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De l'Inquisition... ( suite ) par Jean-Pierre Marie

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De l'Inquisition (suite)
Nous avons peut-être choqué nos lecteurs, la dernière fois, en écrivant que l'Inquisition constituait, en son genre, un progrès. En effet, pour beaucoup, elle a servi de modèle à la Gestapo ou au KGB. On y retrouve, disent-ils, la pratique du secret, la non-communication des pièces du dossier, l'utilisation de la torture et encore l'absence d'avocats. C'est aller un peu vite en besogne. Les nazis et les communistes n'avaient pas besoin de l'exemple de l'Inquisition pour inventer leurs monstruosités. Surtout, ils n'utilisèrent pas ces méthodes, dans le même but ni avec la même intensité. Résultat : ils firent des milliers de fois plus de victimes et en un temps record.

Si les nombres de morts ne peuvent être comparés, c'est parce que l'Eglise était davantage soucieuse du salut des âmes que de la répression. Elle visait la réconciliation des coupables. C'est pourquoi, la procédure inquisitoriale commençait par le temps de grâce. Dans un sermon public, les inquisiteurs de passage dans un village, invitaient ceux qui se sentaient coupables d'hérésie à venir se présenter devant les juges, dans un délai de quinze jours à un mois. Et le «Que sais-je ?» sur l'Inquisition ajoute : «Ceux dont la faute était demeurée jusque-là ignorée et qui se dénonçaient spontanément pouvaient être dispensés de toute peine. Quand l'hérésie était manifeste, les aveux évitaient la peine de mort et la prison perpétuelle. Le crime n'était sanctionné que par les peines canoniques habituelles (note de l'auteur : porter une croix sur ses vêtements, flagellation...) auxquelles on ajoutait fréquemment un pèlerinage.» (pas obligatoirement dans un lieu éloigné)

Passé ce délai, les suspects se voyaient soumis à une enquête et, pour les cas les plus graves, emprisonnés préalablement. Les inquisiteurs procédaient ensuite à un ou plusieurs interrogatoires. Mais, à l'époque, les aveux étaient considérés comme des preuves particulièrement fiables. C'est pourquoi, lorsqu'un accusé s'obstinait à nier, alors que des faits s'accumulaient contre lui, l'inquisiteur pouvait décider le recours à la torture. Nous ne pouvons qu'être horrifiés par ce procédé et le trouver, de plus, stupide (qui n'avouerait pas n'importe quoi sous la torture ?). Mais, là encore, replaçons-nous dans le contexte. Jadis, la torture était inscrite dans les moeurs. Rappelons-nous, que, jusqu'au XXe siècle, des gens assistaient avec plaisir aux exécutions capitales, qui étaient pendant longtemps précédées de scènes de torture. Ce qui choque aujourd'hui ne choquait pas hier. (1)

Or, malgré ce contexte, qui poussait à une copieuse utilisation de la torture, notamment par les tribunaux civils, l'Eglise fit preuve de modération. La procédure qu'elle appliquait pour infliger cette peine à un accusé était compliquée et soumise à des règles très précises. Et c'est pourquoi, au risque de choquer une nouvelle fois, nous affirmons que, pour l'époque, il s'agissait d'un progrès. Tous les historiens de l'Inquisition l'écrivent, même la procathare Zoé Oldenbourg : «L'Eglise pratiquait la torture avec cette réserve qu'il ne devait pas s'ensuivre de mort ou de mutilation, ni d'effusion de sang». Il s'agit donc d'un changement majeur. Ce que l'on peut regretter, en revanche, c'est que l'Eglise ne soit pas allée plus loin ni n'ait sanctionnée tous les abus. Mais ceux-ci furent, vaille que vaille, peu nombreux. Même Jeanne d'Arc, dont le procès était truqué, ne fut pas torturée. C'est pourquoi, l'historien protestant H.C. Léa, qui n'a jamais eu pour l'Eglise catholique les yeux de Chimène, concéda : «Il est digne de remarquer que, dans les fragments de procédure inquisitoriale qui nous sont parvenus, les allusions à la torture soient rares.» L'Inquisition, ce ne fut donc ni le KGB ni la Gestapo.

(à suivre)
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(1) On pourrait poursuivre en disant que nos ancêtres acceptaient l'esclavage, mais auraient été choqués par la banalisation de l'avortement. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Or, que de points communs. Qu'on en juge : 1) Le Noir n'est pas une personne ; l'enfant à naître n'est pas (encore) une personne ; 2) l'esclave est propriété de son maître ; le foetus est propriété de sa mère ; 3) le maître peut acheter, vendre, tuer l'esclave ; la mère peut garder ou tuer son enfant; 4) les abolitionnistes ne doivent pas imposer leur morale aux maîtres d'esclaves ; les défenseurs de la vie ne doivent pas imposer leur morale aux mères désireuses d'avorter, etc. Lorsqu'on veut juger une époque, il faut donc bien la connaître et ne pas se croire meilleur. Cette attitude repose sur l'humilité (un historien ne peut être bon s'il juge le passé avec les critères du présent) et conduit à la miséricorde. «Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre»...

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