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La canonisation de saint louis

par M. L'Abbé C.P. Chanut


Lorsqu'on apprit que le saint roi Louis IX avait rendu son dernier soupir sous les murs de Tunis, le 25 août 1270, le conclave de Viterbe n'avait toujours pas élu de successeur à Clément IV, mort le 29 novembre 1268. Le doyen du Sacré Collège, Eudes de Châteauroux, cardinal-évêque de Tusculum (Frascati), informé personnellement des circonstances de la mort du roi de France que lui confirma une lettre de Thibaud de Champagne (datée du 24 septembre 1270), mit en deuil toute la Chrétienté.

La dépouille du Roi avait déjà été divisée. L'armée avait exigé de conserver, parmi les combattants qui restaient en Afrique, le coeur du Roi, dont on ne sait trop ce qu'il devint par la suite. Sur le chemin du retour, commencé le 31 août 1270 sur la nef Porte-Joie, ses entrailles furent déposées, près de Palerme, à la cathédrale de Monreale, selon les voeux de son frère, Charles d'Anjou, roi de Sicile, arrivé au camp de Tunis après la mort de son frère. Les ossements, bouillis et renfermés dans des outres de cuir, furent ramenés par son fils, Philippe III le Hardi, à Paris où ils arrivèrent, le 21 mai 1271, après avoir traversé l'Italie, franchi les Alpes au Mont-Cenis, passé par la Savoie, le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne et la Champagne. Un service solennel fut célébré, dès le lendemain de l'arrivée (veille de la Pentecôte), à Notre-Dame de Paris et s'acheva par l'inhumation à l'abbaye royale de Saint-Denis, nécropole des rois de France depuis les Mérovingiens. Tout au long de ce voyage, avaient déjà été opérés plusieurs miracles qui se multiplièrent au tombeau du Roi où les pèlerins et les malheureux se pressaient si nombreux que l'abbé de Saint-Denis, Matthieu de Vendôme, dut organiser un service d'ordre confié à un anglais, Thomas de Histon.

Le conclave de Viterbe, après trente-quatre mois de débats, se rendant aux suggestions de saint Bonaventure, élit enfin, le 1° septembre 1271, bien qu'il ne fût ni cardinal, ni prêtre et même absent d'Europe, puisqu'il accompagnait alors le futur roi Edouard I° d'Angleterre en Terre Sainte, Thealdo Visconti, chanoine de Lyon et archidiacre de Liège, qui prit le nom de Grégoire X.

A peine arrivé à Viterbe et comme premier acte de son pontificat, Grégoire X écrivit à dominicain Geoffroy de Beaulieu qui avait été le confesseur de Louis IX et l'avait assisté dans ses derniers moments (4 mars 1272). Geoffroy de Beaulieu répondit au Pape par un petit livre de cinquante-deux chapitres : Vita et sancta conversatio piae memoriae Ludovici quondam regis Francorum où, après avoir démontré comment l'éloge du roi Josias convenait au roi Louis, il plaidait pour qu'il fut inscrit au nombre des saints. Grégoire X s'entretint avec Philippe III de la canonisation de Louis IX, lors de la préparation du deuxième concile oecuménique de Lyon, en mars 1274.

De nombreuses suppliques furent depuis adressées au Pape et au Sacré Collège en si grand nombre que Grégoire X chargea son légat en France, Simon de Brie, cardinal de Sainte-Cécile et ancien garde des Sceaux de France, de procéder à une enquête secrète dont les résultats parvinrent à la Curie alors que Grégroire X venait de mourir à Arezzo, le 10 janvier 1276.

Aucun des trois papes qui, en moins d'un an et demi, se succédèrent, après Grégoire X n'eut le temps de s'occuper de la canonisation de Louis IX et il fallut attendre que Nicolas III Orsini fût élu, le 25 novembre 1277, pour que, malgré son opposition politique à Charles d'Anjou, les travaux reprissent par une enquête publique confiée au cardinal légat Simon de Brie, (30 novembre 1278) qui se fit assister des provinciaux franciscains et dominicains de France, de l'archidiacre de Melun et du grand prieur de Saint-Denis. Les résultats furent communiqués pour examen aux cardinaux Gérard et Jourdain, mais Nicolas III mourut le 22 août 1280.

Le conclave, réuni de nouveau à Virterbe, élut pape, le 22 février 1281, le cardinal Simon de Brie qui prit le nom de Martin IV. Vint de France, signée par les archevêques de Reims, de Rouen, de Sens et de Tours et des évêques de Beauvais, de Langres, de Châlons, de Laon, de Noyon, de Senlis, d'Evreux, de Paris; de Troyes et de Meaux, une nouvelle supplique, portée par les évêques de Chartres et d'Amiens. Martin IV entendait bien faire avancer la canonisation de Louis IX, mais ne voulait en aucun cas passer outre les règlements ecclésiastiques, ce qu'il écrivit d'Orvieto aux évêques de France, le 23 décembre 1281, en leur annonçant qu'une nouvelle enquête était confiée à l'archevêque de Rouen (Guillaume de Flavacourt), à l'évêque d'Auxerre (Guillaume de Grez) et à l'évêque de Spolète (Roland de Parme). Les trois commissaires qui avaient reçu du Pape des instructions très précises, siégèrent, selon ses ordres, à l'abbaye royale de Saint-Denis où ils entendirent, enregistrés par trois notaires : trois cent trente témoignages sur les miracles dont ils ne retinrent qu'une soixantaine (mai-juin 1282) et trente-huit témoignages sur la vie (12 juin - 20 août 1282). Les dossiers furent transmis en mars 1283 à Martin IV qui créa une commission de trois cardinaux dont, une fois encore, les travaux furent interrompus par la mort du pontife qui survint le 28 mars 1285 à Pérouse.

Malgré l'action continuelle de l'ancien archidiacre de Melun, le franciscain Jean de Samois, ancien commissaire aux côtés de Simon de Brie, devenu pénitencier pontifical, la cause n'avança guère sous le pontificat d'Honorius III (1285 - 1288), en dépit des nombreuses suppliques venues de France.

Nicolas IV, élu à Rome le 15 février 1288, désigna une nouvelle commission de trois cardinaux, mais mourut avant la fin des travaux (4 avril 1292) que ne fit pas reprendre Célestin V, élu le 5 juillet 1294, qui abdiqua le 13 décembre suivant.

Benoît Caetani, cardinal au titre des Saints-Sylvestre-et-Martin, membre de la dernière commission pontificale, fut élu pape par le conclave de Naples (24 décembre 1294) et prit le nom de Boniface VIII. Il fit terminer les travaux de la commission à laquelle il avait participé et décida de canoniser Louis IX. Boniface VIII annonce sa décision, à Orvieto où il résidait, le 4 août 1297, la ratifie dans l'église des Franciscains de la ville, le 11 août suivant, après quoi il fait rédiger la bulle Gloria laus qui proclame saint Louis confesseur de la foi.

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