Mgr Van Thuân, président du Conseil Pontifical Cor Unum, approfondit le thème de l'amour, l'essence du christianisme.
Avec l'aimable accord de l'Agence de presse Zenit, serviam met en ligne la troisième réflexion extraite des méditations que Mgr Van Thuân a préparées pour les exercices spirituels de Jean-Paul II en début de carême 2000 (12-18 mars)CITÉ DU VATICAN, jeudi 20 avril (ZENIT.org) -
"Jésus sort à la rencontre des pécheurs, il cherche la samaritaine près du puits de Jacob, il pardonne à Marie-Madeleine et à la femme adultère. Après la résurrection il apparaît aux apôtres pour leur donner la paix, sans faire aucune allusion à leurs péchés. Il dit au larron sur le Golgotha :
" aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis ". Et à Zachée : Aujourd'hui le salut est entré chez toi !
L'amour que Jésus a semé en nous nous place dans le coeur du Père, dans le coeur de Celui qui a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique, pour que le monde soit sauvé par Lui", explique Mgr Van Thuân.Cette joie que l'amour imprime dans le coeur est contenue selon l'archevêque vietnamien, dans un chant que les chrétiens chantent la nuit de Pâques, l'Exultet. O immensité de ton amour pour nous ! O inestimable signe de bonté : pour racheter l'esclave tu as sacrifié ton Fils ! Fils dans le Fils qui s'est donné totalement, nous pouvons faire exulter l'humanité pour le don du salut !
"Comme pèlerin divin, Jésus a mis dans nos coeurs l'art d'aimer. Là où cet amour fleurit, les hommes sentent le parfum de la Bonne Nouvelle. Cela me rappelle certains moments de ma vie. Lorsque j'étais en prison, en isolement complet, ils m'ont remis entre les mains de cinq gardiens. Deux d'entre eux étaient toujours avec moi. Leur chef leur dit un jour : " Nous vous remplacerons toutes les deux semaines par un autre groupe, pour que vous ne soyez pas " contaminés " par ce dangereux évêque ". Mais ils ont finalement décidé de ne pas les changer, de peur que ce dangereux évêque ne les contamine tous.
Au début, les gardiens ne disaient rien. Ils répondaient seulement par oui ou par non. C'était vraiment triste. Je voulais être attentif et poli avec eux mais c'était impossible. Ils évitaient à tout prix de m'adresser la parole.
Une nuit, je me dis :
" François, tu es encore très riche. Tu as l'amour du Christ dans le coeur. Aime-les comme Jésus t'a aimé ". Le lendemain, je commençai à les aimer, à aimer Jésus en eux, en souriant, en échangeant avec eux des paroles aimables. Je commençai à leur raconter mes voyages à l'étranger, comment vivent les gens en Amérique, au Canada, au Japon, aux Philippines, etc. je leur parlai d'économie, de liberté, de technologie. Tout cela éveilla leur curiosité.
Ils commencèrent à me poser des tas de questions et une vraie amitié s'installa. Ils me dirent qu'ils voulaient apprendre des langues étrangères comme le français, l'anglais. Nous avons donc improvisé une école de langues et mes gardiens sont devenus mes élèves !""Dans la prison de Vinh Quang, dans les montagnes de Vinh Phú, un jour de pluie, on m'envoya couper du bois" a poursuivi Mgr Van Thuân. 'Je peux vous demander un service ?' demandai-je au gardien. " Oui. Qu'est-ce que vous voulez ? " -Je voudrais couper un morceau de bois en forme de croix ". - Vous ne savez pas qu'il est strictement interdit de posséder un symbole religieux ?'. 'Je sais, répondis-je. Mais nous sommes amis et je promets de le cacher'. 'Ce serait très dangereux pour tous les deux'. 'Fermez les yeux. Je vais le faire maintenant et je serai très prudent'.
Il se retira et me laissa seul.
Je découpai une petite croix et la conservai cachée dans un morceau de savon jusqu'à ma libération. Je la fis recouvrir de métal et cette petite croix devint ma croix pectorale. Dans une autre prison, je demandai un morceau de câble électrique à mon gardien qui était aussi devenu mon ami. Pris de panique, il me répondit : 'j'ai appris dans un cours sur la sécurité que si quelqu'un veut un câble électrique, c'est qu'il veut se suicider'. 'Les prêtres catholiques ne se suicident pas', lui répondis-je. 'Alors, qu'est-ce que vous voulez faire avec un câble ?' 'Je voudrais faire une chaîne pour porter ma croix', répondis-je. 'Comment voulez-vous faire une chaîne avec un câble électrique ? C'est impossible !' 'Si vous m'apportez deux petites tenailles je vous montrerai'. 'C'est trop dangereux !'. 'Mais nous sommes amis !' Il hésita.
Trois jours plus tard il me dit : 'C'est dur de vous refuser quelque chose'. Veillant à ce que personne ne nous surprenne, avec deux petites tenailles, nous avons peu à peu couper le câble en petits morceaux de la taille d'une allumette. Nous travaillions de 7 heures à 11 heures du soir,
avant la levée de la garde. Je porte cette croix et cette chaîne tous les jours, non pas en souvenir de la prison, mais parce qu'ils indiquent pour
moi une conviction profonde, un appel constant : seul l'amour chrétien peut changer les coeurs. Les armes et les menaces, non. L'amour est plus fort que tout. C'est l'amour qui prépare le chemin à l'annonce de l'Évangile.
C'est l'amour qui est la première évangélisation".
ZF00042007