Un bel exemple pour chacun et
chacune d'entre nous...
I Vie du Bienheureux Alain de Solminihac
Alain de Solminihac naquit le
25 Novembre 1593 près de Périgueux. A l'âge
de 18 ans, il désirait devenir chevalier de l'Ordre de
Malte et porter les armes pour la défense de la foi. Son
âme généreuse sut néanmoins embrasser
la volonté de Dieu qui se manifesta à lui d'une
manière singulière. Son vieil oncle, qui était
abbé commendataire, désirait conserver le bénéfice
de l'abbaye de Chancelade dans sa famille. Il y désigna
son neveu. C'est donc par obéissance à son oncle
que le Bienheureux Alain perçut l'appel de Dieu.
A la différence de beaucoup de ses contemporains qui recevaient
un bénéfice temporel sans trop s'attacher au bien
spirituel des âmes qui leur étaient confiées,
Alain de Solminihac voulut consacrer toute sa vie au Seigneur
sans jamais regarder en arrière. A l'âge de 21 ans,
le Bx Alain commença son noviciat de chanoine de Saint-Augustin,
rompant avec le monde, professant que désormais toute sa
noblesse et sa grandeur étaient d'être religieux.
En prenant donc possession de son abbaye, Alain de Solminihac
résolut d'acquérir les qualités qu'il n'avait
pas encore pour diriger les âmes et réformer son
abbaye.
Depuis le Haut Moyen-Age, Chancelade regroupait quelques ermites près d'une fontaine. C'est en 1133 que la communauté adopta la règle de Saint Augustin sous la direction d'un abbé. Lorsqu'en 1614 Alain de Solminihac prit son abbaye en main, Chancelade n'était plus qu'une abbaye ruinée par les guerres de religion et où les trois chanoines de Saint-Augustin qui restaient ne menaient plus la vie commune et régulière. Dès son arrivée, alors qu'il n'était que novice et malgré l'opposition des ses trois religieux, il ramena l'observance de la règle et la récitation des heures canoniales. Après sa profession religieuse (1616) et son ordination sacerdotale (1618), c'est à Paris qu'il alla compléter ses études ecclésiastiques. Durant toute cette période de formation, il appliqua littéralement la devise qu'il s'était donnée: Aussi bien que se peut, jamais rien à demi. A Paris, Alain de Solminihac rencontra Saint François de Sales (Carême 1619) et se lia d'amitié avec Saint Vincent de Paul dont il était le contemporain.
C'est en 1623 que le Bx Alain reçut la bénédiction abbatiale et continua l'entreprise de reconstruction spirituelle et matérielle de Chancelade en la garantissant par des Constitutions. Avec la présence d'un père spirituel, les postulants se firent nombreux. En quelques onze années d'abbatiat, le Bx Alain reçut la profession religieuse de 54 novices. Devant le succès de sa réforme, d'autres communautés augustiniennes lui demandèrent de l'appliquer chez elles. L'attraction qu'il exerçait était celle d'un homme totalement donné à Dieu. Pour comprendre sa vie comme ses écrits, il faut savoir qu'en 1626, Alain de Solminihac ajouta à ses voeux de religion celui du " plus parfait ", c'est-à-dire le voeu de chercher et de soigner toujours la plus grande gloire du nom de Dieu dans la pratique des choses et affaires qui sembleront être de quelque importance, là où je jugerai avec probabilité qu'elle se trouve.
La notoriété de l'abbé Alain et sa réputation de sainteté firent qu'il fut pressenti pour être nommé évêque de Lavaur. Par humilité, il protestait de son incapacité à remplir cette tâche. A cet effet, il prit la route de Paris et aller trouver le roi Louis XIII pour lui demander d'être épargné. On rapporte que le Roi, fort surpris de ces dispositions plutôt rares à l'époque, s'écria : Béni soit Dieu de ce que dans mon royaume il y a un Abbé qui refuse des Evêchés. L'humilité d'Alain de Solminihac opéra l'effet contraire et il se vit nommé, en 1636, à un des plus grands diocèses du royaume, celui de Cahors.
Le Bx Alain se prépara pendant plus d'un an à recevoir l'épiscopat : il prit le temps de lire la vie des Saints Evêques, particulièrement celle de Charles Borromée, et d'étudier les Actes des Conciles, surtout ceux du Concile de Trente, achevé quelque 70 ans auparavant. Le 27 Septembre 1637, il fut sacré évêque en l'église Sainte-Geneviève du Mont à Paris.
Conscient de l'importance de son rôle de pasteur et y voyant la volonté de Dieu, il se mit à aimer et à remplir de son mieux son " métier d'évêque ". Dans ces dispositions, Alain de Solminihac va tout mettre en uvre pour redonner vie à son diocèse qui était alors dans un état lamentable. Avant même d'avoir pris possession de son siège, le nouvel évêque réunit un synode et mit les " Statuts et Règlements " de son diocèse en conformité avec les Décrets du Concile de Trente. Mais c'est surtout par ses innombrables visites pastorales que le Bx Alain sut donner à ses prêtres le zèle apostolique qui leur faisait défaut, sanctionnant au besoin les plus coupables et rebelles. Plus qu'une inspection paroissiale, il faisait de ses visites un apostolat : les fidèles trouvaient en leur évêque un Pasteur attentif à leurs besoins spirituels, qui donnait le sacrement de Confirmation des heures durant, après s'être assuré de leur préparation.
Epuisé par 22 ans de déplacements incessants d'une paroisse à l'autre, il mourut le 31 décembre 1659 après avoir répété : J'achève mon sacrifice, c'est Dieu qui le consomme. Il fut déclaré Vénérable par S.S. le Pape Pie XI. Il fut béatifié en 1981 par S.S. le Pape Jean-Paul II.
II Spiritualité du Bx Alain de Solminihac
C'est surtout par ses Avis aux chanoines réguliers de Saint-Augustin que l'on connaît la spiritualité du Bx Alain. Ces Avis ont été recueillis par les chanoines lors des conférences à la communauté de Chancelade. Même s'ils concernent des religieux, ils sont riches d'enseignement pour tous les baptisés. Pour cet article, on en a tiré quelques traits saillants à propos de la vie chrétienne en général. Les citations qui suivent pourront donc aider les lecteurs dans leur vie spirituelle ; elles sont tirées des Avis ou bien du Fonds Solminihac (F.S.) des archives diocésaines de Cahors.
La vie chrétienne comme imitation du Christ :
Il faut se tenir toujours collé au Christ , notre âme à la sienne, notre entendement au sien, notre volonté à la sienne. (9 déc 1655, F.S. L.6 n.11 H)
Il faut toujours plus considérer les actions de Jésus-Christ que les paroles (Avis, 10). En effet les paroles du Christ sont si riches qu'elles trouvent leur signification dans ses actions.
La crèche et la Croix sont les deux chaires principales du Christ (1657, F.S. L.7 n. 33). C'est donc en imitant le Christ dans l'abaissement de la crèche et dans l'obéissance de la Croix que le chrétien peut vraiment " se tenir collé " au Christ (selon le terme même du Bx Alain). Cela permet d'entrer dans les dispositions intérieures de notre Sauveur au moment où, par ses actes, Il nous sauvait. Ce sont des dispositions d'amour (charité) avec lequel Jésus-Christ faisait toutes ses actions pour nous, dispositions que nous ne comprendrons jamais et que, si nous savions les connaître parfaitement, nous mourrions infailliblement d'amour (Avis, 9).
La vie du chrétien est donc un acte de reconnaissance envers Dieu qui nous a créés et sauvés, à qui nous devons tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons. Notre reconnaissance se marque par notre intention de servir Dieu et par nos efforts dont l'efficacité dépend totalement de l'exemple suivi : L'exemple de Jésus-Christ n'est pas comme les autres (exemples) qui nous excitent seulement, mais ne sauraient nous donner la force de les suivre ; ... voyant que nous sommes entièrement résolus de le suivre en tout, l'exemple de Jésus-Christ nous comble de grâces et de forces pour le faire... (Avis 7).
Pureté d'intention :
Loin de négliger la part de nos efforts dans la vie spirituelle, le Bx Alain insiste en premier lieu sur l'intention droite qui doit être le fondement de nos efforts. Sachant qu'il n'est pas toujours facile (ou possible) de faire de grandes choses, Alain de Solminihac encourage ses religieux à faire les petites actions ordinaires avec un grand amour et désir de plaire à Dieu, tâchant de les relever toujours au dernier point de leur perfection (Avis 3).
Le facteur essentiel du progrès
spirituel est bien l'amour de Dieu : Pour avancer vite dans
toute sorte de vertu il ne faut qu'avoir l'amour de Dieu, car
il arrache bientôt toutes les imperfections. Sans l'amour
de Dieu, on est toujours occupé à ôter tantôt
une imperfection, tantôt une autre, et ainsi on n'a jamais
fait et on est toujours à recommencer (Avis 26).
Ayant établi que l'amour de Dieu est le principe le plus
efficace de l'avancement spirituel, le Bienheureux nous explique
comment l'acquérir : Il faut tâcher de ne pas
laisser s'écouler un moment de temps dans lequel on ne
tâche de se rendre agréable à la divine volonté,
n'omettant rien de ce qu'on connaît être sa volonté,
si petite que la chose puisse être, pourvu qu'on pense que
cela plaît à Dieu (Avis, 26). Le bon plaisir
de Dieu est donc la matière des moindres choses, de ce
qui fait notre " quotidien ".
C'est plutôt en souffrant
qu'en agissant que l'on
acquiert l'amour de Dieu (Avis, 26).
Cette précision met l'accent sur l'aspect " passif
"de la sanctification, c'est-à-dire sur ce que l'on
a pas choisi mais qui nous est imposé par les circonstances
comme étant le bon plaisir de Dieu. Il développe
cet aspect en plusieurs avis : la disposition fondamentale de
l'âme doit être celle de la simple attente
(Avis, 14) acceptant tout comme une occasion de bénir Dieu
:
Nous ne devons point nous amuser à vouloir ou ne vouloir
pas les événements, mais simplement nous abandonner
sans réserve ni exception entre les mains de Dieu, lui
laissant le soin de vouloir ou ne vouloir pas tout ce qu'il lui
plaira et en la façon qu'il voudra (Avis, 31).
Fidélité à la grâce :
En s'abandonnant au bon plaisir
de Dieu, l'âme accepte de ne pas avoir le contrôle
et l'initiative de sa sanctification. Au contraire, sachant que
c'est Dieu qui nous sanctifie, l'âme s'efforce d'être
fidèle à la grâce.
C'est une marque infaillible qu'une âme s'avance lorsque
le désir d'être fidèle à Dieu croît
en elle. (Avis, 15)
Etre fidèle à la grâce, c'est : 1) la demander
souvent à Dieu ; 2) ouvrir son cur à Dieu entièrement
et à ses inspirations, afin qu'il en arrache ce qu'il voudra
et qu'il y plante les vertus ; 3) en venir à l'application
et à l'exécution de ce à quoi l'inspiration
divine nous pousse (cf Avis, 17).
C'est en correspondant à la grâce qui prévient notre volonté (inspirations) que nous pouvons réaliser la volonté de Dieu et l'exécuter dans nos actes quotidiens. En insistant sur l'exécution, Alain de Solminihac cherche la mise en pratique de la volonté de Dieu qui se prouve par un accroissement des vertus.
Prière :
Pour être fidèle à la grâce, il faut s'y ouvrir par la prière. L'oraison est une grande familiarité avec Sa Majesté (Avis, 48) ou comme une familière et respectueuse conversation avec Dieu (F.S., L. 12 n.24). Comme méthode d'oraison, le Bx Alain se réfère à la méthode analytique et discursive, conseillant à ce sujet la lecture de l'Introduction à la Vie dévote de Saint François de Sales (2ème partie, chapitres 1 à13).
S'il ne donne pas de méthode qui lui soit propre, Alain de Solminihac encourage néanmoins à puiser les sujets d'oraison dans la vie du Christ : Le moyen d'être bientôt parfait est de s'adonner continuellement à la méditation de la vie du Christ (Avis, 7). Il rappelle aussi la règle d'or de l'oraison mentale : Dans l'oraison, il faut plus écouter que parler (F.S. L.6, n.9) ... en se recueillant par des actes intérieurs et des acquiescements amoureux au bon plaisir de Dieu (Avis, 40).
Le Bx Alain insiste encore sur l'importance des fruits, c'est-à-dire des vertus qui découlent de l'oraison et qui prouvent sa valeur : Ceux qui font bien leur oraison, je les reconnais à leurs mains, c'est-à-dire à leurs uvres.
Conclusion :
Alain de Solminihac se montre donc être un père spirituel de grande qualité. Il ne se contente pas d'exhorter les âmes à une velléité spirituelle, c'est-à-dire à un mouvement timide ou limité. Il cherche à les conduire à la sainteté en s'assurant qu'elles portent du fruit. A une époque où le Jansénisme exaltait les efforts de l'homme aux dépens de la grâce, le Bx Alain prêche l'union objective et optimiste de la nature et de la grâce : nos efforts ne sont pas à négliger mais ils ne sont efficaces que dans la mesure où ils répondent aux prévenances de Dieu et se fondent sur sa grâce.
Ainsi, la figure austère
du Bienheureux Alain, telle qu'elle parait sur les portraits que
nous avons de lui ou bien dans ses écrits concernant l'ascèse,
est celle d'un ami de Dieu qui a consacré toute sa vie
à répondre fidèlement et amoureusement à
Dieu :
Aussi bien que faire se peut, et jamais rien à demi.
abbé Michel Berger
Bibliographie :
Père Roland Mazeau, Alain de Solminihac, Pierre Fanlac
/ Périgueux, 1980.
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