulu, pendant qu'il vivait sur la terre administrer temporellement un royaume terrestre. Ainsi dit-il lui-même en saint Jean : 'Ma royauté n'est pas de ce monde'. Le Christ, qui venait conduire les hommes à Dieu, n'a pas voulu exercer le pouvoir judiciaire sur les réalités temporelles.

Voilà pourquoi saint Ambroise écrit : 'C'est bon droit que le Christ rejette les biens terrestres, lui qui était descendu sur la terre à cause des biens divins. Et il n'a pas daigné se faire juge des litiges et arbitre des fortunes, lui qui a la faculté d'être juge des vivants et des morts et l'arbitre des mérites'. "

Cependant, il est l'auteur unique du bonheur et de la prospérité aussi bien pour les nations que pour chaque personne. Ceci fait dire à Pie XI : " si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix – se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l'autorité des princes et des chefs d'Etat un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l'apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ.

Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu'ils commandaient bien moins en leur nom qu'au nom et place du divin Roi, il est évident qu'ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et le sagesse possibles dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés ! "

CONCLUSION

Nous pouvons conclure en citant Pie XI : " il faut qu'il règne sur nos intelligences : nous devons croire, avec une complète soumission, d'une adhésion ferme et constante les vérités, révélées et les enseignements du Christ. Il faut qu'il règne sur nos volontés : nous devons observer les lois et les commandements de Dieu. Il faut qu'il règne sur nos corps et sur nos membres : nous devons les faire servir d'instruments ou, pour emprunter le langage de l'Apôtre saint Paul, d'armes de justice offertes à Dieu pour entretenir la sainteté intérieure de nos âmes. "

De cette doctrine de la royauté sociale de Jésus-Christ, découle tout notre comportement social.
Son règne ne se limite pas seulement à notre âme, il inspire l'ensemble de notre vie.

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