|
Le Rosaire joint à la
récitation des Ave la méditation des 15 mystères. La
méditation des mystères constitue l'essentiel.
Celle-ci se prolonge pendant toute la durée que mesurent
les 10 Ave. L'histoire de la constitution du rosaire montre combien
cette prière est à la fois mariale et christocentrique.
Le Rosaire,
psautier des laïcs
Un recueil de légendes
mariales de la seconde moitié du 13ème siècle,
issu du milieu cistercien, explique ainsi l'apparition du nom
" rosaire " donné à la suite des 50 Ave.
Un convers dissolu avait l'habitude d'orner chaque jour une statue
de la vierge d'une couronne de fleurs et de feuilles fraîches.
Converti, il n'eut plus le temps de porter cet hommage à
sa Dame à cause de la sévère réglementation
du temps. Un vieux moine lui proposa d'offrir à la Vierge
Marie une couronne de 50 Ave Maria, à côté
des prières prescrites.
Mais d'où provenait cet usage de grouper les Ave par cinquantaine
?
La division
tripartite du psautier
Le chiffre de 50 Ave a été
déterminé par la division tripartite du psautier
dont Origène (+ 254) serait l'auteur et dont saint Hilaire
de Poitiers (+ 367) soutint la motivation trinitaire. Evincé
par la division romaine qui s'imposa avec la réforme carolingienne,
cette division tripartite du psautier subsista dans les livres
pénitentiaux, pour la prière des défunts
et la prière privée.
La substitution
des prières répétitives aux psaumes
Les frêres sans instruction
avaient besoin de formes de prières plus simples que les
psaumes. On leur proposait la répétition chaque
jour d'un seul verset 2606 fois (autant que de versets des psaumes),
la récitation d'un seul psaume 150 fois, ou encore la
substitution d'un Pater à chacun des psaumes.
Le psautier
marial
Aux 12ème - 13ème
siècles, l'Ave Maria s'ajoute aux prières à
savoir par cur et, à côté puis à la
place du Pater, devient une prière répétitive
que les Cisterciens ont rendue populaire. On se mit à
réciter les Ave Maria par groupe de 50 et, pour éviter
le danger d'une prière purement mécanique, on enrichissait
l'antienne mariale d'antiennes mariales à la façon
des antiennes psalmiques.
La charpente matérielle
de notre Rosaire était constituée. Il manquait
encore d'y joindre la méditation de l'oeuvre salvatrice
du Christ.
Les racines de la piété
envers la vie de Jésus
Déjà, le bénédictin
Jean de Fécamp (+ 1078) propose une méditation
ordonnée de chaque étape de l'uvre salvatrice du
Christ, depuis la création du monde jusqu'à la
fin des temps.
Le rôle
des cisterciens
Dans ses " Sermons sur le
Cantique des Cantiques ", saint Bernard de Clairvaux (+
1553) offre une méditation de la vie de Jésus de
l'Annonciation à l'apparition du Sauveur réssucité
à sainte Marie-Madeleine.
Saint Aelred de Rievaulx (+1167), dans " la vie de recluse
" est le premier à avoir réalisé une
méditation systématiquement conduite de la vie
de Jésus préfigurant la méthode du chartreux
Ludolf de Saxe et de saint Ignace de Loyola.
Etienne de Sally (+ 1252) fait méditer sur les joies de
Marie.
Le mémoire
de la Passion dans la prière des heures
Au 3ème siècle,
Tertullien et saint Cyprien associaient déjà les
heures de l'Office au souvenir de la Passion. Etienne de Sally,
dans son " Speculum novicii " faisait méditer
d'autres mystères de la vie de Jésus dans le contexte
des heures canoniales.
Puisque, pour les convers et les laîcs, la psalmodie des
heures était remplacée par des prières répétitives,
la route était ouverte à la coordination des évenements
de la Passion du Christ et de la prière répétitive
du Pater, puis, peu à peu de l'Ave.
Le dynamisme
Christocentrique de l'Ave Maria
L'Ave Maria, qui se terminait
alors par la louange par Elisabeth du " fruit béni
" des entrailles de Marie, Jésus-Christ, était
un texte adéquat pour être la base d'une méditation
des mystères de la vie du Fils de Dieu fait homme et né
de la Vierge Marie.
L'apparition
du Rosaire - méditation de la vie du Christ
Dans l'état actuel de
nos connaissances, c'est dans le monastère des cisterciennes
de Saint Thomas sur Kyll, dans la région de Trèves,
que l'on voit pour la première fois, vers 1300, assemblée
systématiquement une série d'Ave et une méditation
des bienfaits de l'Incarnation. Cent fois à l'Ave faisait
suite une contemplation de l'uvre rédemprice de Jésus
(Je vous salue Marie et Jésus, le fruit de vos entrailles
est béni, 1- parce qu'Il nous a créés à
son image et à sa ressemblance , 2- parce qu'il vous a
choisie de toute éternité pour être sa chère
Mère, etc).
La systématisation
du rosaire
Un siècle plus tard dans
son autobiographie, Dominique de Prusse (+ 1460) de la chartreuse
Saint Alban de Trèves, affirme avoir été
le premier à ajouter les points de méditation du
rosaire de la bienheurseuse Vierge Marie. Son prieur Adolphe
d'Essen (+ 1439) lui avait conseillé la récitation
quotidienne d'un rosaire de 50 Ave. Dominique ajouta à
la fin de la salutation angélique un point de méditation,
appliqué à Jésus et tiré de l'Evangile,
sur lequel on pouvait rester avant de passer à l'Ave suivant.
Il divisa la vie de Jésus et de sa Mère en 50 clausules
retraçant l'histoire du salut, de l'Annonciation à
la Parousie. Adolphe d'Essen fit connaître cette méthode
de prière qui se répandit largement dans les monastères
cartusiens et bénédictins.
La division en groupes de dix Ave, séparés par
un Pater, est attribuée au chartreux de Cologne Henri
Egher de Kalkar (+ 1408). La réduction à 15 mystères
fut entreprise vers la fin du 15ème siècle. Depuis
la fondation de la Confrérie du Rosaire de Cologne en
1475, le Rosaire fut puissamment recommandé par les Dominicains
et gagna toute la Chrétienté.
Dernier développements
Les ajouts
à la salutation angélique
L'Ave Maria est le support de
la méditation des mystères du Christ dans le Rosaire.
Dans sa forme actuelle, l'Ave Maria se compose de deux parties
: la salutation angélique et une supplication.
La salutation angélique résulte de la combinaison
des paroles de l'ange et d'Elisabeth à Marie :
" Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est
avec vous, vous êtes bénie entre les femmes "
(Lc 1, 28) et
" Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit
de vos entrailles est béni (Lc 1, 42)
Les mots " vous êtes bénie entre les femmes
", communs aux deux, faisaient tout naturellement la liaison.
Dans l'offertoire du 4ème Dimanche de l'Avent, nous retrouvons
la soudure des deux textes qui appartiennent respectivement aux
évangiles des mercredi et vendredi des Quatre-Temps précédents.
Depuis le 10ème siècle, cette salutation concise
purement évangélique se répandit lentement.
Jusqu'au 16ème siècle, la formule de l'Ave demeura
confinée aux paroles bibliques et fut publiée et
commentée sous cette forme dans de nombeux catéchismes.
Les commentaires de saint Albert le Grand (+ 1280), de saint
Thomas d'Aquin (+ 1274), de saint Bonaventure (+ 1274), de saint
Antonin ( + 1459) ne vont pas plus loin. Le peuple y a ajouté
le nom de Jésus et on concluait la formule d'hommage et
de louange à Marie par Amen.
Sous la pression de la dévotion poupulaire, l'Ave se développa
et se transforma en prière de supplication. C'est au temps
de saint Pierre Canisius (1521-1597) que la supplication "
Sainte Marie, priez pour nous, pécheurs " se répandit
de plus en plus. Ailleurs on trouve d'autres ajourts : "
maintenant et à l'heure de notre mort " (15ème
siècle). Ainsi, l'Ave prend sa structure définitive
qui fut confirmée par saint Pie V dans son bréviaire
(1568).
Derniers ajouts
Dans ses méthodes missionnaires,
saint Louis-Marie Grignon de Montfort (1673-28 avril 1716) fait
précéder la récitation des quinze dizaines
d'un Credo, d'un Pater et de trois Ave.
Lors de l'apparition à Fatima, le 13 juillet 1917, la
Vierge a demandé de dire après chaque mystère
: " O mon Jésus, pardonnez-nous, préservez-nous
du feu de l'enfer ; emmenez au Paradis toutes les âmes,
surtout celles qui en ont le plus besoin ".
Marc-Antoine Dor, prêtre
|