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par M. L'Abbé C.P.
Chanut
7 juillet
Troisième fils du lieutenant
général du roi en Languedoc, Henri de Joyeuse, longtemps
connu comme le comte du Bouchage, naquit à Toulouse en
1563. Eveillé aux études dès son plus jeune
âge, il s'ouvrit d'une vocation franciscaine au gardien
des Cordeliers de Toulouse, mais son père qui avait d'autres
ambitions pour ses fils, l'envoya à Paris où il
suivit brillamment les cours du collège de Navarre. Appelé
à quinze ans auprès du roi Henri III, il entra dans
la carrière de la cour et de l'armée tandis que
les faveurs inondaient sa famille : Henri étant maître
de la garde-robe, son père fut élevé à
la dignité de maréchal de France, son frère
aîné fut fait duc et pair, deux autres de ses frères
furent nommés l'un grand prieur de Malte à Toulouse
et l'autre archevêque de Narbonne puis de Toulouse.
De peur de le voir abandonner
la cour pour le couvent où il faisait souvent retraite,
Henri de Joyeuse fut marié à Catherine de Nogaret
de Lavalette, soeur du duc d'Epernon, favori du Roi (28 novembre
1581). Le mariage fut heureux et les deux époux, dès
qu'ils le pouvaient, se retiraient loin de la cour, vivant dans
la simplicité et la piété ; une fille leur
naquit. Henri, chevalier du Saint-Esprit, conseiller d'Etat, reçut
le gouvernement de l'Anjou et du Maine, puis de la Touraine et
du Perche.
Après la mort de sa femme
(8 août 1587), il se rendit nuitamment au couvent des Capucins
de Paris où il reçut l'habit religieux sous le nom
de frère Ange (4 septembre 1587). Dans l'impossibilité
de mener à bien sa vie religieuse dont il venait de faire
profession (1588), dans la France troublée des guerres
de religion, il obtint de partir en Italie (mars 1589) où,
après un passage à Florence, il résida deux
ans à Venise pour parfaire sa théologie. Après
un court voyage en Piémont, il passa en Avignon où
le chapitre provincial de son ordre le nomma gardien du couvent
d'Arles qu'il gouverna quelques mois, jusqu'à ce que son
frère, l'archevêque de Toulouse et cardinal, l'appelât
auprès de lui.
Il était à peine
installé à Toulouse que son frère Scipion,
intrépide chef de la Ligue en ces pays se noya après
le siège malheureux de Villemur. L'archevêque ayant
refusé de commander les armées de la Ligue dans
le Languedoc, les ligueurs se précipitèrent au couvent
des Capucins et demandèrent au R.P. Ange de prendre leur
tête, selon l'avis des théologiens, du clergé
et des magistrats de la ville : "Attendu que devant le
danger évident où est le peuple de tomber sous l'obéissance
du connétable de Montmorency et d'être infecté
de l'hérésie aussi bien que d'être contraint
d'obéir au roi avant qu'il soit absout par le Saint-Siège,
il est nécessaire que le Père Ange sorte de la religion
pour prendre le gouvernement et se mettre à la tête
du peuple afin d'éviter un si grand malheur."
Le R.P. Ange finit par accepter, mais se réserva le droit
de retourner à la vie religieuse si, dans les trois mois,
le Pape et ses supérieurs n'approuvaient pas sa sortie,
si Henri IV abjurait l'hérésie et recevait l'absolution,
si la paix était conclue. Devenu duc et lieutenant général,
Henri de Joyeuse conclut une trêve avec le connétable
de Montmorency ; Henri IV abjura devant la basilique Saint-Denis,
se fit sacrer à Chartres et, avec le cardinal du Perron,
le cardinal de Joyeuse, allié à son ancien secrétaire
devenu cardinal d'Ossat, alla jusqu'à Rome obtenir l'absolution
de Clément VIII (17 septembre 1595). Pendant ce temps,
Henri de Joyeuse menait la guerre avec obstination et faisait
échec au Roi jusqu'à l'absolution où il se
soumit ce qui lui valut d'être fait maréchal de France,
lieutenant général du roi en Languedoc, gouverneur
de Narbonne et capitaine du Mont Saint-Michel (traité de
Folembray du 22 janvier 1596).
Désormais aussi proche
d'Henri IV qu'il l'avait été d'Henri III, le maréchal-duc
de Joyeuse ne quittait guère la cour jusqu'à ce
que sa fille épousât Henri de Bourbon, duc de Montpensier
(15 mai 1597). Peu à peu, le duc retrouvait ses anciennes
habitudes de piété et de solitude, ayant renoncé
à ses charges en Languedoc et mis ses affaires en ordre,
dans la nuit du huit au neuf mars 1599, il reprenait la bure capucine
au couvent de Paris. Prédicateur à la parole ardente,
il remplit plusieurs charges dans son ordre dont il fut provincial
puis, en 1608, définiteur général. De retour
de Rome, il tomba malade à Rivoli où il mourut le
28 septembre 1608. Son corps fut ramené et inhumé
au couvent de la rue Saint-Honoré.
Or, lorsqu'il y avait reçu
l'habit, Henri de Joyeuse avait donné à la chapelle
du couvent des Capucins de la rue Saint-Honoré une petite
statue en bois de la Vierge, vieille d'un ou deux siècles,
que l'on avait placée dans une niche, au mur extérieur
du couvent et on l'avait nommée, on ne sait trop pourquoi,
Notre-Dame de la Paix, sinon parce qu'elle tient un rameau d'olivier
en sa main droite : "Cette statue n'a que onze pouces
(33 centimètres) de hauteur, sans le piédestal.
Elle est de couleur brune, tirant sur le noir, et d'un bois dont
il serait difficile de spécifier la qualité. La
Vierge-Mère y est représentée avec majesté,
tenant son divin Fils sur le bras gauche." Le Frère
Antoine, convers du couvent, qui était fort dévot
à cette image, prédit peu avant de mourir que cette
statue deviendrait illustre. En effet, le 21 juillet 1651, veille
de la fête de sainte Marie-Madeleine, tout soudainement
et sans qu'on pût dire qui leur avait inspiré cette
pensée, arrivèrent en procession, au chant du Salve
Regina, de tous les quartiers de Paris, de jeunes garçons,
couronnés de fleurs et cierges en main, pour prier et chanter
des litanies sous cette statue. Ce fut le début d'une coutume
dont témoigne une gravure de Le Pautre.
Quelques jours après
la première procession, la statue fut exposée dans
la chapelle du couvent (24 septembre 1651), dans la chapelle latérale
ou reposait le tombeau du T.R.P. Ange, et la fête de Notre-Dame
de la Paix fut fixée au 9 juillet et dotée d'indulgences.
Il se faisait là des miracles et les pèlerins y
venaient si nombreux qu'il fallut agrandir la chapelle ce que
fit faire Mademoiselle de Guise, petite-nièce d'Henri de
Joyeuse ; la statue fut solennellement installée par le
nonce Bagni, en présence du roi et de la cour. Louis XIV,
tombé grièvement malade à Calais, en 1656,
obtint sa guérison à la suite d'une neuvaine à
Notre-Dame de la Paix.
Le couvent fut supprimé
en 1790 et la statue fut remise à Mlle. Papin, soeur du
grand pénitencier de Paris, qui la garda jusqu'en 1793
où, obligée de quitter Paris, elle la confia à
la duchesse de Luynes qui, en 1802, en fit constater l'authenticité
par le vicaire général de Floirac. Après
la mort de la duchesse de Luynes, on offrit la statue à
Mme. Henriette Aymer de La Chevalerie, supérieure des religieuses
des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie qui, depuis,
l'ont placée avec grande solennité au-dessus du
maître-autel de la chapelle de leur maison de Picpus (7
juillet 1806) ; elle est encore exposée aujourd'hui dans
le bas-côté gauche de la chapelle. Dans cette chapelle,
dans les bas-côtés, on peut lire, gravés dans
le marbre blanc, les noms des 1306 victimes de la Révolution
qui furent guillotinées sur la place du Trône Renversé
entre le 14 juin et le 27 juillet 1794.