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L'HISTOIRE DE LA BASILIQUE DU SACRE COEUR DE MONTMARTRE... |
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Serviam remercie les Editions P.Tequi pour leur aimable accord de mise en ligne du texte qui suit,
extrait du numéro spécial de la revue " Dieu est amour " en vente dans toutes les bonnes librairies...
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Qui veut saisir l'actualité et la mission du Sacré Coeur doit interroger son histoire ; non pas pour reproduire ce qu'ont fait nos ancêtres, mais pour retrouver leur attitude spirituelle. Les temps ont changé ; les besoins des hommes ne sont pas évidemment identiques ; le contexte culturel est bien différent, mais les souffrances des hommes malheureusement perdurent.
"Nos prédécesseurs ont voulu traduire splendidement les merveilleuse histoire d'amour du Coeur de Jésus, pour la France et pour le monde".
Nous avons à poursuivre une telle mission. Le Sacré Coeur est bien le lieu où Dieu manifeste sa tendresse, par l'exposition incessante du Saint Sacrement. Les hommes de notre temps ont à redécouvrir cet amour du Christ. Au moment où nous construisons l'Europe, la basilique du Sacré Coeur ne doit-elle pas être un phare ? La mission de ce haut-lieu spirituel n'est-elle pas de rapprocher les valeurs de l'Évangile et la richesse inépuisable du Coeur du Christ ?
Comme recteur de la basilique du Voeu national, je vous recommande de lire ces pages qui vous feront découvrir comment les hommes, ouverts à la Grâce de dieu, peuvent transformer notre monde, marqué par la souffrance, en royaume d'Amour.
Denis Lyonnais, un fils de la basilique, en puisant dans la thèse du père Jacques Benoist : "Le Sacré Coeur de Montmartre, spiritualité art et politique" nous présente une page de notre histoire.
Père Patrick Chauvet
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AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VOEU...
A l'automne 1870, le Second Empire apparemment si fort a sombré dans la défaite, la France orgueilleuse et triomphante est à terre. Le territoire est au tiers envahi, la capitale est assiégée, les campagnes pillées.
Comble de malheurs pour les catholiques, l'unité italienne s'achève aux dépens du pouvoir temporel des papes, que les armées françaises ne peuvent plus défendre.
L'avenir est sombre...
de multiples initiatives
Les catholiques français se tournent alors vers Dieu : prières perpétuelles, chemins de croix, pèlerinages. Cette France qu'ils aiment comme une mère, ils souffrent et pleurent avec elle, et ils lisent dans les malheurs qui la frappent le châtiment de ses péchés : la "fête impériale", l'appui donné à l'unité italienne, mais aussi l'apostasie plus ou moins violente d'un peuple déchristianisé et d'une bourgeoisie enrichie, et le gallicanisme, vieille blessure qui déchire le clergé.
Les messieurs
Fidèles au principe de subsidiarité, "faire faire", les membres du Conseil des Conférences de Saint Vincent de Paul, alors au faîte de leur développement, encouragent ses initiatives, y participent, et, parisiens restés dans la ville ou réfugiés en province, cherchent à susciter une action en fabeur de Paris. S'inspirant de voeux locaux, où l'on promet à Dieu une église, notamment Fourvière à Lyon, Adolphe Baudon, président de la conférence, propose une campagne à l'Univers, journal de Luis Veuillot, puis à ses confrères.un parisien à Poitiers
L'un de ceux-ci, Alexandre Legentil, richissime négociant en tissu, adopte la suggestion, et la fait sienne en décembre 1870 ; il la transforme en un voeu, national et non plus seulement parisien, réparateur - il veut transformer en église l'Opéra, symbole du luxe insolent - et christique, car l'adresse au Coeur de Jésus, non à la Vierge ou à un saint.
A. Legentil contacte alors le père de Boylesve, jésuite, qui à son tour écrit au père Ramière, jésuite lui aussi, directeur de l'Apostolat de la Prière et rédacteur du Messager du Coeur de Jésus. En janvier 1871 ce bulletin propose une "protestation des catholiques français et Voeu au Coeur de Jésus pour obtenir la délivrance de Rome et de la France". La cause du Pape est un ajout de Ramière, comme les épithètes délicates envoyées aux italiens (iniquités scandaleuses, sacrilège) et aux allemands (force brutale, barbarie), et l'insistance sur les péchés "politiques".s'adresser au Sacré Coeur ?
Les crimes paraissent atroces, ils atteignent Dieu lui-même et non la seule morale, la Révolution de 89 et celle de 1830 sont encore proches : il faut monter jusqu'au Sauveur. Les mérites sont inexistants, la réparation seulement promise : seule la miséricorde divine peut agir, la justice ne s'exerce que trop légitimement. Le péril est extrême, seul un miracle peut sauver la France : le Sacré Coeur l'a, paraît-il, promis à Marguerite-Marie si Louis XIV lui consacrait son royaume, et à Marie de Jésus si Charles X faisant de même. Il n'y a plus de roi ? C'est donc à chaque français de se consacrer par un voeu, en s'engageant à participer, si Dieu délivre sa patrie, à la construction d'une église au Sacré Coeur.
L'initiative est laïque, mais il faut obtenir l'aval de l'évêque concerné, Mgr Darboy donc, si l'église est bâtie à Paris. Celui-ci joint difficilement dans la capitale assiégée, on peut s'engager. A Poitiers, Legentil soumet donc son texte à l'évêque, Mgr Pie, qui l'approuve le 9 ou 10 janvier 1871. La première formule est imprimée et distribuée : en présence des malheurs qui désolent la France, et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore... Le texte est plus court que celui de Ramière, beaucoup moins politique, même si figurent encore la violence et la fourberie... Les violations du droit des gens, cruautés, sacrilèges et rapines... commises par le chef véritable de l'hérésie protestante (Guillaume I). Il promet, lorsque ces grâces (la délivrance de Paris, de la France et du Pape) auront été obtenues, l'érection à Paris d'une église consacrée au Sacré Coeur de Jésus. Il est approuvé par de nombreux évêques, aux opinions politiques parfois contraires, mais il provoque une rupture momentanée avec le père Ramière.les amendements.
Une tentative d'A. Baudon de faire mettre à part la question pontificale avorte ; la mention de la délivrance de Paris disparaît fin janvier, la ville ayant capitulé. Le texte est soumis à Pie IX par le père Jandel, supérieur des dominicains et ami d'Hubert Rohault de Fleury, beau-frère de Legentil, en février. Le pontife demande la suppression de la diatribe antiprussienne, voulant rester conciliateur et pacificateur entre les parties. Le Voeu épuré est définitivement approuvé le 30 mars 1871. Mais Emmanuel Darboy meurt sous les balles de la Commune en mai.
Le gouvernement nomme en juillet Joseph Hippolyte Guibert archevêque de Paris ; c'est à lui que Legentil, Rohault de Fleury et leurs amis présentent le Voeu. Dès février 1871, le prélat, alors archevêque de Tours, avait critiqué la condition mise au projet : on ne marchande pas avec Dieu, on donne. et quand saura-t-on que l'on est exaucé ? "Lorsque ces grâces" disparaît, et la délivrance de la France, qui a désormais signé la paix, devient le salut de la France. le 18 janvier 1872, Mgr Guibert approuve le Voeu national, celui qui figure sur le bénitier ouest de la basilique : " En présence des malheurs qui désolent la France..."
LE CARDINAL DU SACRE COEUR
Le 19 juillet 1871, Joseph Hippolyte Guibert, archevêque de Tours est transféré par décision du ministre de l'Instruction Publique et des Cultes, Jules Simon, et du chef de l'exécutif, Adolphe Thiers, sur le siège de Paris, avec l'accord de Pie IX. A soixante-dix ans, il accède à un poste apparemment prestigieux, mais surtout difficile. Et son prédécesseur a été fusillé !
Le 20 décembre 1871, le nouvel archevêque reçoit le Conseil Général de la Société de Saint Vincent de Paul, et Alexandre Legentil lui présente le Voeu ; après modification à sa demande, Mgr Guibert l'approuve le 18 janvier 1872. Il organise et préside une cérémonie de lancement à Notre Dame le 14 avril ; le Voeu y gagne l'adjectif de "national". Il ordonne aussi une quête diocésaine le jour de la fête du Sacré Coeur (14 juillet selon le calendrier parisien). L'argent commence à parvenir, sept cent mille francs fin 1871, reste à choisir l'emplacement d'une église d'expiation, de protection et de protestation.
L'opéra ?
Dès le départ, il est évident que l'on construira à Paris : le centralisme français fait de la capitale la source et le symbole aussi bien des fautes que des malheurs de la France. Il est alors légitime de laisser le choix du lieu à l'archevêque, une action pastorale de cette ampleur devant être sous sa juridiction.
Alexandre Legentil avait pensé à l'Opéra, inachevé, mais symbole des dépenses, des goûts et des turpitudes du Second Empire. Les boulevards, les cafés et les danseuses résumaient assez bien l'immoralité de la fête impériale et appelaient une réponse. Malgré une étude de Charles Rohault de Fleury, l'idée est abandonnée au printemps 1871. Mais, le désir d'une protestation contre le mal demeure.
Chaillot ?
Jean Brunet, député de la Seine, propose le 11 janvier 1872 à l'Assemblée nationale d'édifier au Trocadéro un temple déiste. Discrètement mais fermement, les messieurs du Comité qui s'est constitué (Cornudet président, Legentil et Rohault secrétaires) torpillent le projet de loi auprès de leurs relations parlementaires, au profit de leur "Voeu".
Plus dangereux est l'abbé Charles, curé de Chaillot, qui se flatte de rebâtir sa paroisse grâce au Voeu national : Edouard Drouin de Lhuys, ancien ministre de Napoléon III propose une somme "considérable" à cet effet. Mais "la province ne donnera rien pour une paroisse"... Le Voeu demande un sanctuaire de pèlerinage : Mgr Guibert a été recteur du Laus, il a relancé à Tours le pèlerinage à saint Martin.Belleville ?
Le Paris populaire, mal desservi, et pauvre en églises, intéresse un pasteur soucieux du bien des âmes. La Commune a massacré rue Haxo des otages, prêtres et religieux. Cornudet, Legentil et Rohault s'y rendent en juin, trouvent le lieu "fort loin et peu pratique" ; le propriétaire du terrain demande trop cher et "l'église construite ne serait pas vue de Paris, la flèche et le dôme s'apercevraient seuls". Il reste peu d'endroits élevés et disponibles : ni Chaillot, ni Belleville, les buttes Chaumont sont aménagées, la montagne Sainte Geneviève porte le Panthéon, il reste, en face...
Montmartre !
Dès le 13 décembre 1870, l'Univers lançait la suggestion, mais où sur la butte ?
A mi-pente, où l'on vient de retrouver en 1855 le martyrium de saint Denis, et où saint Ignace et ses compagnons ont fondé la Compagnie de Jésus ? Les Jésuites ont déjà acquis les terrains pour bâtir un sanctuaire sur le plateau des Abbesses...
Au sommet, à la place de l'abbaye Saint Pierre ? Mais la vieille église, en ruines est classée monument historique, et l'on veut du neuf, sans détruire le passé...
Alors, à côté ? Une visite de Mgr Guibert en été 1872 emporte la décision : "Tout à coup le soleil, chassant les nuages, découvre Paris tout entier aux yeux émerveillés du Cardinal qui n'avait jamais vu ce spectacle (...) C'est ici, s'écrie-t-il, c'est ici que sont les martyrs, c'est ici que le Sacré Coeur doit régner, afin d'attirer tout à Lui : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes (Jean 12, 32).
Face à l'ouest, ayant à sa droite Saint Pierre, à gauche le mont Valérien, dont le fort à détrôné le calvaire antique, justement transporté à Montmartre, Mgr Guibert proclame : "Voici la montagne de la poudre à canon, nous lui opposerons la montagne de la bénédiction".
Quatre raisons pour un choix
Reste à obtenir l'appui ou du moins l'accord de l'État. Du préfet de la Seine, Mgr Guibert doit remonter au ministre, Jules Simon, et même au président, Adolphe Thiers, car l'armée a justement un projet de fort militaire sur la butte. "Ma forteresse vaudra bien la vôtre", les deux hommes sont aixois... Montmartre est accepté.
Pour expliquer son choix, le Cardinal archevêque expose deux motifs : l'histoire religieuse du lieu de saint Denis à l'abbaye Saint Pierre, le site dominant Paris comme Fourvière et la Garde dominent Lyon et Marseille. S'y ajoutent un motif pratique, le terrain libre du "Champ des Polonais" que la Ville envisageait même de transformer en jardins, et un souci moins explicite, les besoins d'un quartier : Les hommes qui connaissent le mieux la "géographie du mal" dans Paris prétendent que, parmi les arrondissements les plus réfractaires à l'ordre, la priorité revient moins à Belleville qu'à Montmartre".
Dès la fin de 1872, le choix est fait, l'église votive dominera et protègera la ville et le pays comme un "paratonnerre sacré", lancera un appel au pèlerinage et à la conversion. Dans Paris mais hors de la ville par son élévation, le sanctuaire sera à l'image de l'Église dans le monde et hors de ce monde. Il affirmera la présence de Dieu, et le poids des catholiques, dans le paysage de Paris, ce qui ne manquera pas de déchaîner les attaques adverses...
( texte intégral dans le numéro spécial de la revue "Dieu est Amour" - editions Tequi )
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