- De l'Inquisition...
( suite ) par Jean-Pierre
Marie
Retour au chapitre
premier
--------------------------------------------
De l'Inquisition (suite) «Sous l'influence
des juristes pontificaux, constate Jean-Pierre Dedieu, la notion
de preuve évoluait profondément. Il arrivait jusque-là
qu'on éprouvât l'innocence d'un accusé par
diverses épreuves ; en lui faisant saisir un fer rouge,
par exemple : si, au bout d'un délai, la brûlure
n'était pas guérie, on le condamnait... Ces "ordalies",
l'épreuve du feu ou de l'eau, le jugement de Dieu, les
serments des garants ne furent plus désormais considérés
comme suffisants. Pour condamner, il fallut des témoins,
des témoins fiables, gens de bonne vie et murs, au nombre
de deux, à tout le moins, ainsi que des indices matériels
du délit ; il fallut aussi l'aveu, témoignage capital
de l'accusé contre lui-même, qu'il sera bientôt
licite d'obtenir sous la torture ; mais une torture réglée,
limitée dans le temps et quant à son intensité.»
Ainsi, comme nous l'écrivions précédemment,
les tribunaux d'Inquisition ont apporté, dans de nombreux
domaines, de réelles nouveautés bénéfiques,
à savoir :
- -
la preuve par le témoignage, se substituant à la
preuve par le feu (ordalie)
- Le recours modéré
à une torture limitée, - Une enquête
secrète et non publique, ce qui permettait aux témoins
d'échapper à toutes sortes de pressions et de parler
librement. Si l'Inquisition, à l'origine, faisait si peur,
c'est justement parce qu'elle ne se laissait pas manipuler. Elle
ignorait les accommodements ; elle ne faisait pas, en principe,
acception de personne. Rien ne pouvait arrêter la marche
du procès. N'est-ce pas ce que l'on demande aujourd'hui
encore à la justice ? - Le jury, constitué
de personnes compétentes et de bonne réputation.
En effet, ce que l'on ne sait guère, c'est que le tribunal
comprenait une sorte de jury formé de boni viri, des prud'hommes
en nombre variable, allant de deux à 20 et qui avaient
voix consultative. Ils appartenaient à un conseil pouvant
atteindre 40 personnes, formé de jurisconsultes laïques
et de religieux que l'inquisiteur appelait à son aide.
On leur fournissait un sommaire des débats et ils n'avaient
pas connaissance du nom des témoins ; une fois qu'ils
avaient terminé l'examen des dossiers ils donnaient leur
avis. Contrairement à nos jurés actuels qui n'ont
pas de formation juridique et sont donc bien incapables de faire
valoir, au profit de l'accusé, les défenses du
droit, ce jury était hautement qualifié pour porter
un jugement social informé. Encore fallait-il qu'il fût
suivi. Or, c'était le cas, comme on peut le lire dans
le Que sais-je ? sur L'Inquisition : les Inquisiteurs, «de
manière générale, suivaient les conseils
qui leur étaient donnés et s'ils modifiaient les
décisions, c'était dans le sens de l'indulgence.»
- (
à suivre... )
|