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par M. L'Abbé C.P.
Chanut , qui - avec
autant de verve que d'érudition - nous décrit ici
l'élan formidable qui allait déclencher le processus
des Croisades et entraîner la prise de Jérusalem
en 1099.
Si, d'aventure, au lendemain
de l'anniversaire de la prise de la Bastille, les maîtres
actuels de la pensée songent à marquer le neuvième
centenaire de la prise de Jérusalem par les croisés,
il y a fort à parier qu'ils fulmineront une condamnation
sans appel des croisades. Avec la cruelle ardeur de l'accusateur
public, il se plairont sans doute à évoquer démesurément
les fautes et les échecs, pour instruire un procès
à charge essentiellement fondé sur la manipulation
de l'affectivité contemporaine qui semble être trop
souvent aujourd'hui l'ultime raison des peuples. Personne, et
le vrai chrétien moins que tout autre, habitué qu'il
est au réalisme de la contrition, ne pourrait nier les
débordements, les dissensions, les trahisons et les erreurs,
mais l'homme de bonne volonté se doit d'essayer de distinguer,
dans le champ des croisades, entre le bon grain et l'ivraie, c'est-à-dire
entre le pieux sacrifice des uns au bénéfice de
la Chrétienté et l'orgueilleuse rapacité
des autres au détriment de l'oeuvre. Or, si le cours des
croisades ne répondit pas toujours aux espoirs de leurs
initiateurs, force est de constater que leur cause fut juste et
sainte. Encore que nul ne connaît aujourd'hui le texte du
dicours d'Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095)
qu'à travers quatre reconstitutions tardives, on peut ainsi
résumer ses intentions : secourir les chrétiens
d'Orient contre les musulmans, libérer le Saint-Sépulcre
pour faciliter les pèlerinages, faire l'union avec l'Eglise
d'Orient et pacifier l'Occident par une oeuvre commune.
A l'époque où
Cyrus, victorieux de la Lydie, avait bousculé l'hégémonie
de Babylone qui retenait Israël en déportation, le
prophète Isaïe avait prophétisé la résurrection
de Jérusalem, la Ville-Yahvé, le Sion-du-Saint-d'Israël,
qu'il voyait érigée en gloire au milieu de la
terre. Cette nouvelle Jérusalem, dit le Prophète,
sera fondée sur des saphirs, défendue par une enceinte
de pierres précieuses et des créneaux de rubis,
aura des portes de cristal. La description de cette Jérusalem
ressuscitée où Dieu règne fut reprise par
de nombreux écrivains de l'Ancien Testament puis, à
mesure que la réalité s'éloignait de l'idéal,
les apocalypses présentèrent sa restauration par
Dieu lui-même dans le ciel. A la suite des apocalypses,
le Nouveau Testament abandonna la restauration de la Jérusalem
historique au profit de la Jérusalem céleste dont,
dit saint Paul, Dieu est l'architecte et le constructeur.
Les croyants de la terre sont déjà, dans la communion
au Christ, les citoyens de la Jérusalem descendue d'auprès
de Dieu, décrite dans l'Apocalypse de saint Jean. Ainsi,
l'Eglise que Dieu suscite sur la terre, s'achèvera dans
le ciel où elle sera la Jérusalem céleste,
fondée sur le Christ, dont les apôtres sont les portes
et les colonnes. Au quatrième siècle, selon l'enseignement
de saint Hilaire de Poitiers, continué par saint Ambroise
de Milan et saint Grégoire d'Elvire, l'Eglise est la Jérusalem
terrestre qui prépare les fidèles à entrer
dans la Jérusalem céleste. Saint Augustin s'inscrit
naturellement dans cette conception occidentale de la Jérusalem
céleste et, dans La cité de Dieu, il l'expose
si clairement que c'est désormais à lui que l'Occident
chrétien se réfère : " Deux
amours ont fait deux cités : l'amour de soi jusqu'au
mépris de Dieu a fait la cité terrestre l'amour
de Dieu jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste. "
Avant que d'écrire La
cité de Dieu, saint Augustin est déjà
familier de ce partage de l'humanité en deux catégories
dont l'une est du ciel et l'autre de la terre. Ce thème
qu'il a déjà évoqué dans le De
vera religione et dans les Confessions, il le définit
au dix-neuvième chapitre du De Catechizandis rudibus :
" Voilà pourquoi il y a deux cités,
une des injustes, l'autre des justes. Elles poursuivent leur marche
depuis l'origine du genre humain jusqu'à la fin du monde.
Elles sont mêlées quant à leurs corps, mais
distinctes par leurs volontés. Au jour du jugement toutefois,
même leurs corps seront séparés. Tous les
hommes en effet qui, avec une vaine insolence et une fastueuse
arrogance, aiment l'orgueil et la domination temporelle, ainsi
que tous les esprits qui ont le même amour et cherchent
leur gloire à s'assujettir les hommes, sont liés
ensemble en une même société. Mais ils ont
beau se combattre souvent les uns les autres pour ces biens, ils
n'en sont pas moins précipités par une même
pesanteur de cupidité dans le même abîme, et
ils restent unis entre eux par la similitude de leur conduite
et de leur responsabilité. En retour, tous les hommes et
tous les esprits qui cherchent humblement la gloire de Dieu, non
la leur, et qui le suivent avec piété, appartiennent
à une même société. Et pourtant, dans
son immense miséricorde, Dieu est patient à l'égard
des impies et leur offre le moyen de faire pénitence et
de s'amender. " Au chapitre suivant, après
avoir souligné que la Jérusalem terrestre était
" la figure du royaume spirituel ",
il définit ainsi la Jérusalem céleste :
" Cette dernière a pour citoyens tous les
hommes qui furent, sont et seront sanctifiés, ainsi que
tous les esprits sanctifiés, jusqu'à ceux, n'importe
lesquels qui, dans les parties les plus hautes des cieux, loin
d'imiter l'orgueil impie du diable et de ses anges, obéissent
à Dieu avec un pieux dévouement. Le roi de cette
cité est Jésus-Christ, qui, comme Verbe de Dieu,
a le commandement des anges d'en-haut, et comme Verbe assumant
l'humanité, a voulu prendre aussi le commandement des hommes,
en vue de les faire régner tous ensemble avec lui dans
l'éternelle paix... Cependant, après quelques générations,...
la cité juive fut réduite en captivité et
une grande partie de ses citoyens furent emmenés à
Babylone. Or, de même que Jérusalem désigne
la cité et la société des justes, de même
Babylone désigne 1a cité et la société
des injustes. "
Pour saint Augustin, l'Eglise
est l'achèvement de la cité céleste qui a
été inaugurée par Abel, continuée
par Abraham et préfigurée par l'histoire d'Israël.
En attendant que le Christ vienne séparer les méchants
des bons, le bon grain croît en même temps que l'ivraie
et les bons poissons restent dans le même filet que les
mauvais ; les deux cités coexistent, " se
servent également des biens temporels, souffrent également
des maux temporels, sans avoir ni la même foi, ni la même
espérance, ni le même amour, jusqu'au jour où
elles seront séparées par le jugement dernier et
atteindront chacune leur propre fin qui n'aura point de fin. "
Les disciples de saint Augustin,
singulièrement l'épiscopat des Gaules avec saint
Césaire d'Arles continuèrent l'enseignement de leur
maître qu'ils citèrent abondamment. Le saint pape
Grégoire le Grand resta fidèle à l'exposé
augustinien qu'il transmit au moyen âge occidental. A mesure
que se développèrent les pèlerinages en Terre
Sainte, la vision symbolique de la Jérusalem céleste
s'appuie sur la vision concrète de la Jérusalem
terrestre dont saint Jérôme, à la suite de
Flavius Josèphe, avait dit qu'elle est le centre ou le
nombril du monde. Cette conception de la Jérusalem au centre
de la terre est reprise mot pour mot par Urbain II lorsque, de
Clermont, il appelle à la croisade.
Au centre de la terre, Jérusalem
préside à la Terre Sainte où le Christ est
né, a souffert sa Passion, a été enseveli,
est ressuscité d'entre les morts et est monté au
cieux. Avant les croisades, les occidentaux vont à Jérusalem
parce qu'elle est la patrie charnelle du salut. " Une
foule innombrable, dit Raoul Glaber racontant l'histoire de
son contemporain, le chevalier autunois Liébaud, " se
mit à accourir du monde entier vers le sépulcre
du Sauveur à Jérusalem ; personne auparavant
n'aurait pu prévoir une telle affluence. Ce furent d'abord
des gens du peuple, puis ceux des classes moyennes, puis tous
les plus grands rois, comtes, marquis, prélats; enfin,
ce qui n'était jamais arrivé, on vit des femmes
de la haute noblesse faire route vers ce lieu en compagnie des
plus misérables. " Liébaud, connut sur
le mont des Oliviers une heure d'extase après laquelle
Dieu lui accorda d'y mourir " pour que son âme s'en
aille, joyeuse et libre, du lieu de l'Ascension jusqu'au Paradis
". Ainsi, on pouvait passer immédiatement de la Jérusalem
terrestre à la Jérusalem céleste. La visite
des lieux consacrés par la vie, la mort, la résurrection
et l'ascension du Seigneur, était l'un des moyens privilégiés
d'atteindre aux sommets de l'effusion chrétienne :
" La sagesse insondable de Dieu, écrivait
à la fin du Xème siècle le cardinal Henri
d'Albano, a voulu accorder aux chrétiens ces sanctuaires
visibles... à l'intention de ceux dont l'intelligence ne
peut atteindre les Saints des Saints invisibles, de façon
à les acheminer graduellement vers ceux-ci. "
Le salut personnel n'aurait
pas certainement pas suffi pour que cette vision de Jérusalem
fût totalement chrétienne. Il fallait encore qu'à
Jérusalem se fît le salut du monde entier. Ainsi,
dans Jérusalem reconquise pour le Christ, selon les promesses
de l'Ecriture, monteront tous les hommes de bonne volonté
qui, réconciliés, entreront, par l'Eglise, dans
Jérusalem céleste.
Bien longtemps avant que la
Terre Sainte fût occupée par les musulmans, le voyage
" au sépulcre du Sauveur ",
bien que réservé à quelques uns, était
considéré comme la plus grande des oeuvres pies
et le plus saint des pèlerinages. Tout au long du XIème
siècle, des pèlerins s'en vont en groupes de plus
en plus nombreux jusqu'à Jérusalem, et par les récits
qu'ils font à leur retour, les lieux saints deviennent
familiers à leurs contemporains. Jérusalem n'est
pas un symbole mais un sacramental où se rencontrent le
temps et l'éternité ; celui qui vient à
Jérusalem se conquiert lui-même au Christ, et conquiert
les âmes avec le Christ ; ainsi les pécheurs
y vont-ils pour satisfaire à leurs fautes passées,
tandis que les pieuses gens y vont pour continuer à souffrir
en eux-mêmes ce qu'il reste à souffrir des souffrances
du Christ.
Il suffit que les chrétiens
d'Occident soient persuadés que les nouveaux maîtres
de la Terre Sainte multiplient les empêchements et les tracas
contre les pèlerinages, pour que naisse l'idée de
partir à la reconquête. Tout prouve aujourd'hui,
dira-t-on là contre, que les Turcs Seldjoukides n'étaient
pas plus terribles aux pèlerins que leurs prédécesseurs
arabes ; certes, forts de nos études historiques,
nous le savons aujourd'hui, mais les contemporains qui se fondaient
sur des récits à la chronologie imprécise,
n'avaient aucun moyen de le savoir. Lorsque le bienheureux pape
Urbain II, en 1095, prêche ce qu'il est convenu d'appeler
la croisade, des événements qui, à l'aulne
d'aujourd'hui, nous paraîtraient anciens, sont encore frais
dans la mémoire du temps. Outre les attaques des pillards
qui ne sont pas rares, les guerres turques ont tout de même
obligé les pèlerins à souvent renoncer à
la route terrestre pour la route maritime, ce qui est fort dommageable
aux plus pauvres ; il faut encore ajouter à ces inconvénients
l'imposition de toutes sortes de taxes que les pèlerins
considèrent comme autant de vols.
A vrai dire, l'européen
du XIème siècle ne fait guère de différence
entre les Seldjoukides qui n'ont pris Jérusalem qu'en 1078,
et les autres musulmans, singulièrement les Sarrasins qui,
depuis trois siècles, assaillent l'Occident. A l'époque
où Urbain II appelle à la délivrance de la
Terre Sainte, les musulmans qui viennent à peine d'être
chassés de Sicile par les Normands (1091), tiennent encore
solidement la moitié de la péninsule ibérique.
Toute offensive contre les Sarrasins qui sont les agresseurs permanents
de la Chrétienté, est considérée comme
une oeuvre si salutaire qu'au IXème siècle,
le pape Jean VIII avait concédé l'indulgence à
ceux qui mouraient en défendant l'Italie contre les Sarrasins.
En 1063, Alexandre II fit de même en faveur de ceux qui
se battaient en Espagne. Or, les territoires d'Asie Mineure qu'occupent
les Seldjoukides après la défaite de Byzantins à
Manzikert (1071), même s'ils ont été un temps
musulmans, sont des terres chrétiennes arrachées
à l'empire de Constantinople. Que l'empire d'Orient soit
séparé de l'Occident par le schisme que l'on sait,
n'empêche pas le Saint-Siège qui n'a jamais perdu
de vue la réunion des Eglises, de préférer
des chrétiens à des musulmans ; d'ailleurs,
à cette même époque, l'Eglise d'Occident est
divisée par le schisme allemand qui s'est donné
un anti-pape. L'entreprise lancée par Urbain II vise, par
la libération de la Terre Sainte, autant à travailler
à la ruine musulmane qu'à la réunion des
Eglises.
Le schisme absolu de l'Orient
chrétien à quoi Rome ne s'est jamais résolue,
date alors de moins d'un demi siècle (1054). Bien que très
empêtrés dans la querelle des investitures et du
schisme allemand, à quoi s'ajoutaient les ambitions normandes
contre Constantinople, les papes cherchèrent autant qu'ils
le purent à tisser des liens avec les basileus byzantins :
Alexandre II se fit représenter auprès de l'empereur
Michel VII Ducas par Pierre d'Anagni qui amorça des négociations
secrètes que continua Grégoire VII qui, en 1074,
était déterminé à organiser une expédition
de secours qui eût conduit le pape jusqu'au Saint-Sépulcre.
Pris entre les musulmans espagnols,
les schismatiques allemands et les prétentions normandes,
avant que de ramener l'Eglise grecque dans le giron de Rome, Urbain
II voulait nouer de bonnes relations diplomatiques avec le basileus
Alexis Ier Comnène. En offrant à l'empereur d'Orient
une aide contre ses ennemis, il espérait le détacher
de son alliance avec Henri IV et l'anti-pape Clément III.
En 1088, Urbain II, pour dissocier l'alliance des deux empereurs,
et après avoir consulté Roger de Sicile qu'il s'était
amadoué en le laissant réorganiser la hiérarchie
catholique de Sicile, se plaignit auprès d'Alexis Comnène
que son nom eût été rayé des dyptiques
impériaux, et demanda qu'on l'y inscrivît :
autant réclamer la reconnaissance par Byzance de l'autorité
romaine sur le clergé grec. Alexis Comnène pensa
que s'il laissait espérer au Pape des propositions d'union
des Eglises, il pourrait obtenir par son intermédiaire
des secours militaires contre les Petchenègues en même
temps que l'arrêt des attaques normandes. Il chargea l'archevêque
grec de Reggio de négocier sur ces bases et fit provisoirement
inscrire sur les dyptiques impériaux le nom du Pape qu'il
invita à se rendre à Constantinople pour y préparer
l'union des Eglises. Urbain II ne se rendit évidemment
pas à Constantinople, les négociations préliminaires
menées par l'archevêque grec de Reggio au concile
romain de Melfi, en présence des princes normands et du
clergé d'Italie n'eurent aucun résultat (novembre
1089), mais les relations étaient renouées et, pour
atteindre l'union des Eglises, il fallait absolument rendre des
services militaires et diplomatiques à Byzance.
Or, Alexis Ier Comnène,
pressé de repousser les Petchenègues, imagina, pour
hâter la décision du Pape, un stratagème diplomatique
grossier qui, en fin de compte, se retourna contre ses intérêts.
En mars 1095, Urbain II réunit à Plaisance un concile
qui devait traiter du schisme impérial, du renouvellernent
de la législation contre les investitures, de la réforme
de l'Eglise et des règles d'invalidation des ordinations
simoniaques. Or, au milieu d'affaires si capitales, Urbain II
reçut une ambassade byzantine venue solliciter l'aide de
l'Occident contre les infidèles. Pour mieux apitoyer Urbain
II, les ambassadeurs byzantins crurent habile de brosser un tableau
exagérément pessimiste de la situation orientale.
Ils firent tant et si bien que le Pape abandonna sur le champ
l'idée d'une aide militaire de bonne volonté contre
les Petchenègues au profit d'une grande campagne de libération
vers la Terre Sainte.
Immédiatement, Urbain
II entreprit un voyage outremonts pour rassembler des troupes
importantes. Il s'en alla d'abord consulter l'évêque
du Puy, Adhémar de Monteil qui, en 1087, avait fait le
pèlerinage de Terre Sainte et qui appartenait à
une grande famille de la noblesse méridionale, étroitement
unie à celle de Saint-Gilles, c'est-à-dire aux comtes
de Toulouse. L'expédition fut très probablement
décidée au Puy. Urbain II obtint que Raimond de
Saint-Gilles, co-comte de Toulouse et marquis de Provence, voulût
bien commander l'expédition. Du concile de Clermont, nous
ne connaissons de façon certaine que quatre faits bien
établis : 1° la question d'une aide aux chrétiens
d'Orient contre l'Islam a été débattue avant
le 27 novembre, puisque le concile vote un canon faisant remise
des peines temporelles à tous ceux qul se rendraient en
Terre Sainte pour un motif pieux ; 2° Le 27 novembre,
Urbain II prononce un sermon où il annonce son projet d'organiser
une expédition contre les Infidéles pour conquérir
la Terre sainte ; 3° le 28 novembre Adhémar de
Monteil est nommé légat du pape pour accompagner
l'expédition ; 4° avant la fin de l'assemblée
qui se termina le 1° décembre, les ambassadeurs de
Raimond de Saint-Gilles viennent apporter l'adhésion de
leur maître à l'expédition.
Le plan élaboré
par Urbain II qui n'envisage que l'envoi d'une petite armée
de chevaliers sous la double direction d'Adhémar de Monteil
et de Raimond de Saint-Gilles, ne prévoit pas l'enthousiasme
qui, après des débuts assez ternes, va se propager
dans tout l'Occident et modifier considérablement les termes
du problème. De décembre 1095 à mai 1096,
parcourant le Limousin, le Poitou, l'Anjou, la Gascogne et le
Languedoc, Urbain II prêche la croisade et prépare
méthodiquement l'organisation de cette armée. Outre
Raimond de Saint-Gilles et le comte de Flandre, les grands féodaux
restent d'autant plus insensibles à ses appels que le roi
de France, Philippe Ier est excepté de l'appel pour cause
d'excommunication, ce qui infirme aussi ses vassaux comme le duc
de Bourgogne et le comte de Champagne. Faite de chevaliers du
sud et de l'ouest de la France, avec un contingent du comte de
Flandre, l'armée est convoquée au Puy pour le 15
août 1096. Seule cette armée, forte et disciplinée,
a été prévue et organisée par le Pape,
les trois autres armées et la croisade populaire qui ne
sont pas de son fait, montrent à l'évidence que
la croisade embrase tout l'Occident d'une fureur sacrée.