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Les épreuves de la peste...


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Le XIV° siècle où vécu Roch de Montpellier est un siècle charnière entre un Moyen-Age qui n'en finit pas et une renaissance qui n'est pas encore là, mais dont les prémices surtout en Italie vont peu à peu renouveler les sociétés.
En fait, cette période est en train de vivre le déclin de la féodalité . Peu à peu la notion d'Etat se concrétise, non sans drames et conflits.
On leur donnera une apparence religieuse qui sera prétexte politique pour annexer une région ou une province. Ce fut le cas en Languedoc avec le phénomène religieux cathare. Se superposent à ces " fractures " internes, les dissensions entre Anglais et Français qui à partir de 1337 ouvrent par intermittences des guerres successives qui dureront cent ans. La Papauté se replie à Avignon dès 1309. Clément V dissout l'Ordre du Temple, par cet acte, il ratifie une décision purement politique du Roi de France.
Deux étés de pluies diluviennes en 1315-1316, entraînent de grandes années de famines entre 1315-1317. Dans ce concert de catastrophes déjà important, voici que l'Europe va connaître la plus grande épidémie de tous les temps : la Grande Peste Noire de 1348.
On estime qu'un tiers de la population en Occident est décimée (soit au moins 25 millions de personnes). Dans le contexte religieux du Moyen-Age, beaucoup croient que c'est la fin du monde : Dieu veut en finir avec ces hommes qui ne font pas sa volonté !
Des bandits vont devenir saints, des gens " bien " vont se dévoyer ! La médecine est totalement inefficace : les " saignées " tuent un peu plus de monde et la thériaque que ce soit celle des pauvres ou des riches n'a rien de miraculeux. Un seul remède prescrit : la fuite ! Mais en ce temps là, seul les Seigneurs ont des " résidences secondaires ".
Dès lors, la " Mort subite " devient le fait majeur d'une société qui connaissait bien la mort mais à travers force préparation. Or là , elle devient quelque chose qui frappe subitement et en trois jours peu emporter chacun. Le rituel catholique préparait les fidèles à " bien mourir ", mais depuis les épidémies de peste plus le temps de se mettre en bonne disposition pour le paradis ! Surtout lorsque le pénitent atteint de la peste contamine son confesseur et que tout deux se retrouvent pour ainsi dire subitement guéris dans l'Au-delà ! La notion du " purgatoire " va particulièrement être mise à l'honneur par l'Eglise en ces temps d'embarquement immédiat pour l'autre monde. Les liens sociaux sont rompus, toutes les couches de la société sont atteintes.
Culturellement et économiquement ce fut un choc inouï et fatal pour le monde médiéval. Beaucoup d'aspects doloristes voire morbides du catholicisme viennent de cette époque. Les gens de ce temps s'identifient au Christ souffrant, les Pieta fleurissent. La Mort n'est plus du tout " la sur " dont parlait Saint François, elle est vue et représentée dans son aspect le plus repoussant, cadavres putréfiés, écorchés vifs, " Danses macabres ", etc. La religion joue un rôle énorme au coeur de la société médiévale. Le XIII° siècle voit un réel renouveau avec Saint François d'Assise et Saint Dominique, face à des hérésies qui viennent prendre la place d'un manque de réponses spirituelles et de charité d'un clergé mal formé et d'une hiérarchie privilégiée. Le XIV° siècle va cependant entendre les voix de deux femmes charismatiques qui vont crier aux plus grands de leurs temps Rois et Papes, leurs quatre vérités : Sainte Brigitte de Suède (1303-1273) et Catherine de Sienne (1347-1380). Certains de bonne volonté comme le Pape Urbain V essayeront en vain de remettre le siège apostolique à Rome. Il faudra la crise du Grand Schisme pour rétablir la Papauté à Rome.
Tout les hommes de ce temps vont être confrontés au terrible fléau de la peste, dont on ne sait pas se protéger, car à l'époque on se sait rien de sa cause et de sa propagation et de fait comment lutter contre.

Le visage de la mort subite : la peste
Dans les villes insalubres, les populations sous-alimentée résistent mal aux épidémies de peste, qu'une médecine balbutiante se révèle incapable d'enrayer. De 1347 à 1349, suivant les grands axes commerciaux, la maladie se propage jusqu'en ile de France, où elle ravage Parie de 1348 à 1349. Présente en Europe centrale dès 1347, elle gagne les Pays-Bas et l'Angleterre, puis l'Ecosse et les pays scandinaves en 1350. Paris doit subir ses attaques récurrentes en 1361-1362, alors que la peste des enfants s'abat, particulièrement sévère, sur le Languedoc en 1363. Certains préfèrent fuir, comme les personnages du Décaméron de Boccace. D'autres se murent chez eux. Prince ou serf, riche ou pauvre, nul n'est épargné par le fléau.
Apparue dès le haut moyen-âge (entre 400 et 900) en Europe et dans les principautés belges, la peste disparaît de manière inexpliquée au VIII° siècle. Après une absence de quatre siècles la planète toute entière va connaître quasiment 400 années d'épidémies de peste qui se renouvelleront de 1348 à 1721 avec une cadence plus ou moins constante de 3 à 4 épidémies par siècle écoulé.
Apparue en Asie centrale en 1337, elle laisse treize millions de morts après son passage en Chine. En 1347, elle détruit l'armée de la Horde d'Or (les mongols) qui assiégeaient les génois dans Caffa en Crimée. De là, l'épidémie se propage en Sicile pour atteindre en 1348 la France et l'Espagne ; en 1349 elle se répand en Allemagne, en Europe centrale, puis en Angleterre.
La peste de 1348, appelée couramment peste noire ou bubonique à défaut d'être transmise par contacts directs avec le malade contaminé, est transmise et transportée par les puces des rats qui logeaient dans les cales des navires. C'est pourquoi les villes portuaires furent les premières atteintes par la maladies.
Grâce aux écrits de Guy de Chauliac, médecin à Avignon nous pouvons connaître les manifestations cliniques de la peste noire au moyen-âge :
- la peste bubonique : transmise par la puce du rat. Le malade meurt dans les cinq jours qui suivent la piqûre. On note des cas où des patients survivent et réussissent à vaincre cette forme pathologique de la peste. Elle se manifeste par une violente fièvre accompagnée de l'apparition d'abcès noirâtres (le sang infecté se répandait sous la peau) au niveau des aisselles et de l'aine.
- la peste pulmonaire : transmise par le contact humain, le malade meurt dans les trois jours qui suivent la contamination. Violente fièvre accompagnée de crachements de sang. Ce sont les expectorations qui contaminent.
Il existe une troisième forme : la peste septicémique : symptôme cérébraux importants et hémorragiques diffus.

Au moyen-âge la peste est vécue comme une punition divine. Cependant on cherche vite des boucs-émisssaires : ce sont les sorcières accusées de pactiser avec le Diable et les juifs accusés d'empoisonner les puits. Les deux catégories sont victimes d'extrèmes violences : on les brûlent.
Pour lutter contre l'épidémie, l'Eglise prône auprès des fidèles la pénitence, la prière pour apaiser la colère divine. Des messes, des pèlerinages, sont organisés. Les fidèles ont recours aux saints : on implore la Vierge Marie, saint Sébastien (martyr chrétien, enterré sur la via Agrippa aux côtés de saint Pierre, son corps fut transféré à Pavie quatre siècles plus tard. La peste s'arrêta au moment où l'on dressa un autel en son honneur). On organise aussi des processions, ont fait des vux à la Vierge, on brûle des cierges qui ont parfois comme à Montpellier la longueur du périmètre des remparts de la ville ! Apparaît le mouvement des " Flagellants ". Ils portent une robe sombre à capuchon sur laquelle ils apposent une croix rouge. Deux fois par jour, ils se rassemblent pour expier leurs fautes et leurs péchés en se flagellant publiquement. Ils veulent retrouver leur pureté originelle pour échapper à la maladie. Ils sont condamnés par une bulle du Pape et disparaissent progressivement.
Pour éviter les mouvements de panique les enterrements ont lieu la nuit. On ne sonne pas les cloches. On enterra de moins en moins dans les cimetières proches des églises à l'intérieur des remparts. On creusera des fosses à l'extérieur, les corps sont recouverts de chaux vive ou brulés. Les fossoyeurs s'exposent en permanence à la maladie. Personne ne veut rendre ce service, ils sont payés très chers ou bien on va chercher de force ceux qui purgent une peine de prison.
Chaque " médecin " avait son explication de la maladie et ses recettes. Surtout des breuvages, notamment la thériaque. Celle des riches devaient probablement soulager des souffrances car elle conteanait de l'opium. On ouvre cependant les abcès et on les cauterise.
La peste noire marque les esprits et provoque un profond traumatisme économique, social, religieux et culturel pour les gens du XIV° siècle. Avec les deux guerres mondiales du XX° siècle, elle demeure l'une des plus grandes catastrophes démographiques de l'histoire de l'humanité.
Il faut attendre la fin du XIX° siècle pour qu'une solution médicale réellement soit mise au point contre la peste. 1890 : un jeune chercheur du tout nouvel Institut Pasteur, Alexandre Yersin (Français d'origine Suisse. 1863-1943) est envoyé à Hong kong où la peste fait des ravages.
1894 : avec un courage inouï, il prélève pour ses expériences des bubons sure des cadavres de pestiférés. En les étudiant au microscope, il constate la prolifération de microbes en forme de bâtonnets, découvrant ainsi le bacille de la peste. Il met au point un vaccin antipesteux qui sauve de nombreuses vies humaines. Yersin met également en évidence le rôle des rats dans la transmission de la maladie.
1898 : un autre élève de l'Institut Pasteur, Paul-Louis Simond (né à Valence, dans la Drôme en 1858) découvre, lui, le chaînon manquant dans la transmission entre le rat et l'homme : la puce. " Ce jour là, 2 juin 1898, j'éprouvais une émotion inexprimable à la pensée que je venais de violer un secret qui angoissait l'humanité depuis l'apparition de la peste dans le monde ".
La dernière grande épidémie de peste date de 1910 en Mandchourie (50000 morts) et en Inde en 1994.
Voici la conclusion de l'excellent ouvrage de J. Brossollet et H. Mollaret (1) : " La peste demeure une menace méconnue par beaucoup. Trois éventualités sont connues : l'épidémie urbaine massive, l'apparition d'une résistance aux antibiotiques actuels et l'utilisation de la peste pour la guerre bactériologique. Loin d'être une maladie du Moyen Age dans la vieille Europe, la peste, que sa conservation dans le sol rend inéradiquable, est peut-être, hélas, une maladie d'avenir.
Au cours du XX° siècle, la découverte des traitements antibiotiques, leur efficacité et le renforcement des mesures de santé publique ont réduit très fortement la morbidité et la mortalité dues à cette maladie, mais n'ont pas permis de la faire disparaître.
La peste est aujourd'hui considérée comme une maladie " ré-émergente ", une nette augmentation du nombre de cas étant observée ces dernières années. Yersinia pestis, transmise à l'homme par les puces, est probablement la bactérie la plus pathogène chez l'homme : très peu de bacilles suffisent à tuer un individu en quelques jours. En l'absence de traitement, la peste bubonique est mortelle dans 70% des cas, généralement en une semaine, et la peste pulmonaire dans 100% des cas en deux ou trois jours. Si le traitement actuel est efficace, une première souche du bacille de la peste multi-résistante aux antibiotiques a cependant été décrite par des équipes pasteuriennes en 1997. Il convient donc de rester vigilant face à l'évolution de cette maladie et tout l'environnement qui pourrait en favoriser son développement et sa propagation.
(1)Pourquoi la peste ? le rat, la puce et le bubon. Jacqueline Brossollet et Henri Mollaret. Découvertes Gallimard. 1994.

J.L. B.
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